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L'ART DÉCORATIF
N° IX
JUIN 1899
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LA SCULPTURE AUX SALONS
Il est un nom qui domine toute la sculpture contemporaine, c'est celui d'Auguste Rodin.
L'influence de Rodin s'exerce à cette heure sur les plus incontestables talents. Autour de lui se groupent, qu'ils le veuillent ou non, d'admirables artistes, des créateurs de chefs d'œuvre comme Constantin Meunier, Jef Lambeaux, Jules Desbois, Emile Bourdelle, Jean Baffier, Alexandre Charpentier, Melle Claudel, Niederhausern-Rodo, Henri Cros et d'autres plus jeunes ou moins dégagés de formules surannées.
M. Henry Fouquier prétendait ces jours derniers que notre art français n'avait plus la belle unité d'une grande école, que les efforts disséminés dans fâcheuse incertitude d'un vrai but. Si ce reproche peut être justifié quant à la peinture, il me paraît absolument téméraire en ce qui concerne la sculpture.
Rodin a imprimé à cet art un mouvement nouveau tel que depuis Donatello et Michel Ange, on ne saurait trouver dans l'histoire de la statuaire une transformation plus considérable. Si l'on me demandait d'énumérer les grandes époques de la sculpture, je parlerais des Grecs, des Egyptiens et du Moyen Age anonyme, je ferai partir de Michel Ange et de son maître une période nouvelle, et je marquerais que Rodin a apporté dans l'art des préoccupations assez personnelles et assez générales à la fois dans ce qu'elles ont de révolutionnaire pour que notre temps se pût targuer dès aujourd'hui d'inaugurer avec ce maître une formule nouvelle.
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L'école du moulage a vécu. Elle est, il est vrai, largement encore représentée à la Société des Artistes Français, mais chaque jour le public et la jeunesse artistique s'éloignent de sa conception facile et reprochable. Dans la lutte actuelle, déjà sa position est celle du vaincu. Rodin, après de longues années de combat incessant, est près de la complète victoire. Il apporte avec lui la conscience de la beauté de son œuvre pleine de vérité, caractérisée et par conséquent forte de ce mélange de vie et d'idéal bien entendu qu'on retrouve dans les plus grands monuments humains.
Il faut admirer dans la présente exposition cette Eve de Rodin si puissante et si primitive-ment féminine. Voilà bien le triomphe du morceau dans le triomphe de la synthèse! J'ai entendu devant ce bronze prononcer la phrase suivante: «Tiens, voilà madame Balzac!» On ne pouvait faire à cette œuvre d'éloge plus complet et plus vrai. C'est bien le même esprit qui a conduit la même main dans la réalisation des deux œuvres. Celui qui pensait ridiculiser une statue venait de montrer ce que l'art de Rodin possède de permanent, et comment toutes les œuvres du maître sont créées d'après un principe uniforme. Le Rodin du Victor Hugo et du Baiser est le même que celui du Balzac et de l'Eve. L'incompréhen-sible est qu'il se trouve des gens pour admirer l'un sans l'autre.
Je veux aussi parler du buste de Falguière par Rodin. J'ai eu la bonne fortune de voir éclore quotidiennement cette œuvre. J'ai regret de ne l'avoir point photographiée jour par jour, tant elle suivait la psychologie du
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modèle, changeant avec lui selon sa pensée du jour. Dans l'état actuel Rodin a su combiner ce que donnaient des lignes invariables et des moments contradictoires pour faire d'Alexandre Falguière un buste qui restera parmi ses œuvres une des plus typiques et des plus parfaites.
Le chef d'œuvre du Salon dit «du Champ de Mars» me paraît être sans contredit le Débardeur de Constantin Meunier. Je suis persuadé qu'à cette figure il n'y a rien à reprendre. Elle se dresse victorieuse, au-dessus de toutes les autres, dans sa simplicité géniale. Le naturel de l'attitude dans la précision du geste et la sobriété des détails en fait un monument unique dressé à la glorification du travail dur et honnête. Il faut louer la Ville d'Anvers d'avoir placé sur une de ses voies le bronze de cette figure. On ne saurait donner au prolétariat une image de lui plus fière et de plus bel exemple.
Jef Lambeaux est cette année largement représenté par quatre de ses œuvres : Le Remords, groupe en plâtre représentant Adam et Eve s'enfuyant après la faute, courbés sous l'anathème divin. Cette œuvre bien caractéristique du talent de Jef Lambeaux compte parmi les trois ou quatre plus belles manifestations sculpturales de cette année. Jef Lambeaux est flamand. Son art aussi est flamand. Le Remords vit intensément par la répartition savante de la lumière. Ce groupe flambe d'une clarté qu'animent des ombres habiles, et l'ensemble est coloré comme un Rembrandt. La couleur, c'est cela surtout que Lambeaux cherche à obtenir et c'est pourquoi les questions d'éclairage sont pour sa sculpture questions de vie ou de mort. Dans un autre de ses envois, Imperia, toute l'expression meurt d'être contemplée dans un jour défectueux. Il en est de même pour Belluaire, groupe en bronze où la forme humaine s'enchevêtre avec celle du tigre dans un duel dont le sculpteur a su exprimer toute la violence.
Quant au portrait de M. P... , toujours par Jef Lambeaux, il est mieux situé dans sa lumière. Il frappe par ses côtés inattendus et puissants. Le modèle est un homme d'une grosseur peu commune. Son ventre a plusieurs bases et son menton se stratifie. Jef Lambeaux a su tirer de cet amas de chairs humaines une signification imposante. L'homme est là, terriblement assis dans un fauteuil d'où il s'élève par étages, un poing volontaire sur la cuisse droite et l'autre poing posant sur l'appui du fauteuil une menace puissante. De cet industriel Jef Lambeaux a fait un symbole. Ce n'est pas là un capitaliste quelconque, c'est la personnification même du Capital et de l'Industrie dans leur force intelligente et inexorable.
M. Emile Bourdelle semble devoir être plus tard le continuateur de Rodin. Il est parmi les jeunes celui qui sait allier le plus d'intensité à une vision personnelle et à un travail consciencieux. Son groupe intitulé La Guerre et sa tête de La Défense sont des preuves de l'amplitude de ses conceptions et de l'énergie de son tempérament, de même que le marbre des Trois Graces nous le montre sentimental et attendri à ses heures. Il faut avoir foi dans l'avenir de ce pur artiste.
L'Age Mir de Melle Claudel est une sorte de chef d'œuvre et son Portrait de M. le comte de M... en est une autre. Depuis Carpeaux on n'a rien fait de plus mouvementé que l'Age Mir. La Jeunesse, personnifiée à genoux, tend désespérément les bras à l'homme qui s'éloigne d'elle et que la Vieillesse, vers laquelle il tombe à regret, attire et guide déjà. Rien de plus dramatique et rien non plus de plus vivant dans le fantastique, tant cet homme marche et tant ces deux femmes sont expressives dans leur mouvement.
Le Portrait de M. le comte de M... est une œuvre d'une rare aristocratie. L'attitude est fière, le regard est franc et altier, la bouche sensuelle et sentimentale semble frémir. C'est là une belle chose dans la belle matière d'un marbre unique, poli, luisant et coloré, qui tient à la fois du stuc, de l'albatre et de la cire.
M. Niederhausern-Rodo expose un Verlaine que nous connaissons pour l'avoir déjà vu et déjà loué. Le sculpteur qui a connu le poète l'a représenté tel qu'il était dans ses moments de profonde et pénétrante rêverie.
Le projet de fontaine en pierre de M. Aristide Rousaud est curieux par les deux tendances qu'on devine avoir successivement dominé dans la réalisation de ce monument. La jeune femme qui surmonte l'ensemble est d'un art élégant, proche celui de Falguière, tandis que les deux formes enlacées qui sont au bas du rocher sont d'un artiste qui a étudié les œuvres de Rodin et qui les aime. Que M. Rousaud se laisse aller à la libre expression de son tempérament et nous pourrons beaucoup espérer de lui.
M. Fix-Masseau se complaît, lui, dans des créations délicates et dans des recherches de patines précieuses. Il faut le féliciter de la grâce langoureuse des personnages de La Parabole du Faune et du charme de ses bustes patinés.
M. Pierre Roche expose un haut-relief en plomb d'un certain caractère qu'il intitule La Femme de Loth, et M. Joly un Fragment décoratif pour la mise à l'étude d'une colonnade pour tombeau. Le modelé de cette figure est bien vivant et d'une jolie coloration blonde. Ce reprocherai simplement aux parties inférieures d'être trop lourdes.
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Regrettons l’absence à la sculpture de MM. Alexandre Charpentier et Jean Baffier qui ont envoyé des objets d’art et des bibelots et de M. Desbois qui n’a rien exposé; citons les noms de MM. Lefebvre, Léonard, Potter, Vallgren, Escoula, de Mmes Marie Cazin, de Frumerie, Goloubkine et passons à la Société des Artistes Français (ancien Salon dit des Champs-Elysées).
Là est le dernier rempart des faux principes, de l’éducation malsaine, de la tradition mal comprise et du moulage. Aussi aurons-nous peu à glaner dans cette partie de l’exposition.
Arrêtons-nous tout d’abord devant le Balzac de M. Falguière. Celui de Rodin donnait davantage la sensation du génie dominateur. Le Balzac assis que nous avons sous les yeux ne manque cependant pas de puissance. Il scrute intensément la vie qui grouille autour de lui, mais il la voit de moins haut, avec une moindre généralisation que l’autre, celui de l’an dernier, qui, debout, laissait dédaigneusement déférer à ses pieds la foule méprisante et ignare. Quelqu’un a dit que Falguière avait vu en analyste et Rodin en synthétiste. C’est juste et ces deux formules peuvent être bonnes; les deux grands artistes l’ont prouvé. Ajoutons que M. Falguière exposait aussi cette année le buste de Madame Bréval, l’exquise cantatrice de l’Opéra.
De M. Larche, la Tempête et les Nuées mérite tous les éloges. C’est d’un splendide lyrisme farouche. Le visage de la tempête évoque peut-être trop celui de la Marséillaise de Rude, mais l’ensemble laisse une forte impression et le tourbillon de formes s’enclôt dans un contour général harmoniquement tourmenté.
Le monument à la mémoire de la tragédienne Agar a été confié à M. Henry Cros qui nous donne cette année le buste en marbre sur une cippe emblématique en pâte de verre. Les chairs sont d’un beau modèle, large et sûr.
On sait que M. Gardet est le premier de nos animaliers. C’est une manière de psychologie que la façon dont il rend les expressions des animaux qu’il nous présente. Il expose deux lions, l’un en marbre et l’autre en pierre.
La Nature se dévoilant de M. Barrias ne manque pas d’ingéniosité dans le choix et la disposition des matières somptueuses qui la composent; M. Théophile Barrau montre un buste de femme d’une interprétation serrée; M. Desruelles intéresse avec un pâtre d’une facture et d’un arrangement personnels et je signale les envois de MM. Léon Gaillard, François Captier, Gaspary, Ludwig Guigues et William Pécou.
YVANHOE RAMBOSSON.
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L'ART APPLIQUÉ ET L'ARCHITECTURE AUX SALONS
Un peintre impressionniste connu, que son talent et son caractère défendent du soupçon de jalousie, mais qui, de même que beaucoup de ses confrères, voit en l’ouvrier d’art ce que le pharmacien voit en l’herboriste, nous disait l’autre jour avec quelqu’amertune: «Ils nous ont chassé du Salon!» Ils, les herboristes, les ouvriers d’art.
C’était aller trop loin. A part une unique salle à la Société Nationale des Beaux-Arts (autrement dit, Champ-de-Mars), les objets d’art sont modestement parqués sous le vélum tendu entre les pavillons des deux sociétés. On les tolère à la porte . . . ils y sont quelque chose comme le «marché des pieds-humides» à la Bourse. Et pas le moindre symptôme que cela doive changer; l’importance du bibelot au Salon reste stationnaire depuis plusieurs années. Il n’occupe pas un pouce de plus en 1899 qu’en 1898. Notre ami voyait trop noir, en vérité; et sa mauvaise humeur ne s’expliquerait pas, s’il n’avait d’autre sujet d’ennui que celui-là.
Ce n’est pas au Salon que la peinture peut redouter l’assaut. Elle y tient le sceptre depuis un siècle, et continuera d’y régner. Est-ce que la sculpture — ne parlons pas de l’architecture! — est-ce que la sculpture a jamais pu tirer à elle un morceau, rien qu’un petit morceau de l’attention du public au Salon? On y va quand on est las de piétiner dans les salles de peinture . . . parcequ’il y a des chaises, des bancs commodes, de l’air, de la fraîcheur, des plantes verdoyantes, de l’eau, de la musique. La sculpture ne gâte rien, elle fait même très-bien dans l’ensemble . . . mais combien, dans ce monde élégant — aussi bien que dans celui qui ne l’est pas — s’intéressent à ces œuvres, les regardent même autrement que de leur chaise, en causant?
Dans les arts, la peinture gardera toujours sur le public pris en masse le même prestige que le théâtre dans les lettres, et pour la même raison. Elle est le plus concret de tous, celui qui retrace sous la forme la plus immédiatement saisissable nos joies, nos douleurs, nos mélancolies, nos enthousiasmes. Non-seulement pour les esprits incultes, mais pour toutes les natures incapables de s’élever jusqu’aux hauteurs de la pensée — et ces natures resteront le grand nombre quelque niveau qu’atteigne un jour la culture moyenne des esprits — la pure et simple reproduction, la photographie en couleurs de la scène émouvante restera l’instrument d’émotion par excellence. Vous rappelez-vous ce tableau, il y a cinq ou six ans: une
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jeune mère, une femme du peuple, faisant peser son enfant dans la boutique du boulanger? Ce fut le vrai succès du Salon cette année-là. Toutes les femmes, les mondaines comme les autres, et plus d'un homme aussi s'épanouis- saient de plaisir devant le bébé rose souriant dans le plateau de la balance, la jeune femme rayonnante, la bonne figure paternelle du bou- langer marquant le poids. Ce n'est pas là de l'art? C'est possible. Cela veut dire en tous cas que la peinture possède, pour émouvoir, des armes contre lesquelles on ne saurait lutter. Bonne ou mauvaise, c'est vers ses salles que le public continuera de se diriger au Salon; ou plutôt, le Salon, c'est la peinture. Le temps n'y changera rien.
Ce qui est vrai — et c'est ici que l'amertune du peintre contre l'objet d'art s'explique — c'est que depuis que l'ars minor est remis en honneur, une clientèle vient à lui, et qu'elle se forme au détriment de la peinture. Est-ce un bien ou un mal? Il nous paraît que c'est plutôt indifférent. Que l'amateur collectionne des tableaux, des bibelots, des autographes ou des timbres, selon ses goûts et sa bourse, la terre n'en tournera ni plus ni moins. Que les peintres n'aient pas à se rejouir, cela se comprend; mais qu'y faire? Rien d'autre qu'en prendre son parti.
Nous ne voyons pas grand mal au sort modeste qu'on fait à l'ars minor au Salon. D'abord, cela ne l'empêchera pas de faire son chemin. Puis, à vrai dire, nous ne pensons pas que le côté vraiment intéressant pour tous, vraiment humain de l'ars minor soit celui qui se produit au Salon; ou du moins, celles de ses manifestations réellement susceptibles d'élever le niveau artistique de la vie privée et de la vie publique n'y sont et n'y peuvent être qu'en petit nombre. Il y aurait à établir deux catégories dans ce qu'on nomme «les objets d'art». D'abord, celle des objets sans application aux usages de la vie, ou dont l'application à tel ou tel usage n'est qu'un accessoire secondaire, un semblant. Bons ou mauvais, on ne voit guère en quoi ces objets sont de l'ars minor plutôt que telle sculpture ou tel dessin, à moins que par le volume. Ce décompte fait, il reste un certain nombre, pas élevé, d'objets d'art réellement appliqué, parmi lesquels quelques- uns peuvent fournir un point de départ à l'in- dustrie, qui seule peut épandre le beau dans la vie de la généralité. Au Salon, ceux-ci détonnent plutôt dans le milieu par l'absence à peu près ou tout à fait complète de ce qu'on est habitué à désigner sous le mot d'art; disons la vérité, ils y semblent des intrus. Mais leur portée dépasse l'enceinte du Salon; exposés dans les salles, aux portes ou ailleurs, ils doivent fatalement faire école.
On peut répondre à cela que la présence au Salon d'objets usuels de bon goût est un puis- sant moyen de divulgation, et le meilleur agent de l'avènement d'une conception plus juste, dans l'esprit des masses, de tout ce qu'embrace l'art. D'accord. Conclusion: la question reste ouverte.
Cette année, la classe des objets d'art n'est pas remarquable dans son ensemble. On a beaucoup cherché, beaucoup trouvé pendant quelques années; il faut que cela se tasse. Peut-être aussi les artistes réservent-ils leur effort pour l'Exposition de 1900.
Les céramistes ne se sont mis en frais que tout juste. M. Delaherche, M. Dalpayrat, M. Bigot, M. Dammouse exposent de beaux échantillons de leur art bien connu — si connu qu'il devient difficile d'en parler.
M. Moreau-Nélaton, voisin d'une tuilerie dans ses séjours fréquents à la Tournelle, a pris goût à la céramique, et fait mouler et cuire dans cette modeste usine, avec les terres de la localité, de simples poteries joliment décorées. Après les tons sombres ou morts des grès flammés, c'est une joie pour l'œil que ces fleurs et frondaisons éclatant gaiement en couleurs à la fois vives et tendres — on ne sait trop comment cela se fait — sur le fond jaune-thé adopté par M. Mo- reau-Nélaton — le jaune-thé des Chinois, inédit en Europe jusqu'ici. Avec cela, les dessins d'un peintre qui, dans la circonstance, reste peintre, mais sait qu'il ne doit pas trop le faire sentir . . . juste le point nommé. En un mot, le pimpant de la vieille poterie française, rajeuni par un artiste d'aujourd'hui. Cela fait du bien.
Autre céramiste néophyte, croyons-nous: M. Michel Cazin. La formule de celui-ci est tout le contraire de celle de M. Moreau-Néla- ton: le décor en relief, ton sur ton, sur des grès en grisailles. Il y a de bons effets à tirer de cette manière.
M. St. Lerche a réuni dans une vitrine un grand nombre de ses jolies faïences décorées; il y a joint des appliques en formes de papillons et de libellules, les unes en écaille patinée par places et incrustée de nacre, d'autres en étain également incrusté de nacre ou en faïence à reflets métalliques.
Exposée sous le nom de M. William Lee (surement un sculpteur) on remarque une vitrine de belles céramiques, des grès flammés, à ce qu'il nous paru, de tons sombres, de formes distinguées. Parmi ces pièces, plusieurs sont munies de couvercles métalliques ciselés d'un beau modelé. Ce sont là de vrais et beaux ob- jets d'art, dont on n'empruntera pas facilement la formule à l'auteur.
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Dans le département des verriers, voici d’abord M. Tiffany, dont le somptueux déploiement écrase ses voisins par sa richesse inouïe; c’est vraiment dommage pour M. Koepping, tout petit à côté, en dépit de la ravissante délicatesse de ses verres de table — déjà connus des lecteurs de l’Art Décoratif — et de ses nouveaux flacons, dont le col, s’élançant d’une courte panse, semble l’enlèvement d’une fusée. Revenir à M. Tiffany: des nouveautés auprès desquelles les splendeurs d’avant ne sont plus rien. Cela défie la description. Du reste, toujours américain; le dessin et les formes, bien ou mal, comme cela tombe.
Très-chercheurs, les verriers. Voici, dans leurs rangs, M. Ringel d’Illzach (de Mulhouse) qui montre, sous le nom d’«émaux agglomérés», des médaillons en haut-relief, la plupart de tons foncés, quelques-uns patinés par places. Tel en est le fini, qu’on les jurerait ciselés. Pas du tout; c’est du verre moulé, sans retouches après coup. Les patines sont données par la composition même du moule. Vus par transparence, l’effet est curieux, en tous cas tout nouveau. C’est du vitrail en sculpture, si l’on pouvait ainsi parler. On devine que les objections à l’idée ne manquent pas; mais rien ne dit que l’auteur du procédé ne les levera pas, par la manière dont il l’appliquera. Sait-on jamais?
Passons au métal. En fer forgé, rien à citer. Tout au plus trois ou quatre objets, dont les auteurs en sont encore à se complaire au vieux jeu de patience de façonner un cep de vigne ou un rosier en ce métal. Le résultat paie bien mal leur peine! Du cuivre et du bronze ciselé ou repoussé, rien à dire non plus, sinon de mentionner en passant les jolis travaux de Mme Ericson-Molard et de Mme Beetz. Il est singulier de constater combien l’art du cuivre et du bronze a pris jusqu’ici peu de part, en France, au mouvement de rénovation. Il y a pourtant là de quoi tenter l’artiste! Quelques architectes s’appliquent, à peu près seuls, de rechercher des formes pour les applications usuelles de ces beaux métaux.
L’étain, lui, n’a pas à ce plaindre! Pendant quelques années, sa vogue a tourné au snobisme. On dirait que cela se calme. Au Salon, il est très-peu représenté. M. Baffier expose un service à vin, M. Boucher un pichet et deux chandeliers d’une composition simple mais neuve, M. Brateau quelques petites pièces, et c’est tout . . . du moins tout ce dont on peut parler.
Dans les travaux en métaux nobles, au contraire, ce n’est pas la quantité qui manque; seulement, après avoir fait le triage, il n’en reste pas beaucoup. Citons un encrier de M. Spicer-Simson et plusieurs miroirs à main de M. Jacquin, montés les uns en argent, un autre en ivoire et argent, un autre encore en bronze patiné: objets d’un dessin sobre et ferme, la plupart sans figures ni figurations florales. A marquer parmi les objets d’art appliqué — tel qu’il faudrait le comprendre — qu’on peut voir au Salon.
Du bibelot en argent à l’orfèvrerie, le passage n’est pas long. Ici, l’art français triomphe sur toute la ligne. Il faudrait citer tout, ou à peu près. Aucune branche de l’art appliqué ne s’est transformée si heureusement et si profondément depuis quelques années.
Faut-il l’attribuer à l’instruction artistique professionnelle que le syndicat de l’orfèvrerie s’est attentivement efforcé de développer, ou bien au fait qu’aucune autre branche n’est plus propre à faire valoir les aptitudes naturelles de l’artisan français et ses qualités de tempérament? Probablement l’un et l’autre. Quoi qu’il en soit, quelle richesse, quelle variété et quelle nouveauté de formes à succédé aux vieux clichés d’il y a seulement quelques années! Les petits chefs d’œuvres de bijouterie ne se comptent plus. Même à côté des admirables pièces de M. Lalique, les pendants, les broches, les boucles de M. Foy, de M. Jeanselme, de MM. Beaudouin et Lorant-Heilbronn, de dix autres encore sont des œuvres exquises. Si l’on ajoute aux noms de ces professionnels du bijou ceux d’artistes tels que M. Nocq, M. Prouvé, M. Mangeant, etc., on voit l’orfèvrerie française représentée par une phalange dont on chercherait en vain l’équivalent ailleurs.
M. Victor Prouvé, dont le nom vient d’être prononcé, dépense un talent fécond sous des formes très-diverses; sans parler de sa peinture — et c’est un regret de ne pouvoir le faire, car une de ses toiles du Salon, «Vision d’automne», est d’un sentiment délicieux et pleine de solides qualités de métier, il expose à côté de ses bijoux des reliures en cuir décoré par l’estampage, donnant le relief à certains points, et par la mosaïque, donnant la couleur à d’autres. Ces travaux sont à citer dans l’important contingent que fournit au Salon l’art de la reliure.
Un mot ici de M. Hestaux, bien que les travaux de celui-ci ne soient pas en cuir, mais en bois sculpté: seulement, les bois, teintés de tons propres à l’artiste, prennent un aspect qui se rapproche plutôt de celui du cuir au premier abord. Quelques incrustations de nacre disséminées dans la sculpture achèvent de donner quelque chose de fantastique au catactère de ces objets. Ce sont des plateaux de formes diverses devant — à ce qu’il nous a
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paru — servir de présentoirs ou de porte-cartes que M. Hestaux expose; ce sont de beaux bibelots, traités avec goût et sortant tout-à-fait de la banalité.
Nous arrivons aux décorateurs de surfaces. Aquarelles d'étoffes, de panneaux, de papiers peints, de frises, de papiers de garde . . . etc. Tout cela collé pèle-mêle, cadre contre cadre, le long d'une cloison qui n'en finit pas. Est-ce l'effet de conditions défavorables, dans lesquelles ces travaux se nuisent mutuellement, ou bien sont-ils de qualité inférieure? Nous ne savons; toujours est-il qu'on n'y voit pas grand-chose qui retienne l'attention. Tout juste avons-nous distingué deux fragments de frises en faïence de M. Aubert (dont une vitrine de dentelles polychromes, à une autre place, montre de nouvelles versions de ces ravissants travaux), deux éventails de Mme Ory-Robin, compositions distinguées et témoignant d'un sens juste de la décoration, où les tons verts des tiges et des feuilles du blé, rayonnant du centre à la bordure, sont relevées avec goût sur celle-ci par le jaune des épis; une maquette de store de M. Chanteau, une autre de frise en papier peint de M. Grellet. Evidemment nous en passons . . . tout ne peut tenir en dix lignes.
La solitude des salles d'architecture à l'ancien Salon du Palais de l'Industrie fut toujours proverbiale. Le sol n'en fut jamais foulé qu'à de longs intervalles, par quelque couple explorateur arrivant de province, qu'un mauvais vent poussait à son insu vers ces parages désolés. Et de fait, si l'on excepte les architectes eux-mêmes, qui peut s'intéresser à cette interminable enfilage de chassis couverts de lignes aussi incompréhensibles que les hieroglyphes des temples égyptiens pour qui n'est pas du métier? Et même à ceux qui le sont, que peuvent importer, à cette place, ces reconstitutions de monuments antiques, ces restaurations d'églises et de châteaux du moyen-âge qui remplissent, pour une bonne moitié, les salles d'architecture? Qu'il se dépense en ces travaux une grosse somme de savoir, d'accord; mais par quel point touchent-ils à la production artistique dont le Salon représente l'annuel déploiement? L'érudition et l'art sont deux.
Dans une publication d'architecture, il y a douze ans — un siècle! — nous eumes, au grand scandale des gens du métier ses lecteurs, l'audace de soutenir que le Salon étant la place où l'artiste montre son œuvre au public, l'architecte devrait avant tout viser à rendre les beautés de la sienne tangibles à tous. Evidemment, cela n'est pas facile, et c'est dispendieux. Mais mieux vaut encore, disions-nous,
se contenter d'une exposition de perspectives, de maquettes et de fragments en nature, incomplete, superficielle, mais intéressant tout le monde, que ce déploiement dans le désert de superbes lavis, dont le moindre tort est de faire perdre une somme énorme de peines inutilement, puisqu'en architecture, le dessin ne peut être une œuvre d'art en lui-même, mais seulement l'instrument de communication et d'exécution.
En ce temps-là, la Société Nationale des artistes n'existait pas encore. Quand elle se fonda, un très-petit nombre d'architectes seulement y entra; mais la qualité suppléait. C'étaient des hommes d'avant-garde, M. de Beaudot à leur tête; les remarques qui viennent d'être résumées, ils les avaient faites comme nous, mieux que nous. Ils surent donner une forme intéressante à leur exposition, et si la foule ne se pressa pas dans les deux salles qu'ils occupaient au Champ-de-Mars comme dans celles des peintres, au moins ne les traversait-on pas au pas de course.
Aujourd'hui, la commission de la Société Nationale groupe avec raison avec l'architecture les arts qui d'y rattachent le plus directement, ainsi le meuble et le vitrail. C'est d'autant plus facile que les architectes modernistes, embrassant leur art dans toute son étendue, consacrent à la composition des intérieurs une partie, et non la moindre, de leur talent. Les salles d'architecture sont devenues «amusantes» comme les autres; on y va, on y séjourne. Encore quelques années, et l'on s'efforcera de débrouiller le sens des facheux chassis, maintenant qu'ils se tiennent discrètement à leur place, explication abstraite d'ensembles dont les fragments en nature frappent et retiennent d'abord.
MM. Ch. Plumet et Tony Selmersheim exposent la décoration murale et les meubles d'une salle à manger, incontestablement une de leurs meilleures œuvres. Peu d'artistes ont de l'art domestique une conception si juste que MM. Plumet et Tony Selmersheim. La dose de décoration sculpturale et picturale convenant à un intérieur, et à chacun des objets qui le composent, est réglée par eux avec la sûreté du chimiste pesant les ingrédients d'un mélange sur la balance de précision. Il n'y a pas un détail de trop, ni de trop peu. Avec l'élégance du dessin, et la traduction judicieuse des convenances des fonctions, leurs travaux donnent un des types de l'intérieur confortable, élégant et de bon goût.
M. Henri Sauvage peut aussi prétendre au titre de représentant des traditions françaises dans le meuble moderne. Son «cabinet de musicien» de cette année n'est pas une œuvre
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très-importante comme volume, et peut-être M. Henri Sauvage a-t-il pu déployer plus complètement ailleurs son juste sens de l'art domestique et ses qualités de dessin; néanmoins, ces meubles sont d'un excellent esprit, et plusieurs de leurs détails — les parties en bronze par exemple — tout-à-fait gracieux.
M. Pierre Selmersheim, en grand progrès, expose notamment un lit bas dont l'ensemble est bien venu, et certaines parties remarquables, en particulier le pied. A d'autres places, un peu d'exubérance peut-être, qu'expliquent les vingt-cinq ans de M. Pierre Selmersheim . . . et qui passera comme eux. Le dessus de lit et une jolie frise florale qui surmonte le fond dénotent le goût et la facilité de M. Pierre Selmersheim comme décorateur de surfaces.
Un autre jeune architecte, M. Fagnan, étale un grand meuble d'antichambre qui ne manque pas d'invention, ni de qualités de dessin. Mais trop de lignes, trop de bras . . . cela n'est pas du bois découpé, et en a l'air. Quand M. Fagnan aura reconnu qu'il faut simplifier, il fera de très-bonnes choses.
La manière de M. G. Serrurier s'est un peu transformée dans l'ensemble qu'il nous montre cette année (une salle à manger). Le caractère de simplicité subsiste, mais relevé maintenant par quelque recherche du détail. M. Serrurier garde du reste dans cette recherche la sobriété dont on ne saurait sortir sans altérer le caractère domestique auquel il tend avant tout, avec raison; l'abondance et le trop grand développement des appliques en cuivre dont ses meubles sont garnis donnent seuls une note détonnante. La prépondérance accordée à un moyen de décoration si artificiel n'est pas sans surprendre chez un artiste d'un goût ordinairement sûr.
M. Bellery-Desfontaines, peintre et sculpteur, nous transporte vers une conception d'art toute différente. Ici, l'allégorie règne sur toute la ligne. Oiseaux nocturnes sculptés aux pieds, figure du silence marquettée à la tête. Nous sourions des Cupidons et des flambeaux d'hyménée de nos grand-pères; prenons garde de tomber de Charybde en Scylla. On ne peut cependant dire que l'objet usuel ne soit ici qu'un prétexte à beaux-arts, comme nous ferons tout-à-l'heure dans le cas de M. Carabin. M. Bellery-Desfontaines se montre au contraire soucieux de faire ressortir chaque point d'une bonne construction, d'accuser les fonctions, de rendre même l'objet pratique en son emploi. Mais en même temps, tous les moyens de décoration imaginables s'y donnent rendez-vous, donnant à son caractère on ne sait quoi d'insolite. Chaque partie est parfaite, l'ensemble n'est qu'étrange. Pourquoi? c'est difficile à définir; il y a là matière à méditation sur quelque obscure loi d'unité.
M. Carabin, lui, n'essaie point de dissimuler. Il a le courage de son opinion. Pour lui, un meuble, c'est une femme sculptée en bois — et joliment bien sculptée, car sur ce terrain-là, M. Carabin n'a personne à redouter! — le reste ne compte pas, on le donne par-dessus le marché. Il fut un temps où cela nous paraissait un défi au bon sens. Mais on se fait à tout — et la franchise de M. Carabin désarme la critique. Pour peu qu'il confine sa manière d'entendre l'art appliqué à des fantaisies telle que celles qu'il nous montre cette année, où la femme tient entrouvert un carton dressé contre la table où l'on déposera les papiers qu'on en tire, nous la trouverons pleine d'esprit; ces bibelots gigantesques ne nous sembleront pas plus déplacés dans un milieu de taille proportionnée à la leur que ceux d'échelle moindre dans une pièce de grandeur ordinaire. Malheureusement, les cas sont rares; où le meuble puisse se réduire à un simple jeu d'esprit; M. Carabin n'a pas beaucoup de chances de doubler la demi-douzaine.
Pour en finir avec le meuble, il faut citer encore M. Majorelle. M. Majorelle n'a envoyé cette année que deux meubles de salon, qu'on ne saurait ranger parmi ses meilleures productions. Il se réserve probablement pour 1900.
Dans le vitrail, peu d'envois cette année. Deux cartons de M. Brangwyn, qui expose à une autre place d'intéressants tapis. M. Félix Gaudin nous montre une vaste composition de M. Tardieu, destinée à l'hôtel-de-ville de Dunkerque et représentant Jean Bart reçu par les autorités de sa ville natale après la victoire du Texel. Nous n'avons à parler de cette œuvre d'art officiel que pour en reconnaître les belles qualités d'exécution. Le joli dessin d'un panneau de M. Bourgeot, mis en valeur par la gamme de rutilances des verres, et l'harmonieuse distinction d'un autre panneau de M. Guérin nous touchent davantage; ces œuvres permettent d'attendre beaucoup de ces jeunes artistes.
Enfin, parmi les dessins d'architectes, — peu nombreux à la Société Nationale des artistes — énumérons ceux de M. Benouville, de M. Plumet, de M. Gardelle. Quant à ceux de la Société des artistes français, ils sont trop . . . et c'est toujours la même chose.
Faut-il une conclusion? Nous l'avons dite en commençant. Pour l'art appliqué, Salon d'attente, tout juste intéressant. Beaucoup d'absents, encore plus de redites. Attendons.
G. M. JACQUES.
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L'ART DÉCORATIF
NOS ILLUSTRATIONS
Les illustrations de ce numéro, outre celles du Salon, se rapportent à l'Exposition des beaux-arts et d'art appliqué ouverte à Dresde depuis le 1er mai. La section d'art appliqué, qui nous intéresse le plus particulièrement, présente une différence de caractère frappante avec les expositions françaises de même nature. Elle donne immédiatement l'impression qu'en Allemagne, la grande majorité de ceux qui s'occupent d'art appliqué l'entendent dans un sens beaucoup plus directement pratique, plus apte à entrer dans la vie courante et à se généraliser que les artistes français. Quoi qu'on puisse penser de la valeur artistique proprement dite des créations nouvelles de l'Allemagne, elle a le mérite d'être le pays qui vulgarise le premier l'art vraiment appliqué, de même qu'elle a été premier en Europe où le téléphone, la traction électrique, en un mot presque tous les grands progrès accomplis depuis un quart de siècle se sont répandus d'une manière générale.
On ne pourrait dire que l'Allemagne aie complètement réussi, jusqu'ici, à se créer un art appliqué national. Mais elle y tend et n'est pas loin du but; les formules de ses artistes se précisent de jour en jour davantage, et le lien commun qui les rattache devient de plus en plus visible.
Les artistes de Munich tiennent une grande place à l'exposition dans la section d'art appliqué. Parmi eux, l'on trouve d'abord M. Riemerschmid, dont le salon de musique est fort caractéristique: une vaste pièce, un peu nue si l'on devait la juger au point de vue de nos idées françaises, mais formant bien le cadre des réunions de famille et d'amis dans un pays où le caractère de ces réunions est si différent de ce qu'elles sont dans le nôtre. Un des coins de la pièce est occupé par le parquet des musiciens, élevé d'une marche au-dessus du sol du reste de la pièce; le piano, les pupitres et les sièges du quatuor y sont placés commodément. Ces meubles, comme ceux du salon proprement dit, ne manquent pas de distinction dans leur simplicité. La frise sur laquelle M. Riemerschmid a concentré l'intérêt de la décoration murale, comme il convient, paraît un peu grêle de lignes, de même que le dispositif d'éclairage électrique dans lequel l'artiste a voulu mettre sincèrement les conducteurs en évidence. La tentative est louable, mais on ne pourrait dire qu'elle soit couronnée de succès. Elle ouvre en tous cas une voie qui n'est pas une impasse.
La chambre à coucher de M. Pankok, avec beaucoup plus de recherche, est moins heureuse. Les travaux exposés par M. Bertsch, Gross, v. Berlepsch et d'autres présentent des intérêts divers, sans qu'aucun soit d'une importance décisive: c'est l'acheminement d'hommes de talent vers quelque chose de plus définitif. Parmi beaucoup d'autres objets, il faut citer la frise de M. Ubbelohde pour chambre d'enfants, dans laquelle l'auteur a eu l'idée ingénieuse de tirer ses sujets de contes enfantins populaires.
L'architecture privée actuelle, aux Etats-Unis, est assez disparate dans son ensemble. Il faut y distinguer trois classes de constructions.
D'abord, les gigantesques bâtiments dans lesquels les bureaux de maisons de commerce, de journaux, de compagnies d'assurances, en un mot de tout ce qui s'occupe de «make money», c'est-à-dire de tout le monde, s'entassent du premier jusqu'au quinzième étage. Nous n'avons pas à en parler ici.
Viennent ensuite les résidences privées dans les villes, ce que nous appellerions les hôtels particuliers. En définir le caractère serait malaisé, pour la bonne raison qu'il n'y en a pas, ou du moins, qu'il varie de maison à maison. Si l'on voulait y trouver un trait commun, il faudrait le chercher dans le style néo-roman dont l'église de la Trinité, construite à Boston vers 1870 par le plus renommé des architectes américains, Richardson, a été le point de départ. Ce style est devenu depuis celui d'un très-grand nombre d'édifices religieux et civils; puis certains architectes ont voulu l'étendre aux constructions privées. Il est rare aujourd'hui qu'on n'en retrouve pas quelque chose dans la manière de chaque architecte, encore que la plupart de ceux-ci cherchent à se rendre le plus indépendants des précédents qu'il est possible. Du reste, l'architecte américain, dans cette recherche d'indépendance, semble rarement guidé par les lois fondamentales de l'art; aussi, la plupart de leurs œuvres donnent l'impression d'un mélange d'un peu de tout, souvent ingénieux, hardi surtout, mais sans aucune pensée réellement nouvelle.
Ce qu'il y a de vraiment à eux et de vraiment moderne dans l'architecture des Américains, ce sont leurs maisons de faubourg et de campagne. Rien n'est plus pittoresque et en même temps mieux entendu; rien non plus ne donne mieux l'expression du «home». En commençant par se départir absolument de toute règle de symétrie à l'extérieur dans l'unique but de garder une liberté complète dans l'arrangement du plan, les architectes américains ont trouvé la beauté sans la chercher. Serait-ce qu'un point de départ vrai y conduit fatalement?
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SALON DE 1899
A. FALGUIÈRE À PARIS
STATUE DE BALZAC
L'ART DÉCORATIF. No. 9.
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L'ART DÉCORATIF
A. RODIN À PARIS
BUSTE DU SCULPTEUR FALGUIÈRE
SALON DE 1899
A. RODIN À PARIS
GROUPE EN BRONZE
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Page 11
$\text{A. RODIN}$
A. RODIN À PARIS SOCLE D'UN MONUMENT POUR LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
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