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L'AMOVR DE L'ART BACCHVS VINGT-NEUVIÈME ANNÉE --- MURCAI
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L'AMOVR DE L'ART BACCHVS VINGT-NEUVIÈME ANNÉE --- MURCAI
LES IMPRIMERIES PAUL DUPONT TYPOGRAPHIE OFFSET HÉLIOGRAVURE --- 12 RUE DU BAC D'ASNIÈRES CLICHY SEINE TÉLÉPHONE PEREIRE 48-60
Maison fondée en 1760 Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous votre toit. BRILLAT-SAVARIN CAFÉS CAVE RENOMMÉE SPÉCIALITÉS GASTRONOMIQUES FRANÇAISES Maison Corcellet 18, Avenue de l’Opéra Tél. : OPERA 33.33 et la suite Succursale 116, Avenue Victor-Hugo Tél. : PASSY 64.10 S.A.R.L.
Ariane, consolée et séduite par Bacchus, lui remit le fil qui conduit de Naxos $\mathcal{R}$ chez LASSERRE 17, AVENUE FRANKLIN-ROOSEVELT ÉLYSÉES 53-43 et ÉLYSÉES 67-45 UNE CUISINE UN SERVICE UN CADRE dignes de vous
Revue d'art - Vingt-neuvième année Nouvelle Série numéros 40, 41 et 42 L'AMOVR DE L'ART DIRECTEUR Germain Bazin, Conservateur au Musée du Louvre. SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION Gisèle Polaillon-Kerven. COMITÉ DE DIRECTION Président : René Huyghe, Conservateur en chef des Peintures et des Dessins au Musée du Louvre. Membres : M. Dubail, M. Florisoone, Louis Chéronnet, J.-Ch. Moreux, M. Raual, P. Rophe. DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ DIFFUSION PARIS ET PROVINCE 4, rue du Bouloi, Paris 1er - Gut. 26-50. ADMINISTRATEUR Joseph M. Trias. DIFFUSION ÉTRANGER Coopérative des Messageries d'Art et d'Élégance. - 18, rue d'Enghien, Paris Xe - Pro. 15-21. DÉPOT DE VENTE EN BELGIQUE Agence et Messageries de la Presse, 14-22, rue du Persil, Bruxelles. DÉPOT DE VENTE EN SUISSE Inter-Editions, 17, rue de la Louve, Lausanne. DÉPOT DE VENTE AU BRÉSIL Agencia Francesa de Assinaturas, Avenida Almivante Burroso, Rio de Janeiro. DÉPOT DE VENTE POUR L'AMÉRIQUE CENTRALE S. Dubail de Santamaria - Calle 17, n° 5-43. Apartado 984, Bogota (Colombie). ABONNEMENTS France : 4 numéros : 1.500 frs. Étranger : 4 numéros : Union Postal 2.050 frs. — Autres Pays 2.250 frs. Envoi recommandé compris. NUMÉROS SPÉCIAUX PARUS « La Tapisserie Française. » 52 pages, impression 2 couleurs, nombreuses illustrations dont 4 en quadrichromie : 225 frs. « La Vénéré dans l'Art. » (Épuisé.) 72 pages, impression 2 couleurs, abondamment illustré, 18 autochromies dont 2 en hors-texte : 400 frs. « Lugdunum. » 76 pages avec plus de 100 illustrations et une introduction du Président Edouard Herriot : 250 frs. « L'Impressionnisme. » 104 pages, nombreuses illustrations et 4 quadrichromies dont 2 en pleine page : 500 frs. « L'Inde. » 88 pages, nombreuses illustrations, couverture en 3 couleurs, collaborateurs Anglais et Français : 400 frs. « Parures et Bijoux. » 84 pages, nombreuses illustrations, 3 hors-texte dont 2 en quadrichromie et 1 au pochoir, couverture 3 couleurs : 400 frs. « L'intérieur Moderne. » 96 pages, abondamment illustré, 2 quadrichromies et 1 encart papier peint, couverture 3 couleurs : 450 frs. « La Mesure du Temps. » 96 pages, impression 2 couleurs, nombreuses illustrations, couverture 3 couleurs : 450 frs. « L'Égypte. » (Épuisé.) 104 pages, nombreuses illustrations, 3 quadrichromies, couverture gaufrée 3 couleurs : 500 frs. « Le Cinéma. » 120 pages, dont 24 en hélio, 40 en 2 couleurs, nombreuses illustrations : 380 frs. LE PROCHAIN NUMÉRO « Fleurs et Parfums. » ÉDITE PAR LA SOCIÉTÉ DES PUBLICATIONS PÉRIODIQUES DE L'I.P.D. 4, Rue du Bouloi, Paris 1er C.C. Postaux : Paris N° 3333-70 Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés pour tous les pays, Copyright by Société des Publications Périodiques de l'I.P.D.
--- Harmoniedu Goût --- Liqueurs --- françaises ---
SOMMAIRE De Dionysos à Bacchus • • • • JEAN CHARBONNEAUX Conservateur en Chef au Musée du Louvre. Les grandes étapes historiques du vin ANDRÉ L. SIMON Président de la Wine and Food Society. La manière de boire à travers la peinture • • • • • • • • GERMAIN BAZIN Conservateur au Musée du Louvre. Le cortège de Dionysos • • • PIERRE DEVAMBEZ Conservateur au Musée du Louvre. La grande tenture de Bourgogne • JEAN LURÇAT Aux sources de la vigne • • • JEANNINE AUBOYER Assistante au Musée Guimet. La vigne et le vin mystiques • • MIRCEA ELIADE Châteaux de vigne • • • • ERNEST DE GANAY Riquewihr, une cité de vin • • JEAN HUGEL Maire de Riquewihr. Le vin et les rois • • • • • • LÉON DOUARCHE Vice-Président de la Société des Viticulteurs de France. La cave de Toutankhamon • • CH. DESROCHES NOBLECOURT Conservateur au Musée du Louvre. De Bacchus à la Paulée • • • MARCEL MAGET Conservateur au Musée des Arts et Traditions Populaires. Confréries bachiques • • • • • GEORGES ROZET Historiographe de la Confrérie du Tastevin. La philosophie de la cave • • CAMILLE RODIER Grand Chancelier de la Confrérie du Tastevin. Le vase à boire • • • • • • MICHEL FARÉ Conservateur au Musée des Arts Décoratifs. La vigne et l’Art en Bordelais • DANIEL QUERRE L’orchestration bachique en gastronomie. --- BACCHUS NUMÉRO RÉALISÉ SOUS LE PATRONAGE DE LA COMMISSION D'EXPORTATION DES VINS DE FRANCE
de Dionysos Si l'on remonte vers les origines, il semble bien que le culte dionysiaque soit venu en Grèce de deux directions principales, d'abord, de Crete, sans doute à l'époque préhellénique et, beaucoup plus tard, de Thrace. Et tout porte à croire que ces deux courants avaient une source commune en Asie Mineure. Le caractère préhellénique de Dionysos est attesté par plusieurs traits de la légende; il apparaît nettement, en particulier, dans l'épisode de la rencontre avec les pirates tyrrhéniens, tel qu'il est raconté dans un des hymnes homériques à Dionysos. Ayant aperçu le jeune dieu sur un promontoire, les pirates débarquent, l'enlèvent, le transportent sur leur navire et reprennent la mer. « Mais bientôt, dit le poète, des prodiges apparurent à leurs yeux. Tout d'abord, ce fut du vin, doux breuvage parfumé, qui se répandit sur le rapide vaisseau noir et une odeur divine s'en exhalait : à cette vue, la terreur s'empara de tous les marins. Aussitôt un pampre se déploya de chaque côté, jusqu'en haut de la voile dont on voyait pendre de nombreuses grappes; puis un sombre lierre chargé de fleurs vint s'enrouler autour du mat; des fruits charmants y poussaient et les chevilles des rames avaient toutes des couronnes. À cette vue, les marins pressaient le pilote de se rapprocher de la terre; mais alors le dieu devint sous leurs yeux un lion effroyable qui, en plein navire, sur le tillac, poussa de grands rugissements; puis, au beau milieu, il suscita un ours au cou velu pour signifier sa puissance. Furieux, la bête se dressa tandis que le lion, en haut du tillac, lançait des regards terrifiants et torves : ils s'enfuirent vers la poupe et vinrent, épouvantés, se grouper autour du pilote qui gardait son sang-froid. Mais le lion bondit soudain et saisit le capitaine; pour échapper à ce triste sort, les autres, en le voyant, sautèrent tous ensemble hors du navire dans la mer divine et y devinrent des dauphins ». (Trad. Humbert). Ce qui est caractéristique dans l'épisode des pirates tyrrhéniens, c'est cette étonnante succession de miracles et de métamorphoses. Certes, tous les dieux grecs jouissaient du pouvoir de métamorphose, mais ils s'en servaient ordinairement comme d'un expédient pour dissimuler leur personnalité. Or le choix de la forme sous laquelle le dieu se cache apparaît souvent absurde — par exemple, quand Zeus se change en cygne pour séduire Léda ou en taureau pour ravir Europe. Il semble donc que les métamorphoses soient, dans la mythologie grecque, la survivance incomprise de manifestations divines appartenant à un état antérieur de la religion. Cette explication se trouve confirmée par le récit que l'on vient de lire. En effet, le dieu ne cherche pas à se dissimuler ici sous une apparence trompeuse; il se manifeste, au contraire, de façon significative. L'auteur de l'hymne, qui n'est d'ailleurs pas antérieur au ve siècle av. J.-C., a mal interprété les prodiges accomplis par Dionysos; il n'y a vu qu'un mode de défense ou de contre-attaque suivant la méthode ordinaire des écrivains grecs traitant des anciennes légendes, et qui consiste à ratio-
à Bacchus par Jean CHARBONNEAUX Conservateur en Chef au Musée du Louvre --- À gauche : Bacchus enfant. Statuette en bronze, d'époque gallo-romaine. (Fouilles de Vertault). Musée de Châtillon-sur-Seine. (Photo Giraudon.) Médaille : Dionysos barbu. Monnaie grecque de Sicile, fin du VIe siècle après Jésus-Christ. Bas-relief : Visite de Dionysos au poète dramatique. Époque hellénistique. Musée de Naples. (Photo Alinari.) --- naliser l'irrationnel. Mais on peut douter de l'efficacité de ces armes poétiques et gastronomiques que sont le vin, la vigne et le lierre fleuri. Et l'on croira plutôt que dans le récit folklorique, arrangé par l'auteur du poème, il s'agissait bel et bien des « épiphanies » de la divinité crétoise, selon les formes de l'antique religion naturiste : le dieu de la fertilité végétale et de la fécondité animale apparaît successivement ou même simultanément sous l'apparence de l'arbre ou de l'animal. Malgré l'incompréhension de son auteur, l'hymne nous apporte donc un témoignage précieux concernant le polymorphisme des divinités préhelléniques en même temps qu'il met en lumière l'origine d'une des sources de la religion dionysiaque. Un autre épisode de la légende rattache Dionysos à la Crète préhellénique, celui de son mariage avec Ariane, fille de Minos. Le dieu a rencontré la princesse crétoise, endormie sur le rivage de Naxos où Thésée l'avait abandonnée ; il s'est épris d'elle et l'a épousée. Or, les habitants de Naxos, dans leur culte, distinguaient deux Arianes : l'une était la compagne de Thésée, morte dans leur île ; ils la célébraient dans une fête de deuil et de tristesse ; la seconde était l'épouse de Dionysos, on lui consacrait de joyeuses cérémonies. Ce dédoublement d'Ariane montre que les Naxiens de l'époque historique ne comprenaient plus le double aspect de la divinité préhellénique, divinité saisonnière qui meurt — ou s'endort — pour renaître, comme la végétation. Il en était de même pour Dionysos : le dieu crétois Zagreus, qui était honoré par les confrères orphiques, avait été, disait-on, déchiré par les Titans et ressuscité par Zeus ; or Zagreus s'est confondu avec Dionysos. S'il est vrai que la religion dionysiaque a ses racines dans les plus anciennes traditions, comment se fait-il qu'elle ait subi une éclipse pendant l'époque homérique et que les héros de l'Iliade et de l'Odyssée, buveurs de vin et mangeurs de pain, ne connaissent pas plus Dionysos, dieu de la grappe que Déméter, déesse de l'épi ? C'est que les dieux d'Homère sont à l'image de l'aristocratie guerrière qui a régné sur les pays grecs après la chute de l'empire mycénien et à qui l'épopée était destinée ; querelleurs et rusés, tyranniques et oisifs, ces Olympiens sont trop humains pour admettre dans leur société les divinités de la terre, intimement liées à la vie de la nature. Mais la religion préhellénique continuait de vivre dans les couches profondes de la population et Dionysos, aussi bien que Déméter, allait prendre de belles revanches. C'est en Béotie, où s'étaient conservées de façon particulièrement tenace les traditions créto-mycéniennes que s'est formée la légende classique de Dionysos. Dès le VIIIe siècle, Hésiode, poète paysan, en trace dans ses poèmes les traits essentiels. Un passage de l'épopée rustique, les Travaux et les Jours, présente Dionysos comme le dieu du vin : > « Quand Orion et Sirius auront atteint le milieu du ciel et qu’Aurore aux doigts de rose pourra voir Arcturus, alors, Persès, cueille et rapporte chez toi toutes les grappes. Expose-les au soleil, dix jours et dix
En haut : Dionysos archaïque barbu. Vase du VIe siècle. Musée de Tarquinia. En bas : Le Dionysos hellénistique. Thasos. IIIe siècle avant Jésus-Christ. nuits, mets-les à l'ombre pendant cinq. Le sixième jour, puise et mets dans tes vases les dons de Dionysos riche en joies ». D'autre part, nous trouvons brièvement résumés dans la Théogonie les deux épisodes les plus importants de la légende dionysiaque; le premier introduit Dionysos dans l'Olympe grec comme fils de Zeus, le second le rattache à la Crète préhellénique comme époux d'Ariane : « Sémélé, fille de Cadmos, unie d'amour à Zeus, lui donna un fils illustre, Dionysos, riche en joies, Immortel né d'une mortelle... « Dionysos aux cheveux d'or prit pour florissante épouse la blonde Ariane, la fille de Minos que le fils de Cronos a soustraite à jamais à la mort et à la vieillesse. » (Trad. Mazon). La légende de Dionysos, comme toutes les légendes grecques, s'est enrichie considérablement au cours des temps et il n'est pas facile de déceler la provenance et la date des apports nouveaux. En outre, il est évident que les parties anciennes du mythe ont été arrangées suivant les exigences de l'esprit grec comme nous l'avons vu déjà à propos de l'épisode des pirates tyrhéliens. Les récits les plus intéressants sont ceux qui révèlent la nature du dieu ou qui ont trait à la propagation de son culte. Selon la version classique de la légende, Thèbes est la patrie de Dionysos. Sa mère, séduite par Zeus, était thébaine, fille de Cadmos et d'Harmonie. Son nom — Sémélé — semble révéler au delà de cette filiation mythique, une antique déesse du sol et de la végétation. Menacé par la jalousie d'Héra, l'enfant à peine né est caché dans la cuisse de Zeus, d'où il est extrait par Ilithye, déesse des accouchements, et porté par Hermès aux Nymphes de Nysa — il s'agit d'une région montagneuse située, sans doute, au Nord de la Grèce. Il est élevé en pleine nature sauvage par Silène, démon rustique, ou Pan, dieu pastoral. Devenu grand, il se met à voyager; et des épisodes dramatiques, où se reproduisent les mêmes résistances, les mêmes violences et les mêmes miracles jalonnent son avance à travers le monde grec. Dionysos se heurte en Thrace au roi Lycurgue qui l'oblige à se réfugier dans la mer, auprès de Thétis. Le roi emprisonne les Bacchantes mais il est frappé d'égarément, tue son fils Dryas qu'il prend pour un cep de vigne et finit piétiné dans le Pangée par des chevaux sauvages. À Orchomène, au nord de la Béotie, ce sont les trois filles du roi Minyas qui refusent d'entrer dans la ronde dionysiaque. Le dieu les rend folles en se transformant en taureau, en lion, en panthère; l'une d'elles déchire son fils de ses mains et finalement toutes trois sont métamorphosées en oiseaux de nuit. Dans sa patrie même, Dionysos est emprisonné par le roi de Thèbes Penthée. Il se libère lui-même. Agavé, mère du roi et ses compagnes, conquises par le dieu et saisies par le délire bachique, gagnent le Cithéron pour y célébrer les orgies divines. Penthée, qui les a suivies, est mis en pièces par sa propre mère. C'est cette aventure thébaine qu'Euripide a mise en scène dans ses Bacchantes. Il y a dans ces épisodes, avec quelques souvenirs des traditions préhelléniques — les métamorphoses — une atmosphère de violence étrange et sauvage qui est celle du culte originaire de Thrace. C'est, sans doute, vers le VIIIe siècle av. J.-C. que s'est répandue en Grèce, «comme une épidémie », la vague de mysticisme dionysiaque, venue des régions situées au Nord de la Grèce. Ce Dionysos thrace, élevé dans la montagne parmi les petites divinités rustiques, parmi les démons des sources et des bois, est un dieu de la nature sauvage; il est aussi le dieu des boissons fermentées (à l'origine, plutôt de la bière que du vin). En Grèce, il se confond avec l'ancien dieu du monde souterrain et de la végétation. Il devient ou il redevient planteur de vigne et inventeur du vin. Tel il apparaît en Attique, dans la légende qui le montre visitant le roi Icarios et offrant à son hôte un cep de vigne; l'histoire, ici encore, finit mal, car les bergers du roi, enivrés par la boisson nouvelle, massacrent Icarios. Cette chaîne de légendes atteste clairement les résistances qu'à rencontrée la religion dionysiaque en même temps que l'irrésistible puissance du dieu faiseur de miracles et propagateur du délire mystique. Les termes grecs qui expriment l'effet produit par la pratique du culte sont significatifs : c'est l'extase — évansion de soi-même — et l'enthousiasme — possession divine. Il semble qu'à l'origine les boissons fermentées n'ont pas eu la part la plus importante dans l'ivresse mystique; ce sont les danses tournoyantes
à tête renversée, analogues à celles des derviches tourneurs, qui provoquaient l'extase. Mais dans la Grèce centrale et surtout en Attique, la religion dionysiaque s'est organisée et développée autour de la culture de la vigne et de la fabrication du vin; elle comportait, à Athènes, une série de fêtes dont l'importance et l'éclat n'ont cessé de s'accroître au cours du vi $^{\text{e}}$ et du v $^{\text{e}}$ siècle. Le culte de Dionysos était essentiellement populaire, à la différence de celui d'Athéna, où l'aristocratie tenait le rôle principal. C'est pour parer au danger des pratiques secrètes, au dérèglement et aux violences du mysticisme dionysiaque que les hommes d'État d'Athènes ont développé l'aspect extérieur du culte et mis l'accent sur la célébration de la vigne et du vin; les processions joyeuses et les grosses beuveries étaient moins inquiétantes que les « orgies » secrètes des initiés. A quoi s'ajoutèrent dans la seconde moitié du vi $^{\text{e}}$ siècle, les spectacles de théâtre donnés aux Dionysies du printemps. La signification profonde du drame antique — quels qu'en aient été au cours des temps les développements profanes — apparaît nettement si l'on se réfère à la fameuse théorie aristotélicienne de la Catharsis : l'émotion artificielle provoquée par la tragédie agit comme une purgation de l'âme qu'elle libère de son trop plein de passions. C'est en somme, sur le plan spirituel, le principe de l'abéc de fixation. Le succès extraordinaire de la religion dionysiaque se reflète dans l'imagerie surabondante que nous offrent les vases et les figurines de terre cuite, de bronze, de métal précieux ainsi que les reliefs et les statues de marbre. L'iconographie de Dionysos se distingue nettement de celle des autres divinités grecques. Très fréquente dans les arts mineurs, l'image du dieu jusqu'au iv $^{\text{e}}$ siècle apparaît rarement dans la grande statuaire — ce qui correspond au caractère populaire du culte. D'autre part, le dieu se présente le plus souvent non pas seul mais accompagne des membres de son thiasé, Satyres et Ménades — c'est que sa doctrine se propage par formation de groupes et manifestations collectives. Enfin, l'art antique nous montre Dionysos à tous les âges de la vie, de la petite enfance à la vieillesse — en accord avec sa nature de dieu saisonnier, de dieu qui meurt et qui revit. Les influences orientales qui se sont fait sentir de bonne heure dans le culte de Dionysos ont imposé d'abord l'image d'un dieu ou d'un roi asiatique barbu, aux longs cheveux couronnés de lierre, vêtu d'une tunique longue et d'un manteau. Ce type s'est maintenu seul pendant toute l'époque archaïque. En Attique d'ailleurs et dans d'autres régions de la Grèce, on se contentait souvent d'un simple tronc d'arbre auquel on accrochait le masque barbu du dieu. Cette très ancienne forme de figuration religieuse fait comprendre la signification et la vertu du masque de théâtre qui confère à l'acteur la personnalité de son personnage. A l'époque classique, dans le temps même où le culte dionysiaque s'assagit et prend rang parmi les cultes officiels de la cité, on voit apparaître le type juvénile, pareil à celui d'Hermès ou d'Apollon, autres fils adulterins du maître de l'Olympe. Il est possible que l'image de Dionysos enfant ait été conçue aussi dès le v $^{\text{e}}$ siècle et qu'elle ait figuré sur les vases minuscules que l'on donnait aux tout petits quand ils étaient consacrés au dieu et couronnés de fleurs, lors de la fête printanière des Anthestéries. En tout cas, le célèbre groupe de Praxitèle à Olympie nous présente vers le milieu du iv $^{\text{e}}$ siècle, l'enfant Dionysos porté par son grand frère Hermes qui lui tend une grappe de raisin. D'autres groupes apparaissent vers le même temps ou au début de l'époque hellénistique : Dionysos adulte y est figuré s'appuyant à un jeune satyre ou enlaçant son épouse Ariane. Toutes ces figurations du dieu témoignent des enrichissements dont la sensibilité et l'art grecs sont redevables au culte dionysiaque. Toutes les formes de la tendresse — familiale, conjugale, amicale — exaltées par le dieu de la vigne, ont pu, grâce à lui, s'exprimer au grand jour. On ne saurait donc s'étonner si, à l'époque hellénistique, dans le déclin des institutions et des cultes civiques, les habitants du monde grec se sont tournés de préférence vers une religion moins extérieure, plus intime, plus consolante que celle des Olympiens installés, une fois pour toutes, dans leur égoïsme céleste. Durant cette période d'ailleurs, la religion du peuple est aussi la religion des rois. L'impulsion est venue d'Alexandre le Grand, élevé lui-même en Macédoine dans un ardent climat bachique et considéré comme fils de Dionysos. Ptolémée IV tenta même d'imposer Dionysos comme divinité unique et universelle, espérant gagner les Juifs par la confusion de Sabaoth et de Sabazios (l'un des noms de son dieu). Dans l'art officiel comme dans l'art populaire, on voit se multiplier les images du Dionysos juvénile, du couple divin et de ses compagnons, Bacchantes et Satyres. L'Italie à son tour est en proie à la contagion dionysiaque; le fameux procès des Bacchanale en 186 av. J.-C. en porte témoignage. Malgré la sévérité des mesures de répression dirigées contre les sectes bachiques, le dieu venu du monde grec et qui s'était confondu, sous le nom de Bacchus, avec le Liber latin, reçoit comme dieu du vin l'hommage enthousiaste des poètes et, comme maître des mystères, l'adhésion fervente de tous ceux qui, dans le désarroi des vieilles institutions, reportent leurs espérances de bonheur dans l'au-delà. Et ce succès ne se dément pas après l'établissement de l'empire : aucune légende n'est plus fréquemment représentée que celle de Bacchus sur les sarcophages du ii $^{\text{e}}$ et du iii $^{\text{e}}$ siècle après J.-C. Quand on visite la nécropole païenne récemment découverte sous la basilique de Saint-Pierre, à Rome, on ne peut s'empêcher d'être frappé de la surabondance des images dionysiaques et l'on songe que la vigne, devenue la « vraie vigne », est le plus riche des symboles que le christianisme ait emprunté au paganisme. Une guirlande de pampres unit à la foi nouvelle l'antique religion d'espoir et de tendresse. En haut: Dionysos accompagné d'un Satyre. Groupe d'époque hellénistique. (Photo Braum). En bas : La panthère du cortège de Bacchus. Mosaïque. Musée de Naples. (Photo Giraudon)

Cet ouvrage, numéro 29 de la collection « L'Amour de l'art », explore le thème de Bacchus à travers l'histoire, l'art et la culture. Il aborde les origines du culte dionysiaque, son évolution, ainsi que sa représentation dans la peinture et les traditions. Le contenu inclut des articles sur l'histoire du vin, les pratiques de dégustation, les châteaux viticoles, et des aspects mystiques et philosophiques liés à la vigne et au vin.