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GLACES ET VERRES N° 76 — Juillet 1944
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GLACES ET VERRES N° 76 — Juillet 1944
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GLACES ET VERRES REVUE TECHNIQUE, ARTISTIQUE, PRATIQUE 11, rue Boucry, PARIS (18e) — Téléph. : Botzaris 54-85 --- Direction : R. LHOTE Édition de la Société d'Études et de Publicité Société à responsabilité limitée au Capital de 25.000 fr. R. C. Seine 229.903 B — Rép. Prod. Seine C A 13.717 --- Rédaction : M. Despréaux ABONNEMENTS Un an : France, 60 francs; Étranger, 80 francs Compte de Chèques postaux : Paris 1155-78 --- Tous les deux mois Le numéro : 12 francs (Étranger : 16 francs) N° 76 17e année Juillet 1944 --- Sommaire du n° 76 L'alliance de l'eau et du verre, p. 1. Le décor d'une loge d'artiste, p. 4. Le pimpant magasin d'un miroitier d'art, p. 13. Le Verre, sonnet inédit (M. D.), p. 14. Miroirs plans et miroirs convexes (D***), p. 15. LA TRIBUNE DU C.O.I.V. ET DE L'INSTITUT DU VERRE. — Technologie : Dépôts métalliques sur verre. Miroirs. Argenture (André Tardieu), p. 5. Les articles sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés pour la France et l'étranger. --- L'alliance de l'eau et du verre (Voir page 2) FONTAINE de plein air, à Strasbourg. Emergeant du bassin en ciment, le fut central forme une haute colonne cannelée, composée d'éléments de verre, tous lumineux (Rieger et Wolf, architectes). Création Sabino. --- GLACES et VERRES
Ci-contre : Cette fontaine, qui ornait le jardin botanique à l'Exposition de 1937, figure un bouillonnement d'eau sur de gros cailloux de verre, étincelants de mille feux sous les rayons du soleil, ou, le soir, à la lumière artificielle. Au bas de cette page, à droite : Fontaine pour un jardin public, à P... Du fût central en céramique partent des « jets » en dalle polie, se présentant alternativement de champ et de face. Autour du bassin court un gros tors lumineux formant bordure. Créations Sabino. C'est à une eau limpide que l'on compare souvent un pur cristal, de même que la surface calme d'un étang fait songer à un grand miroir. Et il est significatif qu'un seul vocable, « la glace », désigne à la fois l'eau congelée et le produit poli provenant d'un mélange de silicates... Cette similitude d'aspect, ces propriétés presque identiques d'éclat, de transparence, de réflexion, de réfraction devaient conduire tout naturellement à envisager l'alliance de l'eau et du verre dans les fontaines, bassins, buffets d'eau — chaque fois que le problème hydraulique se double d'une recherche décorative. Ces quelques ouvrages, très divers, du maître verrier Sabino, vont de la petite fontaine d'appartement aux vastes ensembles monumentaux. Dans tous les cas la lumière artificielle et ses multiples ressources ont été associées aux éléments mis en œuvre. L'alliance de l'eau et du verre Ci-dessous : Oiseaux en verre pour une fontaine. GLACES et VERRES
Ci-dessus : Ensemble lumineux exécuté pour le pavillon du thermalisme, à l'Exposition de 1937. Cette colonne de quinze mètres de hauteur, formant cascade, comprend à chaque étage des parties de verre et de métal. Le fût de base est composé d'éléments de verre ajustés (G. Labro, architecte). Ci-contre : Détail d'une fontaine faisant partie d'un ensemble décoratif dont nous avons donné des photographies dans notre n° 74. Les éléments de glace brute bombée et les dalles planes du fond sont assemblés par une monture métallique très peu apparente (R. et H. Bodecher, architectes). Ci-dessus : Cette fontaine d'appartement fonctionne à eau récupérée, par moteur. Le jet d'eau est à changement de couleur. Le fût, le bouquet central, les oiseaux sont lumineux, les plantes éclairées par la base. GLACES et VERRES
Le décor d'une loge d'artiste Le décorateur Roger Ségur a aménagé au Théâtre-Français la loge longtemps occupée par Cécile Sorel et dont l'hôte est maintenant Maurice Escande. Les miroirs, comme on peut s'en rendre compte par ces deux aspects de la pièce, jouent ici un rôle de premier plan — miroirs de toutes tailles et de toutes formes, couvrant des cloisons, encadrant et habillant des portes, appliqués en médaillons sur un paravent, posés sur les meubles ou accrochés aux murs. Dans la photographie du haut de la page, l'objectif a été braqué directement vers un grand panneau de glace argentée où se reflète l'image d'un coin de pièce particulièrement sympathique. (Doc. Images de France). GLACES et VERRES
LA TRIBUNE DU C.O.I.V. ET DE L'INSTITUT DU VERRE Pour tous renseignements relatifs à cette partie de la revue « Glaces et Verres », s’adresser au Comité d’Organisation des Industries du Verre, 3, rue La Boétie, Paris (8e). Tél.: Anjou 60-02. TECHNOLOGIE Dépôts métalliques sur verre. Miroirs. Argenture (1) CETTE conférence a plusieurs buts. Le premier, c’est de décrire succinctement les divers procédés utilisés depuis quatre siècles pour obtenir des miroirs, et donner en quelque sorte une vue perspective de l’industrie de la miroiterie. Je m’attacherai à éliminer de cet exposé l’amas considérable de formules d’argenture qu’on trouve dans toutes sortes de manuels, pour n’en donner que les principales, celles qui ont eu une sanction industrielle reconnue et qui constituent des prototypes. Ensuite j’étudierai les différents moyens employés jusqu’à ce jour pour l’obtention de dépôts métalliques sur verre. Chemin faisant, et c’est là le deuxième but de cette causerie, je m’efforcerai de mettre en évidence les bénéfices que la miroiterie a tirés des perfectionnements scientifiques et industriels au cours du 19e siècle, et peut-être encore plus au cours du 20e. Ce serait en effet un projet néfaste que de vouloir isoler une industrie dont on étudie l’évolution. Il n’existe pas d’industrie évoluant seule et les progrès ne sont possibles, c’est bien évident, que par les apports reçus des industries connexes, tant au point de vue des matières premières que des moyens d’exécution. Enfin, comme conclusion, et ce sera là le but principal et utilitaire de cet exposé, j’essaierai d’examiner si l’industrie de la miroiterie a tiré tout le bénéfice possible des moyens mis à sa disposition aujourd’hui, de voir dans quelle voie elle peut encore se perfectionner, en un mot, les moyens à employer pour la rendre capable de lutter avec succès contre la concurrence étrangère. Les dépôts métalliques sur verre peuvent s’obtenir par divers procédés qu’on peut ranger dans cinq groupes principaux : 1° les dépôts métalliques obtenus par voie chimique. Ce sont les plus employés et ils ont fait l’objet de très nombreux brevets et formules diverses; 2° les dépôts obtenus par cémentation dans le verre à une température voisine du ramollissement; 3° les dépôts obtenus par des moyens mécaniques; 4° les dépôts obtenus par des procédés électriques (projection cathodique); 5° enfin les dépôts obtenus par évaporation dans le vide. I. — Dépôts métalliques sur verre obtenus par voie chimique. 1° Étamage par amalgame. L’époque exacte à laquelle une couche de métal, intimement adhérente au verre et non juxtaposée à ce dernier, permit l’obtention de miroirs comparables à ceux de nos jours, n’est pas exactement établie (2). En 1507, deux habitants de Murano demandèrent au Conseil des Dix un privilège de vingt-cinq ans pour la fabrication de « bons et parfaits miroirs de verre cristallin, chose précieuse et singulière, et inconnue du monde entier si l’on excepte une verrerie d’Allemagne qui, associée à une maison flamande, exerçait le monopole de cette fabrication ». L’origine de l’étamage du verre ne semble donc pas connue avec certitude, mais son emploi devint courant dès le 16e siècle. Voici comment cette opération était encore pratiquée à la fin du siècle dernier (3). Une pierre bien plane sur le pourtour de laquelle était menagée une rigole était montée sur tourillon et pouvait (3) Description de l’étamage tirée de l’Encyclopédie (1765).— L’étamage (fig. 1) est l’opération la plus simple et en même temps la plus utile. On se sert pour étamer d’une pierre bien droite et bien unie entourée d’un cadre de bois qui présente autour de trois côtés de la pierre une petite rigole percée à deux des coins. Cette espèce de table est tellement disposée sur les pieds qui la soutiennent qu’on peut à volonté la mettre de niveau, ou lui donner de la pente du côté où sont des trous. On commence d’abord par bien nettoyer la glace à étamer. Ensuite sur ladite table bien de niveau on étend une feuille d’étain battue de manière qu’il n’y reste pas le moindre pli, on répand après cela du mercure sur la feuille d’étain et, disposant une bande de papier sur le bord de la table jusqu’à la feuille du côté où il n’y a point de rigole et où le cadre ne déborde pas la pierre, on fait glisser la glace d’abord sur le papier et ensuite sur le mercure, dans la vue que sa surface ne prenne point de saletés dans le trajet. On charge la glace de pierres pour qu’elle touche plus immédiatement à la feuille d’étain et que le mercure superflu en sorte avec plus de facilité. C’est pour cette dernière raison que l’on penche la table lorsque la glace est chargée. Le mercure superflu coule dans la rigole, et se décharge par les trous qui y sont pratiqués dans des bassins en bois. On sent très bien l’action du mercure dans l’étamage : il forme avec l’étain un amalgame qui s’unit à une des surfaces de la glace et refléchit les rayons de lumière. Lorsqu’on juge l’étamage assez parfait et solide, on décharge la glace, et on la pose sur des égouttoirs de bois, dont on rend la pente plus ou moins rapide, à volonté, et sur lesquels elle achève de perdre le mercure superflu qui pourrait lui rester. Fig. 1. --- (1) Conférence de M. André Tardieu, ingénieur-chimiste I.C.N., licencié ès sciences (Maison de la Chimie, 19 novembre 1943). (2) Cela doit remonter à la découverte du mercure dont la surface libre et propre est déjà un beau miroir. Il était tentant d’essayer de fixer d’une manière permanente le vif-argent au verre. (3) Description de l’étamage tirée de l’Encyclopédie (1765).— L’étamage (fig. 1) est l’opération la plus simple et en même temps la plus utile. On se sert pour étamer d’une pierre bien droite et bien unie entourée d’un cadre de bois qui présente autour de trois côtés de la pierre une petite rigole percée à deux des coins. Cette espèce de table est tellement disposée sur les pieds qui la soutiennent qu’on peut à volonté la mettre de niveau, ou lui donner de la pente du côté où sont des trous. On commence d’abord par bien nettoyer la glace à étamer. Ensuite sur ladite table bien de niveau on étend une feuille d’étain battue de manière qu’il n’y reste pas le moindre pli, on répand après cela du mercure sur la feuille d’étain et, disposant une bande de papier sur le bord de la table jusqu’à la feuille du côté où il n’y a point de rigole et où le cadre ne déborde pas la pierre, on fait glisser la glace d’abord sur le papier et ensuite sur le mercure, dans la vue que sa surface ne prenne point de saletés dans le trajet. On charge la glace de pierres pour qu’elle touche plus immédiatement à la feuille d’étain et que le mercure superflu en sorte avec plus de facilité. C’est pour cette dernière raison que l’on penche la table lorsque la glace est chargée. Le mercure superflu coule dans la rigole, et se décharge par les trous qui y sont pratiqués dans des bassins en bois. On sent très bien l’action du mercure dans l’étamage : il forme avec l’étain un amalgame qui s’unit à une des surfaces de la glace et refléchit les rayons de lumière. Lorsqu’on juge l’étamage assez parfait et solide, on décharge la glace, et on la pose sur des égouttoirs de bois, dont on rend la pente plus ou moins rapide, à volonté, et sur lesquels elle achève de perdre le mercure superflu qui pourrait lui rester. Fig. 1. ---
donc prendre diverses inclinaisons. Sur cette pierre d'abord bien horizontale on plaçait une feuille d'étain un peu plus grande que la glace que l'on désirait étamer. On l'entourait sur trois côtés de règles de bois maintenues par des poids. On mouillait la feuille d'étain avec du mercure que l'on frottait avec un drap pour amorcer l'amalgamation, puis on y versait assez de mercure pour que ce dernier forme une couche de 5 à 6 mm d'épaisseur. On nettoyait la surface libre du mercure de l'oxyde surnageant en y passant le tranchant d'une règle. Cela fait, on glissait la glace lentement par une de ses extrémités sur le mercure jusqu'à ce qu'elle occupe sa position définitive; elle flottait alors sur le mercure. On couvrait la glace d'une couverture de laine et on la chargeait de poids. On enlevait les règles et le mercure s'écoulait par les rigoles. On inclinait alors très progressivement la table de pierre jusqu'à un angle de 10 à 12° sur l'horizontale, cela en plusieurs jours, pour permettre l'exsudation du mercure en excès. On enlevait la glace pour la poser toujours inclinée sur un égouttoir, d'abord sur un angle, puis sur un de ses côtés, pendant environ trois semaines. Si la glace était de grandes dimensions, elle était enlevée de la table au moyen d'un cadre de bois dans lequel elle restait dans sa position inclinée. C'était le moment délicat de l'opération de l'étamage car, s'il se produisait des coups de tonnerre, ou qu'on vint à tirer le canon dans le voisinage, le mercure s'écoulait brutalement et il fallait recommencer l'opération. Teneur. — Le dépôt d'amagalme contenait 27 parties de mercure pour 73 d'étain. La quantité déposée était de l'ordre de 400 gr par m² (et allait jusqu'à 700 gr), c'est-à-dire que la couche était épaisse. Aussi ces glaces résistaient en général assez bien. On en voit de nombreux exemples encore aujourd'hui. Le plus souvent on constate une sorte de cristallisation de l'amalgame au pied de la glace (qui devait être obligatoirement le côté par lequel le mercure s'était écoulé; on ne pouvait renverser une glace amalgamée). On constate aussi parfois la formation de gouttelettes dans la couche d'amalgame. Le musée du Conservatoire des arts et métiers possède deux glaces étamées des manufactures de Saint-Gobain et de Montluçon, datant de plus de 80 ans, et encore en très bon état à part de petits défauts comme ceux qu'on vient de signaler. Malheureusement ce procédé avait un très grave défaut, c'est qu'il exposait les ouvriers aux accidents redoutables de l'hydrargyrisme, et nombreux furent les ouvriers dont la vie fut abrégée ainsi. Aug. Cochin écrivait dans son livre (1) sur la manufacture de Saint-Gobain, en 1865: « Un miroir est dangereux, dit-on, pour celle qui s'y contemple; cela est malheureusement encore plus vrai pour celui qui l'étame, et l'argenture méritera les éloges de l'industrie et ceux de l'humanité. » Nous devons encore signaler une tentative pour faire des miroirs sans mercure, en 1813 (4). Le procédé de M. Verea consistait à plonger la glace nue dans un bac plat contenant un alliage fondu de 35 p. de plomb et 65 p. d'étain. On obtenait des surfaces miroitantes, mais on comprendra que ce procédé n'était applicable qu'à de petits miroirs. En outre, la dilatation de cet alliage rendait sa conservation précaire. 2° Argenture chimique. Au 19e siècle on assiste à un essor très rapide de la chimie sous l'impulsion de Berthollet, Dumas, etc. dans le domaine minéral et organique. La nécessité de la pratique de l'étamage au mercure n'était d'ailleurs plus justifiée. En effet c'est en 1835 que Liebig dans ses Annales donnait l'information suivante: « Lorsqu'on mélange de l'aldehyde à une solution d'argent et que l'on chauffe ensuite, il se produit une réduction et l'argent métallique se dépose sur la paroi du vase en formant un miroir brillant. » Ce principe fut l'origine d'une série considérable de recherches et de brevets dans les différents pays, ce qui fait que l'historique du procédé d'argenture chimique est assez compliqué. On peut, pour éviter de se perdre dans la quantité de formules publiées, subdiviser les procédés d'argenture chimique en trois grands chapitres, qui d'ailleurs se chevauchent chronologiquement. A. — Emploi d'essences végétales. En 1843 Drayton obtient un brevet pour l'emploi de l'alcool et de l'essence de cassia comme réducteur (cette dernière contient un groupement aldéhyde). Wagner recommande l'essence de camomille romaine et l'essence de rue (qui contient de l'aldehyde caprinique). On préconise également l'essence de sassafras (5). Ces essences n'étant pas pures, on en extrayait les aldehydes au moyen de leur combinaison bisulfite. La méthode de Drayton a offert de graves inconvénients. La surface argentée qui était d'abord bien nette et brillante se recouvrait au bout d'un certain temps de taches brunes rougeâtres. Il ne semble pas que ces procédés aient eu de sanctions industrielles très suivies. B. — Emploi de l'acide tartrique et du sel de Seignette. Petitjean invente son procédé à l'acide tartrique en 1855 (U.S.A.P. no 15.950, 1856). Il utilisait deux solutions argentiques: 1) 100 gr de nitrate d'argent 62 gr d'ammoniaque d = 0,87 500 gr d'eau Étendre cette solution de 16 fois son volume d'eau distillée à laquelle on ajoute goutte à goutte 7,5 gr d'acide tartrique dissous dans 30 gr d'eau distillée; 2) Même solution, mais la quantité d'acide tartrique doit être doublée. L'argenture se fait sur table chauffante à 40-50° C. On verse la solution no 1. Au bout de 7 à 10 minutes, le dépôt commence. Au bout de 15 minutes, il est terminé. On lave. On verse la solution no 2. Dépôt en 15 minutes. On séche. On peint. Voici maintenant une formule au sel de Seignette employée en 1896: Solution 1. — Nitrate d'argent ...
au sucre interverti a vu le jour simultanément dans différents pays : en Angleterre il est encore désigné sous le nom de « procédé Brashear » (vers 1880). Martin utilisait : 1° une solution de nitrate d'argent à 10 %; 2° une solution d'ammoniaque à 13° Cartier; 3° une solution de soude à 4 %; 4° une solution de 25 gr de sucre blanc dans 200 cc d'eau distillée. On ajoutait 1 cc d'acide nitrique à 36° B et on faisait bouillir 20 minutes. On complétait le volume de cette solution de sucre par 50 cc d'alcool à 36° et de l'eau en q. s. pour 500 cc. Pour préparer la liqueur argentifère, on prend 12 cc de de la solution de nitrate d'argent, puis 8 cc d'ammoniaque à 13° Cartier, enfin 20 cc de la solution de soude. On complète le volume à 100 cc par de l'eau distillée. Si les proportions sont bien observées, le liquide reste limpide. On laisse reposer 24 heures. On argente avec la solution additionnée de 1/10 à 1/12 de son volume de solution de sucre. L'argenture est très belle avec un voile blanchâtre. Il faut faire remarquer que la solution argentifère employée par Martin est de 3 à 4 fois plus concentrée en argent que celles utilisées aujourd'hui. Il faut situer vers la même époque (Pratt, 1876) l'emploi d'un perfectionnement très important dans l'argenture, c'est celui qui consiste à laver la glace à argenter avec une solution très diluée de chlorure stanneux, qui s'hydrolyse. L'acide stannique adhère au verre par absorption. Lorsque les ions argent viennent au contact de l'acide stannique, il se forme vraisemblablement un composé argentique analogue au pourpre de Cassius, composé à forte molécule dont la charge électrique favorise sans doute le dépôt de l'argent sur le verre. L'emploi du sel d'étain ne devint industriel qu'à partir de 1905. Plus récemment on a voulu voir dans d'autres corps tels que l'acétate de plomb ou le nitrate de thorium la même propriété que possède le sel d'étain pour mordancer en quelque sorte la surface du verre (U.S.A.P. 2.030.476). Je crois que jusqu'à présent le chlorure stanneux est le seul ayant la propriété signalée ci-dessus. Actuellement on emploie partout le procédé au sucre interverti qui donne des dépôts rapides (de l'ordre de 10 minutes) et peut s'employer à la température ordinaire (16-18° C). Les couches d'argent sont épaisses, adhérentes et régulières. Leur éclat est blanc. Deux solutions sont utilisées : l'une contenant le nitrate d'argent, l'ammoniaque et la soude, la deuxième, le sucre interverti (solution de sucre ordinaire bouillie pendant 10 minutes, avec une quantité d'acide sulfurique à 66° B correspondant au 1/100 du poids de sucre). Il peut être utile d'entrer ici dans quelques détails par la description schématique d'un atelier d'argenture. Il devra se trouver dans une usine de fabrication de la glace, ou à proximité du dépôt d'une miroiterie. Un atelier d'argenture doit être très bien éclairé et être orienté au nord de préférence pour éviter les fortes chaleurs en été, alors qu'en hiver il est toujours possible de le chauffer. Il comprendra : l'atelier d'argenture proprement dit, l'atelier de mise en peinture séparé du premier Fig. 2. par une étuve à air chaud où séjourneront les glaces entre les opérations d'argenture et de peinture; un magasin pour le stockage, l'inspection et l'emballage des glaces argentées; enfin, comme annexes, un vestiaire, un atelier de stockage et de préparation des vernis et peintures, enfin un petit atelier où se trouve l'alambic produisant l'eau distillée. Cette dernière doit être distribuée par une tuyauterie d'étain à différents postes dans l'atelier pour que l'argenteur puisse en prélever à volonté sans se déranger. Ajoutons que le sol doit être cimenté, avec des pentes suffisantes pour éviter les flaques d'eau. Voici comment on peut représenter le fonctionnement d'un atelier : les glaces à argenter, prélevées dans le magasin, sont nettoyées au rouge à la tournette hors de l'atelier d'argenture, dans le magasin de glaces. On les apporte sur un chariot et on les laisse en attente sur le pupitre A. La préparation des solutions se fait sans difficulté. On dissout le nitrate d'argent dans l'ammoniaque en veillant à ne pas concentrer outre mesure les solutions, car il y a eu des exemples de production d'argent fulminant explosif (sans doute azothydrate d'argent). On dissout la soude à part et on verse séparément les deux solutions dans la quantité d'eau distillée nécessaire. On mélange bien. La solution d'argenture ne se conserve pas longtemps et doit être utilisée de préférence le jour où elle a été préparée. La solution de sucre interverti peut se garder plusieurs jours. Les solutions se préparent dans l'atelier d'argenture. Les glaces sont prises sur le pupitre A et placées sur la table de lavage B (fig. 2), où elles sont lavées d'abord à l'eau ordinaire, puis à l'eau distillée avec un bloc de feutre (fig. 3). Puis elles sont aspergées avec une solution faible de chlorure stanneux frottées à nouveau, et rincées à l'eau distillée. On les porte alors sur la table d'argenture C. Si l'atelier est de grandes dimensions, on peut placer sur un petit chariot qui se déplacera autour des tables d'argenture les solutions d'argent et de sucre, les flacons pour mesurer les liqueurs et le rouleau de peau de chamois. On dispose sur la table d'argenture un certain nombre de glaces représentant deux mètres carrés environ; on les égoutte et on y verse la solution d'argenture additionnée de la solution de sucre au dernier moment. On mélange et on verse sur les glaces avec un pot (fig. 4, à droite). On cale les glaces pour qu'elles soient bien de niveau. Au bout de très peu de temps, la liqueur devient bleutée et on voit un voile miroitant bleuâtre se répandre sur la glace. Ce voile s'accentue très rapidement en même temps que la solution, en évoluant, se trouble et se charge de boues jaunâtres formant comme des nuages. Si la température est voisine de 16 à 18°, la solution a évolué au bout de 10 minutes. Pendant ce temps-là, l'ouvrier a disposé d'autres glaces sur la table d'argenture et les a recouvertes de solution, ce qui fait que toute la table est garnie. Il revient vers les premières glaces pour y verser la deuxième couche. Quand celle-ci a fini d'évoluer, il essuie les boues déposées sur l'argent avec une peau de chamois enroulée sur un rouleau de bois (fig. 4, à gauche) et il rince abondamment les glaces à l'eau distillée. Puis Fig. 3.

Cette publication, numéro 76 de la collection « Glaces et Verres », datant de juillet 1944, explore l'alliance de l'eau et du verre dans diverses applications décoratives et hydrauliques, notamment les fontaines. Elle présente également des articles sur le décor d'une loge d'artiste et des aspects technologiques comme les dépôts métalliques sur verre.