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COLLECTION DU DUC DE TRÉVISE 19 MAI 1938
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COLLECTION DU DUC DE TRÉVISE 19 MAI 1938
COLLECTION DU DUC DE TRÉVISE
CONDITIONS DE LA VENTE Elle sera faite au comptant. Les acquéreurs paieront $14,50$ pour cent en sus des enchères. Les experts se chargeront d’exécuter les commissions qui leur seront confiées. --- CONDITIONS OF SALE Cash payments. The purchasers will pay $14,50\%$ above the sale price. The auctioneer and the experts can bid for any purchaser unable to attend the sale personally. --- 2894 B - Imp. G. Boüan, 13, Rue des Arquebusiers, Paris (3°)
COLLECTION DU DUC DE TRÉVISE CATALOGUE DES TABLEAUX ET DESSINS DU XIXme SIÈCLE PAR CARPEAUX, CHASSERIAU, COROT, DELACROIX OEUVRES IMPORTANTES DE GÉRICAULT PORTRAITS PAR PRUD'HON TABLEAUX ANCIENS PAR P. DE HOOCH, LARGILLIERRE, J. MICHELIN, RAVESTEYN PASTELS PAR R. NANTEUIL DESSINS PAR LAGNEAU, H. ROBERT, WATTEAU Mobilier de Salon recouvert de Tapisserie de Beauvais TAPISSERIE DES GOBELINS ET DONT LA VENTE AURA LIEU A PARIS GALERIE JEAN CHARPENTIER 76, Rue du Faubourg Saint-Honoré Le Jeudi 19 Mai 1938, à quinze heures COMMISSAIRE-PRISEUR : Me ALPH. BELLIER 30, PLACE DE LA MADELEINE EXPERTS : Pour les Tableaux et Dessins : --- Pour les Meubles et Tapisseries : --- M. PAUL ROSENBERG21, RUE LA BOÉTIE --- M. ROBERT LEBELDIPLOME DE L’ECOLE DU LOUVRE38, RUE DE PENTHIÈVRE --- M. L.-H. PROST6, RUE DU CIRQUE --- EXPOSITION PARTICULIÈRE chez M. PAUL ROSENBERG, 21, rue La Boétie : les Samedi 14 et Lundi 16 Mai de 14 heures à 18 heures et le Mardi 17 Mai de 10 heures à midi et de 14 heures à 18 heures. EXPOSITION PUBLIQUE, GALERIE JEAN CHARPENTIER : le Mercredi 18 Mai de 14 heures à 18 heures.
AVANT-PROPOS Il y a bien des façons de faire une collection, depuis les Romains qui furent en ce genre des inventeurs. Les proconsuls et les propriétaires qui s'en allaient en Grèce rapportaient de ce pays privilégié des statues et des objets de marbre, de bronze ou d'or dont ils se plaisaient à orner leurs demeures du Palatin ou leurs villas de Tibur ou des Monts Albains. Puis la chute de l'Empire et le progressif établissement sur ses ruines des barbares qui mirent beaucoup de temps à perdre ce nom, firent qu'on eut pendant une longue suite de siècles de tout autres soucis. Ce n'est cependant pas que la vocation du collectionneur ne puisse s'exercer que dans les intervalles, s'il y en eut jamais, où l'humanité connut les joies de la paix. Notre pays eut l'honneur de voir renaître le mécénat et ce fut au cours de la plus longue et de la plus tragique des guerres, la Guerre de Cent Ans. Les frères du sage roi Charles V furent de grands constructeurs de châteaux et de grands rassembleurs d'objets précieux. Tant qu'il y aura des admirateurs de l'art français, le nom de l'un de ces princes ne sera pas oublié, parce que ce Jean de France, duc de Berry, dont la vie s'encadre entre deux désastres, celui de Poitiers où il fut fait prisonnier et celui d'Azincourt qui précédait de peu sa mort, commanda aux frères de Limbourg ce chef-d'œuvre de la miniature française qu'on appelle les « Très Riches Heures du Duc de Berry ». Mais, si le malheur des temps ne saurait étouffer la passion de l'art chez le collectionneur-né, il peut l'obliger un jour à vendre sa collection. Le fastueux Jean de France laissa des affaires en très mauvais état lorsqu'il mourut à 76 ans. Je n'en dirai pas plus pour expliquer que M. le duc de Trévise se sépare aujourd'hui d'une collection qui représente tant de joies et de soucis, tant d'intelligence, de ténacité, d'ingéniosité à la poursuite de l'objet beau, rare ou contribuant à un progrès de l'histoire. Les noms de Prud'hon, de Géricault, de Delacroix, de Chassériau, de Carpeaux éclairent à nos yeux les goûts d'un amateur qui, étant lui-même peintre, sait apprécier les dons plastiques de l'artiste, mais pour qui la peinture est avant tout, comme le disait Léonard de Vinci « cosa mentale ». Les deux portraits de Prud'hon, celui de Johnston, maire de Bordeaux, et celui de Dagoumer, le médecin qui soigna dans sa dernière maladie le pauvre grand artiste, inconsolable d'avoir vu si tragiquement mourir la plus jalouse et la plus dévouée des amies, forment une belle préface aux œuvres de choix qui jalonnent le XIXe siècle. On doit admirer qu'en trois toiles dont aucune n'est de grande dimension, l'« Incrédule de Saint Thomas », les « Armures » et la « Vue des Eaux Bonnes, le génie d'un Delacroix soit pour ainsi dire illuminé jusque dans ses sources profondes et qu'on y retrouve sans diminution dans un petit format le peintre de la « Nature morte » du Louvre, des grandes pages décoratives du Palais-Bourbon et celui dont on a pu dire qu'il avait donné pour fond à son tableau des « Croisés » un des plus beaux paysages qui aient jamais été peints. A ce choix parfait correspondent des dessins non moins significatifs, dont l'un est une recherche pour l'« Incrédule de Saint Thomas », tandis qu'un autre représente magnifiquement une des étapes du maître dans l'élaboration de ce chef-d'œuvre : la « Lutte de Jacob avec l'Ange ».
— 8 — Mais pour peu qu'on ait suivi les ventes et les expositions, c'est Géricault que l'on s'attend à voir ici. Sans doute le duc de Trévise était-il attiré par une préférence intime vers ce jeune homme qui semble n'avoir dépensé sa jeunesse en énergies sans frein que pour mettre plus de force et de grandeur dans son art et dont la trop courte vie a brûlé comme une torche. Mais il voulait aussi le faire admirer davantage en nous forçant à confesser que, même après avoir médité au Louvre devant maints chefs-d’œuvre, depuis le « Radeau de la Méduse » jusqu'au « Derby d'Epsom », nous ne le connaissions pas encore assez. Ici nous voyons le pèlerinage de l'Italie fortifiant chez le débutant de génie le sens monumental et c'est le « Marché aux bœufs ». Nous voyons chez le coloriste des « Trois Trompettes » ou dans le « Cheval isabelle effrayé par la foudre » pourquoi le jeune Delacroix l'aima et l'admira comme un initiateur et un maître. Une « Tête de jeune homme » au profil incisif, à l'œil de feu, évoque le futur auteur des « Massacres de Scio » et des « Croisés » d'une manière encore plus saisissante. L'affinité de tempérament avec les œuvres de jeunesse de Delacroix frappe au point qu'on est presque tenté de chercher dans cette étude les traits mêmes du jeune peintre qui alors traversait tout Paris chaque matin avec l'ardeur qu'on met à courir chez une maitresse adorée pour aller voir Géricault aux prises avec sa grande toile du « Radeau de la Méduse ». Ici, en tout cas, on touche au vif les raisons de l'enthousiasme du cadet portani déjà dans sa tête un monde de visions. Sans doute a-t-il aussi étudié de près ces deux œuvres terribles et fascinantes le « Fou voleur d'enfants » et la « Folle ». Géricault est le seul peut-être de nos grands peintres qui se soit attaqué, Valdes Léal du XIXe siècle, à des sujets d'horreur, aux réalités impitoyables de la mort physique ou morale, et qui nous ait contraints d'y découvrir à sa suite des thèmes austères de méditation. Mais Géricault n'est pas toujours si tendu. Après une station prolongée devant le « Fou » et la « Folle », on aimera le voir se complaisant à peindre le blanc pelage d'un « Chat », un aimable enfant qui fut plus tard « Alfred de Dreux » ou un « Cheval pie » au poil luisant dans une écurie. Une dizaine de beaux dessins nous permettent de le suivre dans son travail ou dans ses projets : études pour le « Radeau de la Méduse » ou pour des compositions dramatiques tirées de la vie moderne, qui le hantaient à la fin de sa vie et qu'il n'a pas eu le temps d'exécuter : le « Champ d'Azyle » ou l'« Assassinat de Fualdès »; puis voici un « Combat », des « Cavaliers », un « Bateau sur la côte », une « Tête de naufragé ». M. le duc de Trévise n'est pas de ces collectionneurs qui se confinent dans la contemplation d'un maître préféré ou d'une époque favorite. Sa curiosité s'avance volontiers hors des sentiers frayés. S'agit-il d'un grand peintre célèbre? Dans quelle collection de notre temps a-t-on vu une telle suite d'œuvres et de chefs-d'œuvre de Géricault? La réponse serait encore plus négative si je demandais quel collectionneur réputé a jugé bon d'acquérir un tableau de Jean Michelin depuis que ce disciple plus ou moins direct de Louis Le Nain s'est dégagé des limbes de l'oubli. On excusera celui qui a eu la bonne fortune d'opérer ce petit sauvetage s'il félicite particulièrement le duc de Trévise d'avoir ouvert à Michelin sa collection. Dans l'état actuel de nos connaissances, il ne semble pas que Michelin ait jamais fait mieux que ces « Soldats au repos dans une auberge ». Le XVIIe siècle tient d'ailleurs une grande place dans les préoccupations et les recherches d'un amateur qui n'est retenu par aucune servitude intellectuelle. Autour de Michelin, deux très beaux portraits de Nanteuil, une « Vieille femme » de Lagneau, un jeune seigneur de Largillierre, un « Portrait de femme » de Ravesteyn et un Pieter de Hooghe de rare qualité, pour ne pas parler du Watteau qui appartient à un autre âge, nous invitent à réfléchir sur la variété des initiatives originales, d'une école à l'autre, dans ce siècle si fécond trop longtemps négligé par les collectionneurs. Où iront ces tableaux et ces dessins? N'est-il pas permis de croire au moins qu'ils garderont quelque mystérieux souvenir de leur passage chez un ami qui les a aimés avec clairvoyance? « Habent sua fata... » Paul JAMOT.
--- DESSINS ET AQUARELLES DU XIXe SIÈCLE COROT (CAMILLE-JEAN-BAPTISTE) Paris 1796-Ville-d'Avray 1875 I — Vue de Civita Castellana (1827). La vue est prise d'une éminence qui surplombe une gorge boisée au delà de laquelle on aperçoit des édifices dominés par des montagnes. Ciel nuageux. Dessin à la plume. En bas, à droite, on lit : Civita Castellana 7bre 1827. Cachet de la vente Giraud. Haut. o^m26 ; Larg. o^m37. ---
— 10 — DELACROIX (FERDINAND-VICTOR-EUGÈNE) Charenton Saint-Maurice 1798-Paris 1863 2 — Combat d’Hamlet et de Laertes dans la Fosse d’Ophélie (1834). Voici la description que fait Chesneau de la lithographie du même sujet (Robaut N° 595) : « Ils ont sauté dans la fosse tour à tour en présence du roi, de la reine et de leur suite accompagnant le cortège funèbre et se prennent à la gorge. — Me voici, moi, Hamlet le danois... le diable prenne ton âme. » Dessin à la mine de plomb. Cachet de la vente Delacroix en bas et à droite. Haut. $o^m255$ ; Larg. $o^m195$ . Exposition Delacroix au Louvre 1930, N° 358 B. Reproduit en fac-similé par R. Escholier, dans “Eugène Delacroix”, tome II, page 205. Ancienne Collection Godéfroy. --- DELACROIX (FERDINAND-VICTOR-EUGÈNE) 3 — Lutte de Jacob avec l’Ange. L’ange, à gauche, et Jacob, à droite, luttent au pied de grands arbres au travers desquels on aperçoit la vallée. A droite, au loin, des silhouettes de cavaliers. Dessin à la mine de plomb. La partie supérieure est de forme cintrée. Haut. $o^m56$ ; Larg. $o^m38$ . Cet important dessin est presque conforme à la composition définitive de Saint-Sulpice. N° 1328 du Catalogue de l’œuvre de Delacroix par Robaut, où il est reproduit en fac-similé. Ancienne Collection de A. Robaut qui l’avait acquis à la vente Delacroix où il figurait sous le N° 297. Collection Chéramy. Vente 5, 6 et 7 Mai 1908, N° 351. Exposition Delacroix au Musée du Louvre 1930, N° 499 A. (Voir la reproduction.)
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— 11 — DELACROIX (FERDINAND-VICTOR-EUGÈNE) 4 — Etude pour le plafond du Louvre, partie droite (1849). C’est la partie que Delacroix a décrite lui-même en ces termes : « Les dieux se sont indignés de voir la terre abandonnée à des monstres dif-formes, produits impurs du limon ; ils se sont armés comme Apollon. Minerve, Mercure s’élancent pour les exterminer en attendant que la Sagesse éternelle repeuple la solitude de l’Univers. Hercule les écrase de sa massue. » Dessin au crayon sur papier chamois. Cachet de la vente Delacroix, en bas. Haut. $0^{\text{m}}51$ ; Larg. $0^{\text{m}}325$ . (Voir la reproduction.) --- DELACROIX (FERDINAND-VICTOR-EUGÈNE) 5 — L’Incrédulité de Saint-Thomas (1846). Le Christ est debout à gauche et saint Thomas, à demi prosterné devant lui, met un doigt dans la plaie divine. Derrière saint Thomas, à droite, saint Jean et un autre témoin. Dessin au crayon sur papier calque. Cachet de la vente Delacroix, en bas et à droite. Haut. $0^{\text{m}}37$ ; Larg. $0^{\text{m}}305$ . Dessin pour la peinture du même sujet qui figure dans le présent Catalogue sous le N° 24, N° 979 du Catalogue de l’œuvre de Delacroix par Robaut. Ancienne Collection Andrieu.
— 12 — DELACROIX (FERDINAND-VICTOR-EUGÈNE) 6 — Scène de Melmoth. Un religieux se tient debout, à droite, indiquant de sa main le sol sur lequel le jeune seigneur semble ramper en proie à l’épouvante. Au fond, des cornues et divers accessoires d’un intérieur d’alchimiste. Lavis de sépia. Au dos, croquis et touches d’aquarelle. Cachet de la vente Delacroix, en bas et à droite. Haut. $0^{\text{m}}18$ ; Larg. $0^{\text{m}}205$ . Exposition de la Jeunesse des Romantiques, Maison de Victor Hugo, 1927, N° 347. Reproduit par R. Escholier dans “Eugène Delacroix”, tome I, page 264. --- GÉRICAULT (JEAN-LOUIS-ANDRÉ-THEODORE) Rouen 1791–Paris 1824 7 — Etude pour un des Entraîneurs de la Course de Chevaux libres. Il est vu de dos, le corps nu, cambré en arrière, le bras droit levé vers un cheval sur la croupe duquel il pèse de la main gauche. Dessin à la plume. Haut. $0^{\text{m}}26$ ; Larg. $0^{\text{m}}19$ . Vente H. Michel-Lévy, Galerie Georges Petit, 12 et 13 mai 1919, N° 86. Exposition Géricault, Galerie Charpentier, 1924, N° 108. Exposition Géricault, Musée de Rouen, 1924. Exposition de la Jeunesse des Romantiques, Maison de Victor Hugo, 1927, N° 1292. Exposition Géricault, Galerie Bernheim Jeune, 1937, N° 110 (Catalogue par M. Pierre Dubaut). (Voir la reproduction.)

Ce catalogue détaille la vente aux enchères de la collection du Duc de Trévise, qui s'est tenue le 19 mai 1938 à la Galerie Jean Charpentier à Paris. La collection comprend des tableaux et dessins du XIXe siècle par des artistes tels que Carpeaux, Chassériau, Corot, Delacroix, et Géricault, ainsi que des tableaux anciens et des pastels. Le catalogue mentionne également du mobilier et des tapisseries.