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ROGER MARX AUGUSTE RODIN CÉRAMISTE

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Auguste Rodin

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IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE 600 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS Exemplaire n° 424

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ROGER MARX Auguste Rodin céramiste Héliotypies de Léon Marotte PARIS Société de propagation des Livres d'Art 1907

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L'œuvre d’Auguste Rodin est pareille à un monde immense, et son génie évoque l'idée d'une force naturelle dont la puissance créatrice emprunte, pour se manifester, tous les verbes de l'art. Si la sculpture est devenue le mode de traduction familier de son concept, c'est qu'elle favorise une représentation de la réalité moins arbitraire, plus intégrale ; mais cette préférence ne saurait induire à méconnaître l'universalité de ses moyens d'expression. Sans signaler autrement que pour mémoire ses anciens

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travaux de peintre, on retiendra qu'aujourd'hui encore le dessin absorbe, avec la statuaire, la meilleure part de son activité; il s'est prouvé graveur et nous avons indiqué naguère la place réservée à ses pointes sèches dans les fastes de l'estampe moderne (1). Quelle que soit la technique suivie, presque toujours sans initiation préalable, Rodin a laissé dans chacun de ses ouvrages la profonde empreinte de sa personnalité, et de là est venue la pensée de rappeler le céramiste occasionnel qu'il lui fut donné d'être, voici quelque vingt-cinq ans, au printemps de sa renommée (2). Les anciens livrets des Salons donnent à Rodin comme maîtres Barye et Carrier-Belleuse ; ses biographes n'ont pas (1) Les Pointes sèches de Rodin, plaquette in-8° illustrée de dix gravures dans le texte et de deux pointes sèches originales. Paris, Gazette des Beaux-Arts, 1902. — Voir également sur les dessins de Rodin, notre étude parue dans l’Image. Paris, Floury, 1897. (2) Je ne saurais trop remercier ici M. Baumgart, qui a autorisé la communication des pièces d'archives et de comptabilité de la Manufacture de Sèvres, ainsi que l'habile artiste Taxile Doat, qui s'est employé de son mieux à seconder, par ses souvenirs, la documentation de cet essai.

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manqué de rappeler que, lors de ses débuts, il fréquenta plusieurs années l'atelier de Carrier et que ses dons y étaient reconnus et utilisés. A la direction des travaux de la Manufacture de Sèvres, où on l'appelait en 1875, Carrier-Belleuse devait se souvenir de son aide d'antan, toujours obscur, et dont l'existence continuait à être difficile, même après l'apparition des modèles de l'Age d'airain et du buste de Saint Jean-Baptiste. Sur la demande du chef de service, Rodin était admis à faire partie du personnel extraordinaire non permanent de la Manufacture au traitement mensuel de 170 francs et à 3 francs de l'heure; sa collaboration prend date en juin 1879, pour se terminer à la fin de 1882 ; encore doit-on remarquer que, durant la dernière année, Rodin ne fréquente la Manufacture qu'aux mois de septembre et de décembre. Déjà des entreprises autrement vastes le requièrent et ne lui laissent plus dérober à la

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sculpture que peu d'instant de son labeur. Au premier abord, rien ne semble plus aisé que de reconstituer par le détail la suite des travaux exécutés par Rodin à Sèvres : il s'agit d'un établissement d'État, les pièces comptables sont là, et les notes mensuelles rédigées par l'artiste promettent toutes les indications utiles. Gardons-nous de fonder sur ces écritures de chimériques espérances. Si les ouvrages essentiels, fort peu nombreux, d'ailleurs, sont presque tous connus et classés, quantité d'essais, d'un passionnant intérêt, ont été disséminés au gré des convoitises, sans qu'on en puisse toujours suivre la trace : personne n'y attachait de prix ; Rodin les distribuait à sa guise, ou même les emportait qui voulait. Jusqu'à hier, on n'était guère mieux renseigné en ce qui concerne les dessins tracés en vue de la décoration céramique ; le départ en était difficile parmi

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les compositions de Rodin reproduites en maints endroits et notamment dans le recueil Fenaille ; les mêmes thèmes l'ont si souvent hanté ! Pour améliorer l'état de la documentation, il a fallu que la bibliothèque de Sèvres reçût de M. Blanchard, au début de mars 1905, une série de croquis et de calques datant du séjour de Rodin à la Manufacture ; en dehors des vives lumières qu'on leur doit sur la lente genèse de certaines pièces, ils témoignent de l'activité incessante des recherches et d'un sens ornemental vraiment irrécusable. L'état justificatif des paiements mensuels effectués à Rodin va déterminer quelles tâches l'occupèrent durant les heures passées aux ateliers de Sèvres. C'est son talent de statuaire qui est tout d'abord mis à contribution, sans que nul en veuille demeurer surpris. A l'arrivée de Rodin, une œuvre importante s'élabore : je veux parler du surtout des Chasses dont l'invention est de

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Carrier-Belleuse ; le débutant met la main à deux des groupes : le Triomphe et le Retour; pourtant sa collaboration dut être considérée comme secondaire, si l'on se réfère aux catalogues qui la taisent et qui attribuent exclusivement à Forgeot et à Gouget l'exécution sculpturale de l'ensemble. Dans la suite on réclamera encore de Rodin le modèle d'une gourde (1879), de deux anses de vases Louis XVI (1879 et 1880) ; mais ce sont là d'exceptionnelles sollicitations enregistrées par simple scrupule d'historien. Rodin ne devait point différer à faire montre des facultés graphiques qui lui étaient exceptionnellement dévolues. Il ne s'est guère rencontré de sculpteurs pour incliner de la sorte à signifier leur pensée par le dessin, et, sous ce rapport seul, Rodin appellerait déjà le parallèle avec les plus nobles génies de la Renaissance. Aussitôt à Sèvres, il suit sa libre vocation, et il rêve, le crayon à la main,

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de séantes parures pour des plats et des vases. N'imaginez pas que sa verve vague à l'aventure : consciente des variations du but, elle règle l'illustration selon la forme spéciale de l'objet. Une compréhension souveraine de l'art se reconnaît aux alternances voulues de plein et de vide, de repos et de mouvement, ainsi qu'aux proportions harmonieuses et logiques des masses sur le champ à orner ; sans y prendre garde, Rodin satisfait d'emblée les lois fondamentales trop souvent méconnues, et il n'est pas une de ses décorations qui n'offre la singularité d'être à l'échelle, merveilleusement. La composition une fois arrêtée, il sied de la fixer, de l'incorporer à la matière. Loin d'être l'improvisateur intarissable qu'on s'est plu à dire, Rodin répète sur la pièce crue, en blanc, un dessin longuement prémédité ; il le transcrit à main levée, à moins qu'il ne recoure au décalque, au poncis, et plus