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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: L'Avenir de l'Apprentissage. --- E. Robert. --- Les Transformations de la Place Stanislas. --- E. Nicolas. --- Les Arts Décoratifs au Théâtre. --- E. Belville. --- 40 pages 55 illustrations --- 4e ANNEE MARS 1912

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L'Avenir de l'Apprentissage ENSEIGNE EN FER FORGÉ, EXÉCUTÉE PAR L'ATELIER D'APPRENTISSAGE DESSIN DE M. CHAUMEAU --- Ce que l'Apprentissage était autrefois Il nous faut remonter assez loin dans le passé pour suivre les traces caractéristiques des différents travaux exécutés en France. Fort heureusement le temps n'a pas opéré une destruction complète : de nombreux spécimens de ces travaux, conservés pieusement, subsistent encore. En prenant ceux-ci comme exemples, nous remarquons que l'homme a, de tous temps, mis ses bras au service de sa pensée, ce qui, nous fait dire qu'à peu de chose près, les procédés appliqués pour le façonnage des matériaux sont restés les mêmes, abstraction faite, naturellement, du travail à la machine, travail abrégé et simplifié. Si, pour les productions d'utilité courante, le travail à la machine rend de grands services, pour les productions de luxe, rien ne pourra remplacer le travail des mains ! L'exercice d'un métier s'imposera donc toujours et exigera un enseignement. Cet enseignement se donnait et se perpétuait autrefois au foyer familial, où les secrets professionnels se transmettaient, avec un soin jaloux, de père en fils. C'était une émulation imprégnée directement de goût et de talent. --- L'Avenir de l'Apprentissage. — Fasc. 1.

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--- PORTRAIT DE E. ROBERT, PAR BELLERY-DESFONTAINES --- Notre Histoire nous fournira des éléments pour établir la filiation qui existait entre les professions d'artisans au Moyen-Age, à l'époque de la Renaissance et jusqu'à nos jours. En suivant les travaux de nos ancêtres nous comprenons leurs mœurs faites de respectueuses croyance et de simplicité; ce sont eux qui ont montré le goût le plus sûr et poussé le savoir professionnels aux plus hauts sommets. Les tendances ont pu changer, les formes varier (ce qui créa les styles), mais les traditions étaient tellement puissantes que le travail ne cessa de s'effectuer, malgré ces transitions, sous des aspects différents de composition et de forme, avec autant d'honnêteté et de conscience. Comment se défendre d'une profonde admiration devant les innombrables chefs-d'œuvres qui couvrent notre sol du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest? — Quelles richesses incomparables nos pères nous ont léguées! Si tout était encore debout l'œuvre serait immense. On peut dire, même, que, en Art et en Architecture, ils ne nous ont laissé que peu de choses à découvrir et beaucoup à imiter, ce qui explique naturellement que notre imagination, à l'époque actuelle, se soit reportée vers un champ nouveau d'expériences, où les Sciences dominent.

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--- GOULLIART, 15 ANS 19 MOIS D'APPRENTISSAGE --- SCHENCK, 15 ANS 13 MOIS D'APPRENTISSAGE --- Sans parler de nos plus beaux monuments, il n'est point une ville où tel coin de rue, encore debout, n'exprime les sensations que les artisans de jadis éprouvaient dans l'interprétation large et ingénieuse des moindres détails décoratifs touchant de près à leur métier — et que ce soit l'imager ou le charpentier, le forgeron ou le maçon. Tout, dans l'observation minutieuse de la nature, leur fournissait un sujet propice pour affirmer leur esprit et leur maîtrise, c'est ce qui a tant contribué à donner à nos vieilles rues le charme intime dont elles sont imprégnées, et, en étudiant les œuvres qu'a produites ce passé glorieux, nous revivons intensément de cette vie laborieuse qui a formé tant de générations d'artisans que nous admirons sans pouvoir les surpasser. Dans tous les cas, s'il ne nous reste qu'un bien faible espoir d'atteindre jamais à la poésie grandiose et éloquente qui se dégage des œuvres qui nous sont laissées, espérons au moins qu'on saura protéger cet héritage national et nous le conserver le plus longtemps possible. Les progrès de notre civilisation, dès son origine, ont été tracés par son Architecture. C'est elle qui a occupé la plus grande place dans l'activité humaine ; sous des aspects différents, elle exprime et reflète bien la mentalité des peuples à travers les âges. La prodigieuse habileté qu'elle a fait naître chez les artisans des époques disparues s'explique — comme nous l'avons déjà vu — par les traditions gardées dans la famille et transmises comme un sacerdoce de père en fils. L'enfant élevé dans ce milieu était tout préparé à mettre en pratique l'enseignement paternel. Avant d'utiliser ses outils, le futur artisan apprenait à les connaître ; souvent il avait entendu dire qu'en les maniant avec adresse, il éprouverait des joies qui seraient pour lui la juste récompense de ses efforts. Sous l'influence de ces bienfaisants principes, le savoir et le talent se manifestèrent partout à la fois, et le métier ne fut jamais inférieur Qu'il s'agisse d'une charpente, d'une grille ou d'un bâtiment, exécutés avec les seuls produits locaux, l'assemblage de différents matériaux traités avec goût et sûreté de

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--- GAUTHIER, 15 ANS 26 MOIS D'APPRENTISSAGE --- COLLIGNON, 15 ANS 26 MOIS D'APPRENTISSAGE --- main, permit toujours a l’œuvre terminée d’affronter les siecles en conservant son unité de splendeur. Il est indispensable que, dans tout travail ou interviennent et l’intelligence qui crée et la main qui façonne, l’imagination, éduquée par la culture intellectuelle et la pratique professionnelle acquises ensemble dans un milieu préparé de longue date, puisse se donner libre cours en vue de le rendre agréable. Nos aieux n’étaient pas pourvus des moyens de fabrication mécanique que nous possédons aujourd’hui, et ce défaut de machines-outils contribua puissamment à la beauté personnelle de leurs œuvres. Partout, en effet, la main laissa un peu de son charme impulsif sur la matière qu’elle façonnait et à laquelle elle savait donner exactement la perfection nécessaire sans travail superflu. Souvent, en effet, le fini n’ajoute rien, au contraire, a cet attrait particulier et spontané qui émane d’œuvres fortes et sincères et qui suscite l’admiration des connaisseurs. Les corps de métiers ont suivi l’évolution créée par les périodes de transformation des styles. Le style gothique ayant pris naissance sur notre sol, c’est bien l’esprit du peuple français au Moyen-Age qu’il représente, par sa finesse et sa richesse décorative. Les artisans qui vivaient au milieu de toutes ces merveilles, sorties de leurs mains, et où l’art s’affirmait jusque dans les moindres détails, formaient des corporations d’élite dont le talent était recherché, même bien au-delà des frontières. Par contre, les formes Renaissance, d’origine italienne, furent transportées chez nous par François Ie. Pour les incomparables travaux d’art qu’il fit exécuter au cours de son règne splendide, ce Roi eut recours à la collaboration de maîtres italiens, qui développèrent, dans notre pays, ce style dont nous possédons de magnifiques spécimens. Comme il en est de toutes les choses qui naissent au milieu de vieilles méthodes, cette transformation bouleversa — on peut en être certain — l’esprit du travail primitif, et la conséquence de cette évolution, se fit sentir particulièrement pendant la période qui va du style Renaissance au style Louis XVI.

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--- JULIO, 15 ANS 24 MOIS D'APPRENTISSAGE --- COLLINET, 15 ANS 22 MOIS D'APPRENTISSAGE --- L'esprit de discipline et de valeur professionnelle commença alors à fléchir dans les corporations, et pour y remédier, on dut instituer la Maîtrise aux termes de laquelle tout patron ne pouvait exercer sa profession qu'après avoir fait des « Œuvres de Maître ». Cette institution ramena les métiers à leur véritable but. Beaucoup de pièces, dites « de Maîtrise », conservées dans nos musées, attestent la difficulté surmontée par la beauté finie de l'ouvrage. Cette barrière établie entre l'incapacité et le savoir, eut pour double effet de rehausser la garantie professionnelle et d'entretenir le culte du devoir en stimulant l'amour du travail. Dans la suite, cette coutume fut continuée par les Sociétés du Compagnonnage. Ces associations, instituées dans un but de propagande, d'éumulation et de devoir professionnels, entretenaient, entre leurs adhérents, le culte du métier en faisant passer une épreuve aux postulants. La Maîtrise officielle était disparue, mais le Compagnonnage l'avait en quelque sorte rétablie par le maintien d'un classement de valeur professionnelle. Grand nombre de patrons avaient leur titre de Compagnon, et ce leur était un orgueil que de le posséder. Les Sociétés avaient pour mission, dans chaque ville du Tour de France, d'entretenir le culte des traditions entre leurs membres, de s'occuper du placement de leurs adhérents, de développer l'instruction des aspirants et aussi de subvenir aux besoins des plus pauvres. L'esprit de camaraderie et de fraternité régnait au plus haut degré ; mais l'esprit sectaire de certains amena, entre Sociétés rivales, des rencontres qui allèrent jusqu'à la témérité. Peu à peu ces Sociétés perdirent leur prestige, et, à l'heure actuelle, le champ est libre pour rétablir, sur de nouvelles bases, l'apprentissage de nos métiers. Ce que l'Apprentissage doit être aujourd'hui Afin de régénérer le travail national qui fut, de tout temps, la gloire de notre pays, il importe que l'énergie d'hommes convaincus s'emploie à recher-

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--- BONNEAU, 16 ANS 18 MOIS D'APPRENTISSAGE --- VARLET, 14 ANS 17 MOIS D'APPRENTISSAGE --- cher les moyens de remédier au danger que font chaque jour plus grands, le manque de direction et le manque d'idéal. Nous sommes arrivés à la période avancée et où le progrès de l'outillage assure la plus grande production: toute fabrication, en effet, possède ses moyens mécaniques, mais la surproduction qui en résulte a pour résultat de saper le savoir professionnel du patron et de l'ouvrier en supprimant presque totalement l'apprentissage des métiers. Disparition inquiétante et qui passionne à juste raison l'opinion publique. Le travail mécanique actuel n'absorbe plus la pensée de celui qui l'exécute: l'outil travaille et l'homme devient son aide. Considérés de cette façon, les travaux fatiguent sans distraire. Nous déplorons les exigences et la médiocrité de nos ouvriers, conséquences directes de cette production intense qui les fait plus spécialistes qu'artistes. Il faut reconstituer l'apprentissage. — Voila ce qui se dit depuis des années. Les règles du travail resteront à peu près semblables; c'est à nous à savoir les adapter aux circonstances, en réunissant tous les éléments susceptibles de former des ouvriers dont le savoir sera guidé par le raisonnement et la conscience. Regardons autour de nous ce que sont les patrons, les ouvriers, et ce que peuvent être les apprentis. Depuis longtemps nous avons banni tout contrôle; on n'impose plus au patron de faire ses preuves de maîtrise. Le premier venu peut se mettre à la tête d'une profession sans avoir acquis de connaissances spéciales. La clientèle n'a plus d'attache: la sousenchère a pris la place — le champ est plus facile à exploiter... et il est exploité! La vérité c'est que les difficultés professionnelles ont sensiblement diminué dans les industries, dans celles du bâtiment notamment, où tout devient spécialités.

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RENARD, 17 ANS 26 MOIS D'APPRENTISSAGE CHARIGNY, 15 ANS 10 MOIS D'APPRENTISSAGE Il nous suffira de passer l'examen rapide de la serrurerie actuelle pour avoir une idée des différentes branches qu'elle comporte et de la valeur professionnelle de l'élément ouvrier qui doit la composer. Les travaux métallurgiques, dits de serrurerie, peuvent se classer en trois catégories : Grosse construction : charpentes en fer, etc. Serrurerie de bâtiment : planchers, pans de fer, combles et charpentes, quincaillerie. Ferronnerie : grilles, rampes, balcons, marquises, véranda hs, etc. La grosse construction, qui exécute les ponts, les poutres et les grandes ossatures métalliques, demande un outillage assez puissant. Les études et les plans sont dressés par un ingénieur qui a calculé la force de résistance des fers appelés à supporter de très fortes pressions. Le travail d'atelier se résume dans le traçage des épures grandeurs par le chef d'équipe. Tous les profils de fers dont l'emploi est courant se trouvent dans le commerce. La machine accomplit sa besogne : le fer est coupé de longueur, cisailé, dressé, poinçonné et assemblé pour le rivetage. Il est rare, sauf dans quelques cas spéciaux, que le travail de forge intervienne. Ce ne sont pas les capacités professionnelles qui constituent l'élément ouvrier dans la grosse construction. Le recrutement du personnel est donc assuré facilement en toute circonstance. L'apprentissage n'intervient ici que pour la formation des chefs d'équipe, car ce sont eux qui assument toutes les responsabilités de la mise en œuvre à l'atelier. L'Avenir de l'Apprentissage - Fasc. 2.