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ART & DÉCORATION NUMÉRO 5 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS J.P.G.
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ART & DÉCORATION NUMÉRO 5 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS J.P.G.
Sommaire Ce numéro a été établi sous la direction d'Albert Lévy par Gaston Diehl et Boris J. Lacroix Les Beaux Tapis par Renée Moutard-Uldry Au Palais de l'Élysée, nouveaux aménagements des appartements privés par Jacques Laroches Poteries de Table Aspects de la Reliure Française, reliures modernes par Jacques Guignard Dernières Œuvres de Beyer Équilibre et Distinction ; A. Renou et J.-P. Genisset, décorateurs par Gaston Diehl Dessins de Dentelles du seizième siècle par Roger-Armand Weigert Un Hôtel Particulier à Bruxelles par S. Gille-Detafon Informations, en France et à l'étranger Planches hors texte en couleurs Maquettes d'intérieurs (3 planches) gouaches de A. Renou et J.-P. Genisset La Couverture Une Maquette d'intérieur gouache de A. Renou et J.-P. Genisset
A. ARBUS Tapis d'Aubusson à fond beige ; bordure verte et caisson central vert foncé. LES BEAUX TAPIS PHOTO MARCEL DUPUIS Le tapis a retrouvé dans la demeure contemporaine la place qu’un temps les hygiénistes et un certain snobisme lui avaient disputée : l’aspirateur a vaincu la poussière, et le goût du confort et d’un certain raffinement domestique l’ont emporté. D’ailleurs, en dehors de ses qualités esthétiques, le tapis s’impose par ses qualités utilitaires : il nous défend du froid et surtout du bruit ; chacune de ses fibres dressée amortit le choc, constitue un barrage contre les vibrations sonores dont les murs et les cloisons trop minces de nos maisons nous défendent mal. Nous ne parlerons point ici du tapis mécanique, particulièrement de la moquette dont la fabrication, avec des produits de remplacement — en ces temps de restrictions — tel que la fibrane, arrive à rivaliser avec la laine. Mais cette dernière demeurera toujours la matière noble par excellence, traditionnelle, presque exclusivement réservée aux tapis faits à la main.
PORTENEUVE. Tapis au point noué, avec ciselage (esquisse du plan du Parthénon). PHOTO MARCEL DUPUIS
Pour l'homme primitif, dans la hutte ou sous la tente, le tapis est apparu comme un des premiers signes de la vie sociale et du luxe : toisons jetées sur le sol, ou poils de rennes puis de brebis, ingénieusement tissés par les femmes. Dès que la technique du tapis eut été inventée — tout comme celle du potier — elle atteint, dans sa simplicité une perfection définitive qui ne sera ni modifiée ni dépassée. Chez les peuples d'Orient, d'où les tapis nous sont venus par la route de la soie, ou rapportés par les Croisés, ils constituaient l'élément essentiel du foyer : tapis de prière, couche, décor du sol et des murs; dans son omnipotence, il supportait la plus fastueuse ornementation, d'ailleurs toute chargée de symboles. Dans nos demeures modernes, le tapis n'est plus seul, il doit s'accorder avec les meubles et avec toute l'ordonnance architecturale et décorative des pièces, servitude qui a dû, ou devrait, modifier son esthétique, lui imposer une modes- tie de bon aloi, qu'il s'agisse du tapis au point noué ou du tapis d'Aubusson. Car il n'y a, en dehors de la lirette, ce charmant tapis populaire fait de fines bandes d'étoffes tissées comme une fibre et qu'on trouve aussi bien dans nos provinces que dans les pays nordiques — Selma Lagerlöf, dans un de ses contes, ne nous décrit-elle point la jeune fille occupée à tailler les fines lanières ? — que deux techniques de tapis. La plus originale, la plus « tapis » est celle du point noué : c'est un velours plus ou moins ras, plus ou moins haut et profond — suivant les origines et les modes — fixé sur un canevas, c'est-à-dire des fils de laine en mèches verticales, en brosse, accrochés sur un tissu de base formant plancher et constitué par des fils de coton, de laine, de lin ou de soie, s'entre-croissant horizontalement; l'autre, c'est celle dite d'Aubusson, sœur de la tapisserie. Dépendantes de ces deux techniques du tapis, nous considérerons deux conceptions créatrices. PHOTO MARCEL DUPUIS GONSE. Tapis de haute laine ciselée ; fond nègre, dessin bleu et crème (Édité par Lauer).
PORTENEUVE Tapis au point noué, avec ciselage. PHOTO MARCEL DUPUIS MONTELIUS Tapis au point noué à la main en laine naturelle; motifs en relief beige et tête de nègre. (Édité par Les Tapis Levieil.)
DA SILVA BRUHNS Tapis au point noué, dessin nègre et crème, fond vert d'eau. (Édité par Braquenié.) LA PHOTO DES COULEURS J. LELEU Tapis de haute laine, quadrillage de couleur sur fond beige. PHOTO CHEVOJON André DEVECHE Tapis ras d'Aubusson (diamètre 2 m. 50) ; fond madère, décor rouge, ocre-jaune et crème.
Jean PICART LE DOUX Tapis d'Aubusson (1 m. 70 sur 2 m. 70) ; fond gris, décor exécuté dans plusieurs gammes de jaunes. (Atelier Berthaud à Aubusson.) Germaine MONTEREAU Décor en laine naturelle au point noué sur fond tissé à la main et satiné. (Édité par La Crémaillère.)
PHOTO MARCEL DUPUIS Jean PICART LE DOUX Tapis d'Aubusson (1 m. 70 sur 2 m. 70). Fond naturel, décor gris et jaune. (Atelier Berthaud à Aubusson.) PHOTO MARCEL DUPUIS Germaine MONTEREAU Tapis de colon avec bandes alternées de tissage à la main et de boulettes coupées. (Édité par La Crémaillère.)
PHOTO MARCEL DUPUIS René SCHMITT Les Oiseaux, tapis de haute laine en camailieu beige et terre de Sienne clair. (Édité par Tabet Aoul.) Il y a celle des authentiques artisans du tapis : Germaine Montereau, Da Silva Bruhns et Lauer, pour ne citer que les plus représentatifs. Germaine Montereau nous explique : « Je fais un tapis comme un peintre fait un tableau... œuvre qui a ses qualités propres, son caractère, son expression. » Ses tapis sont généralement blancs ou bruns, en laine brute, non teinte, et toute leur beauté somptueuse, parfois primitive, presque barbare, naît de l’opposition de matières authentiques toutes proches de la nature : laine, coton ou soie, de recherches de tissage et du jeu des reliefs — généralement ton sur ton — qui leur donne une sobriété vigoureuse, racée. Un tapis de cette classe participe au même titre qu’un tableau au décor d’une pièce ; son rôle ne se limite point à une utilisation précise ou épisodique. De même un tapis de Da Silva Bruhns est beau en lui-même et celui, dit des « Neuf Muses », de MARSAC Tapis au point noué à la main et ciselé; beige ton sur ton. (Édité par les Ateliers
J. LELEU Tapis d'Aubusson ; décor exécuté dans différents tons de vert sur fond grenat. d'Art de la Manufacture Française de Tapis et Couvertures à Beauvais ; présenté par France-Tapis.) que nous avons vu récemment à l'exposition des Manufactures Nationales, avec son décor en camaïeu beige roux, sur un grand fond de haute laine d'un vert jade, tapis de la Savonnerie exécuté par Braquenié, s'accordait particulièrement avec le mobilier qu'il « accompagnait »; mais on imagine fort bien que dans d'autres circonstances, il eût conservé dans son intégrité absolue cette évidente valeur décorative. Toute autre est la conception des décorateurs qui composent, « décorent » un tapis en fonction du style et de l'ornementation d'un ensemble mobilier ; ces tapis dont le thème est souvent demandé à un peintre — tel un carton de tapisserie — sont exécutés d'une façon plus anonyme. S'ils n'ont point leur originalité propre, si leur rôle apparaît dépendant, secondaire, ils n'en constituent pas moins des instruments de base, une partie essentielle

Ce numéro de la revue "Art et Décoration" explore le thème des "Beaux Tapis", présentant divers styles et techniques de tissage, du point noué à l'Aubusson. Il met en lumière des créations modernes et leur intégration dans les demeures contemporaines, tout en abordant des aspects comme la reliure française et les aménagements intérieurs au Palais de l'Élysée. Des planches hors texte en couleurs illustrent des maquettes d'intérieurs et des tapis.