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ART ET DÉCORATION EXPOSITION DE PARIS 1937 DECORATION DE LA MAISON MOBILIER, ARCHITECTURE BEAUX-ARTS 41ème ANNÉE REVUE MENSUELLE 2, RUE DE L'ÉCHELLE PARIS CE NUMÉRO : FRANCE 12 Fr. Printed in France --- 1937

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ART ET DÉCORATION ET L'ARCHITECTE L'ART DÉCORATIF ET LES ÉCHOS D'ART 41e ANNÉE - RÉDACTEUR EN CHEF : L. CHERONNET TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS. LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURENT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS ; TOUTES LES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES ET SERONT POURSUIVIES PAR LES AUTEURS PRIX : FRANCE : LE NUMÉRO, 12 FRANCS. L'ABONNEMENT ANNUEL (12 NUMÉROS), 130 FRANCS. — PAYS À TARIF POSTAL RÉDUIT : AFRIQUE DU SUD (UNION DE L'), ALBANIE, ALLEMAGNE, ARGENTINE, AUTRICHE, BELGIQUE, BRÉSIL, BULGARIE, CANADA, CHILI, COLOMBIE, CONGO BELGE, CUBA, ÉGYPTE, ÉQUATEUR, ESPAGNE, ESTHONIE, ÉTHIOPIE, FINLANDE, GRÈCE, GUATÉMALA, HAITI, HONGRIE, LETTONIE, LIBÉRIA, LITHUANIE, LUXEMBOURG, MAROC (ZONE ESPAGNOLE) PARAGUAY, PAYS-BAS, PERSE, POLOGNE, PORTUGAL ET SES COLONIES, ROUMANIE, SALVADOR, TCHÉCO-SLOVAQUIE, TERRE-NEUVE, TURQUIE, U. R. S. S., URUGUAY, VENEZUELA, YOUGOSLAVIE. LE NUMÉRO 14 FR. L'ABONNEMENT ANNUEL, 165 FR. EMBOÎTAGES ; JUSQU'EN 1931 INCLUS. CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE ; À PARTIR DE 1932, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UNE ANNÉE : 15 FR. (PORT EN SUS : FRANCE, 3 FR., ÉTRANGER, 4 FR.). CHÈQUES POSTAUX : PARIS 66-90. TÉL. OPÉRA 65-38. À TOUTE DEMANDE DE CHANGEMENT D'ADRESSE, JOINDRE 1 FRANC EN TIMBRES-POSTE. CHARLES MASSIN ET ALBERT LÉVY PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE --- SOMMAIRE • 1937 – N° 9 L'EXPOSITION DE 1937 INTÉRIEURS 1937, par Louis Cheronnet. LES ENSEMBLES MOBILIERS AU PAVILLON DES ARTISTES DÉCORATEURS, par Renée Moutard-Ultry. • LES ÉCHOS D'ART A TRAVERS LES REVUES. INFORMATIONS ET NOUVELLES CALENDRIER DES EXPOSITIONS --- ENTREPRISE GÉNÉRALE DE PEINTURE Papiers Peints - Miroiterie et Décoration MAISON LECLAIRE fondée en 1826 Succursale : 7, Place Péreire-(17e) Tél. : Wagram 04-51 PERRET, BOUREAU & Cle SUCCESSEURS de FOURNIER, PERRET et Cle Lauréat de la Société Centrale des Architectes (Congrès de 1880) 25, Rue Bleue - Paris (9e) Téléphone : Provence | 74-74 (4 lignes groupées) --- BÉTONS ARMÉS HENNEBIQUE A L'ÉPREUVE DU FEU (BREVETÉS S. G. D. G.) — Plus de 1.800 Agents et Entrepreneurs-Concessionnaires GRANDS PRIX A TOUTES LES EXPOSITIONS Direction et bureau technique central : 1, Rue Danton, PARIS (6e) (Tél. : DANTON 46-47, 47-18. • Adr. Télégr. HENNEBIQUE-25-PARIS) RENSEIGNEMENTS, BROCHURES, PLANS ET AVANT-PROJETS GRATUITEMENT SUR DEMANDE --- Pour relier vos années parues "d'Art et Décoration", utilisez nos emboîtages spéciaux. L'emboîtage contenant une année : fr. 15 (port, France : fr. 3 - Étranger : fr. 4) VOUS AUREZ UN BEAU VOLUME DE BIBLIOTHÈQUE

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INTÉRIEURS 1937 Ce n’est pas sans intention qu’on a fait mettre sous ce titre un trait de plume. Ce trait de plume, c’est un ornement. Et cet ornement, c’est un peu une arabesque. Or, l’ornement et l’arabesque viennent d’opérer un retour assez triomphant à l’Exposition dans le Pavillon des Artistes décorateurs. Dans ce pavillon pas mal d’ensembles sont, d’une manière ou de l’autre, sous le signe du décor et souvent même d’un décor plutôt théâtral. Je sais bien qu’il s’agit d’une exposition, c’est-à-dire de variations devant être jouées un peu au-dessus du ton pour être frappantes. Ainsi les lignes des dessins de mode, pour mieux exprimer l’esprit d’une « création » doivent s’évader du canon du corps féminin. Mais cette outrance n’en est pas moins l’indication d’un fait précis. Ce fait, nous l’avions d’ailleurs prévu ici même. Aujourd’hui la réaction contre l’affreux nudisme a pris forme. Il était normal qu’elle naisse. Il est possible qu’elle ait été en partie nécessaire. Mais nous pouvons nous demander si elle n’est pas un peu hâtive, excessive malgré tout, dans ses manifestations et si ses bases ne sont pas entachées d’arbitraire, voire de facilité. Entendons-nous bien. Ceci ne vaut que pour le principe même. Car on aurait tort de croire qu’on n’éprouve pas de plaisir à visiter les quatre étages du Pavillon des Décorateurs. Dans la plupart des envois s’affirment, au contraire, de nombreuses qualités de goût, d’esprit et d’invention. Tout est prétexte à jeux de formes, de lignes, de couleurs. Il y a des trouvailles charmantes... Seulement elles le sont quelquefois un peu comme des mots de comédie. Elles manquent un peu de profondeur, de vraie soumission à l’humain, je veux dire aux nécessités humaines. Une trouvaille, c’est bien ; mais un problème résolu, n’est-ce pas mieux encore ? Il est même assez curieux de noter que c’est en pleine crise, au moment où les questions sociales se posent un peu partout sous les aspects les plus divers qu’on nous montre des intérieurs pimpants, aguichants et légers, et bien plus soucieux d’un charme « individualiste », immédiat et extérieur, que de valeurs authentiques, effectives et « permanentes ». Non seulement le drapé et le capitonné, mais encore le ruché, le plissé, le chiffonné et tous les falbalas réapparaissent victorieusement au point que notre collaboratrice, Renée Moutard-Uldry, s’inquiète avec raison dans son compte rendu en se demandant si nous n’allons pas voir revenir notre vieil ennemi le tapissier. Je sais bien que tous ces ornements, que les maîtresses de maison avaient pris d’elles-mêmes en horreur parce qu’ils n’étaient que des nids à pousière, sont maintenant exécutés dans des teintes jeunes, claires et sans tristesse, ce qui marque un point au désavantage des sombres années 80 ; cela ne m’empêche pas d’être saisi d’un certain pressentiment lorsque je vois leur fantaisie superficielle prendre la place d’autres préoccupations qui sont celles d’un système plus rationaliste, lequel veut qu’on applique son ingéniosité à concevoir des améliorations pratiques, des aménagements normaux et cela sans s’éloigner jamais du souci d’équilibre et de proportion, donc de la Beauté. Le fonctionnalisme nous avait aussi habitués à une satisfaction assez noble. Dans chacune de ses créations, le matériau était avoué franchement,

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purement. Grâce à cela d'ailleurs, bien des matières méconnues furent réhabilitées. Allons-nous voir maintenant la peinture et la dorure parer les formes d'un maquillage au goût un peu frelaté et masquant leur vérité matérielle ? Je sais déjà des meubles ou des lustres dont on ne peut pas savoir s'ils sont «réellement» en bois, en métal, en plâtre, voire en carton-pâte. Ils possèdent, de ce fait, un air factice et équivoque, qui est assez gênant. Notons aussi une seconde antinomie : cette apparition du déguisement compliqué des intérieurs a lieu au moment même où, dans tout le pays, la jeunesse va de plus en plus vers une vie aux joies sportives et saines, prend l'habitude d'une existence dépouillée de tout artifice, fût-il mondain ou sentimental, et où le camping et les auberges de jeunesse sont en train de former des générations moins individualistes mais aussi plus libres, plus naturellement riches. Et cette vérité est si bien comprise en général, que, même dans les maisons de week-end on se garde bien de chercher des effets de faux rustique. Ainsi donc, pas plus que le faux rustique ne saurait accompagner le retour à la nature, un certain pastiche amusé des styles passés ne saurait exprimer un retour aux traditions. Une tradition est une chose qui évolue au cours des âges et qui continue à «vivre». D'ailleurs si, traditionnellement, et de l'avis de tout le monde, l'esprit français est, avant tout, amoureux d'ordre clair et de discipline logique, jusque dans ses grâces, on peut penser qu'il répugne à certaines fantaisies anarchiques, à un certain baroquisme pour tout dire. Je viens d'écrire le mot «baroquisme». Aux rigueurs jansénistes du fonctionnalisme, rigueurs qui furent sans doute exagérées puisqu'elles affirmaient elles-mêmes une réaction, je crains surtout, justement, de voir opposer un mouvement désordonné puisant ses sources actives dans un pèle-mêle de néo-humanisme, de folklore et de bibelots d'antiquaire. Toutes ces choses sont attrayantes et savoureuses en elles-mêmes. On peut les aimer pour elles-mêmes. Mais il est plus dangereux de vouloir y puiser les principes d'un renouveau artistique et de les employer — surtout simultanément — pour servir de base à un style. Cela ne peut jamais que fournir un placage, séduisant peut-être quelques instants mais éphémère comme une mode. Il est vrai que les matériaux qu'on voit parfois employer aujourd'hui sont si fragiles qu'on peut penser que les décors qu'ils constituent sont faits pour être changés aussi souvent que la comédie humaine le demande. Mais vivons-nous à une époque de comédie ? En un mot, il s'agit de ne pas se griser d'une mousse légère, de ne pas perdre pied dans le vrai chemin des valeurs constantes, sûres, profondes, parce qu'on se sent brusquement attiré par la fantas-magorie ostentatoire de certaines apparences. La notion de l'humain dépasse singulièrement la recherche d'une esthétique de parure, elle doit être soumise à une éthique dont les exigences sont toujours liées à l'actualité. Quelle qu'elle soit, il faut une règle directrice. Trop de morceaux de bravoure finissent par se contredire et ne plus rien affirmer. Et la grandeur ne réside jamais dans les détails si brillants soient-ils... * Nous avons toujours porté ici une sympathie attentive aux travaux des Décorateurs, car nous croyons à la sincérité de leurs recherches et nous aimons leur belle volonté de constant renouvellement reposant sur les plus sûres connaissances techniques et artistiques. Cette année, à l'occasion d'une grande manifestation internationale, ils ont tenté un effort particulièrement grand et intéressant, qui peut porter les fruits les plus divers. C'est pourquoi je ne voudrais pas qu'on se trompe sur le sens de ces lignes préliminaires. C'est un rôle ingrat que j'ai choisi en les écrivant ; mais une telle étape vient d'être franchie que je voudrais qu'on s'arrêtât un instant pour faire le point. Car, sous prétexte qu'on va mépriser l'autostade rectiligne bordée à l'approche des grandes villes par des usines en ciment armé, il est peut-être dangereux ou stérile de s'engager dans des sentiers trop ondulants et trop fleuris et qui ne mènent qu'à des villages morts. L'autostade est une nécessité de notre temps. Inéluctable et vivante. L'homme doit pouvoir l'humaniser, comme tout ce qui sort de ses mains. LOUIS CHERONNET.

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Raymond Subes. — Grilles décoratives en fer forgé. LES ENSEMBLES MOBILIERS AU PAVILLON DES ARTISTES DÉCORATEURS Devant l'ampleur de cette manifestation aux aspects et aux tendances si variés, nous avons essayé un rapprochement, non point par sujets — car il s'agit toujours de notre habitation — mais selon le programme choisi par les exposants eux-mêmes. Nous aurons ainsi, d'une part, tous les ensembles de réception et les demeures luxueuses : projet d'Ambassade, salons, salle à manger d'apparat ou chambre de Madame. A ce premier groupe nous pourrons rattacher l'essai de Club universitaire qui servira de transition entre les raffinements citadins et bourgeois et le second groupe inspiré par la vie sportive : maisons champêtres, appartement d'un yachtman,

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auberge de la jeunesse et hall de documentation touristique. D'un côté, la vie de société avec son luxe et toutes ses servitudes; de l'autre, la vie au grand air, les loisirs et le repos. Enfin, le troisième groupe réunira tous les ensembles décoratifs pour classe moyenne qui peuvent convenir à la ville aussi bien qu'à la campagne. On y verra la demeure d'un ménage d'intellectuels, celle d'une femme artiste, le cabinet d'un médecin, la chambre d'une infirmière... Notons d'ailleurs que trop souvent le titre suit l'inspiration plus qu'il ne la commande. Mais ce sont là des détails; ce qui paraît plus grave, c'est la confusion qui règne dans le premier et parfois dans le troisième groupe. Confusion dont les artistes ne sont pas seuls responsables. Notre société est en pleine crise : elle se détruit et se renouvelle tout à la fois ; elle a ses soucis, ses intérêts, des goûts et des besoins nouveaux. Nous perdons le goût du luxe : on ne sait plus recevoir et nombreux sont ceux qui considèrent comme une corvée le grand diner qu'ils subissent en songeant au prochain week-end. Nous le répétons toujours : on ne fait bien que ce qu'on aime, nous n'aimons plus la vie mondaine conformiste et artificielle et il est difficile de créer un cadre pour des gestes accomplis sans conviction et sans plaisir. Quelques-uns de nos décorateurs — et parmi les meilleurs — témoignent ici, par leur incertitude, des difficultés du problème. Nous ne savons vraiment ce que nous voulons que lorsqu'il s'agit d'urbanisme, de collectivité ou de vie au grand air. Tout ce qui est neuf bénéficie d'un élan sincère et les créations du deuxième groupe ont un air de jeunesse, de vérité et de joie. Il est assez curieux de noter que certains artistes créent pour ces fins utilitaires ou modestes des œuvres plus pures et d'un style plus viable que lorsqu'ils sacrifient au goût du luxe. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que nous sommes en présence d'un grand effort que la rigueur des temps rend particulièrement méritoire et il convient, par delà les erreurs, de dégager non seulement les œuvres de valeur mais toute trace de bonne volonté. Jacques Adnet a-t-il voulu nous étonner ? Est-ce un jeu ou un défi ? La salle commune dans l'Ile-de-France qu'il a construite et meublée n'a rien de rustique : ses proportions, son allure barbare évoquent quelque salle d'un château féodal, on attend dans ce décor d'une magnificence hautaine, mystérieuse, les fastes d'une réception seigneuriale. Tout semble d'ailleurs s'y prêter : un mur en hémicycle où s'incruste une large banquette recouverte de tissu roux-orange encercle à demi un grand foyer rond, en briques, isolé au milieu de la pièce. La table éclairée par des bougies de cire rouge est entourée par de hautes chaises tendues de peau de vache noire et blanche. Le bahut sévère est orné de métal découpé noir ; noires aussi

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sont les appliques en forme de branches d'un aspect presque funèbre. Cependant une table à écrire en bois gris et des fauteuils garnis de tissu vert s'humanisent et créent une harmonie discrète; mais voici une table de bridge blanche et des sièges laqués et canés qui choquent ici, comme un anachronisme. Le paysage que Roland Oudot a peint au bord de fenêtres — plaines blondes et paisibles — est encadré par des rideaux multicolores qui ajoutent encore à l'étrangeté de ce décor assez peu « Ile-de-France », avouons le. La demeure conçue par André Arbus est située, elle aussi, en Ile-de-France. A d'autres titres elle ne satisfait point au programme de mesure que l'artiste semble s'être ainsi fixé. Tout est ici raffinement et élégance : sièges ivoire du salon, recouverts de satin or brodé de soie blanche, méridienne, table à croisillons. Ce ne sont d'ailleurs point les meubles qui troublent l'ordonnance de ce salon de musique et de cette chambre, mais le décor qui les accompagne, sorte de variation trop fleurie, sur un thème pur. Déjà un grand cabinet d'écaillle et de bronze doré se perd dans les reflets bruns et métalliques d'un panneau de glace à personnages de Paule Ingrand, mais pourquoi, surtout, André Arbus a-t-il accroché, au-dessus du lit gainé de parchemin blanc, cette inutile draperie où se pose sans raison un oiseau et qu'encadrent deux luminaires-bénitiers sculptés dans le mur ? La leçon de ceux qui arrachèrent d'un geste victorieux les cantonnières et baldaquins de nos grand'mères fut-elle vaine et nous faudra-t-il voir bientôt la rentrée triomphale de notre vieil ennemi le tapissier ? L'ensemble composé par Lucie Renaudot, chambre, boudoir et studio est d'une féminité sans fadeur. On reconnaît tout de suite, en cette harmonie rose et bleu sombre, le goût et la sensibilité d'une artiste qui sait se renouveler tout en conservant une personnalité très franche. La chambre inscrite dans une pièce ronde, voilée de mousseline blanche fleurie de grappes de lilas, au lit garni de percale rose sur laquelle Paule Marot a fait neiger un léger duvet est toute grâce et fraîcheur. Le studio, au contraire, malgré ses meubles de bois clair, sa table de travertin et de glace, témoigne d'un style large, presque grave, qu'accen-tuent les lourds sièges de reps bleu égayé d'une fleur blanche. Le Salon de réception de Montagnac, avec ses meubles de bois sombre garnis de broché vert, est somptueux et digne. Un magnifique tapis rose-corail en relève l'éclat. Jules Leleu a choisi pour la grande salle à manger une harmonie discrète où passent les tons les plus assourdis de la forêt : couleur de sable, couleur de champignons, couleur de feuilles mortes doucement éteintes. La longue table de loupe brune est recouverte d'une glace ombrée décorée de Kasskoff ; elle repose, précieuse et fine, sur un splendide tapis dessiné par Popper Leleu et les rideaux des fenêtres portent des guirlandes de feuillages de Kass-koff ; les chaises sont gainées de cuir havane. Nous avons dit que le goût de la réception et du luxe se perdaient : Jules Leleu en a conservé la tradition comme il a conservé celui de la belle ébénisterie. Il sait donner à ses meubles cette perfection secrète, cette sobre distinction qui convient aux élégances véritables. Cette pièce n'est point un vain décor, elle a été conçue pour des fins précises, elle s'animerà de toutes les parures : bijoux, lumières, fleurs seront à leur place. Le Salon d'Ambassade de Sue fait songer à quelque brillant décor d'opérette, car on ne saurait penser à autre chose devant cette profusion bigarrée : staff, balustres, obélisques, draperies jaunes et blanches, canapé de satin pourpre, lustre monumental découpé dans le carton-pâte ou le laiton, flambeaux de glace argentée aux bougies noires... La chambre de Madame, œuvre de Dufrène, n'est pas moins surprenante : le lit de métal doré, découpé, isolé sur des boules de verre torsadé avec ses rideaux de satin, l'un rouge, l'autre vert, ses meubles capitonnés ornés de fleurs qui rappellent un peu trop les soies peintes de 1900 déconcertent autant que les portes Max Vibert. — Présentation de tissus d'ameublement.

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Jean Adnet. — Meuble d'appui défoncé au jet de sable, gainé de cuir blanc. Édité par la Compagnie des Arts français. rembourrées garnies de baguettes de glace. On perd la notion du temps en voyant réapparaître avec un éclat vainqueur tout ce qu'on croyait, qu'on espérait condamné. Le Salon de Printz n'échappe point à ce goût un peu tapageur : le bronze doré, le cristal, la laque noire, les lampadaires aux tiges d'ivoire, les soieries chamarrées de fleurs roses donnent à ce décor brillant un étrange relent d'orientalisme. Non moins somptueux mais d'une mâle gravité, noir, roux et fauve, le Fumoir de Porte-neuve semble un vaste et précieux écrin destiné à présenter le grand panneau de laque de Dunand qui domine une longue table basse gainée de cuir rouge incisé d'or. Le Club Universitaire, dû à la collaboration de Prou, Fréchet, Dominique et Rollin, se compose d'une cour intérieure aux massives colonnes rectangulaires faites de mosaïque et ceinturées de briques. On y accède par une grille de fer forgé de Subes. Il serait vain de répéter devant chacune des œuvres de ce maître leur puissance et leur clarté : cela se lit comme un beau dessin au rythme musical. Chaque décorateur a ordonné et meublé une des petites chambres-types qui s'ouvrent sur la cour-jardin (celle de Dominique, rouge et blanche, est gaie et avenante) et une des pièces principales. La bibliothèque que Prou a réalisée en collaboration avec Georges Lepape est une incontestable réussite : tout y est pratique et aimable, les formes et les couleurs concourent à créer l'atmosphère heureuse qui convient à ce lieu destiné au travail et à la méditation. Le plafond en forme de voûte, d'un bleu de ciel, avec ses deux bas-reliefs, la Rêverie et l'Étude, est constellé de noms d'écrivains. Autour de la pièce règnent des casiers métalliques rouge-sombre. La toile des canapés et des fauteuils est de la même couleur grave mais semée de fleurs blanches, et les chaises de Subes sont d'un rouge vif. Un seul mot peut exprimer la perfection discrète de cet ensemble : tout y est juste. Le bureau de l'administrateur, décoré par Lucien Rollin, est clair, digne et accueillant. Le fumoir-salle de jeux de Fréchet, jaune et brun, est orné de grands panneaux de glace aurée, décorée d'attributs sportifs, et le salon de musique de Dominique, noir et vert absinthe, avec ses laques et ses satins brochés, est d'un luxe peut-être excessif dans ce club universitaire. Enfin une salle de repos présente des laques de G. Chevalier et de Ducuing et un meuble de bois sculpté très « artisanal » d'André Sol. Maintenant, voici le deuxième groupe inspiré par les loisirs et la vie au grand air. Il nous faudrait tout retenir car il n'y a rien ici d'indifférent et les heureuses trouvailles abondent. Les amis de Djo Bourgeois ont fidèlement exécuté l'Appartement d'un yachtman sur la Côte d'Azur auquel il travailla jusqu'à ses derniers jours. La chambre à coucher et le living-room s'ouvrent par de larges baies face à la mer. C'est avec elle que tout s'accorde ; c'est elle qui ordonne le rythme de cet ensemble blanc et couleur de cordage. Rien d'inutile. La nécessité et la raison

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commandent. Les meubles encastrés dans les murs participent à l'architecture générale. Le lit, sans pieds, partant du mur est retenu par deux cordes tombant du plafond ; les sièges sont de vannerie blanche ou tendus de toile verte. Tout évoque la vie, l'activité saine et joyeuse. On en veut presque à cet ensemble de parler ainsi de bonheur. La petite maison de week-end en Ile-de-France construite par René Gabriel porte à ses murs des oiseaux et des fleurs de céramique de Gensoli. On connaît la simplicité des moyens dont use René Gabriel : quelques planches de sycomore, une percale bleue fleurie et voici une chambre ; pour la salle à manger, une table accueillante, des sièges confortables recouverts de moleskine bleue. Tout cela est net, pratique et gai. Il n'y a rien à décrire mais on s'aperçoit vite que rien ne manque, même pas la grâce. Primavera a sa place tout indiquée ici et Colette Guéden a meublé avec son habituelle fantaisie, un balcon. Elle a collaboré avec Louis Sognot et Charliot à l'aménagement d'un Club d'été pour jeunes filles. Le bois, la vannerie, la corde et les toiles de couleurs y triomphent. Mais la vertu essentielle de cet ensemble si ingénieusement ordonné n'est point dans les détails d'ailleurs charmants : qu'on livre ce club à de jeunes étudiantes, à de jeunes sportives, elles s'y trouveront immédiatement à leur aise car il a été conçu par des êtres attentifs qui connaissent leurs habitudes et leurs goûts. Tout cela a un accent de vérité qui ne trompe pas et comble de plaisir. Une grande partie du premier étage est consacrée aux loisirs. Le Hall de documentation touristique de Philippe Petit offre une curieuse harmonie de verts. Reps des fauteuils qui vont du vert sombre des aiguilles de pin au vert tendre des feuilles nouvelles, rhodoïd des sièges et des tables, long vitrage des baies ; tous les verts des bois, de la mer et des sources sont groupés là : appel impérieux de la nature. C'est le luxe et la poésie de cet ensemble d'une absolue sobriété où chaque meuble a son utilité précise. Tout est là rigoureusement simple, lumineux et logique. Jacques Mottheau a organisé une Auberge de la Jeunesse en Bretagne avec la collaboration des artisans de Dinan dont il dirige l'activité. Tables, dressoirs, bancs, bouteilles, coupes ou gobelets sont en chêne du pays. Les pieds en bois tourné rappellent les techniques traditionnelles. Les hautes chaises paillées en iris d'eau voisinent avec les fauteuils tendus de chanvre tressé. Kohlmann et Mme Max Vibert présentent l'ameublement d'un Chalet de montagne pratique, sobre et joyeux comme il convient : les bancs et les tables de sapin sont rehaussés de l'éclat de poteries rouges et de quelques toiles à carreaux. Jean Royère nous offre deux coins de repos, l'un pour l'été, l'autre pour l'hiver. Dans le premier, les murs sont tendus de lattes blanches et le lit de repos est hérisssé de rafia; l'autre, plus barbare avec ses revêtements de roseaux, sa cheminée basse, son grand fauteuil en ours blanc et ses tapis lainieux fait songer à quelque rendez-vous de chasseurs slaves ou magyars. Le studio-terrasse de M. Dufet ne saurait passer inaperçu, non plus que le rendez-vous de pêcheur de truite de J. Klein, bien qu'il ne présente pas cette simplicité agreste à laquelle nous attachons tant de prix. Et il y aurait encore long à dire sur le magistral ensemble de grilles de parc de Subes et sur le revêtement de céramiques de Guidette Carbonnell. Jamais elle ne fut à la fois plus traditionnellement potier et plus habilement décorateur. Voici enfin le troisième groupe qui présente, sur un autre plan, la même confusion que le premier. En dehors de quelques réussites, nous retrouverons ici le même goût pour le luxe et les complications décoratives, trop de satins, de dorures, de glaces et de fleurs artificielles. Il convient cependant de considérer avec quelque indulgence, et malgré ces erreurs, l'effort d'artistes qui ont le mérite d'étendre à Paule Marrot. — Présentation de tissus d'ameublement.

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tous les milieux, à toutes les classes sociales ce grand mouvement qui transforme chaque jour, plus définitivement, la demeure contemporaine. Suzanne Guiguichon expose l'habitation d'un ménage d'intellectuels; on se repose beaucoup dans ces pièces roses et rousses : il y a là toute une variété de fauteuils bas et confortables, mais nous n'aimons guère les lits jumeaux posés au ras du sol. La salle à manger d'Albert Guénot, en citronnier verni garni de cuir vert, offre une curieuse harmonie glauque et fraîche, mais son Hall de salon trop luxueusement meublé, trop doré, trop fleuri, semble attendre on ne sait quel gala bourgeois. Marie-Georgette Lemaistre présente une chambre d'infirmière pratique mais bien austère; on souhaiterait ici un décor plus aimable, plus délassant. Le studio de jeunes filles d'André Groult avec ses sièges laqués bleus, garnis de coussins rouges à pois blancs, a une grâce un peu surannée; les meubles: bureau et table, sont agréables, mais nous aurions aimé mieux voir le beau panneau champêtre exécuté en fine paille blonde qui décore le tout fond de la pièce. Nous attendions davantage de E.-R. Lamy qui a construit pour une artiste une demeure un peu compliquée. Mais il n'était pas facile, en dehors de la grande pièce-atelier, de réserver une chambre et une salle à manger indépendantes : Lamy a joué ingénieusement de deux plans pour résoudre le problème d'esthétique et d'ordre. Voici encore de Jean Royère un bureau de dame, aimable fantaisie qui a pris le cercle pour thème. La petite pièce est toute blanche et ronde ; une fourrure noire suit la forme du sol ; les rideaux sont d'un tissu semé d'an-neaux de couleurs qui rappellent les « grâces » de jadis. Au centre, un bureau en demi-cercle fait de syco-more blond, est discrètement orné de métal doré. Il n'est pas jusqu'au foyer de la cheminée, qui, lui aussi, ne soit rond ! Dans un salon de médecin, Albert Kahn a construit de très ingénieuses tables à revues et il y a encore bien des bureaux, des chambres à coucher, des living-rooms où on pourrait glaner maintes bonnes intentions. Mais parmi les œuvres exposées dans ce troisième groupe, la plus intéressante est sans doute la Bibliothèque qu'Henri Rapin a inscrite dans une rotonde. Ce ne sont point les meubles qui comptent ici, mais les livres : c'est pour eux seuls qu'a été construit cet ensemble pratique et sans rigueur, au rythme grave. Le rayonnage de bois sombre qui règne au long des murs est séparé perpendiculairement par des colonnettes de métal uni qui s'accordent avec la table de travail élégante et sobre. Quelques céramiques de Gensoli animent de leur éclat discret cette pièce silencieuse où il doit faire bon lire et rêver au milieu des belles reliures groupées avec amour. Attentifs au rythme de la vie, à nos travaux, à nos plaisirs, les « Artistes décorateurs » ont su — ou peu s'en faut — imaginer tous les aspects que prend actuellement notre demeure. RENÉE MOUTARD-ULDRIY. Raymond Subes. — Grille de jardin en fer forgé brossé, avec boules de verre.

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M. L. Sue. — Un Salon d'Ambassade. (Tapis et tissus de J. Lauer. Lustre de Baguès.)