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First pages of the volume, freely accessible.

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Art et décoration FÉVRIER 1920

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art et décoration REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Vingt-Quatrième Année — Numéro : 218 --- FÉVRIER 1920 PAUL JOUVE . . . . . . . . . . . . . . . Emmanuel de Thubert NOTRE ENQUÊTE SUR LE MOBILIER : LA LAQUE . . . . André Fréchet LE MONOTYPE . . . . . . . . . . . . . . . Malo-Renault QUELQUES ÉLÉMENTS PLASTIQUES DU CINÉMA . . . René Chavance PLANCHE HORS TEXTE : LES SINGES, Monotype. . . . . . . . . . Charles DUFRESNE Chronique : NOTES ET INFORMATIONS. — LES MEUBLES ANCIENS DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES, par René Chavance. — AU MUSÉE DU LOUVRE. — LES MAISONS BALADEUSES. — LE PALAIS DES EXPOSITIONS. — LES STATUES DE LA GUERRE. — HENRY DÉZIRÉ, par Léon Moussinac. — LÉOPOLD LÉVY. — LA RENAISSANCE ALSACIENNE. — LIVRES ET REVUES. --- PRIX DE LA LIVRAISON France : 5 fr. — Étranger : 5 fr. 50 PRIX * DE L’ABONNEMENT France : 50 fr. — Étranger : 56 fr. De 1897 à 1914 : la livraison. . . 3 francs. En 1919 : 5 livraisons à 5 francs. L’Année : Brochée . 36 fr.; Reliée . 50 fr. --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L’ÉCHELLE — PARIS 1er COMpte DE CHÈQUES POSTAUX, N° 6690. TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87

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--- Monastère serbe de Kilindar-Mont-Abhos. PAUL JOUVE. --- Paul Jouve Ceci n’est pas un article de critique. Je connais Jouve, et je dis que je l’aime. Si je ne le connaissais pas, je l’aimerais encore pour la richesse de son tempérament où j’ai plaisir à trouver une injustice de la nature. Elle nous fait inégaux: les uns, comblés de dons; les autres, nus. A Jouve elle a tout accordé. Il a reçu en naissant tout ce qui fait l’artiste, et c’est sans avoir besoin d’apprendre qu’il produit. Il manie avec la même facilité le crayon, la plume, le pinceau, la pointe, et je ne pense pas qu’il rencontre de difficulté à d’autres techniques. Aussi bien, le seul malheur qu’il redoute, c’est de n’avoir pas à donner d’effort. Il recherche donc l’obstacle pour avoir l’occasion de s’affirmer davantage. Mais que voulez-vous qui lui résiste? Les hommes l’admièrent, les femmes l’aiment. Ni l’amour, cependant, ni l’admiration ne sauraient satisfaire un homme si abondamment pourvu de tout ce qui peut donner du succès ou de la joie. Heureusement, la matière lui dit: Non! et voilà ce qu’il est prêt d’aimer par-dessus tout. Il faut qu’il s’attaque à la matière pour la vaincre. Après avoir produit ses dessins, ses peintures, ses lithos et ses eaux-fortes, il fait donc de la sculpture. Je pense que vous ne vous êtes jamais mépris sur ses dessins. Il dit lui-même qu’on peut tourner autour, et l’animal sort de leurs lignes, comme s’il était taillé dans le marbre ou pétri dans la terre. Ce sont des statues qu’il n’a pas faites; ce sont des statues qu’il fera peut-être. Et vous pouvez considérer Jouve comme un sculpteur. C’est de la sculpture que l’animal attend sa figuration. Les Égyptiens, les Assyriens, les sculpteurs des cathédrales, ceux de Versailles, Barye, Frémiet, la statuaire offre toute une suite que l’animal inspire. Depuis l’époque magdalénienne, la bête l’occupe tout autant, sinon plus, que la figure humaine. En fait, l’homme s’est souvent dérobé derrière elle, et plus souvent encore, le dieu, de sorte qu’elle

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Art et Décoration PAUL JOUVE. nous offre les caractères les plus primitifs des types et des espèces. Soit à l'état d'attribut, soit à l'état de totem, nous sommes près de la considérer comme la plus puissante des créatures. Souvenez-vous des contes populaires. Les bêtes y sont organisées par familles sacrées; chacune d'elles appartient à une société hiérarchisée, et possède tout ou partie du pouvoir magique. Elle a plus de science que l'homme. Elle le doue à volonté. Lui-même a sans cesse recours à elle. On dirait qu'elle fait partie d'un monde antérieur au nôtre, et plus fort. Le pouvoir qu'elle distribue est, d'ailleurs, indépendant des dieux, qui n'apparaissent pas auprès d'elle. C'est ce pouvoir animal que représentent les fétiches des sauvages et la sculpture d'Égypte. Les Assyriens, en qualité de conquérants, nous en donnent une image brutale. Le christianisme, enfin, le rattache au symbolisme de l'Esprit. Ainsi, de tous temps, la statuaire a répondu à une mystérieuse intelligence de l'animal. Et notre statuaire, à nous, à quoi répond-elle ? À quoi répond Barye ? À quoi, Frémiet ? À quoi, Jouve ? J'ai dit, autrefois : à la science. Je pensais que nos sculpteurs voient la bête avec des yeux de naturaliste ; qu'ils la dépouillent de son prestige, et qu'ils nous la donnent comme la fait la nature. Mais cela, en sommes-nous bien sûrs ? Et les sculpteurs eux-mêmes le croient-ils ? Ils admirent bien trop l'animal. Nous-mêmes, nous ne saurions le réduire à ce point. Malgré nous, nous le chargeons de tout son passé. Vous entendez les admirateurs de Jouve évoquer tout ce qu'ils savent des mœurs de ses bêtes, de leurs instincts, de leur intelligence, mais tant de choses soi-disant scientifiques ne sont-elles pas comme une légende, et que gagnons-nous à la connaissance que nous avons de l'animal ? Nous nous en faisons une image tout aussi merveilleuse que les Primitifs ou les sculpteurs sacrés, de sorte que dans des œuvres si près de la nature que celles de Jouve, nous trouvons encore les éléments d'une mythologie. La mythologie de Jouve n'a compris pendant longtemps que de grandes espèces. Elle était composée de types forts qu'il représentait dans des attitudes fatales: la faim, la soif, le rut. C'est pourquoi son œuvre apparaissait si

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Paul Jouve PAUL JOUVE. sombre et cruel. D'autres fois, il les montrait immobiles. Il atteignait alors ce caractère hiératique dont sont marqués ses dessins. Comme la nature entière ne lui paraissait faite que pour les grandes espèces, c'est d'elles seules qu'il nous donnait l'image. Tout son œuvre exprimait donc l'idée du triomphe des forts, de la destruction des faibles (1). Nulle pitié, aucune compassion, mais un tragique continu qui répondait à l'idée que Jouve s'était faite du monde. Le Livre de la Jungle l'a maintenu pendant dix ans dans ce système. Livre néfaste qui, au lieu de nous rappeler la fraternité de la bête et de l'homme, et leur affection mutuelle dans les liens d'une parenté première, nous les montre comme autant de brutes. Ce sont les membres de quelques hautes castes, des Kcha-tryas, si vous admettez que Kipling prend son inspiration à l'Inde, et si vous songez à l'esprit anglais qui l'anime, des Imperialists affamés de conquête. Voilà comment Kipling fait tort à l'animal. Il lui donne une âme d'ar-riviste, faite de force, de haine, d'instincts faussement primitifs, et il transpose dans son bestiaire les pires instincts de la lutte sociale, sans que vous trouviez de loi dans sa société qu'à l'usage du fort, et rien pour le petit, rien non plus pour l'être libre. Jouve échappe enfin à l'influence de cette dure épopee. Avant même que des amateurs n'aient possédé quelques bois venus sur les dessins du maître, il s'était détaché de Kipling. En Afrique, il s'éprenait de l'animal qui fait alliance avec l'homme, qui campe autour de la tente, appartenant à la famille, et lui aussi de sang noble et de race antique. Ce ne sont pas les brutes de Kipling que Jouve aimait en Afrique, c'est le cheval arabe. Il trouvait aussi devant lui l'homme du Sud, immobile ; et lui qui se demandait, en France, comment vivent ceux qui se vouent à plus que la force, il comprenait enfin la prière, le silence, et que l'homme a mieux à faire que d'aller à la chasse des créatures et d'annonner des maitres-mots qui (1) Quand il représentait la bête domestique, il la prenait dans les pires lieux de servitude : sur les chantiers, sur les ports, et dans les abattoirs.

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Art et Décoration ne commandent à personne, mais que sa vie est quelque chose de sacré, parce qu'il est l'image de Dieu. Ainsi pensait-il déjà quand il a fait la guerre. Elle lui a appris qu'il peut être beau de mourir. Elle l'a sorti de sa mystique de la force. Il doit au champ de bataille d'aimer autre chose que la souffrance et que la mort : le don volontaire de soi-même, après quoi, il ne reste plus à l'homme qu'à se prosterner devant une image sainte. Voilà sans doute pourquoi de son voyage en

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Paul Jouve PAUL JOUVE. Grèce, d'un si long séjour qu'il a fait à Salo- nique, de toutes ses courses dans la montagne il nous a rapporté des œuvres qui nous paraissent si nouvelles: quand il emprunte à l'animal, des bêtes domestiques; quand il prend à l'humanité, des hommes qui meurent, et d'autres, qui prient; avec le lieu de leur mort et de leur prière : la terre nue — ou des églises et des couvents. Remarquez qu'il a vécu dans un pays où l'on va généralement chercher des souvenirs de l'antique, qu'il a fait son séjour d'Athènes, qu'il a passé trois mois sur le Par- thénon ; et cependant, vous ne retrouvez rien de la Grèce classique dans son œuvre d'Orient;