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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- VIIe Salon des Artistes Décorateurs
GABRIEL MOUREY
- Un Concours de Service de Table et Verreries
MAURICE DUFRÈNE
- Pierre Labrouche
JEAN-LOUIS VAUDOYER
- Planche hors texte : La ville d'Urbino
PIERRE LABROUCHE
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AVRIL 1912
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
PARIS • 13. RUE LA FAYETTE • Télèp. n° 139-22
Prix de la Livraison: 2 fr. — Étranger: 2 fr. 50
16e Année, N° 4
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
ÉTRANGER . . . 25 francs
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L’Année parue ...
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Divan en poirier.
LEON JALLOT.
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VIIe Salon
de la Société des Artistes Décorateurs
au Pavillon de Marsan
L e succès qu’a remporté, tant auprès des artistes et des connaisseurs que du grand public, la septième exposition de la Société des Artistes Décorateurs ne nous aurait point tant réjouis, s’il n’avait été à tous les égards aussi légitime. Le temps est passé de l’indulgence encourageante et de la bienveillance systématique avec laquelle il nous a fallu pendant des années accueillir les efforts malheureux, les bonnes intentions, les résultats avortés, les tentatives incomplètes. Plus les artisans et les artistes du décor produisent et se produisent, plus nous devons nous montrer exigeant envers eux, plus nous devons exiger d’eux qu’ils se montrent exigeants envers eux-mêmes non seulement en ce qui concerne leurs productions personnelles mais en ce qui concerne l’organisation de leurs expositions, le choix des œuvres à y faire figurer et des personnalités à y admettre. C’est là, en effet, le seul moyen qui soit à leur disposition de remédier aux graves inconvénients que présente l’institution du jury et son fonctionnement. Nous voudrions donc que la plus grande sévérité fût désormais de règle dans les jurys des expositions d’art appliqué ; nous voudrions
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Détail de sculpture. L. JALLOT.
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Art et Décoration
davantage encore; nous voudrions qu'une pareille sévérité s'exerçât dans la formation ou la réformation d'une Société unique qui réunirait tous les artisans et tous les Artistes Décorateurs, de réel mérite, de vraie valeur, ayant fait amplement leurs preuves; nous voudrions qu'au lieu de prendre part, en parents pauvres, aux Salons du printemps ou d'automne, où la place leur est plus ou moins mesurée, les artisans et les artistes du décor décidassent formellement de n'exposer qu'aux expositions seules de cette Société, afin de n'y montrer que des choses soignées et mûries, bien pensées et bien exécutées. Car, à expo- ser comme ils le font un peu partout, j'ai bien peur qu'ils finissent par lasser la curiosité et la bonne volonté du public. Les tableaux que peignent aujourd'hui les peintres et qui ne sont d'ailleurs pour la plupart, que des études et des pochades, l'on comprend fort bien qu'il leur soit possible d'en exhiber aux murs de toutes les galeries parisiennes: un homme doué en abat sans peine sa douzaine au mois. Mais le décorateur qui crée un ensemble,
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VII Salon de la Société des Artistes Décorateurs
LEON JALLOT.
Ensemble du salon.
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Art et Décoration
KARBOWSKY
outre l'effort de composition et le labeur d'exécution que cela exige, s'impose de grands sacrifices matériels pour y parvenir et les frais d'exposition eux-mêmes, de présentation, sont considérables. Faisant partie de deux ou trois sociétés, et participant à leurs exhibitions, il est contraint de produire avec hâte et généralement en proie à des préoccupations économiques qui lui interdisent de faire ici ou la entièrement ce qu'il voudrait, ou bien il portera son effort ici et se négligera là. Ne vaudrait-il pas mieux, et à tous les points de vue, qu'il se concentre et se réserve davantage? J'imagine le succès que remporterait une exposition annuelle unique organisée et préparée avec méthode, abondante et en même temps très choisie, de présentation ingénieuse et variée, et où chaque exposant se présenterait avec tous ses avantages, ne montrant que le meilleur de son travail, où l'on ne risquerait de rencontrer rien de médiocre ni d'insignifiant, pas de pochades ni d'études comme on en voit trop souvent, non seulement dans les expositions de peinture, mais dans les expositions d'art décoratif, même de la qualité de celles de la Société des Artistes Décorateurs, mais rien que de l'exquis et du précieux, du délicat et du rare et du suprêmement raffiné d'une part et, d'autre part, ce qui manque tant à tous et partout, ce à quoi le public aspire, ce qu'il réclame à cor et à cri depuis des années et des années et ce que personne en France
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VII Salon de la Société des Artistes Décorateurs
ne songe à lui fournir — les Allemands s'en chargent ! — des objets usuels de style moderne : services de porcelaine et services de verre, étoffes décoratives, tapis, nattes, vanneries, petite argenterie, appareils d'éclairage et de chauffage, etc., etc., de bons objets usuels de consommation courante. Ce que je dis aujourd'hui, je le disais il y a bientôt vingt ans; mais les industriels français ont fait la sourde oreille, tandis que les industriels allemands, mieux informés qu'eux des exigences du public et se rendant bien compte qu'au vingtième siècle, dans un pays démocratique, ce n'est plus par l'aristocratie que peut s'opérer la diffusion d'un style mais par la masse bourgeoise et la masse populaire, tandis que les industriels allemands, dis-je, envahissaient le marché de leurs produits.
Mais je bornerai là ces réflexions d'ordre général, sur lesquelles d'ailleurs, il m'arrivera de revenir en visitant l'exposition des Artistes Décorateurs. Et m'y voici, déjà, revenu, pour constater que, comme à l'ordinaire, ce sont ici, tout comme ailleurs, les objets inutiles, les objets de luxe, les objets d'art qui sont les plus nombreux et, aussi, il faut bien le dire, les plus réussis. Voilà notre incontestable supériorité. Il est certain que nulle part au monde, par exemple, n'existe une phalange de céramistes comparables aux céramistes français : ce qui n'empêche pas la céramique industrielle française de se trouver à certains égards, sur le marché, en état d'infériorité vis-à-vis de la céramique industrielle anglaise et vis-à-vis de la céramique industrielle allemande. Je me souviens d'avoir
Plaques de propreté.
Mme BERTHE CAZIN.
Paravent.
MANZANA-PISSARO.
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admiré à la section anglaise de l'exposition de Bruxelles une collection de pièces de porcelaine et de faïence modernes dont les formes autant que le décor et les colorations offraient un incontestable agrément et à la section allemande de la même exposition comme à celle des artistes munichois à l'avantdernier Salon d'automne nombre de choses d'un goût contestable, certes, mais qui montraient que l'on nous a devancés de beaucoup au point de vue commercial, sinon au point de vue artistique, dans cette catégorie de productions. La céramique pour revêtement mural est, par exemple, bien autrement en faveur chez nos voisins d'outre-Manche et d'outre-Rhin qu'elle ne l'est chez nous, et je regrette vivement de ne point la voir représentée à l'exposition des Artistes Décorateurs.
En revanche, la vue des vitrines où MM. Decœur, Lenoble, Méthey, Simmen ont réuni quelques-unes de leurs meilleures et plus récentes pièces est bien faite pour nous réjouir.
Les envois de M. Decœur s'imposent à l'admiration par la pureté et la simplicité de leurs formes, la sobriété en même temps que la nouveauté de leur décoration; je pense, en écrivant ces mots, à certains vases, à certains plats à fond gris chaud où se détachent des ornements ou des fleurs stylisées, ombelles, pivoines ou roses traitées avec le sens le plus raffiné et le plus libre des catactères floraux
PAUL FOLLOT.
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VII Salon de la Société des Artistes Décorateurs
ANDRÉ GROUET.
Ensemble d'un petit salon (poirier et palissandre).
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Lustre en cuivre.
TH. LAMBERT.
dans des tonalités blanchâtres ou jaunâtres, qui sont des choses tout à fait remarquables.
Non moins dignes d'admiration — le mot n'est pas trop fort! — tels ou tels vases de M. Lenoble au décor gravé, telle coupe bleue et noire et ses deux grands plats décoratifs du bleu le plus somptueux et le plus profond.
De M. Méthey, quelques pièces seulement, dont deux surtout me paraissent supérieures; un vase bleu à décors bleus très simples, une bouteille blanche toute ajourée, aussi précieuse au point de vue artistique qu'au point de vue technique; avouerai-je que je préfère infiniment cette manière sobre et discrète de M. Méthey à sa manière polychrome, excessivement polychrome de ces derniers temps, à cause des effets un peu trop faciles, et par suite, un peu indignes de lui, où il se complaisait.
M. Simmen, à chacune de ses expositions, me paraît en meilleure forme, si l'on peut dire; c'est un chercheur probe et patient et qui est dans la bonne voie; sa vitrine renferme des morceaux d'une rare saveur, notamment ce grand vase brun chaud décoré d'une ronde de femmes noires si curieusement simplifiées.
Les arts du verre, si les arts de la terre sont ici si brillamment représentés, le sont, eux, très pauvrement. Les productions de M. Marinot négligées, comme elles méritent de l'être, il ne reste à louer que les pâtes de verre de M. Decorchemont. J'éprouve une grande tendresse, certes, pour elles... mais je ne puis, cependant, m'empêcher de trouver qu'elles ont excessivement l'air de travaux en sucre coloré, à l'exception d'un petit vase aux gros insectes bleus, d'un autre orné de plumes de paon et d'une sorte de coupe où parmi des algues et des coquillages grimacent, dououreuses, des têtes humaines; M. Decor-
Lampe de bureau.
TH. LAMBERT.
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VII Salon de la Société des Artistes Décorateurs
THÉODORE LAMBERT.
Ensemble d'un petit salon (acajou fileté de cuivre).