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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Les Grandes Tentures exécutées à la Manufacture des Gobelins
JULES GUIFFREY
- Maisons et Jardins de Baillie Scott
M. P.-VERNEUIL
- Exposition d'Art Français à Kréfeld
ÉTIENNE AVENARD
- L'Exposition de l'Œuvre d'Eugène Carrière
FRANÇOIS MONOD
- Le Concours de Dessin de la Chambre Syndicale de la Bijouterie
- Planches hors texte :
Heather Cottage
Salon dans la Villa Falkewood
M. H. BAILLIE SCOTT
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AOÛT
1907
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFOYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr — Etranger : 2 fr. 50
11e Année, N° 8
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
ÉTRANGER . . . 25 francs
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L’Année parue ...
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"Une Muse". Dessus de porte pour le Salon de l'Elysée.
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LES GRANDES TENTURES exécutées à la Manufacture des Gobelins DEPUIS LE DÉBUT DU XIXe SIÈCLE
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R ENQUANT une tradition interrompue depuis nombre d'années, la Manufacture des Gobelins prenait part, en 1906 et en 1907, à l'Exposition annuelle des Artistes vivants. Elle soumettait au jugement du public ses productions les plus récentes. Elle entrait en contact direct avec la critique. Les expositions universelles ne reviennent en effet qu'à des intervalles éloignés et ne fournissent que de rares occasions de prouver l'activité incessante des ateliers et l'influence des modes et du goût sur les tendances de l'art décoratif tel qu'il se manifeste dans la tapisserie.
Les deux dernières expositions ont présenté des échantillons d'œuvres variées; elles auront au moins démontré, nous l'espérons, la préoccupation constante de chercher de nouvelles voies, de faire appel aux talents les plus variés, tout en se rapprochant, pour l'exécution technique, des modèles incomparables que nous ont transmis les temps anciens.
Il ne nous appartient pas de vanter ou de critiquer les productions récentes de la Manufacture; notre intention est seulement de présenter une vue d'ensemble sur la direction imprimée au travail de la tapisserie depuis le commencement du xix siècle. Les réformes nécessaires ressortiront d'elles-mêmes de cet examen impartial.
Constatons tout d'abord la situation matérielle de la Manufacture des Gobelins. Rattachée jusqu'en 1870 à la liste civile du souverain, elle n'a jamais tenté, comme la
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Art et Décoration
Manufacture de Sèvres, de travailler pour la vente. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement, et sur autorisation spéciale, qu'elle a accepté de rares commandes. Aussi n'inscrivit-elle aucun bénéfice à son actif. Est-ce pour cette raison qu'elle a toujours été traitée comme une pauvre Cendrillon à côté de sa rivale plus brillante et plus choyée? Comparez le budget des deux établissements. Celui des Gobelins atteint le tiers à peu près de celui de Sèvres. Aussi, le traitement des artistes tapissiers est-il des plus modiques. La moyenne ne dépasse pas 2.000 à 2.200 francs par an. Ils doivent cependant pour la plupart être tenus pour de véritables maîtres dans leur partie. Et ils sont traités un peu plus mal que des manœuvres! Ceci n'est un mystère pour personne, car depuis douze ou quatorze ans, tous les rapporteurs de nos budgets sans exception insistent sur cette invraisemblable disproportion entre la perfection du travail et la rémunération de l'ouvrier. Le nombre des tapissiers s'élève actuellement à une soixantaine, et une légère augmentation rendrait leur situation à peu près décente. Si le budget des Gobelins était porté à la moitié seulement du crédit affecté à l'entretien de la Manufacture de porcelaines, le personnel recevrait une augmentation d'un tiers et la maison pourrait livrer des commandes couvrant une partie des dépenses, car les frais généraux d'administration, de teinture, de magasin, d'école, etc., resteraient les mêmes. C'est l'évidence même; mais qui s'intéresse à nos efforts, à nos besoins?
Chaque tapissier produit une moyenne de un mètre à un mètre et demi par an. Cinq ou six tentures arrivent chaque année à leur achèvement. Le résultat dépend beaucoup, cela va de soi, de l'étendue des pièces et de la complication du travail. Tel modèle prendra moitié moins de temps qu'un autre avec la même équipe de tisseurs.
Mais, en moyenne, on peut évaluer la production annuelle de la Manufacture à cinq pièces de tapisserie, d'une dizaine de mètres carrés chacune, soit une cinquantaine de mètres en totalité.
Suivant les modes et les époques, la nature du travail a considérablement varié. Nous nous proposons, dans cette étude, de passer en revue les sujets qui ont successivement obtenu la faveur de l'autorité souveraine et montrer ainsi la répercussion du goût sur le développement et les tendances de l'art textile.
Sous Napoléon Ier, le chef de l'État prend un vif intérêt à tout ce qui se fait aux Gobelins. Nulle tapisserie n'est mise en train que sur un ordre formel de l'Empereur; sans cesse des ouvrages commencés sont interrompus pour céder la place à des modèles plus en faveur. La Manufacture reçoit la mission de meubler les Tuileries et de livrer quantité de sièges, notamment pour la salle du Trône. Trois artistes de grande réputation donnent le modèle du trône impérial. David dessine la Victoire du dossier; Percier se charge des ornements et accessoires sous la direction de Denon. Quelque occupés qu'ils soient par ces exigences impérieuses, nos tapissiers doivent en même temps vaquer à d'autres besognes bien différentes. Ils reproduisent sur le métier les grandes pages classiques de l'épopée napoléonienne, interprétée par David et son école. S'il nous reste peu de ces reproductions d'une exactitude poussée jusqu'à la minutie, c'est que la
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Les Grandes Tentures
"Le Trépied d'or", pour le Salon de l'Elysée.
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réaction de 1815, dans sa haine de l'histoire impériale, s'acharna contre tout ce qui en rappelait le souvenir. Des tentures entières sont détruites, d'autres, récemment entreprises, sont l'imitation fidèle du tableau. Ce serait méconnaître leur talent que de ne pas avouer qu'ils se sont tirés d'une tâche bien ingrate avec une merveilleuse virtuosité. Ils ont rendu avec une scrupuleuse exactitude des peintures qui étaient tout l'opposé de l'art décoratif.
Une autre catégorie de sujets, moins faits encore pour la tapisserie que les précédents, occupa longuement les artistes des Gobelins sous l'Empire et les règnes suivants. La manie du portrait sévit cruellement dans nos ateliers pendant plus d'un demi-siècle.
N'a-t-on pas d'ailleurs vu figurer tous les maréchaux de l'Empire sur une table en porcelaine, et les portraits des dames de la cour de Marie-Louise sur les tasses à café d'un service de Sèvres? La tapisserie du moins est réservée au souverain et aux personnes de sa famille. Napoléon Ie fut remis jusqu'à onze fois sur le métier, en pied, à mi-corps, en buste. L'imperatrice Marie-Louise eut son tour, et la mère de l'Empereur ne fut pas oubliée.
Cette mode fâcheuse survécut à Napoléon Ie. Que de portraits de Louis XVIII et de Charles X, avec les uniformes les plus étranges,
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suspendues, et il nous reste bien peu d'échantillons de ces traductions fidèles des souvenirs de l'époque napoléonienne. Il n'y a pas trop à le regretter; ces compositions très classiques ne prêtaient guère à l'effet décoratif. Et les tapis- siers eussent-ils été tentés de modifier dans un sens plus pratique les modèles des artistes en vogue, qu'on les eût vertement rappelés à
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Les Grandes Tentures
les Gobelins eurent alors à livrer ! C'est surtout sous le règne suivant que cette mode du portrait en tapisserie atteint des proportions fantastiques. J'ai vu jadis, dans le palais du Bardo, aux environs de Tunis, une grande effigie du roi Louis-Philippe, en uniforme de colonel de la garde nationale, avec pantalon blanc ; il doit s'y trouver encore. C'est bien une des tapisseries les plus étonnantes qu'il m'ait été donné de rencontrer. La passion du portrait tissé persiste sous le second Empire; Winterhalter, Galland lui-même peignirent Leurs Majestés Impériales pour les Gobelins. De 1800 à 1870, on ne compte pas moins d'une soixantaine d'effigies officielles de toutes tailles, sorties de l'atelier des Gobelins.
Et dans ce chiffre ne sont pas comprises les trente têtes de souverains et d'artistes, exécutées de 1854 à 1863 pour la galerie d'Apollon. Avec quelques figures ne rentrant pas dans la liste des souverains régnants ou dans la catégorie des grands hommes destinés au Musée du Louvre le total atteindrait une centaine de portraits exécutés en soixante-dix années.
Que si l'on s'occupe spécialement des tentures comprenant une série de plusieurs panneaux terminées aux Gobelins pendant la même période, voici les résultats auxquels on aboutit. Sous la Restauration, Rouget, élève de David, alors en grande faveur, peint quatre scènes prises dans la vie de saint Louis et cinq compositions reproduisant des épisodes de l'histoire de François Ier et de Henri IV. Ces peintures froides et académiques ne répondent à aucune des exigences de l'art décoratif. En même temps, les Gobelins reçoivent neuf panneaux de la Vie de saint Bruno de Lesueur, avec mission de les tra-
"Le Poème héroïque". P.-V. GALLAND
"Le Poème pastoral". P.-V. GALLAND
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Art el Décoration
duire en tapisserie. A la même époque, la haute lice est appliquée à la décoration des ornements sacerdotaux et des tapis de table. On tire de cette nouvelle application de nos procédés des effets assez imprévus.
Cependant, un scrupule est venu aux fonctionnaires ayant la charge et la responsabilité du travail des Gobelins. Ils commencent à s'apercevoir qu'ils ont engagé les artistes dans une voie déplorable et ils témoignent d'une préoccupation fort louable de réagir contre les tendances régnantes. Après avoir bien cherché parmi les maîtres anciens celui qui pourrait le mieux se plier aux lois de la tapisserie, on se décide, en 1828, à entreprendre la traduction de la vie de Marie de Médicis par Rubens. A cet effet, les peintures originales sont envoyées à la Manufacture. Cette mesure exposait les tableaux à de sérieux dangers. Et de plus, par une méconnaissance étrange des règles fondamentales, personne ne parut se douter de la nécessité d'entourer les tapisseries de la galerie du Luxembourg de bordures appropriées à leur destination, soit qu'elles fussent composées par un peintre moderne, soit qu'elles eussent été copiées sur les encadrements des tapisseries de Rubens exécutées au XVIIe siècle. Si cette tentative ne donna que des résultats inférieurs à ceux qu'on espérait, elle indiquait au moins une notion plus intelligente des véritables principes de l'art et l'intention bien marquée de s'y conformer dorénavant.
JEAN-PAUL LAURENS
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Les Grandes Tentures
"Apprêts d'un Tournoi au Moyen Age", Archives Nationales.
JEAN-PAUL LAURENS
La copie des tableaux de Rubens dura longtemps; elle se poursuivit pendant une bonne partie du règne de Louis-Philippe. Cette période ne fournit qu'une seule tenture en dehors de la galerie de Médicis. La suite connue sous le nom de grand décor avait été composée par Alaux et Couder, deux peintres fort bien en cour sous la monarchie de juillet, à destination du salon Louis XIV, au palais des Tuileries. Elle représentait une série de résidences royales, Saint-Cloud, Pau, Fontainebleau, le Palais-Royal, le Louvre et les Tuileries, le plan de ces deux derniers châteaux, avec trois scènes allégoriques sur la fondation du Musée de Versailles, et, en outre, la Beauté emportée par le Temps et l'Enlèvement d'Orythie par Borée.
Le grand décor fut détruit dans l'incendie du palais des Tuileries. Nous ne lui donnerons pas beaucoup de regrets. Les modèles conservés aux Gobelins laissent une assez pauvre idée de ces panneaux qui ne rappellent que de très loin la suite des résidences royales de Louis XIV.
Peut-être vaudrait-il mieux passer sous silence les portraits de la galerie d'Apollon, tissés sur les modèles de Larivière, Appert, Duval Lecamus, Hesse, Beaume, Jobbé-Duval, Vauchelet, Biennoury, Galland.
Il est fâcheux qu'un des travaux les plus tristes, tranchons le mot, les plus médiocres de l'atelier des Gobelins se trouve ainsi en permanence sous les yeux des visiteurs de notre musée, dans le voisinage immédiat des chefs-d'œuvre de toutes les écoles.
On avait voulu réunir dans ces cadres de la belle galerie, dont le marquis de Chennevières s'est constitué jadis l'historien, les effigies de tous les artistes, peintres, sculpteurs ou architectes ayant contribué à l'édification ou à la décoration du Louvre. Ces portraits, placés en face des fenêtres, eussent été invisibles s'ils avaient été peints à l'huile. Pour remédier à cet inconvénient, ne suffisait-il pas de se servir de couleurs mates, en détrempe ou à la cire? On préféra recourir aux Gobelins, et, pendant une dizaine d'années, de 1854 à 1863, les tapissiers furent condamnés à reproduire ces têtes ternes,
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Art et Décoration
sans caractère, sans vie; par malheur, c'est sur cet ouvrage, un des plus faibles de la Manufacture, que les étrangers sont appelés à juger le talent de nos artistes des Gobelins.
Le second Empire commanda une autre tenture qui allait donner une bien meilleure idée de l'habileté des tapissiers. La décoration du salon des Cinq Sens, au palais de l'Elysée, fut entreprise par Paul Baudry en 1864, et les modèles ne tardèrent pas à être mis sur le métier. S'inspirant de l'exemple du plus illustre de ses prédécesseurs à la Manufacture, Baudry prit hardiment le parti de s'associer deux ou trois collaborateurs, spécialistes fort distingués. Il leur confia les parties accessoires de la décoration. Jules Diéterle se chargea des ornements; les animaux furent demandés à Eugène Lambert; Chabal-Dussurgey s'occupa des fleurs; Paul Baudry se réservait les figures. Ces artistes de réelle valeur surent combiner leurs efforts de la façon la plus heureuse pour produire une œuvre d'une heureuse harmonie. La décoration entière comptait neuf panneaux. Aux Cinq Sens, représentés chacun par une figure seule dans un encadrement étroit et allongé, s'ajoutèrent deux dessus de porte relatifs aux Saisons: l'Automne et l'Hiver, d'une part; le Printemps et l'Été, de l'autre. Enfin, une figure de l'Amour et un panneau d'arabesques complétaient la décoration du salon. Les tapisseries étaient fort avancées, sinon terminées, quand éclata la guerre de 1870. L'incendie qui dévora une partie des bâtiments des Gobelins à la fin de la Commune, détruisit toutes les tentures et la majeure partie des modèles. Seul, le Toucher et les deux dessus de porte échappèrent au désastre; et ce fut une perte irréparable, car les toiles encore existantes montrent bien que, dans tout le cours du xixe siècle, la Manufacture n'a jamais reçu de modèles comparables à ceux de Baudry. Aussi, a-t-on repris à diverses reprises, depuis 1889, ces panneaux du Toucher et des Saisons et figurent-ils parmi les présents offerts à des souverains ou à des princes étrangers, lors de leur passage à Paris.
Le projet de décorer de tapisseries modernes un des salons de l'Elysée fut repris après 1870. Ne convenait-il pas que la demeure du chef de l'État exposât dans une de ses pièces de réception les productions de notre vieille Manufac-
ture nationale? N'eût-ce pas été un signe de dédain ou de mépris pour les productions modernes de n'admettre à l'Elysée que des tentures antérieures au xixe siècle? On s'adressa donc à un artiste considéré comme le premier décorateur de son temps. P.-V. Galland fut chargé de peindre dix-neuf panneaux destinés à être reproduits en tapisserie pour le salon d'Apollon ou des Muses. Les premières pièces furent mises sur le métier en 1878; l'exécution de l'ensemble dura une dizaine d'années.
A côté des Muses réduites au nombre de six, Melipomène, Terpsichore, Thalie, Calliope, Clio, Erato, représentées par des têtes de profil dans des médailons, figuraient quatre allégories des poèmes pastoral, lyrique, satirique et héroïque. Sur deux autres panneaux étaient peints Pégame et la Lyre. Deux vases de marbre, un vase de porphyre, deux trépieds d'or et deux pilastres d'ornement complétaient cette somptueuse tenture dont on peut admirer les modèles originaux au Musée des Arts décoratifs. Les tapisseries ne furent mises en place que longtemps après leur achèvement. Elles ont au moins ce mérite, reconnu déjà aux peintures de Baudry, d'être la reproduction de modèles conçus expressément pour le travail de la haute lice. Après de longs tâtonnements, on revenait donc à la logique et à la vérité; on comprenait enfin que la copie des tableaux ne saurait donner que de médiocres résultats. Que les compositions de Galland laissassent à désirer sous certains rapports, qu'elles péchassent par l'in-décision du dessin, par le coloris un peu effacé des fleurs et des chairs, peu importe. Il se dégageait de ces panneaux une harmonie délicate et rare; au milieu des trivialités brutales de la peinture contemporaine, l'art de Galland paraît comme une fleur exquise, d'une originalité un peu mièvre, mais d'une exquise élégance. C'est encore l'impression que produisent les modèles réunis dans une des grandes salles du Musée de la rue de Rivoli. Avec les tentures de Baudry et de Galland la tapisserie rentrait dans la vraie tradition.
(A suivre.)
JULES GUIFFREY,
Directeur de la Manufacture des Gobelins
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Maisons et Jardins de Baillie Scott
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HEATHER COTTAGE
Lawn : Pelouse. — Drive : Allée pour les voitures. — Court : Cour.
Orchard : Verger. — Kitchen Garden : Jardin de la cuisine.
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Plan du jardin.
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Il est des rêves que l'homme aime caresser. L'un, attaché à ses travaux journaliers, pense, aux moments de loisir, à de lointains voyages. Tel autre rêve d'actions d'éclat, d'œuvres géniales dont le souvenir transmettra aux générations futures le respect et l'admiration de son nom. Tel autre encore, ami du repos, amoureux des beautés naturelles, bâtit, en un site familier, la maison idéale où, loin des bruits de la ville et loin des fâcheux, il coulera une existence douce et confortable. Il semble que ce soit pour ce dernier, pour ce sage, que Baillie Scott élève ses maisons. Ce ne sont point de somptueuses villas ; mais leur silhouette simple et rustique s'allie à merveille au paysage qui les entoure.
On chercherait vainement dans leurs plans une ordonnance académique; mais des dispositions simples et logiques y assurent le bien-être, ce qui vaut infiniment mieux.
On reproche à Baillie Scott de ne point faire d'architecture, au sens propre du mot. Il faudrait s'entendre, cependant. En quoi consiste donc l'art de l'architecte? Celui-ci doit-il construire à la ville, à la campagne, des maisons de caractères identiques, sans s'inquiéter du milieu qui doit recevoir ces maisons ? N'est-il pas légitime, au contraire, de chercher à mettre en harmonie la maison avec le paysage