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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- L'Œuvre décoratif de Gerhard Munthe E. AVENARD
- Tony Selmersheim FRANTZ JOURDAIN
- Troubetzkoy MAURICE GUILLEMOT
- Concours de Service de Table brodé EUGÈNE GRASSET
- Planches hors texte :
- Vue de Bergen
- Salle à manger GERHARD MUNTHE
DÉCEMBRE
1904
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
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8e Année, N° 12
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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L’Année parue ...
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Saga des Fils de Magnus
Tête de chapitre pour “Snorre”
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L’Œuvre décoratif de Gerhard Munthe
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Dans l’art moderne européen, — et même scandinave, — la Norvège tient une place à part ; car, au rebours des autres pays, elle a opposé une résistance fière et énergique à l’enva-hissement de ce que nous appelons l’art nouveau. Si elle a vaincu dans cette lutte, elle le doit en majeure partie à l’action profonde de Gerhard Munthe qui a répondu au mouvement d’invasion par un mouvement plus fort, et, on peut presque dire, de sens contraire.
Etrange, curieux, puissant, factice, original, barbare, enfantin, génial, l’art décoratif de Gerhard Munthe a reçu, dès sa naissance, le baptême empressé des épithètes élogieuses ou dénigrantes. Mais ce n’est pas le bien ni le mal qu’on en a pu dire ou penser qui ont influé sur son développement ; car il était — et il est — l’œuvre d’un artiste qui va, par des moyens déterminés, vers un but voulu. Ce but, c’est de créer un art franchement norvégien ; ces moyens, c’est de retrouver, de renouer, et, naturellement, d’enrichir, la tradition d’un style décoratif national, antérieur au naturalisme et au classicisme.
Nous sommes assez ignorants de l’art norvégien actuel — un écrivain, d’ailleurs sérieux, dans une revue très grave, parlait naguère, sans sourciller, du « Suédois » Gerhard Munthe. Il est donc permis de nous supposer au moins aussi peu au fait de l’art norvégien d’autrefois, et ce n’est pas nous faire injure que de commencer par déclarer que cet ancien art décoratif norvégien a bien existé. Sculptures sur bois telles que les proues des navires de pirates vikings ou les meubles et motifs sculptés des vieilles maisons et des églises de bois primitives norvégiennes, pierres couvertes d’ornements, bijoux, objets de métal, ustensiles peints, tapisseries surtout, voilà les sources directes auxquelles Gerhard Munthe a puisé le sens d’un art décoratif oublié, ou usé par le temps et faussé par les influences étrangères.
Nous avions vu Gerhard Munthe à l’Exposition de 1889. Il nous présentait alors uniquement des paysages naturalistes. A celle de 1900, au contraire, il n’exposait que des œuvres décoratives. Pourquoi ce peintre de
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Art et Décoration
D'après une aquarelle (Musée de Kristiania)
paysages, qui avait suivi avec succès, pendant vingtannées, les voies naturalistes, s'est-il, depuis bientôt quinze ans, presque complètement absorbé dans la création d'un style — ou la résurrection d'un ancien style décoratif? Pourquoi et comment le peintre observateur qui a fait l'aquarelle Printemps, que nous reproduisons ci-dessus, et l'aquarelle Bergen, que nous donnons en couleurs en planche séparée, est-il l'auteur à la fois naïf et réfléchi de tant d'illus-
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Gérhard Munthe
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trations par le dessin et la couleur, où le réel n'apparaît plus que simplifié, pour soutenir et renforcer la fiction?
Il servirait de peu, je crois, de chercher dans les œuvres naturalistes de Munthe le principe de son évolution décorative. Entre toutes, les aquarelles de Bergen et de Printemps sont celles qui se prêtent le mieux à ce jeu; et, pour qui veut les y trouver, les qualités décoratives de simplification, d'abstraction, de groupement et d'équilibre, s'y manifesteront toujours. Mais, en art comme en histoire, ces démonstrations après coup n'ont jamais rien démontré. Quand nous aurons constaté les qualités décoratives de Munthe peintre naturaliste, il n'en restera pas moins à expliquer pourquoi ce sont précisément ces qualités qui ont pris le pas sur les autres. Le fait ne tient pas lieu de raison, et il faut évidemment chercher ailleurs.
Est-ce le sujet qui a imposé le style? Sans doute, pour un artiste conscient de ce qu'il voulait et intelligent de ce qu'il faisait, l'illustration d'une époque primitive réclamait l'art de cette époque, moins par souci de vérité archéologique que comme nécessité, pour donner l'illusion, de revivre les idées et les sentiments, non seulement moraux, mais esthétiques des Norvégiens contemporains de l'âge de bronze et de l'âge de fer. Dans cette voie, c'est assurément un mérite que d'éviter les erreurs contre la réalité concrète des temps passés. Mais la pensée de Munthe va plus loin. Pour lui, la vérité artistique n'est pas la vérité archéologique. Il ne faut pas, pense-t-il, que l'illustration des temps passés soit du naturalisme rétrospectif; il ne faut pas, surtout, que nous habillions de notre conception artistique une époque qui avait de l'art une conception diamétralement opposée. Nous ne pouvons prétendre donner l'illusion du primitif que si nous voyons avec les yeux d'un primitif.
Ce qui eût pu n'être qu'un style de circonstance était chez Munthe l'indice d'une conversion réfléchie. C'est volontairement qu'il a choisi, depuis 1890, l'illustration des mythes et des sagas comme principal domaine de son activité. Nous ne pouvons pas faire que nous ne soyons héritiers des instincts généraux d'une race, mais, encore plus, d'un sentiment particulier national. Ce sentiment, très fort en Gerhard Munthe,s'aviva en lui avec les années; et il se fortifia peu à peu decetteidée que la tradition nationaleestpour l'artiste le vrai moyen de dégager et d'accuser sapersonnalité. Il en trouvait une preuve dans ce fait que les œuvres qui sont demeurées et les artistes qui ont fait époque sont bien celles et ceux en qui se marque le plus nettement un caractère
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Eiriksonnes Saga.
Saga des Fils d'Eirik
Tête de chapitre pour "Snorre"
de tradition nationale. Dans ce que Munthe appelle « sa marche dans la voie décorative », la raison profonde de la direction nouvelle qu'il prend, est qu'il est persuadé de trouver dans l'étude et l'acquisition de qualités proprement norvégiennes, le moyen de devenir plus original. C'est dans une limitation de son domaine et de ses moyens artistiques qu'il trouvera, croit-il, la condition la plus favorable pour les mieux cultiver et les renforcer.
Après cette analyse psychologique que nous n'inventons pas, puisque Munthe lui-même en fournit les éléments dans une série d'articles (1), il reste à dire dans quelles circonstances se produisit cette évolution de sentiments qui détermina l'artiste à s'établir définitivement en Norvège. Comme tant d'autres, il avait commencé par vivre à l'étranger — en Allemagne surtout, mais aussi en France, se laissant, à ce qu'il semblait, pénétrer par la civilisation, et notamment par l'art des milieux où il vivait. Mais en lui se faisait un travail sourd d'opposition. Chose très naturelle chez un homme qui ne prit jamais de décision — même pour sa vocation d'artiste—
(1) Voir la revue norvégienne Samtiden (Le Temps présent), n°de septembre 1896, janvier 1898, février 1901.
que lentement et sciemment, ce furent ses réflexions et le sentiment net de son tempérament qui amenèrent la réaction radicale du Norvégien contre le « continental ». Ce fut sa volonté d'homme du Nord qui la rendit facile. Ce furent enfin les circonstances nouvelles qui l'accusèrent en la précisant : impressions retrouvées de la nature norvégienne et de la vie populaire, souvenirs profonds de son enfance à la campagne, dégoût de l'art étranger, de la pensée étrangère importés en Norvège, « qui faisaient de nous, écrit-il, des gens sans domicile dans notre propre maison. » En 1883, il s'établit à la campagne, près de Kristiania, et c'est dans sa maison de bois, au bord du fjord et parmi les pins, qu'il se mit à dessiner ou à peindre ses innombrables illustrations en vieux style. Ami et voisin de Nansen et de Werenskiold, il pratique, dans cette retraite, les vertus d'un solitaire marié, hospitalier — surtout à qui vient de loin ; type très personnel d'homme, de Norvégien et d'artiste, qui en vrai Scandinave, reste en communication avec le monde par son fil de téléphone, mais ouvrier fervent et infatigable qui doit le plus qu'il peut laisser au crochet son récepteur.
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Gerhard Munthe
Sigurd Glembedjalne Saga
Ce qui jette une lumière nouvelle sur l'évolution de Munthe, c'est que des artistes du même pays et du même âge subirent une évolution analogue. Et dans le même temps, vers 1880-85, les artistes suédois, — la génération de Carl Larsson, — revenaient en Suède comme les Norvégiens en Norvège. Les uns et les autres se décidaient à devenir plus Norvégiens et plus Suédois dans leur art comme dans leur vie. Ils obéissaient donc à un mouvement général d'émancipation des deux arts suédois et norvégien. Si ce n'était sortir de notre sujet, il serait intéressant de montrer que ce mouvement artistique correspondait à une évolution sociale plus profonde. Il n'était en réalité qu'une manifestation et une conséquence du réveil de consciences nationales. Pour nous ce mouvement se trouve symbolisé dans la littérature, et presque uniquement par les noms d'Ibsen, de Björnsson, de Strindberg; mais pour les Norvégiens et pour les Suédois il s'exprime dans toutes les branches de l'activité intellectuelle, et notamment — ce qui nous ramène à Gerhard Munthe — dans les belles études d'un savant tel que Sophus Bugge sur la civilisation norvégienne primitive.
L'ancien art norvégien est un des rejetons de cet art dit cellique, que nous connaissons notamment par de beaux manuscrits à miniatures. Notre frise irlandaise (p. 188) fera ressortir une filiation avouée dont témoigne ici suffisamment la petite vignette de Munthe, donnée à dessein dans la même page. Cet art se plaît à orner les surfaces par des jeux de lignes. Et c'est en réalité plus qu'un jeu de la ligne, c'est la vie de la ligne. Jamais de représentation réaliste, jamais un tableau, mais toujours des lignes qui s'élancent, qui courent, qui se combinent, qui équilibrent. Pour enrichir et animer l'ornementation, la forme vivante vient constamment se marier à elle. Mais, pour que l'harmonie subsiste, il faut que cette forme vivante se plie au principe supérieur du rythme. D'où cette conséquence que la forme réelle est déformée au caprice de l'artiste; l'animal inséré dans la décoration linéaire en prend le mouvement général, sans aucun souci de la réalité vivante qui fut l'occasion d'introduire cet élément nouveau, mais
Odin
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avec un souci très grand, au contraire, de le faire concourir à l'effet d'ensemble par des grossissements, des allongements, des rétrécissements. Une loi de symétrie préside à cette déformation de l'animal; non de symétrie proprement dite, mais d'équilibre et de rythme. L'art se fait un jeu de l'accuser ou de la rompre, d'où l'impression de fantaisie amusante — souvent de fantastique troublant — qui le distingue à première vue de l'art classique.
un pastiche. Mais Munthe ajoute tellement à la tradition, que, seule, l'originalité de l'artiste éclate à nos yeux dans ses œuvres. Constater ce qu'elles ont de norvégien, c'est, dit-il, reconnaître le premier caractère de sa personnalité. Or, elles sont norvégiennes, tout d'abord par le sujet et par le sentiment. L'œuvre décoratif de Munthe se rapporte à l'histoire primitive de la Norvège, jusqu'au xiii° siècle environ. Les deux sources littéraires capitales dont l'artiste
D'autre part, il ignore — ou renie — les procédés de la perspective et de l'ombre. Il se contente des teintes plates : son dessin n'avait pas besoin d'ombres, sa couleur n'a pas besoin de nuances. Et, comme il n'emploie — par ingénuité ou par principe — qu'une gamme sobre de couleurs, l'harmonie de ses lignes simples ne s'en trouve pas détruite. Chacun peut vérifier si ces remarques ne s'appliquent pas aux œuvres décoratives de Gerhard Munthe.
Les mêmes qualités pourraient se trouver chez un adroit imitateur dont l'œuvre serait s'inspire sont : l'Eada et les mythes de ses divinités scandinaves, — les Sagas et l'histoire des rois norvégiens. A ces deux sources correspondent dans l'œuvre de Munthe deux séries d'illustrations qui ne diffèrent pas beaucoup plus que les sources mêmes par l'esprit et par le style. Les rois et les héros ayant dû être, même pour les contemporains, des sortes d'êtres surhumains, nous ne sortons jamais d'une atmosphère de légendes exaltant la force physique et les vertus guerrières. Si nous remarquons quelque progression d'une série à l'autre, c'est-à-dire du mythe à l'histoire, c'est
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Gerhard Munthe
qu'il y a naturellement plus de fantastique dans le mythe; plus de précision, généralement symbolique, dans l'histoire. Mais, dans les deux cas, le style de l'artiste vise à inspirer de prime abord le sentiment du merveilleux, dont c'est seulement après coup, par l'analyse, qu'on peut étudier les moyens d'expression.
Nous assistons ainsi à une prestigieuse évocation des fictions scandinaves : la légende y confond, en un mélange troublant, le fantastique et le réel. Les dieux descendent sur la terre, les chars roulent dans l'air et sur les vagues. Ici (p. 181), sous les traits d'un vieillard à la haute stature, et tenant en main sa lance Gungner qui symbolise la force, c'est Odin, esprit du monde et dieu des batailles, qui passe au-dessus des flots au galop de son cheval Sleipner, escorté de ses deux corbeaux Hugin (la réflexion) et Munin (la mémoire). Là (p. 179), c'est la vierge Gevjon qui creuse les sillons symboliques des futurs sunds danois. Là (p. 183), c'est Thor, le dieu du tonnerre, debout sur son char trainé par deux chèvres; il frappe les nuées de son marteau et en fait jaillir la foudre. Et nous voyons les dieux coiffés du casque conique et vêtus du long sarrau des vikings. Le mythe se rattache ainsi au réel.
L'histoire fait le chemin en sens inverse et devient symbolique. La forme animale se substitue à la forme humaine, et les attitudes, vigoureusement exprimées par des lignes rythmées et violentes, traduisent les sentiments. Dans la première frise, les trois monstres représentent les trois frères et leurs caractères différents, et ainsi des autres. Lorsque la précision historique intervient, comme dans le voyage du roi Sigurd à Jérusalem (p. 185), elle n'en tient pas moins à la légende par la poésie du sujet.
Thor, dieu du tonnerre, d'après une aquarelle
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Magnus du Bon Saga
Tête de chapitre pour "Snorre"
Gerhard Munthe est encore norvégien par la couleur. Il emploie une gamme de tons francs, peu nombreux et toujours les mêmes. C'est là, croit-il, un élément de force en décoration; il écrit que «les couleurs sont les voyelles de son art; il n'a pas besoin d'en avoir plus de cinq». Il les a choisies dans la tradition, qui a maintenu à travers les âges son goût des couleurs vives, et en tout temps norvégianisé à ce point de vue l'art importé de l'étranger — le rococo par exemple. Gerhard Munthe nous énumère lui-même ses couleurs: le rouge écrevisse, «joyeux et provocant»; un violet rougeâtre, «sévère, sinistre»; le bleu indigo, «frais et rude»; un vert bleuâtre «qui rehausse le rouge vif»; enfin un jaune laiton, «clair et sonore». Rarement du noir ou du blanc absolus: «Ils ne donnent rien de norvégien». On peut le chicaner sur des points de détail: sa couleur n'en garde pas moins un caractère franc, mâle — rude, mais sain. Comme l'a dit très heureusement le critique norvégien Andréas Aubert (1) — comme on peut le dire de tout l'art de Munthe — elle est «harmonisée dans le mode majeur plutôt que mineur». On l'apprécie mieux quand on a vu les maisons de bois rouges se détacher sur de la verdure, les ustensiles et les meubles peints égayer les intérieurs de leurs couleurs vives, ou le rouge, le vert, le jaune, faire de sensationnels mariages sur les costumes nationaux. L'œil s'habitue bientôt à des contrastes, même violents; s'ils sont symboliques, l'esprit en saisit vite le sens, et rien ne le réjouit plus qu'un symbole clair. Or la langue de Gerhard Munthe n'est autour de lui nouvelle et obscure pour personne, puisqu'elle est vraiment populaire, paysanne et primitive — norvégienne.
Ce qui est la marque personnelle de Munthe dans un art de tradition, c'est, au point de vue de l'invention, la richesse, et en même temps l'unité et le caractère de ses créations. Si elles traduisent le sentiment norvégien de la légende et de l'histoire, elles expriment non moins fortement l'âme de Gerhard Munthe lui-même. On trouve unies en lui l'imagination naïve des peuples primitifs qui enfanta les dieux, les fantômes et les héros, et la sensibilité, naturelle chez l'enfant et involontaire chez l'homme, qui s'émeut ingénument de tous ces poèmes fantastiques. Un souffle de terreur, d'horreur, de mystère — ou de grandiose, d'énergie bouillante et parfois sauvage, se fait sentir invariablement dans l'œuvre si varié de l'artiste, et imprime à l'âme, plus fort par une répétition inlassable, le frisson qui agite les chevelures et qui secoue la flamme des torches. Les reproductions que nous donnons ici commencent seulement une démonstration qui
(1) Andréas Aubert, La couleur décorative: un instinct norvégien de la couleur. Kristiania 1896.
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SIGURD·OG·BALDUIN
ROMC SIGURDS REISE TIL JONAL
HEARTY REP
ST. JACO
ALKASSA
FORMENTERI
S.CILLIAN
CHEVAUCHÉE DE SIGURD, ROI DE NORVÈGE, ET DE BAUDOUIN, ROI DE JÉRUSALEM
D’après une aquarelle exécutée en tapisserie par Mme Frida Hansen (château royal de Kristiania)