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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Mucha. - CHARLES MASSON. - La Manufacture Nationale de Sèvres en 1900 (Les Biscuits). - E. BAUMGART. - La Manufacture des Gobelins à l'Exposition de 1900. - JEAN GUIFFREY. - La Frise du Travail de M. Guillot. - PAUL VITRY. - Planches hors texte : La Princesse Lointaine. Composition pour Le Pates. Par Mucha. --- MAI 1900 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison: 2 fr. 4e Année. — N°5

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L'Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 11.000 exemplaires Le chiffre de 11.000 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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MUCHA --- considérer l'ensemble de l'œuvre de M. Mucha, si complexe déjà dans ses multiples manifestations — car il disperse ses idées avec l'insouciance des prodigues — on voit que l'artiste n'a jamais cherché à limiter son champ d'action, et que du jour où les trompettes de la Renommée le firent, un peu bruyamment peut-être, sortir de l'obscurité où il végétait depuis six longues années, il s'est constamment efforcé de dégager sa personnalité, afin de réaliser le rêve qui le hante. Doué d'une intelligence particulièrement compréhensive, il était armé pour la lutte, et devait non seulement maintenir sa réputation naissante, mais progresser sans cesse dans cette lente ascension vers l'idéal qu'il entrevit dès ses premiers débuts, et qu'il n'a jamais désespéré d'atteindre. Les vastes compositions qu'il achève à cette heure pour le compte de la Bosnie et qui doivent, dans l'exquise coloration de leurs gammes tendres, compléter l'arrangement architectural des sections industrielles de ce pays à l'Exposition Universelle, la série remarquable d'illustrations qu'il vient, d'autre part, de consacrer au Pater noster sont des œuvres hors pair qui nous prouvent que l'artiste n'est pas resté au-dessous de la tâche qu'il avait assumée et que, dans cette évolution de son talent, il a réalisé les promesses que nous étions en proie d'attendre de lui. Son dessin reste franc, expressif, hardi, et l'on peut dire qu'il caractérise la robustesse du tempérament même de l'artiste : beau gars, venu du fond de la Bohême où il est né et dont il a gardé la sève nourricière. Ce Slave, qui naquit à Ivancica en 1860, n'a rien de l'allure déroutante de ceux que Huysmans appelle les hommes aux yeux vernis. C'est un travailleur discret qui ne soigne pas sa renommée, et dont la vie, consacrée entièrement à l'art, prête peu aux échos, malgré d'amusantes légendes qui ne reposent sur rien. Il fit ses premières études dans la petite ville de Brünn, et c'est là que, subjugué inconsciemment par la beauté des choses, le goût de la plastique germa dans son âme d'enfant. Son maître n'ayant plus rien à lui apprendre, il vient à l'Académie des Beaux-Arts de Munich, où il passe deux années à étudier la technique de son métier; puis, las de copier le modèle vivant,

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Art et Décoration parcourt le Tyrol, l'Italie, l'Allemagne, peignant et dessinant au hasard des rencontres, sur nature et dans les musées. Ses nombreux albums, l'infini de croquis exécutés à cette époque sur des feuilles volantes qui emplissent encore ses cartons, témoignent de son labeur constant, du désir ardent qu'il avait de tout voir et de tout retenir. Un peu las de cette vie vagabonde, acceptant tout travail, pour subsister tant bien que mal au jour le jour, il revient en Moravie pour entreprendre une série de décorations dans le château du comte Khuen Emmasof. Dans l'immense galerie du manoir, il exécuta trente compositions décoratives, qui résument l'histoire des jeux et des sports à toutes les époques et dans tous les pays. Le dernier panneau terminé, il boucla sa valise, et partit à la recherche du Beau, peut-être de la gloire, vers ce Paris qui l'attirait. Pendant plusieurs années, M. Muchfréquenta les cours d'académies partia culières où, par la suite, il devait professer lui-même; il avait reçu aussi les conseils de MM. Jules Lefebvre et J.-P. Laurens. Mucha est resté Slave : il n'a rien emprunté à l'école académique de Munich, et si l'influence de J.-P. Laurens perce dans les premiers travaux importants de l'élève, elle ne fut que passagère. On admire, dans son œuvre cette même virtuosité d'exécution qui nous frappe chez les habiles décorateurs de sa race. Leurs dessins sont attrayants par la souplesse, la nouveauté des courbes, l'audace inquiétante des raccourcis; ils nous séduisent aussi par le nonchaloir des poses, des notations particulières dans la couleur, un accent de vie parfois superficiel joint à une saveur de distinction quittent peut-être encore plus aux modèles qu'à la ligne elle-même. Ils ont un penchant pour le merveilleux, mais ils ont aussi par-dessus tout le goût de la mise en scène, des oripeaux savamment drapés. Dessin de Montre. Ces qualités diverses qui dominent chez M. Mucha devaient attirer sur lui l'attention du public; aussi, ses premières expositions au Salon des Cent et chez Bodinier obtinrent-elles un légitime succès. Elles satisfirent la curiosité de ceux qui n'apprécient que le côté aimable des choses, tandis qu'elles éveillèrent un vif intérêt parmi les amateurs qui virent plus que de la jolisse dans les premières compositions de ce chercheur merveilleusement doué et sagace. Il y a, en effet, un inédit d'arrangement plein de saveur dans les motifs conventionnels qui, sans effort apparent, naissent sous son pinceau et dont les courbes délicates ont, en quelque sorte, un air de lointaine parenté avec les figures, un peu étranges, qu'elles enveloppent de leurs souples arabesques. La ligne descend d'un seul jet, sans repentirs, elle s'accorde à l'élégance fière des draperies ou enserre délicatement les contours de la composition florale. L'art de cet étranger, si différent de celui de Grasset, Lautrec, Chéret et Willette, plut de suite. C'était l'art d'un oriental transplanté depuis peu à Paris: les fonds mosaïques d'or de ses affiches, la richesse de son ornementation adroitement empruntée aux divers styles, mais rajeunie par le talent du peintre, les poses alanguies de ses femmes se tenant en des attitudes d'un hiératisme précieux, accaparèrent l'attention du public et sollicitèrent les cartons des collectionneurs qui se mirent à rechercher avec passion ses menus, ses cartes d'invitation, ses affiches, ses couvertures de magazine ou de revue, ses calendriers, ses ex-libris, et plus spécialement encore ses panneaux décoratifs qui symbolisent avec tant de charme les Saisons, les Arts et les Fleurs. Elle demeure gravée dans le souvenir de qui l'a entrevue, cette fillette aux yeux de

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pervenche, qui chante les germinations prochaines sur une harpe d'or, tandis que, sous les pommiers tendrement rosés, l'âme subtile des violettes flotte dans l'air saturé d'arômes. L'automne, des chrysanthèmes dans la chevelure, s'en va mélancolique dans un paysage subtillement faux parmi les pampres aux feuilles de rouille. La moisson faite et la gerbe rentrée, voici l'Hiver : le peintre a poudré de neige, comme il sied, la pauvrette aux longues paupières bleuâtres qui personnifie la mauvaise saison, mais bien inhumainement, en vérité, il l'a drapée d'un tissu léger emprunté, malgré les frimas, à la garde-robe chère aux peintres des Fêtes galantes. Né avec un rayon de soleil au cœur, M. Mucha se garde d'atténuer systématiquement les nuances; sa palette est un écrin de gemmes précieuses dont il sait assortir et marier les couleurs comme le plus habile des joailliers. Les superbes créatures, un peu étranges par leur air d'exotisme, qui se meuvent dans ses paysages de printemps, à travers les jardins en fleurs de ses rêves, ne sont point minées par la chlorose : c'est la vie saine qu'il cherche à rendre dans sa force et sa beauté, mais, grâce à ce parti décoratif qui constitue sa manière, il sait y ajouter ce rien qui transfigure le modèle banal d'atelier et lui donne le style. Pour se rendre compte des multiples aspects de son talent, il faut avoir fouillé ses cartons, admiré ses nombreuses aquarelles qui tirent leur vertu expressive du procédé franchement accusé. Que dire aussi de ses notations sur soie qui chantent si harmonieusement, de ses pastels qui se recommandent par la préciosité de la matière? Mucha est bien le peintre des élégances hautaines, mais du même pinceau qui traduit une scène de l'Inquisition, il sait faire entendre les trilles du rossignol dans les venelles fleuries. Les travaux multiples qu'il dut faire lors de ses débuts dans la voie qui s'ouvrait à ses goûts l'ont initié de bonne heure aux techniques diverses des arts. Aussi, de temps à autre, l'activité de son esprit, toujours en quête de nouveau, le pousse à varier ses procédés d'exécution et il a recours, pour traduire matériellement ses pensées, à des moyens de plastique autres que la peinture. Méthodique et raisonneur, audacieux parfois, il ose tout; rien ne l'arrête ni ne l'étonne. Il a taillé des ajustements pour des représentations scéniques alors que les costumiers renonçaient à interpréter ses modèles; il a conçu des projets architecturaux d'une ingéniosité déroutante, modelé des figurines, exécuté des bustes de jeunes femmes, cherché des bijoux qui appellent la caresse de mains délicates. Très documenté, dégagé de toutes entraves, il peut mener de front les travaux les plus divers en donnant libre cours à sa faculté d'évocation. Le talent de décorateur du jeune maître trouva un heureux emploi dans la composition de l'affiche qui devait, du jour au lendemain, populariser son nom. Elle s'impose, en effet, son affiche, par l'entente parfaite de la disposition du sujet dans l'enchevêtrement ingénieux des lignes, par l'accord harmonieux de la tonalité générale. Elle n'a ni le brio, ni l'éclat de celle de Chéret qui scintille et frétille sur les murailles au jour cru de la rue : l'affiche de Mucha est une grande dame qui ne raccroche Dessin de montre.

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Art et Décoration pas; elle séduit le passant non par sa tache détonnante, le retroussis impressionnant des dessous, mais par sa ligne altière et un peu hautaine, le charme discret de ses colorations, la noblesse de son allure qui devait l'orienter vers l'estampe. En général, elle dit vite et clairement ce qu'elle doit dire et cela a une importance capitale puisque le but commercial du placard n'est atteint que s'il renseigne de prime abord. Rappelons au courant de la plume — car le cadre de cette étude ne nous permet pas de nous étendre davantage — les principales affiches qui sortirent de l'atelier de M. Mucha. Il débuta par Gismonda qui lui fut demandée par Mme Sarah Bernhardt. La tragédienne s'attacha l'artiste par contrat et c'est lui qui, depuis bientôt six années, dessine les mille accessoires nécessités par la mise en scène des pièces de son théâtre. Vinrent ensuite la Dame aux Camélias, Amants, Lorenzaccio, La Samaritaine, Hamlet et combien d'autres que nous passons sous silence. En tant qu'illustrateur, Mucha s'est acquis une juste renommée ; et, dès maintenant, ses nombreux travaux lui assignent une place Programme. honorable à côté de Vierge, J.-P. Laurens et Rochegrosse. Son merveilleux instinct de la composition, et sa science innée de la décoration l'incitèrent, dès qu'il en trouva l'occasion, à travailler pour des éditeurs. De très bonne heure, M. Mucha a commencé à couvrir d'imageries des séries de livres pour les enfants. Il collabora à la Revue populaire, exécuta les compositions de la France à travers les âges, des Poésies d'Eugène Manuel et d'une quantité d'ouvrages d'étrennes. Nous devons nous arrêter aux Episodes de l'Histoire d'Allemagne, véritable travail de bénédictin auquel, pendant plusieurs années, il consacra la majeure partie de son temps. Dans la mise en scène de ces pages puissamment conçues, il trouva des gestes, des attitudes, qui révèlent chez l'artiste un instinct dramatique intense. Grâce à son sens profond de l'histoire, l'Allemagne de Barberousse et de Maximilien, de

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Études pour l’Affiche de Médée.

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Art et Décoration Luther et de Jean Huss revit sous nos yeux, en des illustrations qui, quoique restreintes dans leurs dimensions, donnent, à première vue, une impression d'ampleur que l'on ne ressent généralement qu'en présence de fresques couvrant de larges surfaces. Il est à remarquer, du reste, que les épisodes que Mucha destine à l'ornementation de textes sont traités avec par instant les civilisations. D'une touche farouche, il silhouette des figures qui se détachent en lumière sur ces fonds d'ombre : empereurs, manants, papes, ministres, ressortent pour ainsi dire avec le caractère propre à chacun d'eux. Parfois aussi, à ces pages de sang, il mêle des idylles touchantes, empreintes d'un sentiment poignant et doux, qui nous montrent, une fois de plus, les ressources infinies de son rare talent. Dans la décoration du livre, où sa personnalité se manifeste librement, il ne veut pas que son trait précise seulement les péripéties du texte : avec raison, il considère que le rôle du dessinateur n'est pas d'expliquer la pensée de l'auteur, mais de la paraphraser avec un accent personnel, en décorateur qui brode sur un thème dont les variations peuvent être infinies. Si toutes les pages doivent être ornées, il est urgent que l'artiste établisse un lien entre ses multiples compositions afin de conserver au livre l'unité de conception dont l'absence enlèverait toute tenue à l'ouvrage. Lorsque Mucha illustra Ilsée princesse de Tripoli de cent trente compositions lithographiques en couleurs, il adopta, pour principal motif d'ornementation, un cadre autour duquel s'enroulent des cordelettes semblant destinées à tendre le vélin réservé à la décoration de chacune des pages. Ces entrelacs servent ainsi de lien entre les nombreuses illustrations de l'ouvrage. Dans son œuvre, la flore et la faune occupent une place prépondérante. Au printemps, l'atelier de la rue du Val-de-Grâce, ombragé par les cytises du jardin qui l'entoure, se transforme en une véritable serre. M. Mucha aime passionnément la fleur qui lui fournit en retour une source inarissable d'inspirations. Il se garde de la copier servilement; il l'inter- le même souci de rendu des détails, la même intelligence des effets d'ensemble, que s'il s'agissait de maquettes appelées à la décoration de monuments publics. Hardiment, il s'est attaqué aux grandes scènes tragiques qui ne manquent pas au cours de ces dix-neuf siècles, notant le grouillement des foules, fixant sur le papier les mouvements terribles que suscitent la politique ou la religion. Il semble qu'il ait vécu — tant il s'est imprégné de l'esprit de ses sujets — aux heures mauvaises que traversent

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Mucha décorative et sentimentale, de la plante et de l'animal, telle que nous venons de l'indiquer. Cette première tentative de M. Mucha dans l'ordre de l'ornementation du livre, poursuivie page à page, n'est pas sans trahir l'influence de quelques efforts précédents faits dans la même voie, des Quatre Fils Aymon de Grasset, par exemple, et particulièrement de l'Évangile de l'Enfance, de Carlos Schwabe. Mais l'orientation très personnelle de l'artiste s'y précise déjà, et elle n'a pas tardé, du reste, dans les travaux qui ont suivi, à se définir tout à fait. En général, les idées qui fourmillent dans son esprit se présentent à lui sous une forme Programme. prête — sans la déformer toutefois — et, avec une liberté admirable, il cherche à la styliser tout en lui conservant son aspect de nature. En leur ingénieuse et fraîche nouveauté, certains encadrements d'Ilsée sont de véritables trouvailles ornementales. À feuilleter les pages du livre onvoit quel parti il sut tirer du muguet et du myosotis, de l'églantier des haies et de la corolle si légère du pissenlit qui est, comme l'on sait, l'emblème de la fragilité des passions humaines. De la fleur, des fruits et des feuilles, pris isolément ou rassemblés en des bordures, il combine des arrangements qui, tout en ayant la saveur de la vie, ont aussi une signification morale ou poétique. Aucun détail pittoresque ne saurait échapper à sa clairvoyance, et avec une grande sûreté de goût dans le choix des éléments qu'il introduit dans son ornementation, il tire des effets pleins d'imprévu et de grâce. Au moment de l'apparition d'Ilsée, Princesse de Tripoli, Art et Décoration a consacré quelques pages à cette suite d'illustrations. Nos lecteurs n'ont qu'à se reporter aux reproductions que la Revue en donna alors pour se rendre compte de cette interprétation, à la fois

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Art et Décoration symbolique claire et saine. Et cela ne tient ni à son éducation, ni à sa race, mais plutôt à une forme particulière et naturelle de son esprit. Il sait faire parler les choses dans une langue sobre et douce, qui, pour être comprise, ne demande pas d'initiation préalable. Sous des apparences parfois frivoles, c'est un art réfléchi que le sien, et, si M. Mucha est un poète ardent, épris des anciens mythes, c'est aussi un penseur et un méditatif. Dans les compositions pour le Pater qu'il achevait naguère, son talent original apparaît sous une face nouvelle, et le place au premier rang des illustrateurs de ce temps. C'est en étudiant attentivement cette suite de planches, si éloquentes dans leur intensité, que l'on voit sur quel fond d'études sérieuses, sur quelles solides connaissances du dessin s'étaie le talent de l'artiste. En ces conceptions d'un ordre très élevé, il donne une réalité à sa vision qui se matérialise par la puissance de l'observation. L'idée s'est imposée à lui forte et significative, et il l'a exprimée avec vigueur et précision sans que l'on perçoive la tension constante de ses facultés inventives. A vrai dire, le Pater se présente dans des conditions peu ordinaires : rêvé par son auteur, il a été réalisé par lui de la première page à la dernière tel qu'il l'avait conçu ; il en a eu l'idée, il a dessiné les compositions et calligraphié le texte, réalisant ainsi une œuvre d'une admirable unité de pensée et d'exécution. Il y a chez cet homme du visionnaire : c'est un imaginatif insoupçonné de ceux qui ne connaissent de son talent que le côté aimable et charmant. Mucha était capable de composer d'excellents cartons de verrières. Sa pensée, servie par une merveilleuse habileté manuelle, ne devait pas rencontrer de difficultés dans la recherche de modèles propres à ce genre de travail. Du reste, il était, en quelque sorte, préparé à cette décoration particulière par ses œuvres antérieures : des affiches comme Lorenzaccio, la Dame aux Camélias, ne sont-elles pas de véritables ?

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Mucha tables maquettes pour verrières? Dans cette voie, un peintre ayant le sens de la décoration doit arriver, sans apprentissage, à un résultat satisfaisant. Il préparera ses compositions en vue de leur destination définitive et cherchera à se rendre compte de l'effet que produira le modèle lorsqu'il sera transposé dans une matière différente. Tout en travaillant au carton, il ressentira l'impression que fera sur la rétine la coloration générale du vitrail et tiendra compte, d'autre part, des modifications d'aspect apportées fatalement par la disposition des plombs et des armatures des châssis. Par leur destination, le choix des sujets et la technique du métier, les différents cartons fournis par M. Mucha aux ateliers de M. Champignelle sont de véritables œuvres de décoration monumentale : Roland à Roncevaux, Jeanne d'Arc, saint Hubert nous montrent avec quel savoir et quel goût il comprend l'art noble du vitrail, si déchu, hélas! depuis de longues années; le dessin est nettement écrit, les lignes sont bien rythmées et enserront dans un trait fier et gras la gamme chantante de tonalités calmes et harmonieuses. L'Exposition Universelle va fournir une occasion particulièrement favorable d'étudier l'art de Mucha. Nous avons déjà signalé l'important ensemble de peintures décoratives, exécutées sur le pourtour du hall central, dans le Pavillon de Bosnie-Herzégovine, et qui empruntent leur sujet à la légende et l'histoire du pays, prêtant également aux costumes pittoresques et aux tableaux à effets. Mais ce n'est pas tout, et l'artiste a composé encore des panneaux pour un salon de parfumerie, et un tapis quel'on verra exécuté par une importante maison autrichienne. Nous publierons prochainement ces documents divers, qui complèteront de façon très intéressante la contribution de l'artiste à l'Exposition internationale des Beaux-Arts, où figureront la plupart des dessins reproduits dans cette livraison. L'étude que nous publions aujourd'hui acquiert donc une valeur spéciale d'actualité. Mai.