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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - La Peinture Décorative aux Salons. - LÉONCE BÉNÉDITE. - Eugène Belville, - GUSTAVE SOULIER. - Boucles de Ceinture, - HENRI VEVER. - Nos Concours - Vignette pour En-tête de lettre. - Une Lampe électrique. - E. GRASSET. --- MAI 1898 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 2e Année. — N° 5

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. PUVIS DE CHAVANNES, VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY LUCIEN MAGNE. --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. VII. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VIII. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. --- L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Les Ages de l'Ouvrier. LEON PRÉDÉRIC. La Peinture Décorative aux Salons vou qu'en puissent dire les esprits chagrins et jamais satisfaits, le Salon de 1898 comptera dans les fastes des expositions annuelles. Malgré les premières craintes occasionnées par l'éloignement du centre habituel, si improvisé qu'il ait été dans ce local péniblement accepté, tout a contribué, soit dans l'aménagement plus attrayant des galeries, soit dans l'effort plus imposant témoigné par les artistes, et jusqu'au fait de la réunion des deux sociétés rivales, à en faire une de ces expositions qui laisseront des souvenirs. Pour nous placer ici strictement à notre point de vue spécial du décor, un grand exemple a été donné en ce qui concerne la présentation des œuvres. On sent que chaque jour davantage pénètre dans nos mœurs le besoin de disposer les choses de la vie avec goût, avec ordre, avec discernement, avec harmonie. De nos musées, où tant d'heureuses modifications ont été apportées dans ce sens, de nos expositions qui font de continuels progrès, ces tendances gagnent peu à peu les intérieurs privés et font l'éducation publique. La Société nationale des Beaux-Arts aura rendu sur ce point quelques Dessin pour « Les Pèlerins d'Emmaüs » DAGNAN-BOUVERET. excellents services. Ce n'est point là un des moindres bienfaits de la concurrence.

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Art et Decoration De ce grand hall gigantesque qui semblait tout à fait inutilisable, M. Loviot, pour les artistes français, et M. Dubufe, pour la part de la Société nationale, ont tiré un parti si attrayant qu'on oublie déjà, avec une hâtive ingratitude, l'élégant Palais des Beaux-Arts de 1889, et surtout le vénérable palais de l'Industrie, si plein de grands souvenirs, dont la disparition semblait avoir causé tant de regrets. Et l'on a peine à penser maintenant que tout ce décor de fête, nouveau et séduisant, cette organisation intelligente, toute cette œuvre longue, difficile et dispendieuse d'aménagement ne doive durer... comme les roses, que l'espace d'un court printemps! En parcourant l'ensemble de cette exposition, où de tous côtés tant d'entreprises intéressantes ont été tentées en faveur de l'application décorative des arts divers: peinture monumentale, essais d'architecture ou de mobilier, adaptation de la sculpture à nos intérieurs étroits, sans parler de tout ce foisonnement du bibelot, de l'art de vitrine, de ce qu'on a plus particulièrement compris, par un emploi abusif de mots, sous la dénomination d'art décoratif, — séries importantes que la Revue étudie à part, — je n'ai pu m'empêcher de faire un retour vers un passé un peu oublié, sur les origines de tout ce mouvement en plein développement aujourd'hui. Il y a environ vingt-cinq ans, les yeux ouverts sur le grand courant d'enseignement et de propagande, savamment organisé à l'étranger et notamment en Grande-Bretagne, depuis la fondation de l'institution du South-Kensington Museum, frappés non pas même de la décadence, mais de l'abandon de toute tradition de goût dans nos industries dégénérées par l'outillage mécanique, de l'incapacité de nos artistes à sortir soit de la sculpture de musées, soit de la peinture de chevalet, quelques esprits éclairés résolurent de réagir par des efforts vigoureux et intelligents. Il faut rendre cette justice à l'Administration des Beaux-Arts qu'elle s'est trouvée la première à encourager ces initiatives. Sans insister sur ces sections d'objets d'art, aujourd'hui ouvertes dans chaque Salon et qui furent inaugurées, au Luxembourg, dès 1874, par M. de Chennevières, alors directeur des Beaux-Arts, qui n'avait pas abdiqué son titre de conservateur de ce musée, tandis qu'au même moment, le futur commissaire général des Expositions, son collaborateur d'alors, M. G. Lafenestre, réclamait, dans son rapport sur l'exposition de l'Union centrale, cette création d'un Salon des Arts décoratifs, réalisée après vingt-cinq ans aujourd'hui; pour ne nous en tenir qu'à la situation de la peinture décorative, il faut reconnaître que l'extension considérable prise aujourd'hui par cet art est due exclusivement à l'action persévérante de l'État. Que l'on songe un peu à ce qu'était la peinture décorative dans la dernière moitié du second Empire. Depuis Delacroix, depuis Chassériau, depuis Hippolyte Flandrin, que les gouvernements précédents, plus ou moins ouverts aux arts, cependant, avaient particulièrement encouragés; depuis les grands travaux du Palais Bourbon, du Sénat, de la Cour des comptes, de quelques églises comme Saint-Sulpice, Saint-Roch, Saint-Philippe du Roule, Saint-Vincent de Paul, Saint-Germain des Prés, etc., la peinture décorative somnolait dans une profonde léthargie; seules, quelques chapelles étaient ornées de tableaux Dessin pour « Les Pèlerins d'Emmaüs ». DAGNAN-BOUVERET.

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--- Sainte-Geneviève veillant sur Paris endormi. --- PUVIS DE CHAVANNES ---

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Art et Décoration véritables qu'on aurait pu transporter indifféremment dans n'importe quel autre local, encadrés d'une bordure d'or. Deux grandes exceptions à cette règle préparèrent doucement le renouveau décoratif: Puvis de Chavannes, avec son admirable ensemble d'Amiens, commencé dès 1861, ses décorations de Marseille, de Poitiers, Baudry avec ses plafonds du foyer de l'Opéra. travaux de l'Hôtel de Ville, du Palais de Justice, de l'École de pharmacie, de la Sorbonne, etc. C'est du Panthéon, surtout, que jaillit l'im-pulsion la plus décisive, dans ce concours où M. Puvis de Chavannes entrait en lice le premier et qu'il vient clore aujourd'hui, à vingt ans de distance, avec autant de gloire qu'au premier jour. On n'a pas oublié l'impression Les murailles manquaient-elles à couvrir pour nos artistes? M. de Chennevières en trouva. Le Luxembourg, la grande Chancellerie de la Légion d'honneur, restaurée des désastres de la guerre, le Conseil d'État, et surtout le Panthéon, que la République de 1848 avait déjà réservé, en le confiant à Chenavard, au grand rôle qui lui a été dévolu à ce moment, furent livrés à l'émulation enthousiaste des plus illustres maîtres de notre temps. Ce grand exemple ne fut pas perdu. Tous les édifices qui se dressèrent, les uns se relevant de leurs lamentables ruines, les autres nouvellement éclos pour de nouveaux besoins, palais, mairies, écoles, voulurent à l'envi placer sur leurs murailles de grands souvenirs ou de hautes leçons, et nous avons vu depuis s'épanouir complètement une renaissance de la peinture monumentale, avec les profonde que laissèrent dans les esprits ces admirables panneaux de l'Enfance de sainte Geneviève, si simples, si émus, si vrais, dans leur charme naïf de légende populaire, au milieu de leur clair paysage parisien, au ciel un peu voilé; les saintes figures des pieux évêques, ces belles filles songeuses vaquant à leurs occupations familières, ces hommes un peu frustes, marins ou bûcherons, graves et respectueux, ces beaux enfants farouches et surtout cette exquise petite sainte pleine de candeur et de grâce pure et modeste, petite fleur délicate et frêle qui embaume discrètement la légende obscure des premiers jours de Paris. La voici maintenant, amaigrie par l'âge, émaciée par les prières et les jeûnes, spiritualisée par toute une vie de dévouement et d'amour, qui « veille avec une pieuse sollici-

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La Peinture Décorative aux Salons tude sur la ville endormie ». C'est la nuit, bleue, transparente et solennelle. La lune blanchit les dalles de la terrasse de l'étroite maison, allongeant sur le sol une ombre large et limpide dans laquelle fleurit doucement, avec une coquetterie qui rappelle la présence de la femme, une plante aux fleurs violettes ouvertes aux fraîcheurs de la rosée. A droite, par la porte entr'ouverte, vacille la lueur rougeoyante d'une petite lampe qui éclaire, en luttant contre la clarté laiteuse de la lune, l'intérieur ascétique de la sainte. Geneviève, debout, appuyée sur le parapet, profile sa silhouette austère et méditative sur le ciel profond, d'une sérénité pacifiante d'accord avec ses pensées. Elle s'est levée pour contempler lentement, longuement, sa ville avec amour. A ses pieds, la petite cité engourdie presse la croupe arrondie de sa basilique, ses toits bruns serrés dans l'enceinte des remparts aux tours carrées et, dans le fond, comme une mer semée de voiles, s'étend la plaine bleue où pointe vaguement la blancheur des lointains monastères. Il n'est personne, je crois, qui puisse résister au charme enveloppant de cette vision si simple et si émouvante, et lorsqu'on est assez maître de soi pour songer à l'analyse des moyens employés pour donner une telle secousse à notre imagination, on reste surpris de voir avec quelles pauvres ressources M. Puvis de Chavannes a accompli une si grande chose. Les lignes les plus calmes, les plus tranquilles, les moins compliquées, des colorations réduites presque au camaïeu, pas de gestes, d'action, pas d'intérêt autre que le lien étroit que l'on sent entre cette silhouette humaine et ce paysage, entre la sainte et sa ville. Juste les termes nécessaires pour parler cette langue si éloquente, sans un mot de trop, sans un mot de moins; en visionnaire uniquement préoccupé de vous faire entrer dans son rêve bienfaisant de paix et de sérénité. C'est la décoration comprise dans son plus haut sens de consécration historique et d'enseignement moral. Cette grandé et glorieuse page suffirait seule à représenter la peinture monumentale au Salon de 1898. Mais notre exposition a eu quelques autres bonnes fortunes : l'Hôtel de Ville de Paris et de Toulouse, l'Opéra-Comique, la Sorbonne et le Muséum, tous nos plus grands monuments parisiens et, même, on le voit, certains édifices provinciaux ont voulu participer au concours. Le Muséum nous offre ensemble le plus important de peinture décorative avec la série des compositions dans lesquelles M. Cormon a représenté l'histoire du développement des premiers âges de l'humanité. Il comprend un vaste plafond et dix panneaux de forme et de dimensions variées. Le plafond représente, autour de l'homme primitif, l'évolution parallèle vers la civilisation des deux grandes races aryenne et sémi-

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Art et Décoration tique, derrière lesquelles montent les races secondaires, jaunes, rouges et noires. A travers des nuées, au dessus des glaciers aigus et pouvons constater que M. Cormon a déployé dans cette partie de son œuvre un rare savoir et une intelligence élevée de son sujet, quoique CH. COTTET. des cratères bavant leur lave sulfureuse, dans une atmosphère de brume et de rêve tournoient deux longues théories de rois coiffés de tiare, de guerriers, casqués et armés, bandant leurs arcs, dardant leurs javelots, dressant leurs piques ou leurs enseignes, caracolant sur des chevaux qui se cabrent, marchant sur les nuages floconneux ou volant pesamment dans le ciel, que dirigent, d'une part, l'idéal de Beauté, de l'autre la Foi. Il nous est singulièrement difficile de juger exactement telle qu'elle est exposée, une œuvre notre esprit latin, nourri pourtant depuis des siècles d'allégories et de conventions, reste assez rebelle à la compréhension de ces conceptions synthétiques qu'il faut déchiffrer comme des rébus et à l'acceptation de ces conventions pittoresques, qui nous présentent nos semblables, marchant dans le vide, flottant sans ailes, dans une situation où nous ne sommes pas accoutumés à les rencontrer. Ce n'est pas la faute à M. Cormon, mais à ce genre de décoration tel que nous avons voulu le renouveler, en supprimant le secours des architectures qui diminuaient les étendues à couvrir, et en introduisant des éléments par trop concrets de réalités, un peu déconcertants sur nos têtes. Par contre, les dix décorations verticales forment un ensemble très complet, très soutenu, d'excellente décoration, aux compositions simples et expressives, parfois même d'une arabesque imprévue, aux tonalités sobres, fortes et savoureuses. Si ce monde farouche des premiers âges terrestres est vu par les yeux d'un contemplateur, peut-être un peu trop sage, surtout lorsqu'il s'agit de paysages quaternaires ou glaciaires et de monstres à demi fabuleux, néanmoins, devant certains de ces tableaux, on éprouve une sensation de chose vue, un accent historique très intense, provenant d'une étude attentive du passé et d'une observation réflé- Mlle D'ANETHAN. conçue pour être vue dans les conditions exceptionnelles d'une perspective plafonnante. Nous

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Au Pays de la Mer (panneau central). CH. COTTET.

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Art et Décoration chie de la vie à l'abri de toute convention de pédantisme archéologique. Tel est, par exemple, ce groupe des forge- leurs haches de bronze, au premier plan de ce paysage gris, bordé de collines, voilé de fumées, où vont et viennent autour des fours allumés les ouvriers dans l'activité du travail. Telle est aussi cette toile de la Poterie, où une jeune femme accroupie, dont lache- velure brune met une tache forte et éclatante au bas du tableau, modèle un vase d'ar- gile rouge sous les yeux d'un fier guerrier celtique, debout, dans sa toison fauve, appuyé sur son bouclier rond, tandis qu'au fond se déroule toute une procession religieuse qui se dirige vers les dolmens. Ici, c'est une scène vivante de retour de chasse, à l'épo- que glaciaire, dans un pay- sage aux vastes horizons: un chasseur tatoué, bandant son arc, sauvage et farouche, et suivi de sa femelle qui porte sur ses fortes épaules le lourd gibier abattu. Là, c'est la vie lacustre, les grands villages qui fument au milieu des flots protecteurs, les pêcheurs qui tirent leurs filets, les femmes qui filent la laine. Plus loin, enfin, ce gracieux tableau du tailleur de silex que con- temple une jeune femme aux traits charmants et sauvages per tant un enfant sur so dos. Sa nudité est voilée, ses cheveux sont ornés de plu mes et de fleurs; ce sont les premiers signes apparents de la civilisation : la pudeur et la coquetterie. Au-dessus, un riche dé- cor de bananiers aux larges feuilles rubanées, et, dans le loin, surprises et arrêtées, les têtes d'une harde de cerfs, émergeant des hautes herbes. Nul sujet ne se prête avec plus d'à-propos à la décoration que l'histoire. Surtout lorsqu'il s'y mêle un peu de merveilleux, ou simplement lorsque nous considérons les faits avec assez Décoration pour le Muséum (le Bronze et le Fer). F. CORMON. rons nomades, des fondeurs hindous, sortes de sorciers à demi sacrés pour les populations superstitieuses de l'Occident qu'ils initient aux secrets de la fonte des métaux. Ils coulent

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La Peinture Décorative aux Salons de recul pour qu'ils soient poétiquement transposés par le mirage du souvenir. Car nous ne voulons voir se dresser sur les parois de nos édifices, au point de vue de la sensation organique, que des images qui ne donnent pas une illusion trop vive pour briser la ligne des architectures — à moins que ce ne soit, au contraire, un trompe-l'œil savamment calculé pour les compléter — et, au point de vue de l'impression mentale, que des êtres qui ne soient point trop près de nous. Les réalités trop accusées nous causent une véritable gêne. Nous voulons nous trouver devant une sorte de monde idéal, héroïque, un peu distant du nôtre par l'éloignement des temps où le léger voile de l'abstraction. C'est que, suivant une vieille convention acceptée d'âge en âge, nous attachons une idée de mission morale à la décoration des murailles publiques. Nous leur donnons un rôle de consécration, de commémoration ou de haut enseignement. M. J. P. Laurens, qui est un peintre d'histoire et qui l'a prouvé par tant de fortes et dramatiques restitutions du passé, a bien compris avec une intelligence clairvoyante, et surtout avec un rare esprit de sacrifice, ce rôle spécial de la décoration. Aussi, comme il a dépouillé, sur les travées de l'Hôtel de ville de Paris ou du Capitole de Toulouse toutes les vaillances de beau peintre vibrant et de chaud et puissant coloriste qui gardait encore au Panthéon son verbe sonore et méridional! Il ne se préoccupe plus désormais de parler si fort, mais de nous dire très simplement, très sobrement, très gravement les grands faits dont on lui a confié la mémoire. Ce n'est, certes, point sa faute cette année si le sujet choisi — L'arrestation de Broussel, pendant les troubles de la Fronde, 1648, en raison de son caractère anecdotique, ne dépasse guère en intérêt le format d'une illustration de librairie. Cet épisode d'une révolution puérile dans laquelle n'étaient en F. CORMON.