Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

Plaisir de France AOUT 1962 Décoration : MAISONS DES ILES

Page 2

PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue Mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT --- Sommaire AOUT 1962 No 286 - D'un mois à l'autre : - ENTRE BÊTISE, SAGESSE ET FOLIE, par Olivier Quéant ... 1 - La plus grande exposition du théâtre : - MOLIÈRE REVIENT A VERSAILLES, par Robert Kanters ... 2 - Pour votre jardin : - LES FLORALIES DE VALENCIENNES, par Jeanine Delpech ... 12 - Notre double voyage dans la péninsule : - LES DEUX ESTRÉMADURES, par Marcel Schneider ... 18 - Lumière sur des chefs-d'œuvre : - LE NOUVEAU TRÉSOR D'ANGERS, commenté par P.-M. Auzas ... 28 - Neuves ou restaurées : - NOS MAISONS DES ILES, par Anne Fourny ... 34 - Noirmoutier ... 36 - L'île aux Moines ... 41 - Oléron ... 44 - Ré... 50 - Les enchères : - GRANDES VENTES, par Raymonde Wilhélem ... 62 - Nos chroniques : la sélection du mois - CINÉMA, par Marcel Lasseaux ... 64 - THÉÂTRE, par Yves Florenne ... 65 - EXPOSITIONS, par René Barotte ... 66 - LIVRES, par Yves Gandon ... 68 - DISQUES CLASSIQUES ET CONTEMPORAINS, par Gustave Samazeuilh. - Solutions de notre Jeu des Emblèmes. --- DANS NOTRE NUMÉRO DE SEPTEMBRE En Alsace : STRASBOURG À L'HEURE DE L'EUROPE, par Roger Baschet et René Briat ; LE PORTAIL DU TENTA-TEUR, par Michel Parent ; UN ITINÉRAIRE DANS LE BAS-RHIN, par Arnaud Plessis. Notre voyage à l'étranger : LES ÎLES ÉOLIENNES, par Odile Vandevire. Chez l'anti-quaire : LE CABINET, par Guy Weill Goudchaux. Plaisir de la Maison : LES PISCINES PRIVÉES, par Anne Fourny. Et nos chroniques habituelles. --- NOTRE COUVERTURE : « Le Casier », à Noirmoutier : une maison neuve, mais conçue dans le style vendéen. Elle ouvre l'important chapitre que nous consacrons dans ce numéro (voir page 34 et suivantes) à l'architecture et à la décoration intérieure des maisons en nos îles atlantiques (photographie Pierre Jahan). --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by Plaisir de France 1962. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.

Page 3

Dans leur nouvelle boutique... 34, RUE BONAPARTE DANTON 94-95 et chez tous les Décorateurs de Classe (adresses indiquées volontiers sur demande) --- TISSU ET PAPIER PEINT « LES CHANSONS DE FRANCE » NOBILIS SUZANNE FONTAN --- TISSU « LES JARDINS DE YOSHIWARA » - PAPIER « GRASS CLOTH » SUZANNE FONTAN NOBILIS --- TISSU ET PAPIER PEINT « SRINAGAR » IMPRESSIONS DE PARIS --- TISSU « DON JUAN » - PAPIER « RAYURE AMBASSADE » DE NOBILIS ANNA FONTAINE --- Pleiisir de France

Page 4

TRAINS AUTO-COUCHETTES MAI-SEPTEMBRE 1962 --- Avec les trains auto-couchettes vous emportez votre auto avec vous vous voyagez de nuit en couchette ou en wagon-lits 12 TRAINS AUTO-COUCHETTES EN 1962 --- LE BAUBE HUILIERS ET SUJETS MONTÉS EN LAMPES LUSTRES ANCIENS - ABAT-JOUR Travaux spéciaux et transformations 7, rue des Filles-du-Calvaire PARIS ARC. 32-09 --- Reliez vous-même vos collections de PLAISIR de FRANCE avec les RELIURES MOBILES "ACLÉ" Ces reliures sont pratiques et bien présentées : plats en parchemin, dos et coins en simili-cuir bordeaux ; titre frappé or au dos. Elles sont en vente à nos bureaux ou envoyées sur demande. Chaque volume comprend un semestre. PRIX DE LA RELIURE : 14 NF pour un semestre. Clés de montage : 1,50 NF --- CALENDRIER DES PRINCIPALES RÉUNIONS DE COURSES MOIS D'AOUT 1962 Mercredi --- 1er --- LE TREMBLAY --- Prix Sirlan --- Jeudi --- DEAUVILLE --- Prix de l'Abreuvoir --- Vendredi --- CLAIREFONTAINE, VICHY --- Samedi --- DEAUVILLE --- Prix Maurice de Gheest --- Dimanche --- DEAUVILLE COMPIEGNE, VICHY --- Prix Jacques le Marois --- Mardi --- CLAIREFONTAINE, VICHY --- Prix des Rêves d'Or --- Mercredi --- DEAUVILLE --- Prix Saint-Crespin --- Jeudi --- VICHY --- Vendredi --- CLAIREFONTAINE --- Samedi --- DEAUVILLE --- Prix de Menneval --- Dimanche --- DEAUVILLE VICHY --- Prix Kergorlay --- Lundi --- CLAIREFONTAINE --- Mardi --- CLAIREFONTAINE --- Mercredi --- DEAUVILLE --- Jeudi --- DEAUVILLE --- Grand Handicap de Deauville --- Vendredi --- CLAIREFONTAINE, VICHY --- Prix Ridgway --- Samedi --- DEAUVILLE --- Dimanche --- DEAUVILLE VICHY --- Prix de Benerville --- Mardi --- VICHY --- Prix Morny --- Mercredi --- DEAUVILLE --- Grand Prix de la Ville --- Jeudi --- DEAUVILLE VICHY --- Vendredi --- CLAIREFONTAINE --- Prix d'Astarté --- Samedi --- DEAUVILLE --- Prix de Reux --- Dimanche --- DEAUVILLE VICHY --- Lundi --- DEAUVILLE --- Prix de l'Ecluse --- Mardi --- CLAIREFONTAINE --- Grand Prix de Deauville --- Mercredi --- DEAUVILLE --- Les 4-6-9-11-12-15-16-18-19 : Courses à ENGHIEN (Trot) Les 2-5-7-9-12-14-16-19-21-23-26 : Courses à CAGNES-SUR-MER (n) --- PLAISIR DE FRANCE

Page 5

LA ROSE MME RENÉ CASSIN « La plus belle Rose de France » Médaille d'Or au concours de Lyon 1962 « La plus belle Rose du Monde » Médaille d'Or au concours international de Paris Bagatelle 1962 Cette rose deux fois souveraine est une obtention des Roseraies G. DELBARD 16, Quai de la Mégiiserie PARIS-1er Catalogue adressé gratuitement en Septembre. --- Vilmorin 4, QUAI DE LA MEGISSERIE PARIS 1er Plaisir de France --- Le “drink” des Gens Raffinés --- PUBLICATIONS S.II --- DÉLICIEUSE BOISSON PÉTILLANTE, SE SERT NATURE AVEC UNE TRANCHE DE CITRON OU D’ORANGE --- Schweppes “INDIAN TONIC”

Page 6

RUBRIQUE IMMOBILIÈRE LA MAISON QUE VOUS CHERCHEZ... --- NEUILLY Boulevard Maurice-Barrès Construction d'une DEMEURE DE QUALITÉ (ne comprenant que 7 appartements) un appartement par étage (étage couvrant 180 m²) — avec réception sur le Bois de 62 m² — Loggia - Baies panoramiques - Balcon - Terrasse Renseignements : LA FRANCE IMMOBILIÈRE Continentale et d'Outre-Mer 9, rue Boissy-d'Anglas, Paris-8e — ANJ. 17-55 — Métro : Concorde --- FRANK ARTHUR 134, bd Haussmann · PARIS (8e) — CARnot 64-80 La RÉSIDENCE FOCH-PICOT, 49, Avenue Foch - PARIS-16e ... et plusieurs autres immeubles de qualité : - 72, Rue d'Auteuil - PARIS (16e) - 49, Rue Scheffer - 8, Rue Cortambert - PARIS (16e) - 42 bis, Avenue de Saxe - 8, Rue Pérignon - PARIS (7e) - 196, Boulevard Pereire - 27, Rue Guersiant - 10, Rue des Ternes - PARIS (17e) - 60-62-64, Rue de Pontbécu - PARIS (8e) --- AGENCE DE LA TERRASSE Maurice DUSSÉQUÉ 45, bd CARNOT - LE VESINET - (S.-&-O.) Tél. : 966 0899-0900-5820 Privilege, de vivre cette vie du Vésinet, faite de calme et de verdure à 20 minutes du centre de Paris. Chance, d'y découvrir cette belle demeure à la fois noble et accueillante, bien plantée dans son petit parc de 2 000 m². Plaisir, devant sa réception brillante et ses vastes chambres bien éclairées. Bonheur enfin... qui commence toujours avec la maison qu'on espérait. --- CANNES et ses extensions naturelles LE SPÉCIALISTE DES RÉSIDENCES DE CLASSE CONSORTIUM IMMOBILIER 93, RUE D’ANTIBES - CANNES téléphone : 59.31.70 & 59.19.09 A J. IURION, directeur Même Direction - Toutes opérations viagères --- TRÈS BELLE PROPRIÉTÉ D’AGRÉMENT située en bordure de rivière, magnifique plan d’eau permettant canotage, voile, natation, ski nautique. JOLIE DEMEURE 11 pièces, tout confort 2 salles de bains, chauffage central au fuel. Décoration intérieure soignée, plafonds à la Française portes anciennes. Possibilité reprise beau mobilier. Jolie petite maison d’invités. Garage, chambre de bonne. Très beau parc, ombrages de toutes essences, saules pleureurs. Jardin provençal, bassin. Terrasses à balustres le long de la rivière. Embarcadère. Superficie totale : 6.500 mètres carrés. Situation à 800 mètres d’un village et 7 km d’une ville avec collèges. Affaire exceptionnelle. Libre à la vente René CHASTAND Membre de la Chambre Syndicale et de la Caisse de Garantie. Affilié à la Fédération Nationale, 25, Rue du Pont-Saint-Jean — BERGERAC (Dordogne) — Téléphone : 11-03 Choix d’affaires sélectionnées dans le Sud-Ouest. Présentation sous forme de dossiers complets avec notices détaillées, inventaires, extraits cadastraux mis à jour, plans, photos en couleurs. Envois gratuits.

Page 7

A TOUS LES ÉCHOS Le Grand Prix de Printemps - Comme l'année dernière, « Plaisir de France » a de nouveau offert une coupe au gagnant du Grand Prix de Printemps à Saint-Cloud, le 11 juin. De gauche à droite : M. Jean de Chaudenay, président de la Société Sportive d'Encouragement, notre directeur Olivier Quétant, M. Jorge de Atucha, propriétaire de Caialina, monté par le jockey Yves Saint-Martin. Phot. Recoupé. Trois festivals - Le Festival de Strasbourg (cette année le vingt-quatrième) est le doyen des festivals français. Pour marquer cette belle date, la Société des Amis de la Musique et la Ville de Strasbourg ne se sont pas bornées à s'assurer les baguettes de Charles Munch et de Pierre Monteux, la voix de Dietrich Fischer-Dieskau, la guitare de Narciso Yepes, les mains de Nicole Henriot et les jambes d'Yvette Chauviré, elles ont obtenu de la jeune musique deux premières auditions : Anamorphoses, une œuvre pour orchestre bâtie par André Casanova sur une série de douze sons, et Musique pour un autre monde, composée par Jacques Bondon pour neuf groupes instrumentaux. Soirées mémorables. - A Saint-Malo vient d'avoir lieu le VIIe Festival d'Art dramatique, avec Macbeth, dans la cour du château de la duchesse Anne, et un récital Cziffra au Casino municipal. - Le VIIe Festival de Baalbek fait, cette année, revivre du 19 juillet au 20 août les temples de Vénus, Bacchus et Jupiter. La participation française y est importante puisque, après les concerts donnés par l'Ensemble baroque de Paris et le Quintette à vent français, Orphège sera représenté par l'Opéra de Paris; et le festival se terminera sur Renaud et Armide de Jean Cocteau. Une garden-party à Vichy - Sous les auspices de « Plaisir de France » aura lieu le samedi 11 août, à partir de 17 h. 30, au pesage de l'Hippodrome de Vichy, une garden-party suivie d'un diner-spectacle, organisée au profit des Œuvres du Rotary-Club, du Lions-Club et du Soroptimist-Club. Médaille présidentielle - La médaille officielle à l'effigie du Président de la République vient d'être gravée par Mme J.-H. Coffin et frappée à l'hôtel des Monnaies. Cette artiste d'origine rouennaise, dont l'œuvre sculpté et gravé est important, a fixé avec beaucoup de talent les traits du général qui ne lui avait pourtant accordé que quelques instants de pose. Expositions dans toute la France - A l'occasion du dixième anniversaire de l'ouverture du Musée International de la Chasse à tir et de la Fauconnerie, à Gien, des sculptures, dessins et gravures de l'animalier Florentin Brigaud ont été offerts officiellement au musée par la veuve de l'artiste. - L'hôtel de ville d'Honfleur vient d'être le cadre d'une rétrospective des œuvres du peintre Jacques Leudet, qui vécut longtemps en Normandie et mourut l'année dernière à Saint-Benoît-d'Hébertot. Peintre, il s'apparentait à Boudin ; sculpteur, il orna les églises de la région d'originales statues. Rectificatifs - A la page 27 de notre numéro d'avril, il faut lire à propos des Relais de Campagne : « A Alba, la Petite Chaumière » et non la Petite Auberge. - Dans notre numéro de juin 1962, à la page 65, sous la photographie représentant une paire de landiers et portant le n° 3, il faut lire : « chez Banet » (et non Bernet). Echos du tourisme - Les touristes savent-ils que la route la plus haute d'Europe leur est ouverte entre la vallée de la Tinée (Alpes-Maritimes) et la vallée de l'Ubaye (Basses-Alpes)? Inaugurée en octobre dernier, elle constitue le trajet le plus court entre la Côte d'Azur et Grenoble. Elle atteint 2 082 mètres d'altitude au col de la Bonette. Virtuose à dix-sept ans Phot. Harcourt. - Jean-Bernard Pommier, élève de Pierre Sancan, a obtenu cette année le 1er diplôme d'honneur au concours Tchaikowsky de Moscou. C'est notre plus jeune pianiste. La Salle Pleyel était comble pour son premier concert. Un grand chef : Dimitri Chorafas. Un excellent orchestre : celui de la R.T.F. Et cet adolescent qui passait de Mozart à Liszt, tour à tour grave, léger, brillant, puissant... D'éclatants débuts. Nos lecteurs nous écrivent - Qu'on nous permette de citer ces deux témoignages spontanés dont nous certifions la copie conforme : - de Mme V. à Reims : « Une fois de plus, c'est une obligation impérieuse et une joie réelle de vous féliciter pour votre numéro de mai... c'est une « évansion »... dans notre époque où l'âme, l'esprit et le cœur, sans cesse tourmentés, inquiets, révoltés bien souvent, finissent par douter de la survivance des vraies valeurs... » - de Mme M..., à Bourbonne-les-Bains : « Abonnée depuis 1936 et fidèle jusqu'à la mort... Cette publication a embelli ma vie de campagnarde... » DANS L'ÉDITION - Un livre à deux faces ouvre la liste des succès de l'été. C'est la confession hardie et enfantine, cocasse et pathétique de Jim O'Grady, un très jeune Américain dont Christine de Rivoyre a fait le héros de son nouveau roman : la Glace à l'ananas (Plon, édit.). - Le roi du roman populaire, Eugène Sue, se doublait, triplait, quadruplait d'un médecin, d'un marin, d'un dandy qui fonda le Jockey Club et d'un proscrit politique. Jean-Louis Bory le ressuscite avec éclat (Ed. Hachette). - Si les Nymphes d'Auteuil, par Robert Beauchamp (Presses de la Cité), jouent la règle du jeu en soutenant jusqu'au bout une énigme policière, l'élégance du style et l'esprit du dialogue en font un récit supérieur. - Un Rousseau intelligemment raconté par André Dhôtel : le Roman de Jean-Jacques, dans la collection illustrée « Vies et Visages », qui renouvelle par la présentation les biographies les plus connues (Ed. du Sud). - Histoire humaine et amère, aussi bien conduite que bien écrite, les Amoureux d'Euvillle marqueraient-ils un retour au roman traditionnel ? Pris dans la vie même, c'est le quatrième livre d'Alain Prévost (Ed. du Seuil). - Dans la collection « Feux croisés » (Plon, édit.), qui nous a révélé tant d'exemples étrangères, paraît le premier roman du journaliste anglais Perry Madoc. Un jeune homme de bonne famille, désinvolté jusqu'au cynisme, aboutit au plus admirable colloque qu'un fils puisse avoir avec son père. Excellente traduction de Sabine Berritz. - Le Livre des Roses (Les Horizons de France), par Bertram Park, vice-président de la National Rose Society, présente deux cent trente portraits de roses, photographies en couleurs. Traduit de l'anglais par Anne-Marie Lagrange, il est préfacé par André Leroy, ingénieur des parcs et jardins de la Ville de Paris, inspecteur des roseraies de Bagatelle et de L'Hay-les-Roses. Document précieux pour les amateurs de fleurs, autant que pour les poètes. - Dans la collection « Faites-le vous-même », Paul Coulbaux, chef de cuisine, conseille : « Préparez-vous-mêmes les meilleurs plats de cuisine européenne » (Ed. Eyrolles) et donne les recettes de cinquante-sept plats provenant de seize pays et de saveur parfois inattendue, mais choisis pour ne pas heurter le goût français. Un livre à la portée de toute maîtresse de maison.

Page 8

Elle sait ce que représente une montre pour un homme --- ELLE CONNAIT « Son » opinion sur la plupart des choses de la vie. Et elle connaît celles qu’il considère comme réellement importantes. Il serait indiscret de chercher à savoir si elle a influencé ses goûts. Cependant on peut affirmer qu’une partie de « son » succès lui revient, à elle, parce que son instinct très sûr la pousse toujours à choisir la qualité en toutes choses — grandes et petites. Son choix s’est donc tout naturellement porté sur Rolex. Sans être technicienne, elle sait que, parmi les montres, Rolex représente le nec plus ultra. Et elle sait bien surtout qu’une montre Rolex confère à ceux qui la portent, une distinction raffinée. Voilà ce qui est important pour un homme. Voilà pourquoi elle lui a offert une Rolex. --- Le chronomètre Rolex Oyster Perpetual (mouvement et boîtier suisses d’origine). Sa précision est garantie par un Bulletin Suisse de Contrôle Officiel de Marche et protégée par le fameux boîtier Oyster garanti 100 % étanche à l’eau jusqu’à 50 mètres de profondeur. Le rotor Perpetual assure le remontage automatique et complet. C’est un chronomètre que tout homme est fier de porter. --- ROLEX Une étape dans l’histoire de la mesure du temps S. A. F. DES MONTRES ROLEX - PARIS

Page 9

D'UN MOIS A L'AUTRE AOUT 1962 ENTRE BÊTISE, SAGESSE ET FOLIE La grande aiguille qui court marque les jours. A moins que l'on ne compte en nuits, comme à l'hôtel. Toutes ces piles de jours et de nuits qu'un homme — ou une femme — disons de soixante ans, a entassés derrière lui, derrière elle, dans le passé, irréversible. Tout cela, en plus : quelle moisson engrangée ! Tout cela, en moins : l'espace se rétrécit. La petite aiguille, elle, marque les années. C'est plus lent, mais c'est plus sérieux. Chaque fois, une grosse gerbe, liée avec une ficelle, une étiquette et un millésime dessus. Le nombre astronomique des jours, la rapidité de leur fuite font qu'on n'y prête guère attention. Tout de même, lorsqu'on passe son pyjama le soir, ou qu'on prend son rasoir le matin, si l'on s'évade un instant de l'automatisme, si l'on arrête une seconde le film, n'est-on pas enclin, impérativement, à se dire : « Encore ! » ou « Déjà ! » La grande aiguille a tourné vite. Les étapes de la petite aiguille, c'est autre chose : là, on réfléchit, gravement. L'année est l'unité de mesure de la vie, sur la carte d'identité comme sur le faire-part. Pourquoi est-ce au mois d'août que je fais, immanquablement, le point ? Parce que c'est un mois creux. Je m'y sens comme dans la salle d'attente d'une gare ou d'un dentiste : entre deux trains ou deux opérations. Alors, quelques minutes durant, avec ce recul nécessaire aux examens lucides, j'essaie de voir d'où je sors et où je vais rentrer : la vie. Méditations d'août. Il fait beau. Le jardin qui, en hiver, me navre par son aspect sinistre, a un air de fête. J'ai toujours aimé toucher les arbres, voire en ceinturer un, comme pour puiser des forces au contact de sa sève. Cette année, j'ai plus encore besoin de nature : je me vautre dans l'herbe. L'herbe, duvet de la terre, de ce grand corps sans nerfs qui n'émet que du calme, qui appelle au repos. La terre, qui nous attend sans nous le dire. A mes pieds, mon chien, allongé. Il me donne son regard, épie le mien, guette mes moindres mouvements, uniquement attentif à la personne de son maître. Toute une vie — oh ! pas bien longue, quinze, dix-sept ans — d'amour. A côté, le chat. Il a deux mois. Lui aussi sait — ou sent — qu'il n'en a pas pour longtemps à parcourir son orbe sous le ciel. Alors, deux attitudes et deux seulement : ou il joue, ou il dort. Mais les hommes, eux, que font-ils dans la vie ? Ils s'agitent. Un « Jet » passe en rugissant au-dessus de mon carré d'herbe. Et là-bas, sur l'autoroute, j'entends le ronronnement sourd, incessant, de milliers de voitures qui se précipitent. Où ? Ailleurs. Cette multitude d'activités fécondes ou stériles, d'agitations nobles ou ridicules dont l'homme, minute par minute, emplit sa courte vie, je la vois enfermée dans un triangle dont les sommets auraient pour noms : bêtise, sagesse, folie. Notre tête me semble cette bille du billard Nicolas de mon enfance : au souffle d'une poire en caoutchouc pressée par je ne sais quelle main diabolique, ladite bille virevolte dans le triangle, heurtant les côtés, se nichant par moments dans un des angles pour bondir bientôt dans un autre. Ce Boeing, qui vient de passer à 1 000 km à l'heure avec ses cent cinquante passagers. Folie ? Et la Super-Caravelle qui volera à 2 500 km-h en 1965. Folie ? Non, répondra-t-on, progres. Cela ne tue pas mieux que les milliers de voitures dont j'entends la fuite effrénée. Evidemment, mon chien et mon chat font preuve de plus de sagesse. Mais on m'a dit un jour : « Ce qui différencie l'animal de l'homme, c'est que le premier ne fait aucun progrès. » Ceux qui écrivent. Il y a, parmi les hommes, ceux qui passent leur vie à écrire. C'est une manière de l'occuper. Pendant que d'autres consomment de l'essence ou de la salive, du beauxjolais, ou du tabac (et l'un n'exclut pas l'autre), ils usent de l'encre. Écrire. Dans mon jardin un journal me tombe sous les yeux. Je crois qu'il est difficile d'écrire mieux que M. François Mauriac quand il exécute un adversaire. Vous avez lu : le « ludion », déposé « sur le bureau de Vergennes mais comme un presse-papiers » ? Manier la plume avec cette maîtrise tient du génie. Comme quoi la cruauté la plus méchante peut produire l'effet comique recherché ! Dans ce journal, toujours déployé sur l'herbe, voici les interviews d'artistes, d'écrivains, sur l'emploi de leurs vacances. « Des vacances ! Vous voulez rire. Du travail, Monsieur ! Je ne me repose jamais ! » Et chacun de débiter son petit couplet annonciateur d'une œuvre pour bien prouver qu'on n'est pas en chômage, que le talent créateur n'est point interrompu parce fameux mois d'août. « J'emporte à Clafoutis-les-Oseilles mes projets pour la rentrée. » Ici, le titre du ballet, ou du scénario, ou du livre. « Après une courte promenade matinale, je serai tout le jour à ma table ! » Voici les pages de critique littéraire, théâtrale, cinématographique. Et, dans mon herbe, je fais une découverte. Les livres, les pièces de théâtre, les films sont destinés au public, et non aux critiques qui sont des techniciens et jugent en spécialistes. Ce que souhaite le public, c'est que le livre, ou la pièce ou le film lui plaise, sans calcul, sans démontage, sans analyse au microscope ou à l'éprouvette. Le public, même cultivé, n'appartient pas à la catégorie des intellectuels. Or, les critiques sont des intellectuels, sauf un. Et c'est celui-là qui, je crois, a donné l'opinion la plus saine sur cette « Fourmi dans le corps ». J'avais beaucoup goûté les précédentes pièces de M. Audiberti. Celle-là, non. Cinq ou six bons mots qui font rire pour trente ou quarante d'un comique pesant. Et des calembours indignes de l'auteur. Certaines plaisanteries sont tellement tirées par les cheveux que M. de Turenne doit les expliquer à la salle. Gageons que l'on n'aurait pas tant applaudi le lundi de la générale si l'on n'avait pas tant sifflé le précédent « mardi habillé ». A vrai dire, n'était ce respect dû aux comédiens irresponsables, la pièce méritait d'être sifflée par moments et applaudie à d'autres. C'eût été se situer au lieu géométrique de la bêtise, de la sagesse et de la folie. Toujours le triangle. Pour la bêtise, nous sommes servis : par les imprimés et par les ondes. Témoin cet écho que, toujours dans l'herbe, je cueille tel un trèfle à quatre feuilles bien qu'il n'en ait pas la rareté : « Les touristes viennent en foule aux abords immédiats de la propriété de... (ici deux initiales célèbres). Des guides les y conduisent de 8 heures à 20 heures chaque jour pour 4 NF par voiture. » Plus sérieux. Les derniers remous d'une dramatique épreuve qui angoisse notre nation depuis huit ans. Après la folie, en voie d'apaisement, on a tardivement commencé à apercevoir la bêtise. Mais comme elle a été longue à poindre, la sagesse par quoi on aurait dû commencer ! La lecture à bâtons rompus de mon journal s'achève. Une dernière information glanée au hasard des yeux, une dernière question que rejoint mon propos : dépenser cinq cents milliards pour que nous ayons la bombe atomique. Bêtise ? Folie ? ou Sagesse ? Vous voyez comme notre pauvre tête bute sur les trois sommets du triangle. Mais une voix — maligne — me dit à l'oreille : « Et l'amour ? Ne rend-il pas souvent fou, parfois bête, et rarement sage ? » A la manière de. Lettre d'une jeune Parisienne. «... La vue sur la mer que j'ai depuis ma fenêtre est formidable. Mais le contexte social de l'hôtel n'est guère valable. Dans la salle à manger, personne avec qui engager le dialogue. Au départ, je me baignais seule, en plongeant à partir du canot de sauvetage. Et puis j'ai contacté un homme qui, de suite, m'a semblé authentique. Ce préalable est rare à l'heure de l'atome. Tout a commencé un soir sur la plage où je ne savais pas que j'aurais rendez-vous avec l'amour. C'est un garçon très humain qui a plusieurs fois dit non à la mort. Alors je lui ai très vite donné le feu vert. On nous appelle déjà ici les fiançères de l'année. A Paris il sera mon chevalier servant et peut-être ferons-nous le mariage du siècle ! etc. » Olivier QUÉANT

Page 10

![image](image_1.png)

Page 11

Jusqu’à la fin d’octobre, on peut visiter au château de Versailles la plus prestigieuse exposition de théâtre jamais réalisée : trois siècles d’histoire à travers la Comédie-Française. Molière revient à Versailles PAR ROBERT KANTERS Il s’est formé entre quelques pauvres diables que les bonnes gens regardaient avec suspicion et que l’Eglise tolérait à peine une société dans le dessein frivole de distraire les hommes par la représentation comique ou flatteuse de leurs travers et de leurs passions ; et alors que tout semblait promettre à une telle entreprise une existence éphémère et furtive, cette société a su presque dès sa naissance se ménager les faveurs d’un grand roi, puis survivre non seulement à son règne, mais à sa dynastie ; elle a traversé, parfois divisée, mais toujours en quelque mesure fidèle à elle-même, une longue et sanglante révolution qui menaça même de fort près les têtes de ses principaux membres ; elle fit les délices d’un empereur à tel point que celui-ci réunit un jour, pour elle seule, le parterre des rois qu’il avait soumis ; et elle survécut à l’empereur comme elle avait survécu à son premier protecteur ; elle connut d’autres rois, un autre empereur, cinq républiques, elle traversa des révolutions qui secouèrent la nation et des guerres qui ébranlèrent le monde ; cette société, toujours la même et toujours renouvelée par l’enthousiasme plus encore que par le sang, cette société d’histrions qui pendant près de trois siècles a constitué comme son bien propre le trésor de la sensibilité et de la langue de tout un peuple, c’est la Comédie-Française. < Le fauteuil de Molière. Aux pieds de Louis XIV, peint par Testelin, le vénérable fauteuil où Molière joua sa mort dans « le Malade imaginaire » (17 février 1673).