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Plaisir de France JUILLET 1959 EN WEEK-END: DU TOUQUET A LA NORMANDIE ANGLAISE
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Plaisir de France JUILLET 1959 EN WEEK-END: DU TOUQUET A LA NORMANDIE ANGLAISE
PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL-RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT Sommaire JUILLET 1959 No 249 D’un mois à l’autre --- Pages --- L’ENFANT QUI RESTE EN NOUS, par Olivier Quéant --- Quatre jours au pays des Cinq-Ports EN NORMANDIE ANGLAISE, par J. et F. Beyda --- Un chef-d’œuvre échappe à la France LE SERVICE DE VERMEIL DE L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE, par René Briat --- Avec la Météorologie Nationale QUEL TEMPS FERA-T-IL DEMAIN? par Roger Baschet --- Un monument hardi sous le ciel de Provence LE MUSÉE FERNAND LÉGER, par Anne Fourny --- A l’affût du saumon SIX MILLE PÊCHEURS EN FRANCE, par Marcel Lasseaux --- Vos jardins À LA LUMIÈRE DES FLORALIES --- Un métier qui se perd REVENONS AU CHAUME, par La Mazère --- L’été dans une chaumière QUAND ON VOIT GRAND EN TOUTE SIMPLICITÉ. --- 3944 --- Chez l’Antiquaire L’HEURE DE LA SIESTE, par Saint-Sère --- Les enchères GRANDES VENTES, par Raymonde Wilhélem --- Nos chroniques : la sélection du mois THÉÂTRE, par Robert Kemp, de l’Académie française. --- CINÉMA, par Marcel Lasseaux. --- EXPOSITIONS, par René Barotte. --- LIVRES, par Yves Gandon --- PLAISIR DE LA MAISON • Le Quarante et unième Salon des Artistes Décorateurs. --- • Nouveaux stores réglables : du soleil sur mesure. --- • Notre cahier de recettes : le saumon des quatre chefs --- Savez-vous que? LES JEUX ANCIENS NOUS APPORTENT UN MESSAGE. --- L’ALBUM DE MON PÈRE --- DISQUES CLASSIQUES ET CONTEMPORAINS, par Gustave Samazeuilh. --- NOTRE COUVERTURE : Le Touquet-Paris-Plage dans son ensemble, tel que peut le voir le voyageur quittant la France par l’avion de la Silver City Company qui le déposera en vingt minutes de l’autre côté de la Manche. Sur notre photo : au premier plan, Paris-Plage, la piscine, la ville reconstruite après avoir été presque entièrement détruite par la guerre. Au second plan : la forêt où se cachent de belles villas sur leur tapis vert à l’anglaise. Dans le fond : la Canche et le port de pêche. (Photo aérienne Albane.) --- NOTRE NUMÉRO D’AOÛT VACANCES ET LECTURES : Le roman français 1959, par Jeanine Delpech. Une nouvelle inédite de Michel Déon. « L’objet aimé », par La Varende. Le tour du monde en trente jours, par notre envoyée spéciale Geneviève Gennari. Sur les remparts d’Antibes logent écrivains et artistes, par Claudine Chonez. La pêche sous-marine, par Roger Baschet. Le voyage à la mode : La Yougoslavie, par Marcel Schneider. Un conte inédit d’André Dhotel. Les livres de bibliophiles, par René Briat. Chez l’Anti-quaire : les écritores. Plaisir de la Maison, et nos chroniques. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by Plaisir de France 1959. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l’objet d’une réclamation.
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Coiffures... --- "Margaret" de ROGER PARA --- "Babette" de JEAN BURAT --- "Diane" de HENRY PREVOST --- "To-Night" de PIERRE ROEHR --- "Capucine" de PIERRE CHARBY --- "Orchidée" de GEORGES NOGAREDE --- Phot. MURET-BERHAUT, GEIGER, GINSBOURGER, LOUIS R. ASTRE et CLAUDE FITTE
et Floralies --- "Collegienne" de THÉRÈSE CHARDIN --- "Pétales de rose" de LUC TRAINEAU --- "Olivia" de MAURICE FRANCK-CHATAM --- "Roses d'Empire" de JEAN CLÉMENT --- "Roses Nordiques" de GEORGIUS --- "Rose de France" de RENÉ BOURGEOIS
$\mathbf{3F}$ Papiers points de Qualité FOLLOT 43, BD DIDEROT, PARIS "RUBANS et ROSES" Réf. 2.276-1 Adresses de nos dépositaires sur simple demande. --- AMEUBLEMENT DÉCORATION ANCIEN - MODERNE ANTIQUITÉS • De la tradition la plus pure aux conceptions les plus jeunes 100, Fbg SAINT-ANTOINE PARIS 12e MERCIER FRÈRES MAISON FONDÉE EN 1828 Pub. A. Préaux PLAISIR DE FRANCE
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Un des vieux pavillons. Phot. Chadefaux. SAINT-CLOUD DIMANCHE 5 JUILLET 1959 GRAND PRIX DE SAINT-CLOUD (30.000.000 de Francs d'Allocations) - MARDI 14 JUILLET 1959 - PRIX MAURICE DE NIEUIL (6.000.000 de Francs au gagnant) - DIMANCHE 19 JUILLET 1959 - PRIX EUGÈNE ADAM (10.000.000 de Francs au gagnant) --- MAISONS-LAFFITTE DIMANCHE 26 JUILLET 1959 PRIX ROBERT PAPIN (8.000.000 de Francs au gagnant) Arrivée du Grand Prix de Saint-Cloud en 1958, gagné par Tanerko (Propriétaire M. F. Dupré), monté par G. Lequeux. SOCIÉTÉ SPORTIVE D'ENCOURAGEMENT : 133, rue du Faubourg-Saint-Honoré - PARIS-VIIIe - ÉLYsées : 20-70 PLAISIR DE FRANCE
A TOUS LES ÉCHOS Hommage à La Varende. Jean de La Varende est mort le lundi 8 juin à 7 heures. La nouvelle nous a consternés. Il y a quelques semaines, il accueillait dans son château du Chamblac notre directrice artistique accompagnée d'un photographie. Il leur montrait ses collections, amoureusement réunies autour de lui et dont une pièce essentielle — une pochette de Chine — fut ce jour-là photographiée : elle sera reproduite dans notre numéro d'août avec un des derniers portraits de notre grand ami et un texte de sa plume dont nous ne pensions pas qu'il deviendrait posthume. La disparition de ce gentil homme des lettres nous touche profondément ; mieux que de la sympathie, il y avait entre lui et nous des affinités et, plus encore, une affection solide. Retranché dans son village, à l'écart des cénacles parisiens, les pieds bien enfoncés dans sa terre normande, La Varende était déjà devenu, à notre époque, un personnage de légende. Son nom qui tintait comme une sonnerie de chasse sera toujours répété par le vent dans les buissons et dans les forêts du pays d'Ouche. OL. Q. Un théâtre à l'échelle du monde. Que ce beau rêve, qui fut longtemps un rêve combattu, ait obtenu cette réalisation grandiose, le mérite en revient certes à l'opiniâtreté de son réalisateur, M. A.-M. Julien, mais il y faut voir aussi le travail du temps. L'unité de l'homme qui se dégage de tant d'échanges, dans la compréhension et l'enthousiasme, finira bien par s'imposer ailleurs. Telle est l'idée profonde de cet immense programme. Elle ne prend, pour s'exprimer, que les truchements de la scène. Regarder, écouter, reconnaître, réunir, voilà les cinq opérations par lesquelles l'heureux spectateur du Théâtre des Nations devient un citoyen du monde. À l'heure où nous eignons ces lignes, la troisième saison est loin d'être terminée, et l'on ne saurait sans injustice en dresser le bilan. Bornons-nous à dire que ses plus beaux fleurons furent jusqu'ici : Ariane à Nazos, The Hostage, les Contes d'Hoffmann, Albert Herring, Sainte Jeanne et le délicieux Ballet des Philippines. Signalons aussi l'intérêt que présente la publication insérée dans le programme : Rendez-vous des Théâtres du Monde est un instrument d'information unique, où l'on trouve, sur les œuvres présentées, sur leurs auteurs et leurs interprètes, les éclaircissements essentiels. Dans la Légion d'honneur. Nous sommes heureux de féliciter M. Charles Malexis, président du Syndicat des Publications périodiques françaises, de sa récente promotion au grade de commandeur. Une exposition de Mariette Lydis. Mariette Lydis, dont nous avons souvent présenté les œuvres à nos lecteurs au cours de ces vingt dernières années, fait, du 26 mai au 15 juillet, une exposition à la Galerie Paul Ambroise. Dans un texte de présentation, Henry de Montrehardt rend hommage à une artiste qui a le courage « de ne pas cacher son respect pour cette personne humaine que notre époque prône tant des lexers et de la plume mais qu'elle désônore comme aucune autre époque ne l'a jamais fait, consciemment du moins. » Ange sans ailes. Dinanderie. Continuateur de Jean Dunand, de Claudius Linossier, un jeune artiste, Maurice Perrier, poursuit un art qui ne fait plus guère d'adeptes ; dinandier, il bat le cuivre au marteau et y incruste de l'or et de l'argent, suivant une technique si fort en faveur à Dinant au moyen âge. Mais Maurice Perrier renonce à la géométrie de ses devanciers pour retrouver des formes archaïques. Ses œuvres sont exposées chez Rouard. La Saison de Paris. Le calendrier du mois de juillet sera le suivant : - 5 JUILLET - Grand Prix du Conseil général de la Seine, au Vélodrome municipal du bois de Vincennes. - 6 AU 8 JUILLET - Grand Prix de Saint-Cloud - Championnat international omnium de Golf à la Boulie. - 12 JUILLET - Prix Auguste de Bos, à Auteuil. - 11, 12, 13, 14 JUILLET - Le plus grand bal du monde : esplanade des invalides. - 14 JUILLET - Fête nationale ; défilé militaire ; feux d'artifice et bals populaires. - 18 JUILLET - Prix de Minerve au Tremblay - Arrivée du Tour de France au Parc des Princes. - 19 JUILLET - Prix Eugene Adam à Saint-Cloud. - 25 JUILLET - Prix Saint-Simon au Tremblay. - 26 JUILLET - Prix Robert Papin à Maisons-Laffitte. --- Tourisme dans l'Ain. A la suite de délibérations ayant eu lieu le 12 mars dernier, le Conseil général de l'Ain a décidé d'aménager pour l'accueil des touristes l'aéroport de Genève-Cointrin et de créer à la « Porte de France », entre la frontière suisse et l'agglomération de Ferney-Voltaire, un bureau de propagande, tant touristique qu'artistique et culturel. Journées des Vins de France. Du 9 au 15 juin ont eu lieu à Paris les Journées des Vins de France auxquelles s'étaient associés tous les professionnels du vin depuis les vigneronnes jusqu'aux hôteliers et débitants. Pendant ces quelques jours, les producteurs eux-mêmes offrirent à la dégustation les grands crus de Bordeaux, de Bourgogne, du Beaujolais, du Méconnais, des Côtes-du-Rhône, d'Anjou, de Touraine, d'Alsace, du Roussillon, de Provence, du Languedoc. Les chorales de Vaison-la-Romaine. Du 4 au 11 août, le mouvement choral « A cœur joie », créé par César Geoffray, organise les troisièmes chorales de Vaison-la-Romaine — les premières ayant eu lieu en 1953 et les secondes en 1956. Trois mille chanteurs, venus de France et de quinze pays étrangers ; ces jeunes seront en même temps, sous ce beau ciel de Provence, des campeurs ; des installations très confortables sont prévues dans les plus beaux sites de la région. --- DANS L'ÉDITION - L’Axe de Paris et André Le Nôtre ou Les Leçons du Jardin français, par Pierre Devillers (édité par la Société française d’architecture des jardins) est une étude fort intéressante sur une œuvre qu’on oublie généralement d’attribuer à Le Nôtre : la perspective Tuileries-Champs-Elysées-Étoile-Défense. C’est donc en urbaniste que nous est présenté l’architecte dans ce petit livre qu’a préfacé A. Siegfried. - La revue littéraire trimestrielle Audace, éditée à Bruxelles sous la direction de M. Carlo de Mey, a publié dans sa dernière livraison un roman de Marie de Vivier : « Le Vieux Brocanteur ». - Une Peinture éternelle, les Éditions du Pont-Royal offrent, en un fort volume préfacé par le professeur Maxime Dasin et enrichi de nombreuses notices des professeurs Hietgart Keller et Bodo Cichy, un choix de cent maîtres de la peinture représentés par cent reproductions en couleurs et trois cents reproductions en noir. C’est, de la grotte de Lascaux à Pablo Picasso, le « bilan de sept millénaires d’art graphique ». - Le Grand Livre des Jardins, publié par la librairie Hachette, a un double objet : d’une part, il montre, par de nombreuses illustrations en noir et en couleurs, toute l’évolution de l’art des jardins, d’autre part, il aidera l’horticulteur novice dans ses premiers pas. Le texte, dû à des spécialistes qualifiés, et une très belle iconographie atteignent parfaitement le but cherché par l’éditeur. - A une époque où il était à peine connu, M. Pierre de Boisdefire avait reçu dans notre revue un bel hommage pour sa Métamorphose de la littérature. Ce jeune et brillant fonctionnaire du Quai d’Orsay témoigne dans sa récente Histoire vivante de la littérature (Le Livre Contemporain, édité de l’esprit tout à la fois passionné et méticuleux du botaniste qui, ayant parcouru champs et forêts, compose à sa façon son herbier en s’efforçant de classer les plantes et les fleurs par familles ou par affinités. Il a la bonne foi de reconnaître que son étiquetage est arbitraire : le nombre de citations qu’il octroie à chaque écrivain aussi. Pourquoi vingt à celui-ci, deux à cet autre ? Ce que l’on doit en tout cas admirer sans réserve, c’est l’intensité de lecture, diurne et nocturne, que représente un tel ouvrage, le courage, donc, dont il fait foi. Rarement critique fut plus périlleusement « engagé ». - Larousse, poursuivant son œuvre encyclopédique, vient de publier un Atlas général, où ne sont pas seulement présentées des cartes physiques des différentes parties de notre globe, mais on apparaissent les coordonnées économiques et les grandes lignes de l’évolution historique de l’humanité. Un index copieux en rend la consultation aisée et l’homme du XXe siècle y trouvera la réponse à de très nombreuses questions. - Un beau livre sur le peintre Carzou et sous-titré : « l’Apocalypse » publie une partie de l’œuvre de celui qui a, mieux que tout autre, fixé les images de notre temps et peut-être plus encore celles du temps à venir. Dans la préface, Robert Rey parle en poète de ce poète qui a conçu un monde aride de machines, de caténaires, et « qui a exprimé la face de notre monde déshumanisé, cette face morte d’une planète où se refléchit, comme sur un miroir, la terreur apocalyptique. (André Sauret, édit.) - Les Pichets d’élain de Charles Boueau sont l’histoire illustrée d’un art appliqué qui a donné lieu en France à une production fort originale. L’auteur y étudie, pour chaque province, les styles et les poignons. Un ouvrage qui manquait. (Édité par l’auteur : 25, rue du Bac.) - L’édition 1959 de l’Annuaire international des Beaux-Arts est, entre les mains de tous les amateurs d’art, un manuel d’une grande valeur pratique. On y trouve, en quatre langues, des renseignements précis sur les musées, bibliothèques, archives et universités, sur les commerces d’art, antiquaires et galeries, sur les maisons d’édition et les librairies, sur les artisans et restaurateurs, sur les collectionneurs et les experts. (Rauschenbuch, édit., Berlin.) - Les Guides bleus (Hachette, édit.) s’enrichissent de deux nouveaux albums illustrés : les Pyrénées, de Pierre de Gorse, avec des photographies de Jean Dieuzeida, et la Champagne, d’Yves Gandon, avec des photographies de Jacques Boulas. Ces ouvrages, qui révèlent le visage parfois mal connu de deux grandes régions de France, sont complétés par des notices géographiques, historiques et archéologiques de Georges Monmarché. --- PLAISIR DE FRANCE
LA P.A.C. LES EAUX PARFUMÉES MON PÊCHÉ - SCANDAL - LANVIN - PRÉTEXTE - RUMEUR Plaisir de France
D'UN MOIS A L'AUTRE L'ENFANT QUI RESTE EN NOUS C'était pendant un sombre, très sombre hiver. Le centenaire de la naissance de Paul Verlaine approchait. Après un pèlerinage au buste du jardin du Luxembourg — ces deux yeux perçants sous le front immense que ni les enfants ni les oiseaux d’alentour n’arrivent à dérider — j’allai chez Jean Cocteau. Je lui fis part de mon désir de rendre un hommage au poète. Je lui demandai de « penser Verlaine ». Je dis la même chose, les jours suivants, au cours de trois autres visites, à Christian Bérard, à Dignimont, à Touchagues. J’attendis. Bientôt, sur mon bureau, les dessins arrivèrent. Celui de Bérard : sur une place de Paris, quelques mauvais garçons (... « le bruit des cabarets... »), dans le ciel noir, trois anges. Celui de Dignimont : une silhouette de femme accoudée à une fenêtre, au dehors, la pluie (... « il pleure dans mon cœur... »). Celui de Touchagues : les chevaux de bois (... « Tournez, tournez !... »). Du texte admirable que me donna Cocteau, je détache : « ... Un enfant, voilà ce qu’il était. Car autant la jeunesse rebute lorsqu’elle se prolonge outre mesure, autant l’enfance qui accompagne un homme jusqu’à sa mort lui ouvre grandes les portes de la gloire éternelle. Je crois même que l’ange gardien n’est autre que le symbole de cette enfance qui ne nous quitte que si nous ne savons pas en être dignes... » Quinze ans plus tard, savourant à petites gorgées les Mémoires intérieurs (1) de François Mauriac, je tombe en arrêt sur ces lignes : « Un poète est un enfant qui ne meurt pas, un enfant qui survit, privé des anges tutélaires de l’enfance, un enfant sans garde-fou, en proie à toutes les passions d’un cœur d’homme, d’une chair d’homme, à toute l’obscurité frénésie du sang. » Suit une évocation de la mort de Verlaine, de celle de Nerval. Je ne m’excuserai pas auprès de mes lecteurs de puiser dans ce livre des citations puisque, ce faisant, je leur donnerai à lire une des plus belles proses de notre temps : une prose à laquelle pour ma part je suis plus sensible qu’aux vers, où je goûte plus de vraie poésie. Écoutez : « Il n’y a pas de mode qui tienne, et s’il faut demeurer seul à l’arrière-garde des lettres, j’y consens, pourvu que je retrouve au coin de l’âtre d’une cuisine de campagne, assis sur une chaise basse, cet enfant qui se racontait à lui-même l’histoire que je me raconte encore, en regardant mourir le feu. » Ce livre de Mauriac, c’est sa vie : une migration saisonnière entre le Paris de l’écrivain lauré et le Malagar de l’enfant songeur, une migration devenue aussi rituelle, aussi naturelle que celle des cigognes entre l’Alsace et l’Algérie. Là-bas, il reprend ses forces, là-bas, « de l’aube au couchant, la lumière compose avec le même paysage adoré depuis l’enfance des mondes inconnus et sans cesse recréés, peuplés d’êtres que je ne vois pas et qui ne me font pas de mal ». Au rebours de tant de journaux intimes ou de multiples essais, ces mémoires ne sont point une confidence. On y lit çà et là de robustes jugements sur les faits et sur les hommes. « Rien ne me plaît plus de cette époque gâteuse et sanglante avec ses techniques ubuesques, ses chambres à torture et ses adultes tellement abrutis par le cinéma qu’ils préfèrent Tintin à tout et que leur journal, sous peine de crever, doit leur raconter l’histoire et la littérature avec des dessins d’enfants. » Je connais à peine M. François Mauriac. Je ne l’ai rencontré qu’une fois ou deux. Je ne lui dois rien (que le plaisir de le lire). Il me doit — et pour cause ! — encore moins. Rien entre nous de ces échanges monnayés qui pourrissent les relations parisiennes. Je suis donc très libre pour m’élever ici contre cette attitude un peu lasse que certains croient de bon ton de prendre lorsque devant eux on prononce son nom. Parmi les jeunes, surtout. *** Cependant un jeune vient de louer hautement les Mémoires intérieurs : c’est M. Jean d’Ormesson. Si j’en viens à parler ici de son livre, Du côté de chez Jean (2), c’est parce qu’il me paraît, sous couvert d’humour, exprimer avec courage et avec précision le cas de plusieurs milliers de nos jeunes intellectuels (... « très jeune, un grand vide avait remplacé ma vie... »). Je déclare tout net que l’auteur de cette confession cynique n’est point, comme il le prétend, idiot, car M. Jean d’Ormesson lui-même a deux incontestables mérites : être bon écrivain et orateur consommé. À partir du milieu de cet ouvrage émaillé de boutades profondes et de paradoxes troublants, quand on en arrive à l’éloge de la paresse et à l’hymne au sommeil, on prend le parti d’éclater de rire de

Ce numéro de la revue mensuelle "Plaisir de France" de juillet 1959 explore divers sujets. Il propose des reportages sur des destinations comme le Touquet et la Normandie anglaise, des articles sur l'art et la culture tels que le service de vermeil de l'impératrice Joséphine et le musée Fernand Léger, ainsi que des chroniques sur le théâtre, le cinéma, les expositions et les livres. La revue aborde également des thèmes pratiques comme la météo, le jardinage et la cuisine, et présente des publicités pour des produits de luxe et des services.