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PLAISIR de FRANCE PAUL COLIN JUILLET 1957
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
PLAISIR de FRANCE PAUL COLIN JUILLET 1957
PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL-RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT SOMMAIRE Juillet 1957 No 225 Éditorial Pages RÉPONSE A UNE BOUTADE, par Olivier Quéant.. 1 Du grand tourisme AU VERT EN IRLANDE, par J.-A. Blanchard.. 2 Un panorama UN DEMI-SIÈCLE DE RIRE FRANÇAIS, par Paul Lorenz .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 12 Sur le chemin des vacances LE CANTAL EN DEUX ÉTAPES, par J. et F. Beyda.. 18 De la décoration EN FORÊT DE CHANTILLY COMME DANS UNE ÎLE DÉSERTE, par Roger Baschet.. .. .. .. .. 28 DE PORTE EN PORTE, UNE IDÉE.. .. .. .. .. 34 Notre enquête sur les carrières ouvertes aux jeunes (fin). III. L'ÉCOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS, par Bernard Simiot.. .. .. 36 De l'humour L'ESPRIT S'AMUSE, compositions originales de Flip .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 42 L'itinéraire du samedi chez l'antiquaire DE PARIS À ROUEN, par Saint-Sère .. .. .. .. 44 Il y a cinquante ans L'ALBUM DE MON PÈRE : VACANCES.. .. .. .. 50 Rythmes du mois LE THÉÂTRE, par Robert Kemp, de l'Académie française.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 52 LE CINÉMA, par Marcel Lasseaux.. .. .. .. .. 54 LES EXPOSITIONS, par René Barotte.. .. .. .. 56 LES GRANDES VENTES, par Raymonde Wilhélem.. 58 LES LIVRES, par Yves Gandon .. .. .. .. .. 60 DANS L'ÉDITION.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 61 LES ÉCHOS .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 62 RÉSULTATS DE NOTRE CONCOURS TOURISTIQUE 1957 .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 63 LE RALLYE-BOUTIQUE .. .. .. .. .. .. .. .. .. 66 DISQUES DE JAZZ, par Anne Fourny. --- Notre rose de couverture est, ce mois-ci, dessinée par Paul Colin, qui prépare pour l'automne prochain, sous le titre « Au service du pays », une exposition rétrospective des principales affiches créées par lui depuis trente ans. Cet artiste a, en effet, su exprimer par de saisissantes images les faits marquants de la vie de la nation. Ses affiches de l'Emprunt, des Gueules Cassées, des Ailes Brisées, de l'Exposition de 1937, de la Libération, etc., resteront toujours présentes à l'esprit. --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by Plaisir de France 1957. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.
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ÉCHOS et INFORMATIONS Les Salons à travers quatre siècles. Tel fut le thème de la soirée organisée par Mme Amédée Ponceau, à la Galerie Devêche, le 17 mai, sous la présidence de Robert Kemp, de l'Académie française. L'histoire des salons, du XVIIe siècle à nos jours, fut successivement évoquée en de rapides mais brillantes allocutions par Antoine Adam, professeur à la Sorbonne, Roger Caillois, Jacques Madaulle, Christian Murciaux, Edmée de La Rochefoucauld, Vera Korène et Laure Rièse. Avant l'Exposition internationale de Bruxelles. Le 15 mai, « le Demi-Siècle » avait organisé à la tour Eiffel un dîner en l'honneur du baron Moens de Fernig, commissaire général du gouvernement belge à l'Exposition universelle internationale de « Bruxelles 1958 », et auquel assistait S. E. le baron Guillaume, ambassadeur de Belgique. A l'issue de ce dîner, M. Labat, président du club, M. Léon Barety, président du bureau international des Expositions, et M. Moens de Fernig parlèrent de la future exposition qui développera le thème : « Bilan du monde pour un monde plus humain ». Deux expositions de médailles. A l'occasion du 7e Congrès de la Fédération internationale des éditeurs de médailles, que préside depuis vingt ans M. André Arthus-Bertrand, deux importantes expositions ont été organisées, l'une au Cabinet des Médailles (Bibliothèque Nationale) par M. Babelon, et groupant les effigies et portraits depuis vingt siècles, l'autre dans l'hôtel de la Monnaie, par les soins de la Fédération, et réunissant les œuvres des médailleurs de vingt-quatre nations. Comme le constate M. Julien Cain, administrateur général de la Bibliothèque Nationale, dans la préface du catalogue, « les médailles, ces témoins des civilisations les plus diverses, ont survécu plus longtemps que les plus puissants monuments, grâce à leurs dimensions mêmes et à la matière dont ils sont faits. Ils donnent à l'histoire son support le plus vrai. » Au Musée municipal de Limoges. Du 22 juin au 10 septembre, a lieu au Musée municipal de Limoges, place de la Cathédrale, une exposition de tapisseries d'Aubusson signées : Adam, André, Coutaud, Dufy, Euzet, Gromaire, Jullien, Kandinsky, Le Corbusier, Lurgat, Matégot, Miro, Mortensen, Picart Le Doux, Prassinos, Dom Robert, Saint-Saëns, Tourlière. L'exposition J. Leleu. J. Leleu a, comme chaque année, organisé une exposition dans son hôtel de l'avenue Franklin-Roosevelt. Il s'est attaché à montrer de nouveaux meubles dont l'esprit répond, pense-t-il, à un besoin : celui de sortir de la pauvreté et de l'uniformité des productions internationales pour maintenir la primauté de la création et de la qualité françaises. Il a demandé, en outre, à quelques artistes, Cavailles, Chapelain-Midy, Hilaire, Picart Le Doux et Souverbie, des cartons originaux pour l'impression sur tissus de panneaux muraux. Un ensemble de classe. Son et lumière. Le Syndicat d'initiative d'Abbeville a monté pour quelques soirs un spectacle « son et lumière » au charmant château de Bagatelle, que possède, dans la Somme, notre collaborateur Jacques de Wally, auquel tant de nos lecteurs ont demandé des « conseils pour leurs jardins ». Le gala de la Couture. Le 24 mai dernier la Chambre syndicale de la Couture parisienne a, comme chaque année, donné son gala. Pour accueillir ses invités elle avait choisi le cadre du théâtre des Champs-Elysées et offert un programme chorégraphique des plus choisis avec le concours de Lyane Daydé et Michel Renault, danseurs étoiles de l'Opéra, de Jacques Chazot, de l'Opéra-Comique, et du London's Festival Ballet. Mais l'événement le plus attendu fut le défilé présenté par la haute couture parisienne. Une brillante inauguration. Le 5 juin dernier, M. Henri Hénault, président directeur général de Synergie, a donné une réception pour inaugurer ses nouveaux bureaux de la rue de Courcelles. Due à Fred de Cabrol, la décoration, très moderne et de grand goût, a provoqué l'admiration du Tout-Paris des affaires, de la presse et de la publicité. Nous adressons à M. Henri Hénault toutes nos félicitations pour cette magnifique installation, parfaitement adaptée à l'activité croissante de l'une des plus importantes agences de propagande. Babel à Cognac. Des représentants de presque toutes les nations d'Europe se sont retrouvés à Cognac, sur le domaine de Rémy Martin ; autour d'un tapis vert tout d'abord (car ces visiteurs étaient les concessionnaires de la marque à l'étranger) ; autour d'une table copieusement servie ensuite, dans la propriété de M. Renaud, président de la société ; dans les chais, enfin, parmi les alignements de fûts ou vieillit le précieux alcool. En cet arcopage international, aucun désaccord... l'union fut réalisée autour d'un cognac dont le nom fait rayonner à l'étranger un grand artisanat français. --- Le Pavillon du bois à la Foire de Paris. A la Foire de Paris. Le bois, qui tient une grande place dans l'économie française (la forêt couvre 11 millions d'hectares sur le territoire métropolitain), se devait de figurer à la Foire de Paris. L'architecte J.-H. Le Même conçut un pavillon occupant une surface de 600 mètres carrés et démontrant toutes les possibilités d'un matériau qui s'adapte aux techniques nouvelles. A l'intérieur figurait tout ce que le bois permet de réaliser, depuis le meuble, l'objet usuel, l'instrument de musique, jusqu'au canoe et à l'aile de planeur : un panorama qui embrasse à la fois les domaines agricole, industriel et commercial. Orgues de cristal. En mars 1956, les premiers dans la presse française, nous rendions compte des créations de François Baschet, qui venait de mettre au point de nouveaux instruments de musique. Il n'a pas cessé depuis de travailler et de perfectionner ses découvertes, en collaboration avec le compositeur Jacques Lasry, sur le thème « A époque nouvelle, instruments nouveaux ». Au cours d'une série de concerts donnés à la Cave à Musique, en juin, le public a pu se familiariser avec des sonorités inhabituelles. Jacques Lasry a écrit des œuvres originales, qu'il interprète lui-même pour l'instant ; mais il envisage de former des adeptes, et beaucoup de jeunes s'intéressent déjà à des instruments capables de reproduire aussi certaines pièces classiques écrites pour le piano, le clavecin et les orgues. Nous sommes heureux d'enregistrer les progrès d'une équipe à la recherche de nouveautés et qui aborde d'autant mieux l'avant-garde qu'elle possède une solide formation classique. Le vin de Bourgogne au Vatican. A l'occasion du voyage à Rome du président Coty qui est chevalier du Tastevin depuis 1947, le grand Conseil de la Confrérie a décidé de renouer avec le Saint-Siège les liens d'une tradition vieille de six siècles, et de faire à Sa Sainteté Pie XII l'hommage d'une pièce de Clos Vougeot. La coutume d'envoyer au Vatican un nombre appréciable de barriques était née au XIVe siècle. Au Pavillon d'Armenonville. A la fin du mois de mai, M. et Mme Georges Biancheri avaient invité tous leurs amis, qui sont nombreux à Paris, ainsi que la presse à inaugurer le nouveau décor dans lequel le Pavillon d'Armenonville accueillera dorénavant ceux qui ont toujours recherché au cours du printemps et de l'été les agréments de ce lieu élégant.
Nos lecteurs nous écrivent... Pour un aménagement de la place Georges-Clemenceau à Saint-Cloud. Il y a quelques semaines, notre directeur général, Olivier Quéant, adressait au maire de Saint-Cloud, M. F. Chaveton, une lettre dont voici les principaux passages : « Ayant l'occasion, chaque dimanche, de traverser le pont de Saint-Cloud pour prendre l'autoroute, je suis depuis une dizaine d'années navré de voir l'état peu esthétique dans lequel se trouve la place centrale de votre commune. C'est cependant par là qu'arrivent en voiture les touristes étrangers qui ont pris l'autoroute, une des rares, d'ailleurs, que possède notre pays. J'ai beaucoup voyagé et j'ai pu constater que toutes les capitales d'Europe et du monde s'efforcent d'accueillir les visiteurs par des décors attrayants, parfois par des parterres de fleurs, et je déplore que les étrangers arrivant à Paris par Saint-Cloud, aient une impression fâcheuse. Cette place, par sa situation même, devrait être l'objet de soins particulièrement attentifs de la part des urbanistes et des architectes. N'ayant lu jusqu'à présent dans la presse aucune protestation contre cette carence, je suis disposé à mettre à votre disposition la tribune de Plaisir de France, qui, vous le savez sans doute, n'a pour but depuis bientôt vingt-trois ans, que de servir la cause de la beauté. » M. F. Chaveton a aussitôt répondu en ces termes : Croyez bien que nous déplorons autant que vous l'état lamentable dans lequel se trouve la place Clemenceau, qui fait ressembler cette partie de notre territoire communal à une ville sinistrée. Il est difficilement concevable que les Ponts et Chaussées, qui ont exproprié et démoli pour la construction du tunnel, des établissements très connus, comme le Pavillon Bleu, André et Maurice et l'Impérial, qui formaient un centre d'attractions et qui faisaient la joie des Parisiens et de nombreux étrangers qui La place Georges-Clemenceau à Saint-Cloud. Les peupliers récemment plantés ne cachent pas la lépre des démolitions. Phot. Chadefaux. venaient à Paris, n'aient pas redonné à cette sortie de Paris l'aspect coquet et attrayant qu'elle avait avant la construction de l'autoroute. Que ce soit au pont de Saint-Cloud, à l'entrée du tunnel ou sur l'autoroute même, on a exécuté à grands frais des travaux d'embellissement, et c'est pourquoi nous ne comprenons pas que l'on ait laissé dans un tel état la place Clemenceau, qui aurait dû être incorporée dans l'ensemble des réalisations. Ne croyez pas surtout que nous sommes sur ce sujet restés inactifs. Aussitôt après 1946, époque à laquelle reprirent les travaux inachevés en 1940, nous avons saisi de la question le Comité d'aménagement de la Région parisienne, qui reconnut, dans sa séance du 11 juillet 1947, que cette sortie de Paris appelait un aménagement qui mette le site en valeur, qui examina un avant-projet établi par M. Brunau, conservateur du Domaine de Saint-Cloud, et qui conclut en proposant : 1° de confier l'examen de l'avant-projet aux architectes du Comité ; 2° de demander aux représentants de la municipalité de Saint-Cloud de rechercher les moyens financiers destinés à la réalisation de la première tranche des travaux (il s'agissait à l'époque d'un ensemble de travaux se chiffrant à 500 millions de francs). Une telle somme étant impossible à trouver, le projet envisagé devenait utopique. M. Chaveton énumère ensuite toutes les tentatives faites par lui auprès des pouvoirs publics, à l'échelon du Gouvernement comme à celui du département, et auprès d'entreprises privées pour obtenir le financement : démarches jusqu'à présent vaines. Puissent ces lignes aider à la création de l'ensemble architectural ou décoratif qui s'impose. Le Chemin de la Croix. Nous n'avons guère l'habitude de publier les lettres élogieuses qui nous parviennent et préférons faire place ici à celles qui contiennent des observations ou des contestations. Si par exception nous détachons de notre courrier une lettre, c'est parce qu'elle exprime une communauté spirituelle avec nos lecteurs à laquelle nous tenons beaucoup. De Mme Léon J... à Gap : « Le numéro d'avril m'a beaucoup émue. La méditation du Chemin de la Croix était inconnue et profonde. Elle s'interprenait à côté des autres plus connues et devenues renonnantes à nos oreilles. L'auteur (Gérard Mourgue) m'est inconnu, mais soyez remercié, Monsieur, d'avoir admis dans votre revue cet acte de foi. Il est arrivé providentiellement sous mes yeux, alors que je croyais les saints de pierre et le Bon Dieu de bois. Pâques a eu une autre résonance à cause de cette méditation. » Un lecteur de dix ans. Un de nos abonnés, M. Maurice Bonafous, nous envoie quelques dessins de roses exécutés par son fils Pierre âgé de dix ans : « Je les ai reçus de lui ce matin même, nous écrit-il, avec mission confidentielle et impérative de vous les transmettre. Il a admiré les roses présentées sur la couverture de votre revue et a essayé d'en faire autant ». Nous reproduisons donc ci-dessus le meilleur des dessins du jeune artiste en souhaitant que Plaisir de France l'aide encore à réaliser sa vocation.
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ÉDITORIAL RÉPONSE A UNE BOUTADE Avec un humour que j'ai savouré, vous avez bien voulu m'écrire, Madame, après lecture de mes derniers éditoriaux : « Que n'êtes-vous notre Président du Conseil, la France se porterait mieux ! » Permettez-moi de relever votre trait et de poursuivre un instant la plaisante hypothèse dont je ne sais si, pour moi, c'est au rêve ou au cauchemar qu'elle ressortit. Si donc, imprudemment, j'endossais sur mon humble carcasse de citoyen-contribuable la prestigieuse panoplie dont votre indulgence ou votre ironie m'a paré, voici, Madame, ce que je ferais. Je créerais un corps d'« inspecteurs des détails », qui, dans toutes les villes et toutes les campagnes, du matin au soir et du soir au matin, n'auraient d'autre mission que d'ouvrir l'œil et de prêter l'oreille à tout ce qui ne va pas, et qui auraient pouvoir d'intervenir sur-le-champ. Car dans une nation, comme dans la vie, il n'y a pas de détails au sens d'insignifiance que l'on donne à ce terme. En amour, Madame, vous le savez, c'est souvent d'un mot ou d'un geste, ou de l'absence de ce mot ou de ce geste, que dépendent des avenirs de bonheur ou de malheur. Mes inspecteurs seraient de simples hommes ou de simples femmes de bon sens et de goût qui auraient prêté serment de ne subir jamais aucune influence politique ou doctrinale, conformiste ou outrancière. Des exemples de leur activité ? En voici : ils exigeraient que nos billets de banque, de 10.000 ou de 1.000 francs eussent toujours le même format afin d'être aisément les uns des autres distingués ; que pour les timbres-poste de même prix, on adoptât continuellement la même couleur, et que certains de ces timbres, vraiment horribles, fussent proscrits ; que l'on ne se hâtât pas de débaptiser les rues de Paris dont les pancartes font partie de notre patrimoine, pour y substituer des noms nouveaux, illustres ou inconnus. Mes inspecteurs, mes inspectrices — en civil, bien entendu — traqueraient ce qui déshonore nos avenues ou nos paysages : tenez, ils feraient aménager enfin cette place de Saint-Cloud, qui offre en 1957, aux visiteurs étrangers descendant de l'autoroute, le désolant spectacle d'une ville sinistrée. Ils dresseraient — tenez-vous bien — des contraventions aux conducteurs d'automobiles pour offense à la courtoisie, ce qui est, à mon sens, beaucoup plus affligeant qu'un stationnement de deux minutes du mauvais côté devant une pharmacie. En formant mon cabinet — vous voyez, Madame, que je joue à votre jeu — je déciderais une fois pour toutes du nombre et des attributions de chacun des ministres (comme le patron d'une entreprise sérieuse le fait avec ses chefs de services). Et puis, estimant que l'intelligence vaut bien l'hygiène, que les citoyens n'ont pas seulement un corps qu'il faut protéger des maladies, mais aussi un esprit qu'il importe de sauvegarder des virus et des contaminations, j'instituerais un ministère de la Pensée publique : il entrerait en lutte contre certains taudis de la misère mentale et îlots insalubres pour la dignité du pays, fussent-ils habités par des milliardaires ou par des potentats. Car si l'on s'efforce jusqu'à présent de prévenir certaines épidémies, on ne fait rien pour en enrayer d'autres qui contaminent les nerfs et les cerveaux ; car il est plus grave d'abêtir un million de Français que de voler 100 francs à un individu ; car la pornographie des images libertines est moins choquante que les photographies de pendaison qui ne respectent ni le public qui les voit, ni l'homme qui va mourir. Mon ministère de la Pensée publique inviterait tous les employés de nos administrations à se départir pour toujours d'un air soupçonneux et d'un ton rogue, pour devenir aimables envers ceux qui les font vivre. Il organiserait des cours du soir de civisme et de gentillesse. Vous voyez, Madame, que si votre flatteuse boutade devenait — à Dieu ne plaise ! — une réalité, le code Napoléon et le code de la route s'enrichiraient de délits nouveaux : la hargne et la sottise, la muellerie et la vulgarité. Je compte que, devant cette menace, on se gardera d'insister. Olivier Quéant. ---

La revue mensuelle "Plaisir de France" présente son numéro de juillet 1957, le numéro 225. Le sommaire inclut des articles sur le tourisme en Irlande et dans le Cantal, un panorama du rire français, des sujets de décoration, une enquête sur les carrières, de l'humour, des chroniques sur le théâtre, le cinéma, les expositions et les livres. La couverture est illustrée par Paul Colin.