Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 139 Juillet 1913 --- SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1913 Photo Vittarona. F. FLAMENG. — PORTRAIT DE Mme A. KAHN

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS SALON DE 1913 La première impression de ce Salon est accablante, la seconde déjà meilleure et la troisième favorable. C'est que ses misères sont trop visibles et ses richesses cachées. Beaucoup de choses se poussent au premier plan qui devraient observer une réserve prudente; beaucoup d'autres sont presque hors de vue qui mériteraient une place d'honneur. Ce n'est pas tout à fait le royaume des cieux où les derniers seront les premiers, c'est plutôt les Limbes, mais dans le gris de ces Limbes, on perçoit des lueurs vives et de charmantes aurores. Ainsi tout le monde y trouve son compte. Les uns ont la satisfaction qu'ils ambitionnent, les autres obtiennent la sympathie qu'ils désirent. On a la peine légère de la recherche et le vif plaisir de la découverte, et l'on éprouve une tendresse particulière pour ceux qui nous ménagent une surprise heureuse, une halte au bord des sources fraîches. Dans les interrègnes où l'imagination se repose, le portrait est le refuge où l'art peut reprendre pied. A défaut de passion, par la véracité, la pénétration, le goût, y trouvent leur emploi, et, du côté du public, la curiosité se satisfait à voir défiler les personnalités notoires et les beautés à la mode. L'effigie de M. Deutsch (de la Meurthe), par L. Bonnat répond à ces exigences. Elle met en scène avec une simplicité forte, avec une sobre autorité, l'ardeur nerveuse du modèle et la fougue d'un tempérament bridée par la volonté. C'est une œuvre de style et qui s'impose. En regard de cette prose classique, la manière de Gabriel Ferrier paraît complexe et raffinée. A l'analyse pénétrante des physionomies, à la plénitude d'un modelé sans défaillances, l'artiste ajoute la grâce méditée de l'arrangement et la noble poésie du décor. Le Portrait du Comte et de la Comtesse de Courtivron avec leurs enfants relève d'une fière tradition. Cormon est dramatique dans le Portrait de M. Paul Déroulede. L'orateur patriote est représenté dans le feu de l'action, parlant devant le buste de Henri Regnault. C'est un instantané de l'histoire contemporaine. Peut-être un homme révèle-t-il mieux son habitude morale dans les moments de détente où il se recueille. A ce point de vue, je connais peu de portraits plus expressifs et plus finement nuancés que celui de M. Thureau-Dangin par Marcel Baschet. Ce mélange de sérieux, de finesse et d'aimable enjouement, cette aménité qui est la fleur d'une bonne conscience, ce quelque chose de réservé et de menu avec du volontaire et du solide, c'est bien le regretté secrétaire perpétuel, et c'est un type achevé de bourgeois français. Le Portrait de M. Pierre Marie, par le même artiste, n'est pas moins remarquable. Baschet est un psychologue émouvant parce qu'il est ému devant la personnalité qu'il étudie. Il a de la force et de la délicatesse. Patricot, plus nerveux, n'est pas moins pénétrant. Son dessin libre, incisif et vibrant, va droit à l'accent singulier d'une physionomie, écrit l'ossature d'un visage, le pétillement d'un regard. Il burine dans le flou, c'est étincelant de vérité, criant de vie. Ce graveur-peintre a fréquenté A.-P. DAWANT. — PORTRAIT DE M. DU L...

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1913 $\text{2e Bonnat-}$ $\text{1912-}$ Photo Vizzarona. L. BONNAT. — PORTRAIT DE M. HENRY DEUTSCH (DE LA MEURTHE)

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LES ARTS les maîtres. Voyez le Portrait de M. G. Alapetite; il veut, il agit, il bouge de toute sa maigreur élancée; voyez celui de Gaston Chérau, vous n'oublierez pas le limpide et pensif regard dont nous suit l'auteur de Champitortu. Patricot est le peintre de la vie nerveuse. Ernest Laurent est le poète de la vie intérieure. L'évolution de son beau talent est le déploiement logique et nécessaire d'une sensibilité réfléchie. Sa technique originale est subordonnée au désir de mettre en évidence les vérités essentielles et d'incorporer l'âme des choses en leur apparence. En jetant sur le relief brutal un voile onduleux et pailleté, il élimine l'accidentel, recule la vision et la loge au lointain du souvenir. Le volume des êtres se réalise en une tremblante atmosphère où respirent des figures sensibles et nerveuses. Cet art de suggestion et d'ellipses savantes rassemble parents et enfants en un groupe vraiment intime, les enveloppe d'un silence émouvant, et les pare de nuances exquises comme des nuances d'âmes. Ernest Laurent part du réel pour tout ennoblir et tout spiritualiser. F. Humbert s'est logé dans une région à demi chimérique où les beaux souvenirs du passé voisinent avec le sens du présent. Son coloris brillant et velouté n'eut jamais plus de charme, son modelé plus de grâce chaleureuse qu'en ce Portrait de M. de A... Les noirs les plus moelleux ornent la noble simplicité de Mademoiselle Dehelly. Madame Ron-denay marche sur les traces de son maître. Que le modelé se fasse un peu plus nourri, le pinceau plus large, l'harmonie plus pleine et l'on pourra s'y tromper. Paul Chabas excelle à faire couler la lumière sur les formes, à relever de quelques notes graves les tons pâles et fluides, à faire éclore un sourire frais et jeune. Flameng est plus affirmatif. Le Portrait de Madame A. Kahn a la souplesse et la vigueur. La silhouette agile et précise du caricaturiste Sem s'inscrit spirituellement sur les fonds clairs où passent les élégances d'Ascott. Parmi les œuvres graves qui se soucient moins de plaire que d'affirmer fortement un caractère, il faut mettre au premier rang les énergiques et lucides définitions de Dawant, les analyses fermes et pleines de sens de Pharaon de Winter, un excellent petit portrait de femme, de Marec, la très vérifiable effigie du poète Le Goffic, par Vogel, d'autres portraits par Schommer, Laissement, Brémont, Fougerat. Maurice Mathurin met un charme de couleur, une poésie de sentiment dans son portrait de Mademoiselle V. G., Pierre Laurens une belle volonté de style dans celui de Mademoiselle A. D. Léon Félix enveloppe de reflets et de pénombre errante la vivante effigie de Madame J.-J. Peyrot. Jacquier dresse en pied, dans un majestueux décor, la martiale prestance de Don Jaime de Bourbon. Quelques peintres étrangers nous apportent en ce genre une intéressante contribution. Le Polonais Lentz, dans une composition aux solides attaches, au coloris grave et fort, groupe les pro- Photo Vizzarona. KARL-A. BUEHR. — CONSEIL DE SOEUR

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1913 Photo Vizzovana. J.-P. LAURENS. — MÉDITATION

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LES ARTS fesseurs d'une école de Varsovie, rassemble et unit des caractères du plus saisissant relief. L'Anglais Cope définit avec une grâce simple et avenante, la blonde figure d'un adolescent royal. Le Belge Watelet est pimpant, gracieux et fleuri dans un portrait de femme. La Fin de souper de Jules Grün est une réunion de portraits mis en scène avec la plus spirituelle aisance. On admire la verve du peintre, le naturel des poses prises sur le vif, le piquant effet de lumières si bien conduit, l'agrément du coloris. G. FERRIER. — PORTRAIT DU COMTE ET DE LA COMTESSE DE COURTIVRON

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1913 Photo Vizzorona. M. BASCHET. — PORTRAIT DE M. THUREAU-DANGIN

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LES ARTS L'antique mythologie garde encore quelques adeptes. On la traite avec moins de solennité qu'au temps de David, on prend avec elle des libertés, on la veut plus familière et plus vivante. Le Fructidor, de Paul Gervais, est un joyeux et pimpant décor où des nymphes, petites-nièces de celles de Boucher, s'épanouissent avec les fleurs et les fruits dans un pays enchanté. Les Chasseresses de Clovis Cazes, énergiques et râblées, appartiennent à un âge plus rude et plus proche de la nature. Dans cette composition un peu cahotante, la nymphe à l'arc et les canéphores de droite sont de belles évocations de la grâce et de la force antiques. Dans le Cortège de Silène, Barthélémy dessine bien l'arabesque générale du sujet, mais il laisse du creux et du vague à côté de parties excellentes. Loys Prat nous raconte avec bien du charme les amours de Daphnis et de Chloé. L'austère fermeté de J. Paul-Laurens et son intelligence du passé s'affirment une fois de plus dans une Méditation qui a la gravité de l'histoire. De la mythologie au nu, ce paganisme moderne, il n'y a qu'un pas. Mademoiselle Dufau le franchit allègrement : elle nous montre dans sa Vision intime, une nymphe svelte et musclée, à la blancheur ivoirée, dont le charme aristocratique fait penser à l'École de Fontainebleau. La Toilette de Roganeau, d'un faire un peu mince, plaira par sa douce tonalité. La Femme couchée de Bédorez, d'une grâce jeune et mutine, s'enveloppe de gris nacrés. Le Nu de Vergeaud A. GUILLEMET. — LA ROUTE DE LA MER A ÉQUIHEN est harmonieux de couleur, celui de Roberty bien étudié dans ses plans, Mademoiselle Mercère traite la chair avec une particulière délicatesse, elle met dans son tableau une grâce et une fleur de sentiment. L'œuvre la plus intéressante ce sont les Baigneuses de Marius Buzon qui a le sens exact des volumes, la force, l'ampleur, le goût du style. Entre la légende et la réalité s'étend le domaine illimité de la fantaisie. Sœur cadette de l'imagination, elle va d'un coup d'ailes de Venise aux Trianons, de Naples à Téhéran, de la Bohême de Shakespeare à l'Italie de Musset. Elle est espiègle et tendre, câline et parfois cruelle. Voyez la jolie sultane qu'Albert Laurens nous montre alanguie et sournoise entre l'hommage fleuri du timide Pierrot et l'audace frôleuse d'Arlequin. Pauvre poète enfariné, le choix de la traitresse n'est pas douteux : elle suivra l'homme à la batte. Console-toi pourtant, la soubrette rieuse et drue que Domergue assied sur une balustrade dans ce beau parc d'automne où se donne la Leçon d'amour, ne refuse pas sa main tiède à tes lèvres passionnées. Joie de la couleur, vitalité ardente, bonne grâce et belle humeur, ce cadet de Gascogne nous prodigue ses dons : le portrait d'une princesse en Persane est d'un lyrisme bien spirituel. Etcheverry fait dénouer par un effronté fou de cour le masque d'une beauté rieuse. Nicolet pose à une fillette délurée et charmante l'énigme de sa destinée amoureuse. On connaît la manière américaine inaugurée par Miller,

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1913 ces accords somptueux et fins, ces tonalités subtiles et soyeuses, cette transposition du réel dans un rêve coloré. Buehr, dans son Conseil de sœur, y ajoute un charme romanesque, Webster, dans son Kakémono, une gracieuse noblesse, Talmage, en son Vieux Châle, une harmonieuse sourdine, Caputo, en sa Robe blanche, une agréable langueur. Le Français J. Cottenet se rallie à cette mode et son joli portrait de Mademoiselle Warley prend l'accent américain. Une jeune femme suit rêveusement les ébats d'un Poisson rouge et s'amuse de cette lueur qui bouge dans l'eau Photo Vittarone. Mlle C.-H. DUFAU. — VISION INTIME qui tremble; Mademoiselle Copeland nous raconte cette chose toute simple avec une plaisante dextérité. L'Orient c'est encore du rêve mais du rêve éclatant, non plus la caresse des violons, mais la morsure de la flûte et le fracas des cymbales. Cauvy dans sa Suite algérienne aux sonorités riches et pleines, aux belles et justes oppositions, fait ruisseler le soleil africain sur les burnous blancs, bleutés, dans l'ombre, sur les verts, les rouges, les bruns forts. Mademoiselle Morstadt enveloppe les êtres d'une gloire lumineuse. Gourdault enlève vigoureusement sur le crépi

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LES ARTS blanc d'un mur la ronde bosse d'un trouvère noir. Dabat, dans un fragment d'épopée sauvage, dresse l'Ouled-Nail drapée de rouge et son balancement rythmé entre les masses claires des tambourineuses. L'enquête sur les mœurs modernes, tantôt strictement objective, tantôt relevée d'intentions pathétiques ou romanesques, se poursuit logiquement et produit, bon an mal an, des œuvres nombreuses dont les unes ont un intérêt documentaire, les autres une valeur esthétique. Parmi les plus sincères et les plus fortes, je citerai la toile d'Adler Gros PAUL CHABAS. — PORTRAIT DE MILLE M. CORMON Temps au large; matelotes d'Étaples. Rassemblées sur la grève, interrogeant l'horizon, les femmes et les mères portent, sur leurs pauvres et maigres visages, la marque de l'angoisse éternelle qui leur est départie par le sort. Puisse cette belle œuvre d'un dessin serré, d'une couleur vraie, d'une humanité profonde et pure de déclamation, attirer, sur tant de misère héroïquement supportée, l'attention des luxueux voisins que l'été donne à ces pauvres gens. Descudé est un des rares peintres de ce côté-ci du palais qui sache construire un tableau par des valeurs. Ses toiles se signalent

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SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS. — SALON DE 1913 G. NICOLET. — ÉNIGME