Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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LE PALAIS DE CHAILLOT
ARTICLES ET CHRONIQUES DE
- MARCEL ZAHAR
- DENISE JALABERT
- JACQUES SOUSTELLE
- G. HENRI RIVIÈRE
- R. COGNIAT
- JEAN CASSOU
- WALDEMAR GEORGE
FRENCH AND ENGLISH TEXTS
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SAINTE REINE - FIGURE EN CIRE
Musee des Arts et Traditions Populaires
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LA RENAISSANCE
DIRECTEUR : MME CHARLES POMARET
21e ANNÉE AOUT 1938 N° 4
LES ÉDITIONS NATIONALES - PARIS
PRIX : 20FA
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LA RENAISSANCE
Directeur Mme Charles Pomaret
53, RUE DE VERNEUIL — PARIS VI°
TÉL. LITTRÉ 59-32 — C. C. POSTAUX PARIS 42-98
COMITÉ DE RÉDACTION
ROBERT REY, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX-ARTS ET DES MUSÉES. — JEAN CASSOU, CONSERVATEUR ADJOINT DU MUSÉE DU LUXEMBOURG. — GEORGES-HENRI RIVIÈRE, CONSERVA-TEUR DU MUSÉE DES ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES. — CLAUDE-ROGER MARX, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX-ARTS. — WALDEMAR GEORGE.
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AOÛT 1958
REVUE MENSUELLE
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SOMMAIRE
LE PALAIS DE CHAILLOT
- LES MÉTAMORPHOSES DE CHAILLOT
- LE MUSÉE DES MONUMENTS FRANÇAIS
- LE MUSÉE DE L'HOMME
- LE MUSÉE NATIONAL DES ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES
- LE THÉÂTRE DU PALAIS DE CHAILLOT
- LA PEINTURE ET LA SCULPTURE AU PALAIS DE CHAILLOT
LES PARISIENS A LA CAMPAGNE
CHRONIQUE LITTÉRAIRE
CHRONIQUES DU MOIS
LES ARTS PLASTIQUES
Le Salon des Tuileries - Renoir portraitiste.
Juan Gris - Monticelli - Le Paysage de 1400 à 1900 - René Durey
ÉCHOS & CHRONIQUES
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LES ÉDITIONS NATIONALES — 10, RUE MAYET, PARIS VI° — ÉDITEURS
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VINGT ET UNIÈME ANNÉE
N° 4
Sur la couverture : Sainte Reine, figure en cire. (Musée des Arts et Traditions Populaires. Don de M. G.-H. Rivière.)
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Marcel Jahar
Denise Jalabert
Jacques Soustelle
H. Rivière, A. Varaynac
Raymond Cognial
Waldemar George
Jean Boisseau
Jean Cassou
Waldemar George
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LES MÉTAMORPHOSES DE CHAILLOT
par Marcel Jahar
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Au milieu de la page : "VUE DU CHASTEAU DE CHAILLOT PROCHE DE PARIS" GRAVÉE AU XVIIe SIÈCLE PAR ISRAËL SYLVESTRE.
Center of the page: "VIEW OF CHAILLOT CASTLE NEAR PARIS" XVIIth CENTURY ENGRAVING BY ISRAEL SYLVESTRE.
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CETTE douce colline, autrefois couverte de jardins, d'où l'on domine de magnifiques perspectives et la ligne sinu-euse du fleuve à travers Paris, fut constamment recherchée par les êtres sensibles à la beauté de la nature. Elle était aussi réputée comme le modèle des socles digne de porter le modèle des palais. Maints grands hommes concurent le dessein d'établir à son faite un monument définitif. Cependant il semble que la douce colline ne soit pas précisément un terrain propice à l'essor de l'architecture. Des châteaux, des dépendances de monastères, des maisons, ne purent résister au génie qui l'habite et qui est apparemment réfractaire à tout établissement durable sur son domaine. Les projets les plus dignes d'intérêt furent écartés à la suite de circonstances diverses (guerres, embarras financiers, jurys, etc.) ; une sorte de fatalité s'acharne contre la colline et la garde de toute construction admirable et de ce fait intangible, perpétuelle.
Les bâtisseurs ont engagé la lutte contre le coteau. À plusieurs reprises ils ont tenté de le remuer ; ils se sont laissé aller dernièrement jusqu'à l'amputer d'un joli morceau. Vaines tentatives. Le génie de la colline paraît se venger en conférant aux œuvres que l'on croit définitivement installées les caractères de la précarité.
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Autrefois, l'espace qui s'étend du Trocadéro à Boulogne s'appelait Nimio et également Nigeon. Saint Bertran, évêque du Mans y avait des vignes. Il agrandit son domaine, devint propriétaire du village de Nigeon (623) et, à sa mort, le légua à l'Église de Paris.
Le nom de Chaillot est désigné pour la première fois dans une bulle d'Urbain II (1097).
Jean Arrode fut le premier propriétaire au xve siècle de la Seigneu- rerie de Chaillot, qui fut donnée par Louis XI à Philippe de Com- mines, sire d'Argenton (1474).
Longtemps le territoire resta couvert de vignes, de jardins et de terres labourées.
En 1576, Catherine de Médicis, alors propriétaire de ladite Seigneu- rerie, commença la construction d'un château, pourvu d'un pavillon central, qui s'éleva à mi-côte (en face du pont d'Iéna actuel). Les embarras financiers que subit la reine dans les dernières années de sa vie provoquèrent l'arrêt des travaux.
Henri IV et Marie de Médicis ayant renoncé à la succession de Catherine, le château fut acquis en 1589 par Pierre Jeannin qui le légua à sa fille, Mme de Castille, qui le vendit en 1630 au Maréchal de Bassompierre. La demeure fut alors magnifiquement embellie par les soins du Maréchal.
En 1651, le domaine de Chaillot qui avait été transmis au Comte de Tillure, fut vendu par autorisation royale à Henriette-Marie de France, veuve de Charles Ier, roi d'Angleterre. C'est cette reine qui établit
LE COUVENT DES DAMES DE LA VISITATION, A CHAILLOT EN 1777. D'APRÈS UNE GRAVURE DE LESPINASSE.
THE CONVENT OF THE ORDER OF THE VISITATION, AT CHAILLOT IN 1777, AFTER A LESPINASSE ENGRAVING.
dans la paroisse de Chaillot, le couvent des religieuses de la Visi- tation où le siècle suivant se réfugia Mademoiselle de La Vallière.
En 1659, Chaillot fut érigé en faubourg.
Notons — dans notre course à travers les siècles — que la mar- quise de Pompadour posséda une résidence dite « la maison au cèdre », au pied de la colline, sur le quai. Cette propriété fut habitée plus tard par Sophie Arnould, puis fut détruite en 1865.
« Sur la pente douce et agréable d'une colline s'élevaient des maisons sans nombre, plus jolies les unes que les autres, qui formaient la perspective d'une grosse ville », écrit Nell dans son Voyage de SaintCloud par terre et par mer. Telle était la colline de Chaillot en 1748. Son état édenique ne dura pas.
La place du Trocadéro qui s'appelait Rond-point de Marie, reçut le nom de place du Roi de Rome, lorsque Napoléon Ier eut projeté d'élever le palais destiné à son fils sur l'emplacement où s'étendaient jadis les dépendances du monastère de la Visitation et du couvent des Bonshommes. Or l'immense terrain qui était appelé à recevoir les fondations du palais et des jardins d'en- tourage, était occupé par des pro- priétés de plaisance, et des petites
VUE DE PARIS EN 1820. PRISE DES HAUTEURS DE PASSY, AU PREMIER PLAN L'EMPLACEMENT DES ACTUELS JARDINS DU TROCADERO PEINTURE PAR SEYFFET. (MUSÉE CARNAVALET)
PARIS IN 1820 SEEN FROM THE HEIGHTS OF PASSY. IN THE FOREGROUND IS THE PRESENT TROCADERO GARDENS. PAINTING BY SEYFFET. (CARNAVALET MUSEUM)
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exploitations. Les architectes s'atta- chèrent à une œuvre complexe d'ex- propriations amiables.
Dans leur ouvrage Plans de plu- sieurs Châteaux, Palais et Résidences de Souverains, Percier et Fontaine décrivent le projet grandiose du palais du Roi de Rome et ses vicis- situdes. L'exécution des travaux était liée à la fortune des armées de l'Empereur ; les plans du monument se rétrécissaient après chaque dé- faite, à la manière de la peau de chagrin. Nous transcrivons ici quel- ques passages de la dramatique rela- tion ayant trait à la naissance et à l'évanouissement d'une grande idée :
« On serait arrivé au Palais du Roi de Rome du côté du midi, par trois rangs de pentes douces à droite et à gauche du pont d'Iéna, jusqu'au sol de la cour d'honneur, d'où en suivant les deux portiques circulaires à quatre rangs de colonnes de chaque côté de la cour, les voi- tures auraient pu aller à couvert jusqu'au pied des deux grands escaliers du palais. Entre ces colon- nades et les bâtiments de service, on aurait eu d'un côté la cour des ministres, et de l'autre celle des princes. Deux autres grandes cours longues, entourées de bâtiments au sol de la première rampe auraient été destinés aux cuisines et aux offices, divisées en deux services, et moitié aux chevaux d'attelage avec les remises, les magasins pour les voitures, les chevaux de selle, tous les accessoires et les logements nécessaires pour les personnes atta- chées à la maison du prince. Les dépendances auraient communiqué au corps principal du palais par les grandes galeries des cours accessibles au sol de la cour d'honneur. Les petits pavillons isolés en avant des rampes auraient logé les portières et les corps de garde pour surveiller les entrées. Le grand portique à la hauteur de la deuxième rampe au- dessous de la cour d'honneur, aurait renfermé pendant l'hiver tous les orangers et les arbustes des par- terres. Le portique à trois arcades au-dessous, qui a été construit et qui a été démoli depuis, était le vestibule donnant entrée aux esca- liers et aux corridors souterrains qui conduisaient directement au palais. Cette espèce de grotte rece- vait la décharge des eaux du par- terre ; elle était ornée de trois fon- taines formant cascades avec deux bassins servant d'abreuvoirs au de- hors. Le corps principal du palais présentait un grand parallélogramme dont le centre aurait été occupé par un vaste salon pour donner des fêtes.
« Deux petites cours ornées de fontaines à droite et à gauche du grand salon auraient éclairé les grands escaliers, la chapelle, la salle de spectacle, et toutes les com- munications du service intérieur du palais.
« L'appartement d'honneur ou de réception aurait occupé toute la face au midi ; la face du nord, don- nant sur les parterres aurait eu d'un côté l'appartement de l'Empe- reur et de l'autre celui de l'Impéra- trice avec leurs dépendances. Les salons de réception ainsi que les vestibules et les antichambres au- raient rempli au levant et au cou- chant les deux ailes en retour. Deux autres ailes avec un seul étage en prolongation de la façade du nord, entre les terrasses et les parterres pour l'habitation des princes, se serait prolongées jusqu'aux entrées latérales du côté de Chaillot et de Passy. Le parterre entouré de murs s'élevant en terrasse au-dessus de la plaine se serait étendu jusqu'au boulevard d'enceinte que l'on aurait franchi au moyen d'un pont cou- vert ayant la forme d'un arc de triomphe pour passer dans le pre- miier parc de la plaine et de là dans le Bois de Boulogne, en traversant la Faisanderie et la Ménagerie qui séparaient l'un de l'autre.
« Ceux qui pourront se repré- senter un palais aussi étendu que celui de Versailles, occupant avec ses accessoires le rampant et le sommet de la montagne qui domine la plus belle partie de la capitale avec les moyens d'accès les plus faciles, n'hésiteront pas à penser que cet édifice, malgré toutes les imperfections que sans doute on aurait pu nous reprocher, aurait été l'ouvrage le plus vaste et le plus extraordinaire de notre siècle.
« ...Dans les jours de gloire le plan sous la lettre B. pl. 4 a été conçu et arrêté.
« ...La campagne de Moscou ra- lentit l'exécution des travaux.
« En 1813, après la défaite de Leipzig il fallut tout changer, tout réduire et faire non un palais pour le Roi de Rome, non une grande résidence pour un souverain puis- sant, mais un petit Sans-Souci, une retraite de convalescent (1).
« ...Nous étions occupés à la continuation des terrassements de la montagne, quand la prise de Paris, l'abdication de l'Empereur mirent fin à toutes les espérances.
« Après la sortie de l'île d'Elbe et pendant les Cent jours, nous avons reçu l'ordre de reprendre les travaux.
« ...Le sort de notre ouvrage dé- pendait de celui de la France...
« ...Ce palais, production de la fortune de l'empereur Napoléon, éprouvait chaque jour les alterna- tives de ses succès et de ses revers.
« La défaite de Waterloo a mis fin à tout, et le peu de construction qui jusqu'à cette époque avait été élevé est maintenant entièrement détruit. »
Ainsi le coteau fut remué une première fois dans l'intention d'éle- ver un palais au Roi de Rome. Les travaux furent bientôt arrêtés et les ouvrages détruits.
La place du Roi de Rome fut appelée place du Trocadéro en mémoire de la prise du fort du Trocadéro, en Espagne (1823). En 1826, le duc d'Angoulême posa sur
(1) Le nouveau projet est alors inscrit sous la lettre B. pl. 2.
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A gauche et sur la page en face : PROJET DE PALAIS POUR LE ROI DE ROME. CE PALAIS DEVAIT ÊTRE ÉDIFIÉ SUR LA COLLINÉ DE CHAILLOT IL COMPORTAIT À DROITE ET À GAUCHE D'UN PALAIS CENTRAL DES AILES TERMINEES AUX EXTREMÉS PAR UNE SALLE DE SPECTACLE ET UNE CHAPELLE. (BIBLIOTHÈQUE NATIONALE)
To the left and on the following page: DESIGN OF PALACE FOR THE KING OF ROME. IT WAS TO BE ERECTED ON CHAILLOT HILL TO THE RIGHT AND LEFT OF A CENTRAL PALACE WERE TWO WINGS ENDING RESPECTIVELY IN A THEATRE AND A CHAPEL. (NATIONAL LIBRARY)
Photo Bulloz
la colline la première pierre de la caserne de Cadix. La caserne resta inachevée.
Cependant, en 1830, Jules Sandeau exaltait Chaillot comme « un asile où les âmes fatiguées pouvaient se faire aux portes de Paris, une vie calme et pleine de loisirs. »
Il demeurait dans ce séjour une charmante coutume : les habitants offraient toujours à l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, deux grands bouquets et une demi douzaine de petits, avec un fromage gras fait du lait de leurs vaches qui paissaient à l’isle Maquerelle et un denier parisis pour chaque vache.
Sous Louis-Philippe on pensa construire le mausolée de Napoléon Ier sur l’emplacement que l’Empereur avait rêvé pour la résidence de son fils.
En 1856, il fut question de l’érection d’un monument à la gloire de l’armée d’Italie, comportant une fontaine et une vaste cascade.
Haussmann songea à des gradins sur la colline, d’où le peuple contemplerait les fêtes données au Champ de Mars.
Les bâtisseurs, attaquèrent sérieusement le coteau en 1865, à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1867. Hélas ! pauvre coteau ! Ses terres servirent à remblayer le Champ de Mars. Les travaux reprirent de plus belle afin d’enfoncer au sommet de la colline l’un des clous de l’Exposition de 1878. Et quel clou ! Tout simple-
Ci-dessous : PROJET DE PALAIS POUR LE ROI DE ROME PAR PERCIER ET FONTAINE. (PIÈCE PROVENANT DE MADAME FOULON, PETITE NIECE DE FONTAINE.)
Below : DESIGN OF A PALACE FOR THE KING OF ROME BY PERCIER AND FONTAINE. (PROPERTY OF MADAME FOU-LON, GRAND-NIECE OF FONTAINE.)
Au dit Palais du Roi de Rome prise du cité de la grande route
Photo A. P. A. H.
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L'ANCIEN PALAIS DU TROCADERO (DÉMOLI EN 1936-1937)
THE FORMER PALACE OF THE TROCADERO (TORN DOWN IN 1936-1937)
ment le Palais du Trocadéro que nous avons connu tel qu'en lui même enfin Davioud et Bourdais, architectes, le figèrent.
Un monstre était né sur l'une des plus riantes éminences, et le génie de la colline, tel Ariel, dut se divertir de cette bonne plaisanterie, dont nous voulons croire qu'il était pour quelque chose.
Parmi les impressions d'écrivains, celle de Huysmans peut séduire par sa truculence : « Cet incohérent palais du Trocadéro qui, vu d'un peu loin, ressemble, avec son énorme rotonde et ses grêles minarets à clochetons d'or, à un ventre de femme hydropique couchée la tête en bas, élévant en l'air deux maigres jambes chaussées de bas à jour et de mules d'or. »
Le château d'eau et la cascade ont été réalisés par Pierre de Bellevoye. Dotés de sculptures anima-lières sans génie certes, mais plai-santes et à l'échelle de la perspective, ils formaient un ensemble fort agréable.
Le concours public ouvert en 1876, qui nous valut le monument burlesque, stipulait que « la salle des fêtes et les annexes affectées à divers exposants auraient une vie éphémère. » La construction pré-vue en matériaux légers serait dé-molie après l'exposition. Une terrasse dominerait la colline (cette clause rencontrait un vœu d'Haussmann).
Or l'état défectueux du sous-sol modifia ces desseins. On trouve dans le Palais du Trocadéro publié en 1878, la description des signes avant coureurs de la catastrophe esthétique. « ...Ce terrain avait été exploité anciennement ; mais au lieu d'être demeuré à l'état de galeries rem-blayées de terre, il n'offrait dans sa masse générale qu'un chaos informe, produit par l'explosion de coups de mine tirés dans le pied des piliers de soutènement pour déterminer un affaissement général du sol supérieur. Ces travaux avaient été exécutés en 1867 lors de l'Expo-sition Universelle, pour la transfor-mation de la butte du Trocadéro en jardin public et pour l'exécution rapide du nivellement de la surface, par l'effondrement en masse d'une partie du sol supérieur. »
Tout s'enchaîne. L'état du sous-sol exigeait des fondations d'une solidité exceptionnelle. L'impor-tance des fondations entraînait l'érec-tion d'un monument en matériaux durables. Et le monument définitif,
Photo Bulloz
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PROJET D'AUGUSTE PERRET, DATE DE 1933, POUR UN NOUVEAU PALAIS DU TROCADERO. En haut : ELEVATION ET COUPE. En bas : PERSPECTIVE CAVALIÈRE DE LA GRANDE TERRASSE ET DE LA COLONNADE.
DESIGN OF AUGUSTE PERRET, DATING FROM 1933, FOR A NEW TROCADERO PALACE. Above: FACE AND PROFILE. Below: OPEN PERSPECTIVE OF THE GREAT TERRACE AND THE COLONNADE.
ce fut l'hispano-mauresque et ineffable Trocadéro de Davioud et Bourdais. Ainsi pensaient les signataires de la convention qui réglait l'affaire du palais en cette belle journée du 12 avril 1877. Mais ils comptaient sans le goût et la gaieté naturelle des parisiens, sans la verve des écrivains, échotiers, folliculaires et caricaturistes, qui décochaient sur le palais des traits aussi dangereux pour un solide bâtiment que les secousses d'un tremblement de terre, ils comptaient encore sans le génie malin de la colline. En fait, le « clou » de 1878 dut sa fin partielle, le maquillage des vestiges, l'éroulement des tours et du bidon central à un énorme tremblement de rire.
Un clou en chasse un autre. C'est ainsi que l'on désira, à l'occasion de l'Exposition de 1937, présenter sur la colline un nouveau clou au goût du jour.
Des projets furent conçus en grand nombre. Nous présenterons, par ordre chronologique de création, ceux qui offrent un intérêt particulier et ceux qui suscitèrent de nombreux commentaires.
1932. — En juillet 1932 s'ouvrit un concours dit d'idées destiné à provoquer des idées d'emplacement de l'Exposition, et des formes d'architecture.
Relevons l'envoi de M. Debat-Ponsan qui suggérait de porter l'Exposition dans la zone Trocadéro-Champ de Mars. Il préconisait la démolition du Palais et la reconstruction d'un ensemble monumental, très largement ouvert dans son axe, de façon à ne pas limiter la perspective sur Paris, la percée étant gardée par deux pavillons. Les ailes s'avancent pour encadrer une immense terrasse, et se développaient selon un axe rectiligne. Un système de terrasses (dans l'axe du pont d'Iéna) reliait selon la pente naturelle la plateforme supérieure au niveau du pont. Une salle de théâtre et de cinéma s'élevait à l'emplacement du dépôt des phares.
1933. — Auguste Perret traça un projet grandiose,qui retint l'attention, qui fut discuté, admiré, puis écarté. Les plans furent publiés en janvier 1934 dans l'Illustration. Voici quelques motifs du refus : le plan Perret impliquait la démolition du Palais en cours. Or on tenait à garder quelques chicots possibles de cette chère vieille chose ; cela, pour des raisons d'économie ; on ne voulait pas déménager les œuvres des musées pour la même raison, etc.
Le plan Perret est tout simplement remarquable. Voici : au centre s'étend une colonnade de 190 mètres de long sur 30 mètres de large ; les
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8 colonnes de 23 mètres de haut (3 mètres de plus que celles de la Madeleine) soutiennent une attique de 7 mètres de haut ornée de bas-reliefs — et c'est comme un énorme coffre contenant des salles éclairées par le haut. Entre les colonnes se placent les statues des héros. Le passant qui serait venu de l'avenue Paul-Doumer ou de la rue Franklin aurait pu, à travers la colonnade, suivre le cheminement de la Seine à travers la capitale, vers le pont Alexandre-III. La grande dimension du portique restitue à la colline, dans sa totalité, le bénéfice d'un point de vue sensationnel.
La colonnade relie harmonieusement deux ensembles monumentaux formés chacun par deux édifices carrés. Cette ordonnance est enrichie par une série de terrasses accordées par des escaliers, et cette cascade de plans déferle majestueusement jusque sur le quai. Les terrasses éclairées latéralement abritent elles-mêmes des sections de musée.
Point important : la première terrasse est en contrebas de la place du Trocadéro. On y accède par 16 marches, soit une première différence de niveau de 2 mètres, ce qui donne les avantages suivants : 1° d'avoir de la place du Trocadéro une vue générale immédiate du panorama, sans l'entrave d'un rebord ; 2° de protéger les promeneurs sur les terrasses, contre les courants d'air.
Un théâtre dressé sur le terrain du dépôt des phares, complète un vaste système d'architecture digne de figurer dans l'histoire de l'art auprès des œuvres des grands maîtres d'autrefois.
La construction était prévue en béton, avec parties apparentes reprises au marteau, et remplissage de pierre. De larges dalles de pierre recouvraient le sol des terrasses.
Les pavillons et la colonnade forment un tout, un ensemble homogène et organique qui s'intègre parfaitement dans les jardins et dans la cité. Conçu comme une « architecture de colline », le monument s'impose avec toutes ses parties bien liées et toujours en accord de proportions aux regards des passants, en tous points des terrasses, du jardin, du Champ de Mars, dans l'axe du pont et hors de l'axe.
Le projet de cette cité-musée réunit 12 musées, des salles de conférences, de lecture, d'audition, un restaurant.
Il ressort des études des frères Perret, que si une décision favorable avait été prise, rapidement, en 1934, l'exécution du projet Perret aurait été moins onéreuse que la transformation accomplie plus tard du vieux Trocadéro. Le monument, en outre, aurait été achevé et équipé en temps voulu.
Le fait qu'un plan magnifique, conçu par le plus grand architecte de notre temps, ait été repoussé, nous incline une fois de plus à méditer sur le singulier destin de la colline...
Au début de l'année 1934, MM. Jacques Carlu et Robert Mallet-Stevens étudièrent un projet de Musée de la République destiné à l'Exposition. La partie centrale de l'ancien palais était démolie, les ailes conservées étaient agrandies par un doublage latéral et les façades modifiées. Les tours également étaient conservées et modifiées. Une galerie, décorée extérieurement de bas-reliefs, reliait les tours comme un énorme pont. Une salle de spectacle était aménagée sous la terrasse.
Le Commissariat de l'Exposition, pour des raisons d'économie, avait donc résolu de ne pas démolir le Trocadéro. Il ouvrit un concours de camouflage du Palais. Il était stipulé dans le règlement : « Sans prévoir de démolition ni de changements notables de la construction existante, les candidats présenteront un projet de décor temporaire masquant complètement les façades actuelles, etc... »
Étrange programme en vérité. Mais dans notre sagesse nous avons renoncé à nous étonner des événements qui concernent la colline de Chaillot. Des projets intéressants furent exposés. Une nouvelle œuvre de M. Jacques Carlu (conforme au règlement) fut primée.
M. Charles Siclis, qui décidément ne trouvait pas à son goût le thème du concours, soumit un projet hors-programme qui portait notamment les points suivants : démolition de la partie centrale du Trocadéro (percée) ; construction d'une terrasse entre les deux tours et au même niveau que la place du Trocadéro formant théâtre de plein air ; installation en sous-sol (sous la terrasse) d'un théâtre de 4.000 places ; conservation et modification des ailes et des tours ; construction en contrebas de la terrasse de deux petites ailes aménagées pour le Musée d'Ethnographie.
Le projet Siclis fut immédiatement banni du champ des compétitions, comme ne répondant pas aux clauses exigées.
1935. — En janvier 1935, après le jugement du concours, le Commissariat général de l'Exposition chargea trois architectes lauréats, MM. J. Carlu, Boileau et Azéma, d'étudier la maquette du projet définitif de camouflage du Trocadéro.
Or il fut avéré après études que le camouflage était une méthode inélégante et impraticable, en foi de quoi la Commissariat Général abandonna la dite solution (ce qui dut remplir d'allégresse les architectes qui avaient pris part au concours), et il fut définitivement décidé que la transformation définitive du Trocadéro comporterait une démolition partielle et un sérieux accommodement des restes.
PROJET DE M. CHARLES SICLIS, DATÉ DE 1934, POUR UN NOUVEAU PALAIS DU TROCADERO.
DESIGN OF Mr. CHARLES SICLIS, DATING FROM 1934 FOR A NEW TROCADERO PALACE.
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CHAILLOT PALACE, VIEW TAKEN FROM THE GARDENS, AT THE EXTREMITY OF THE FOUNTAINS
La nouvelle étude fut confiée à l'architecte en chef du Palais du Trocadéro, M. J. Carlu à qui furent adjoints MM. Boileau et Azéma, architectes en chef du gouvernement et quatre fois lauréats avec M. Carlu à des concours organisés par l'exposition.
Il est loisible de supposer que M. Charles Siclis — qui s'était fait le champion tout ensemble de la trouée centrale complète (sans aucune adjonction de colonnade ni de pont-fronton), de la terrasse, du théâtre sous la terrasse, de la conservation des ailes, des tours et de leur modification — ait trouvé dans l'adoption des principes qu'il avait défendu, une grande joie intérieure et bien des apaisements à son retrait du concours et au fait de n'avoir eu aucune part à la rénovation du Trocadéro 1937.
Conclusion : le projet définitif du nouveau Trocadéro, soumis le 12 décembre 1935 à l'approbation du Conseil Général des Bâtiments Civils, fut accepté.
Notons que MM. Niermans frères sont les architectes et décorateurs de la salle de spectacle ; MM. Süe et Jaulme, les architectes et décorateurs du grand foyer ; MM. Expert, Thiers et Maître, des bassins-fontaines et jardins. MM. Laprade et L. E. Bazin avaient aménagé la place du Trocadéro au moment de l'Exposition ; M. R.-H. Expert reçut la mission d'ordonner les illuminations extérieures.
L'ancien Trocadéro était avec ostentation une façade hispano-mauresque de vaudeville. Le nouveau palais possède des dehors d'une dignité compassée. On y décèle les louables tentatives d'un retour aux formes classiques, mais il y manque l'héroïsme qui sont la marque des grandes œuvres. Il nous demeure une impression d'ennui correct devant un ouvrage néo-académique. Certains détails, certaines parties de façades peuvent flatter le regard, mais nous sommes étonnés en choisissant d'autres points de vue, en contournant un pavillon, de nous trouver sitôt déçus. Où sont « l'ordonnance, la proportion des parties entre elles », que recommandait Michel-Ange dans sa définition de l'Architecture.
Les ailes très améliorées en façade (côté jardin) s'accrochent aux pavillons du centre d'une façon qui nous paraît sans grâce naturelle. Certes, nous comprenons les difficultés auxquelles durent se heurter les archi- tectes ; nous supposons que les problèmes complexes posés par la reprise de l'édifice ancien furent nombreux, mais les faits sont là qui commandent nos impressions sincères.
L'adaptation de la sculpture est plutôt singulière aux façades des ailes (rue Franklin et avenue du Président-Wilson) ; les bas reliefs appliqués sur la paroi à la façon d'une série de timbres-postes, ne s'intègrent pas dans l'organisme de l'architecture. De la terrasse centrale couverte de dalles de pierre, d'une composition belle en soi, qui s'étend doucement en paliers successifs jusqu'au balcon, on découvre l'admirable perspective du Champ de Mars. Il est regrettable que la terrasse commence par une plate-forme élevée sur la place du Trocadéro ; cette disposition limite la vue totale du panorama pour le promeneur qui évolue sur la place, et elle ne met pas le promeneur de la terrasse à l'abri des courants d'air. La solution du projet Perret (premier palier de la terrasse en contrebas) obviait à ces deux inconvénients. La pierre de Bourgogne qui revêt le monument ajoute au paysage des valeurs justes et délicates. Nous aimons la typographie d'or aux frontispices des pavillons. Cependant aux très hautes et minces
PALAIS DE CHAILLOT, VUE PRISE DES JARDINS, À L'EXTREMITE DES BASSINS.
Photo Bulloz