Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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HOMMAGE A DESPIAU
ARTICLES ET CHRONIQUES DE
- ARNOLD WILDEBRAND
- J. LASSAIGNE
- L. VAUXCELLES
- JEAN CASSOU
- CL. ROGER MARX
- WALDEMAR GEORGE
FRENCH AND ENGLISH TEXTS
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CHARLES DESPIAU - FEMME DEBOUT
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LA RENAISSANCE
DIRECTEUR : Mme CHARLES POMARET
21e ANNÉE JUIN 1938 N° 3
LES ÉDITIONS NATIONALES - PARIS
PRIX : 20e
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LA RENAISSANCE
Directeur Mme Charles Pomaret
53, RUE DE VERNEUIL — PARIS VI°
TÉL. LITTRE 59-32 — C. C. POSTAUX PARIS 42-98
JUIN 1958
REVUE MENSUELLE
COMITÉ DE RÉDACTION
ROBERT REY, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX ARTS ET DES MUSÉES. — JEAN CASSOU, CONSERVATEUR ADJOINT DU MUSÉE DU LUXEMBOURG. — GEORGES HENRI RIVIÈRE, CONSERVA TEUR DU MUSEE DES ARTS ET TRADI TIONS POPULAIRES. — CLAUDE ROGER MARX, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX ARTS. — WALDEMAR GEORGE.
SOMMAIRE
HOMMAGE A CHARLES DESPIAU
LES FRESQUES D’ANTOINE PESNE AU CHATEAU DE CHARLOTTENBOURG
TENDANCES DE L’ART DÉCORATIF MODERNE SUR UNE RÉTROSPECTIVE DE PIERRE LAPRADE
CHRONIQUE LITTÉRAIRE
CHRONIQUES DU MOIS
Nancy, ville d’art et foyer d’énergie nationale
LES ARTS GRAPHIQUES RAoul DUFY, ILLUSTRATEUR
LES ARTS PLASTIQUES Quelques Maîtres des XVIIIe et XIXe siècles Œuvres choisies des XIXe et XXe siècles Robert Lotiron Notes sur le Salon des Artistes décorateurs Vers un nouvel ordre classique en archi tecture : Jean-Charles Moreux
LA TRADITION DES GRANDS DÉCORATEURS FRANÇAIS, PAR GEORGES-ALBERT ROULHAC
ÉCHOS & CHRONIQUES
LES ÉDITIONS NATIONALES — 10, RUE MAYET, PARIS VI° — ÉDITEURS
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Dr Hildebrand
Jacques Lassaigne
Louis Vauxcelles
Jean Cassou
Cl.-Roger Marx et Waldemar George
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PRÉSENTATION PAR JEAN BOISSEAU
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VINGT ET UNIÈME ANNÉE
N° 3
Sur la couverture : Charles Despiau : Femme debout (Assia)
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Double
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HOMMAGE
A CHARLES DESPIAU
LA première exposition d'œuvres de Charles Despiau en Angleterre a été inaugurée le 15 Juin à la Galerie Wildenstein and Co, à Londres. La Renaissance a saisi cette occasion pour demander à un certain nombre de personnalités : peintres, sculpteurs, critiques, amateurs d'art, conservateurs de musées, etc... de s'associer à l'hommage qu'elle rend dans ses colonnes au grand bustier et statuaire français.
Nous publions les lettres qui nous sont parvenues en remerciant tous ceux qui ont bien voulu nous aider à prouver d'une manière éclatante en quelle estime l'élite française tient le maître de Paulette et de La Petite Landaise.
LA RENAISSANCE.
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JEAN ZAY,
Ministre de l'Education Nationale.
Charles Despiau n'a d'autre souci que de saisir et de faire vivre un peu de terre entre ses doigts pour y imprimer sa pensée, pour en faire jaillir une âme.
Il n'est pas d'artisan plus amoureux de la terre de son pays ; il n'est pas d'artiste qui éprouve à l'égard de la matière et de son esprit, un plus tendre et plus fervent respect ; il n'en est pas qui se révèle plus apte à lui imposer sa foi et sa loi, sa courageuse discipline.
Et quel autre a su mieux dégager les profondes vertus de notre sol, la sagesse, la discrétion, la mesure, la souriante ironie, la tendresse voilée, toute l'exquise pudeur de l'âme française.
L'homme et la terre : Charles Despiau les a rapprochés, unis, pétris et modelés ensemble. Il en a donné la vivante, l'émo- vante synthèse en ces figures féminines qui, par leur grâce enveloppée, par leur charme intime, composent sous cent formes diverses, un hommage si significatif, si séduisant. Ces figures de femmes pourraient s'intituler
Photo Bernès, Marouteau & Cie
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France. Tendres et sérieux visages qui se relient à travers le temps à telle effigie de Houdon, à telle masse de nos cathédrales, à ces nobles productions du terroir : la vierge d'Olivet, la douce et grave sainte Fortunade. Art qui, par la hauteur de son esprit, par la loyauté de sa matière, rejoint la sculpture éternelle, celle de Reims et celle d'Athènes. C'est la grâce de notre époque de l'avoir vu naître et s'épanouir. Il est l'un de ses plus limpides témoignages.
GEORGES HUISMAN.
Directeur général des Beaux-Arts.
J'éprouve, pour notre cher Despiau autant d'affection que d'admiration.
Je m'émerveille de la maîtrise avec laquelle il a su bannir de son œuvre le péché de l'art.
Mon plaisir est immense à le regarder travailler dans son atelier, à l'entendre parler de sa pierre et à mesurer de mes propres yeux la grandeur et le mystère de sa création.
Léonard de Vinci, dans son déconcertant parallèle entre la sculpture et la peinture écrit :
La sculpture n'est pas une science, mais un art tout à fait mécanique, qui engendre sueur et fatigue corporelle chez son opérateur, et il ne lui impose que les simples mesures des membres, la nature des mouvements et des poses, et son domaine se borne là, montrant à l'œil l'objet tel qu'il est...
Dans l'exaspération de son intellectualisme, Vinci croyait faire de cette constatation un blâme. En fait il formulait un idéal qui n'est accessible qu'à force de pureté.
Despiau est parvenu jusqu'à ce haut sommet de sérénité et de clairvoyance. Et il s'y est maintenu, pour la plus grande gloire de la statuaire française.
ANATOLE DE MONZIE.
Député du Lot, Président du Salon des Artistes Décorateurs.
En ce temps d'imperfections satisfaites, de gens qui expliquent à merveille un métier dont ils n'ont pas la maîtrise, Charles Despiau représente la forme d'art la plus parfaite qui assure au chef-d'œuvre une sérénité, une souveraineté dont il n'est point d'autre exemple contemporain. A d'autres les grands et nobles tourments : ses tourments furent ceux de l'artiste acharné au bel accomplissement. Il n'en reste plus de trace dans la pierre et son destin définitif : « La Beauté,
Photo Bernès, Marouteau & Cie
En haut : M. ARNAUD. (PLATRE.)
En bas : PROJET DE FRONTISPI- CE POUR LES HEURES CLAIRES DE VERHAEREN. (BAS-RELIEF.)
Above : M. ARNAUD. (PLASTER.)
Below : THE SUNNY HOURS OF VERHAEREN. (BAS-RELIEF.)
Photo Bernès, Marouteau & Cie
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4 me disait-il un jour, ça ne se trouve pas, ça se gagne. » Et ce gain victorieux paraît dans l'apaisement d'une souriante conquête. Le sourire de Despiau est celui de la conquête au repos.
JEAN BABELON,
Conservateur du Cabinet des Médailles à la Bibliothèque Nationale.
Despiau, un très grand sculpteur, simplement. Non pas de 1938, mais de tous les temps. Pour moi c'est d'abord une volonté : celle qui emplit la forme et la gonfle comme un fruit qui se durcit en murissant. On n'épuise pas son plaisir à tourner autour du buste dont la silhouette mouvante se reforme à chaque pas, à contempler sur cette chair de bronze le pli ferme des lèvres... Dans les grandes figures, le jaillissement d'un mouvement suspendu, et cette concision si puissante. Despiau m'a montré son Apollon encore inachevé, et j'ai subi ce prestige d'une beauté sans âge. Despiau — sur les sommets...
A droite : LA PETITE LANDAISE. (MUSÉE DU LUXEMBOURG.) (BRONZE)
Right : THE LITTLE LANDAISE. (MUSEUM OF LUXEMBOURG). (BRONZE.)
ADOLPHE BASLER.
Chez Despiau, le feu de la passion couve toujours sous un modèle simple et tranquille. Un naturel qui parfois même n'exclue pas la gaucherie, permet d'assimiler ce sculpteur à un maître primitif, moins soucieux de la perfection des formes que de leur spiritualité, et ne sachant que leur insuffler la suavité de son âme. Art tout introspectif qui, sobre dans ses moyens, pénètre jusqu'au tréfonds de la sensibilité. Un tel artiste nous ramène à la qualité humaine de l'art. Avec lui, tout formalisme esthétique s'efface devant une psychologie profonde. Aussi, l'homme ou la femme que modèle Despiau, ont la même race, la même humanité que les figures expressives des maîtres gothiques. « Tant de naturel ne peut être que la fleur d'une grande tradition, que le fruit d'une civilisation séculaire. »
Photo Bernès, Marouteau & Cie
A gauche : PAULETTE. (PLATRE ORIGINAL.)
Left : PAULETTE (ORIGIN. PLASTER.)
Photo Bernès, Marouteau & Cie
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JEAN CASSOU,
Conservateur-adjoint
au Musée du Luxembourg.
Le peintre moderne s'étant désaffecté du visage humain, c'est la sculpture qui, grâce à la sereine dignité qu'elle peut conférer à ses ouvrages, a pu produire un portraitiste de notre temps, le seul sans doute. Par Despiau, en effet, les visages de nos contemporains méritent de recouvrir la lumière du sourire et du regard humains et même leur propre ressemblance. Une farouche et rayonnante pureté habite le génie de ce noble artiste et lui a permis d'accomplir un si étrange miracle.
CERIA.
Despiau est notre plus grand sculpteur. Je l'aime, je l'admire.
ALBERT CHARPENTIER.
Despiau me paraît l'un des grands sculpteurs qui ont eu le bonheur de vivre dans l'orbe de Rodin. Non qu'il soit un imitateur ce qui le réduirait à bien peu de chose ; il a respiré dans sa jeunesse, aux côtés du génial artiste cette atmosphère de mesure et de grâce où se crée la beauté en France depuis sept siècles. Je regarde attentivement tous les jours Antoinette, cette belle figure pensée qui symboliserait — est-ce une légende ? — la France meurtrie par la guerre et résolue à vaincre dans son sacrifice unanime. Œuvre magnifique, qui va loin, plus loin selon moi que d'autres bustes de Despiau, souvent très beaux. J'ai admiré en 1937, au Petit-Palais, ses dessins préparatoires où la ligne cerne les volumes dans un esprit musical bien français, exempt de toute influence étrangère. Pas de ces tics qui veulent faire croire à l'originalité. Je considère le Monument aux Morts de Mont-de-Marsan comme une œuvre émouvante dépouillée de toute emphase.
PIERRE DU COLOMBIER.
Charles Despiau nous apporte ce qui est si rare, surtout à notre
A gauche : Mme STONE (BRONZE)
Left : Mme STONE (BRONZE.)
A droite : Mme C.L.W. (PLATRE.)
Right : Mme C.L.W. (PLASTER.)
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6 époque de talents forcés qui se croient obligés de jouer le génie : une certitude. Avouons-le, nous surtout qui sommes conduits à exprimer notre jugement sur les artistes contemporains, nous avons infiniment de peine à distinguer, dans leur œuvre, ce qui nous chatouille, nous flatte agréablement, ce qu'on nomme le moderne (depuis qu'on a eu cette
Photo Bernès, Marouteau & Cie
étrange idée qu'il existe un moderne que les uns et les autres n'ont pas), de ce qui est tout bonnement durable.
Où est l'air du temps, où l'air de l'éternité ?
Devant les bustes de Despiau nul ne se pose la question. En présence de son modèle, l'artiste a retrouvé l'attitude qui était celle du bustier romain, son ancêtre,
EVE. (PLATRE)
EVE. (PLASTER.)
ou du bustier du Premier Empire, auxquels il s'apparente inconsciemment : une attitude de réceptivité parfaite. Son génie est dans la sensibilité, non dans le vouloir et c'est peut-être ainsi que l'artiste gagne à coup sûr.
LÉON DESHAIRS.
Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
Une sorte d'ingénuité savante, un art profond et subtil, un merveilleux équilibre de la sensibilité la plus ardente et la plus aiguë, et de la plus lucide raison : voilà ce que nous admirons dans les œuvres de Despiau. Elles témoignent d'un rare souci d'achèvement, de perfection. Mais la perfection où il tend, n'est pas la réalisation de quelque idéal arbitraire. C'est l'unité faite de richesse ordonnée, c'est l'exacte et pleine expression de ce qu'il sent et de ce qu'il veut. D'où un style authentique, très personnel et partant inimitable, bien français par l'élégance nerveuse, la mesure et la clarté, et aussi un style humain qui se rit des modes et défiera les années.
GEORGES DESVALLIÈRES.
Membre de l'Institut, Président du Salon d'Automne.
A côté de l'art de Maillol, de Bourdelle, même du grand Rodin, celui de Despiau me paraît le plus pur. C'est que, devant la nature, plus que ces beaux artistes, il a su pratiquer la vertu d'humilité. Son art apparaît ainsi dépouillé de tout artifice, la sensibilité seule est servie.
Avant de se mettre à l'ouvrage, sa pensée doit rejoindre la prière constante de Corot : « Mon Dieu, donnez moi de voir la nature avec des yeux d'enfant. »
DRIVIER.
Despiau : subtil et personnel dans ses bustes, dont la vie profonde et spirituelle évoque toujours l'impressionnante psychologie de ses personnages.
Statuaire : noble et grand dans la conception et l'éloquence de ses formes émouvantes ; il consacre à la vie toute la science de son art pour exprimer la beauté humaine dans le vrai et le rare.
Il est parmi les maîtres de la sculpture, dans ses particularités et ses doctrines, l'un des plus
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grands artistes de notre temps, et son nom exalte hautement le prestige de l'Art français.
RAYMOND ESCHOLIER.
Conservateur du Petit Palais.
Une de mes grandes joies de conservateur du Petit-Palais aura été d'organiser, en 1937, le splendide rassemblement de l'œuvre de Despiau, et là même où j'avais deux ans auparavant, placé Donatello, de pouvoir ordonner cette sublime galerie des bustes, créés par le maître landais, digne héritier du grand sculpteur florentin.
Depuis, j'ai connu une autre joie, d'une nature plus intime et plus grave : la découverte à Colpack, dans le Luxembourg, de l'admirable mausolée de Perret, érigé à la mémoire de M. Mayrisch, mausolée que domine cette grande figure classique, d'une inspiration géniale : Le Penseur de Despiau.
ANDRY FARCY.
Conservateur du Musée de Grenoble.
Le tumultueux génie de Rodin ayant coupé les ponts, effacé toutes traces sur les pistes, c'est l'inquiétude tourmentée de Bourdelle qui découvrit la voie nouvelle, guidé par nos récents enthousiasmes pour le style et l'abstrait.
Mais Bourdelle emportait un trop lourd bagage classique d'images littéraires, et d'étoiles pour espérer parvenir jusqu'à nous, après avoir retrouvé la vie sacrée des grandes époques. C'est à Maillol, à son art s'harmonisant mieux avec notre sensibilité moderne et dont les aspirations étaient plus candides et moins chimériques, qu'il appartenait d'indiquer la route à prendre.
Cependant, durant toutes ces recherches de la loi nouvelle, durant toute cette période d'incertitudes et de tatonnements, un homme parmi les plus humains, constamment « faisait le point » maintenait à lui seul l'équilibre, gardait le sens des sûres directives, — c'est Despiau.
Observateur et psychologue, capable d'abstraire sans généraliser et de trouver le style à travers le réel, il est peut-être le seul à atteindre le but où tend notre époque.
En présentant, en 1920, pour la première fois aux cimaises d'un musée français, deux œuvres caractéristiques de Despiau, qu'il me soit permis, comme un bien modeste hommage du Conservateur du Musée de Grenoble, d'affirmer que ma conviction d'alors était déjà l'absolue certitude que ce très grand sculpteur aurait le dernier mot.
ANDRÉ FONTAINAS
La « Leçon », dira-t-on de Despiau, où et quelle est-elle ? Sachons nous taire ; sachons nous taire et regarder. Rien d'inutile, ni de superflu. L'œuvre est de réflexion, de plénitude, d'équilibre, de précision ; aucune belle phrase ne s'apparie au secret de
Photo Bernès, Marouteau & Cie
TORSED'ADOLESCENTE (PLATRE )
TORSO OF AN ADOLESCENT (PLASTE R)
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8 son rythme. On ne la saurait transposer.
Nous taire, soit... Regarder. Nous emplir de cette plénitude et de cette délicatesse qui exclut toute miévrerie. Jamais Despiau n'y a songé. Son œil fin, agile, perçoit tout dans toute la délicatesse d'une sensibilité soumise à la rigueur d'un ensemble où se fondent les détails qui le déterminent, qui, même fugaces, le soutiennent. Nul sculpteur n'a moins obéi que Despiau a une loi préconçue, académique ou autre. Il est en contact toujours avec la nature et il adopte un plan où s'équilibrent les formes ou plutôt les volumes des têtes ou figures qu'il modèle, les incidents, les particularités qui en sont les modulations essentielles... Nul sculpteur au même degré que Despiau, et non par raisonnement mais d'instinct, n'a conscience qu'un portrait n'a de signification au-delà d'une ressemblance vulgaire et banale, que s'il se situe au point exact de rencontre où la sensibilité observée chez le modèle entre en contact avec la sensibilité qui l'observe, de l'artiste. Cette rencontre, non calculée mais éprouvée fatalement lorsque l'artiste est sincère, c'est la marque particulière du génie ;
A droite : M. LEON DESHAIRS. (BRONZE.)
Right : Mr. LEON DESHAIRS (BRONZE)
Photo Bernès, Marouteau & Cie
A gauche :
Mme CHEXTER-LABE (BRONZE.)
Left
Mme CHEXTER-LABE (BRONZE.)
c'est par là que ressort cette originalité spéciale qui relie entre elles les œuvres d'un même auteur, en dépit de la diversité des types qu'il rend et qu'il évoque, le plus fidèlement possible, chacun suivant son individualité.
C'est à quoi Charles Despiau entre tous excelle. Il a créé un univers en suscitant de pures images humaines, et cet univers, c'est lui. Je l'aime, je l'admire.
OTHON FRIESZ.
Despiau : c'est la mesure dans ce que ce mot contient de plus complet dans le langage de l'art français, haine de la facilité, point de dérogations dans l'abstrait.
C'est un chasseur d'essentiel, de plans animés, un scrutateur inlassable de la nature ; mais la fatigue est toujours contrebalancée par la joie, c'est pourquoi cette claire conscience l'emmenne tout aussi bien dans les pures régions de l'inconscience et lui permet toutes les libertés.
Après sa longue peine, nulle trace d'ennui, l'œuvre a conservé fraîcheur et spontanéité et se
Photo Jacques Lemare
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termine dans la plénitude vivante et de la plus certaine grandeur et authenticité.
Mme VAUTHERET. (PLATRE.)
Mme VAUTHERET (PLASTER.)
LOUIS GILLET,
de l'Académie française.
Syracuse.
Despiau... Avec quel plaisir ! Mais vous voyez où je suis. Pas si loin après tout de l'art de Despiau, mais faisant le touriste, courant de gîte en gîte, de merveille en merveille, et incapable de coudre ensemble deux idées. Despiau me pardonnera pour cette fois. J'espère que ce n'est que partie remise et que l'occasion se retrouvera.
MARCEL GIMOND.
Despiau a retrouvé la pureté des gothiques. Et cela sans intention, car c'est l'artiste le plus naturel qu'il soit. Il a, comme eux, la fraîcheur de sentiment, l'amour profond et le respect de la vie qui, allié à un sens très fin des nécessités plastiques, à une lucidité une intelligence pénétrante donnent le secret de cet art sensible et poétique qui atteint sans préméditation au véritable style. Il progresse toujours. C'est une récompense accordée à de très rares artistes, aux seuls très grands.
GEORGES GRAPPE
Conservateur du Musée Rodin.
Malgré l'éblouissante jeunesse de ses nus, la sensibilité si moderne de ses bustes féminins, Despiau est le statuaire le plus traditionnel, le fils le plus digne et le plus compréhensif de l'héritage que nous ont laissé Memphis, Athènes, Florence. Entre tous les jeunes artistes qui l'entouraient, Rodin avait une dilection particulière pour l'auteur de La Bacchante, car il appréciait dans ce modeste et ce silencieux, le cœur et l'esprit, le goût de la vérité, le sens de l'humain. Nulle part au monde, ce maître n'est davantage aimé et admiré que dans le palais ou sont conservés les chefs-d'œuvre de son génial ainé. Sa présence et ses conseils y sont toujours appréciés entre tous.
Despiau est la plus pure, la plus noble, la plus vivante des gloires que compte aujourd'hui la sculpture universelle.
Photo Bernès, Marouteau & Cie
Mme LA PRINCESSE ACHILLE MURAT. (BRONZE.)
Mme LA PRINCESSE ACHILLE MURAT. (BRONZE.)
Photo Bernès, Marouteau & Cie