Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LA LEÇON DE VERSAILLES OU LE SALUT PAR LA SCULPTURE --- COMME, pendant quelques années, Versailles va recevoir plus de dizaines et même de centaines de mille visiteurs encore que naguère, il est à souhaiter que quelques-uns au moins sachent discerner les leçons qu'il propose, — et en faire leur profit ; par suite celui même de notre pays. Ce n'est pas des leçons de gloire que je parle, ni des enseignements dont resplendira la Galerie des Glaces, ni de ceux que le philosophe peut tirer de la table, l'ex-table de Bismarck, vraie table parlante, celle-là. Certainement la grande leçon de Versailles et l'immense service qu'il faut souhaiter de voir donner, et comprendre, de façon constante, c'est la volonté d'un union, le sentiment de la patrie avant tout, et l'exemple de toutes les vertus héroïques qui ne doivent pas durer le temps d'un beau feu d'artifice. Ces leçons-la sortent de notre cadre, et tout en faisant des vœux, ce n'est point à nous qu'est dévolue la tâche de combattre ici pour elles. Mais il en est d'autres, d'une plus grande importance qu'on ne croit (puisqu'on les oublie toujours) et qui sont, ou devraient être, une des plus riches sources de notre prestige par le monde, un des stimulants les plus énergiques et les plus féconds de notre activité intellectuelle. Puisque Versailles a retrouvé, pour longtemps, un regain de curiosité, de célébrité, et espérons-le, d'un respect supérieur à une simple badauderie de touristes, que l'on sache enfin, et que l'on ne méconnaisse pas, sa vraie, son exceptionnelle grandeur, et l'intensité de rayonnement de son foyer. — Parbleu, diront certains, vous nous la baillez belle. Croyez-vous que nous ne connaissions pas Versailles ? Il vous reste aussi, si vous voulez, l'Amérique à découvrir... — Eh bien non. L'on ne connaît pas Versailles, tant qu'il n'est pas reconnu, je ne dis pas 1.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE dans l'univers, mais simplement en France, — car il y a encore beaucoup de choses françaises que l'on sait partout, excepté en France, — qu'au point de vue artistique, c'est un des plus hauts et des plus magnifiques lieux d'enseignement qui existent et aient existé dans l'histoire. Cela n'est que trop facile à prouver, si c'est difficile à faire admettre. En voulez-vous un témoignage immédiat ? Demandez savent leurs noms et les appliquent sur leurs œuvres) que les hommes, disons-nous, qui s'appelaient Le Gros, Tuby, Gaspard Marsy, Le Hongre, Desjardins sont, à leur époque, aussi grands, sinon plus grands que le furent, à la leur, les Mino, les Donatello, les Verrochio, et Girardon qui, par exception, est un peu plus illustre, est non seulement un charmeur, mais encore un colosse ? Michel-Ange excepté, l'École française de sculpture en général, et celle de Versailles en particulier; est-elle ce HARDY. — BASSIN D'ANTIN OU DES ENFANTS (1710). à n'importe quel artiste ou membre de l'Institut ou médaillé, ou non, ignorant ou instruit, s'il est vrai que certaines des statues de Versailles sont plus belles ou, tout au moins, aussi belles, que les œuvres les plus célèbres de l'art grec. Vous verrez alors ce que c'est que des regards de stupéfaction et des haussements d'épaules de pitié. Demandez aux érudits et aux dilettante férus de Florence, et de l'art italien, si noble, si expressif et si émouvant d'ailleurs : « Est-ce que les hommes (encore si peu appréciés que peut être deux personnes sur mille qu'il y a de plus complet et de plus fort dans l'art moderne ? » Vous verrez poindre sur les lèvres de ces italianisants, si charmants et si sympathiques, d'ailleurs, un beau sourire de mépris qui vous paiera de toute votre peine. Enfin, ô profanation ! osez déclarer à l'un quelconque des fanatiques de l'art actuel, qu'auprès des admirables maîtres que nous venons de nommer, Rodin lui-même fait une figure sur laquelle l'histoire est loin d'avoir encore dit son dernier mot... Ah! alors, si vous vous en tirez vivant, vous aurez de la chance.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 365 Je sais pour moi qu'en écrivant ces mots sacrilèges, je viens de me perdre sans retour. Mais cela m'est infiniment indifférent. Ayant été un des premiers à défendre Rodin quand tout le monde et même les enthousiastes éperdus d'aujourd'hui, riaient de son œuvre et dénigraient sa personne, cela m'a conféré quelque droit de ne pas divaguer en parlant de lui. Il est vrai que Rodin aurait été le premier à approuver ces opinions, y compris celle qui le concerne, car s'il laissa dire mille sottises sur lui, il était trop fin et trop judicieux pour en penser et en appuyer aucune. Il laissa la sculpture s'engager, à son imitation, dans une détestable voie. Et ses suiveurs furent d'ailleurs exactement les mêmes qui se seraient attachés aux traces de l'admirable Dalou, si cela avait été à celui-ci que fut venue la vogue. Mais ce n'est pas d'ailleurs de Rodin, ou de Rodin seulement, qu'il s'agit ici. Revenons donc à nos sculpteurs de Versailles. S'il est admis qu'ils sont, comme nous le disions, aussi grands que ceux de tous les temps les plus glorieux, il en résulte que nous avons raison de dire qu'ils sont encore méconnus de nos jours, puisqu'on les regarde, en bloc, comme d'agréables décorateurs, faisant bien dans un ensemble d'architecture et de verdure, et que presque personne ne s'occupe de les étudier en détail, dans leur personnalité, si tranchée. Lorsqu'on aura mieux regardé et plus justement apprécié la plénitude et la force expressive de Le Gros ; l'élegance de Le Hongre, héritier, dans quelque mesure, de Jean Goujon ; la richesse d'invention, la grâce robuste, la vie vivante de Gaspard Marsy, si bien secondé par son frère Balthasar ; l'aristocratique finesse de Desjardins ; la saine luxuriance de Tuby ; la simplicité noble de Lecomte ; et de maints autres encore, pour ne point parler des maîtres par hasard consacrés, comme Coysevox et Girardon ; — alors on commencera de comprendre qu'il y a là autre chose que de l'art de cour, du flafle décoratif et de l'opulence conventionnelle. Alors, on se reprendra d'une curiosité passionnée pour ces hommes extraordinaires. Mais en même temps on taxera de coupable indifférence les générations (y compris la nôtre) qui auront laissé s'accumuler sur leurs puissantes personnalités les ténèbres et sur leurs œuvres magnifiques les ravages. Heureusement, en ce qui concerne leurs carrières, il est des esprits artistes et avisés qui ont empêché, désormais que l'obscurité les envahisse comme elle a fait malheureusement pour tant d'autres grands maîtres français de la Renaissance et du Moyen Age. Un livre, un très beau livre existe déjà, en attendant certains autres travaux extrêmement importants, qui permet de savoir le principal de leur vie et l'énumération de la plus grande partie de leurs ouvrages. Je veux parler du monumental Dictionnaire des Sculpteurs français, de Stanislas Lami, dont justement paraît en ce moment-ci un des derniers volumes, consacrés au xixe siècle. Le volume du xviiie siècle nous renseigne très complètement sur ces beaux maîtres Taby, Le Gros, Coysevox, Le Hongre, les Marsy, Magnier, Desjardins, Raon, Regnaudin, Girardon, et jusques à Cornu, Garnier, Lerambert, Lecomte et tant d'autres encore. On y voit les commandes, les entreprises, et aussi ces singulières et fécondes parentés entre beaucoup de ces artistes, et là-

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE LE HONGRE. — L'AIR (1683). dessus la souveraine personnalité de Le Brun, les dominant et les inspirant tous. Pour la première fois nous pouvons ainsi nous rendre compte de l'importance et de l'enchaînement miraculeux de notre statuaire à travers les temps. C'est déjà beaucoup de mieux connaître une telle histoire. Mais les œuvres! Les laissera-t-on continuer de souffrir à la fois de l'incompréhension et des intempéries? Pourtant, allez au Louvre. Vous verrez dans les salles de sculpture moderne, des œuvres fascinatrices de charme et de force. Vous regardez les noms: Le Gros, Coysevox, etc. Vous vous approchez : les cartouches vous disent qu'elles proviennent des jardins de Versailles. Vous les regardez en détail : elles sont rongées en partie, grêlées comme ces femmes qui ont eu la petite vérole, mais demeurent de loin d'une beauté merveilleuse et d'autant plus poignante. Pourquoi ? C'est que pendant des années et des années, les arbres et les hivers se sont égouttés sur ces chefs-d'œuvre et, sans pouvoir en atteindre la robuste construction, en ont compromis le subtil et voluptueux modelé. Eh bien ! allez à Versailles maintenant. Vous serez navré. D'autres chefs-d'œuvre aussi beaux et plus beaux encore que ceux-là, sont en train, ou à la veille, de subir les mêmes ou de pires outrages. De grands arbres surplombent la délicieuse figure de l'Eau, par Le Gros, à la merci d'une chute de grosses branches, qui la fracasserait net. La Vénus de Marsy est dès maintenant entièrement rongée quant au visage, et de nombreuses parties qui, si l'on en juge par ce qui subsiste du reste, devaient être purement adorables. Il en est de même de la Pandore et de la Vénus de Le Gros. Bien d'autres désastres s'accomplissent ou s'accompliront, et dont j'abrége le martyrologe. Attendra-t-on des désastres irréparables pour placer au Louvre à l'état de tronçon informes ces survivants d'un si grand art ? Au Louvre, où vous pouvez constater que ceux que quelque hasard a sauvés tiennent une place égale à celle des chefs-d'œuvre antiques ? Notre Musée, enfin, est-il le temple ou l'hôpital de la sculpture française ? De bonnes copies auraient l'avantage de remplir dans les jardins à peu près le même rôle décoratif et de former les jeunes sculpteurs que l'on en chargerait, et de leur ouvrir les yeux sur ce que c'est que la sculpture. Hélas ! les pauvres garçons ! beaucoup, et qui pourtant avaient des dons, ne s'en doutent même pas. Le plus grand nombre, dès l'École a été, est, ou sera fasciné par le faux énergique, le lâché grimaçant, l'insuffisant que l'on baptisait du nom commode de synthétique. Mais la sculpture calme reprendra un jour son pouvoir et KELLER. — LA SAÔNE.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 367 les artistes pourront sans déshonneur avouer qu'une de ses beautés supérieures est résumée par le vers de Baudelaire (pas précisément un pontife ni un académisant, celui-là !) : Je hais le mouvement qui déplace la ligne. Cela présente-t-il une contradiction avec les œuvres mouvementées de Rude et de Carpeaux, pour ne pas parler de Puget ? Apollon et la Marseillaise sont-ils en opposition avec le vers sublime de Baudelaire et tournent-ils le dos aux chefs-d’œuvre des grands maîtres de Versailles ? Nullement, car chez ces dignes continuateurs, ce qui a dominé en même temps qu’une exécution aussi belle, c’est la recherche du rythme qui est l’ordonnance même et la ligne du mouvement. Or, c’est ce qu’il y a d’admirable et de réconfortant dans le spectacle que nous offre la statuaire française tout entière. Avant et après la majestueuse pléiade du XVIIe siècle, nous avons encore d’immenses réserves d’exemples, d’enseignements, de beautés, — de salut, en un mot. De même que, pour ne pas cesser de parler la langue française et ne pas la remplacer par un charabia farci de néologismes, d’argot, et de barbarismes étrangers et parlementaires, il sera toujours nécessaire de revenir aux écrivains du XVIIe siècle ; de même pour retrouver le langage de la forme, de l’attitude, de la chair stylisée, il faudra, après les avoir situés à leur vraie et méritée place, recourir aux statuaires de ce même âge. Admirons leurs bronzes et sauvons leurs marbres. La force même des choses et l’action irréductible de la vérité et de la beauté fera le reste. LEGROS. — NYMPHE DU PARTERRE D’EAU (1688). La statuaire française avec ses vrais « Pères de l’Église », les imagiers des cathédrales ; ses paiens exquis, les sculpteurs de la Renaissance ; ses puissants et nobles artisans de Versailles ; ses pétrisseurs de grâce du XVIIIe siècle ; ses grands observateurs de la vie que le XIXe siècle a ajoutés à la liste triomphale, — la statuaire française, nous ne le dirons jamais trop, sera la régénératrice de l’art tout entier, si puérilement compromis par les influences étrangères, la témérité des amateurs, et les enfantillages de nos jeunes gagas. La peinture, tombée à la seule et brutale séduction de la tache ; la sculpture elle-même, s’égarant dans le forcené à froid que l’on a cru, à tort d’ailleurs, être la leçon donnée par Rodin, aussi incompris à ses débuts par ses adversaires que mal compris à la fin par ses fanatiques — tout cela sera régénéré par les œuvres de nos grands statuaires, car en eux demeureront toujours les leçons de volonté, de méditation, de richesse de la forme, de justesse et d’intensité raisonnée dans l’expression qui, seules, peuvent ramener au vrai et guérir un art de sa propre déchéance. Telle est la leçon de Versailles. Ajoutons qu’il est agréable de penser que les Allemands, leurs efforts et leur influence, n’auront jamais de prise sur elle. Jamais, vous entendez, jamais, en aucun temps, ils n’ont eu un seul grand statuaire. Réfléchissez là-dessus. C’est un fait très important dans l’histoire du monde. On n’en a peut-être pas assez fait ressortir la signification et la valeur. Il explique bien des tares d’une part, et de l’autre justifie bien des fiertés et des espérances. ARSÈNE ALEXANDRE. GROUPE D’ENFANTS.

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COUPE AGATE SANDVILLE, MONTURES D'OR AVEC ÉMAUX ET PIERRERIES, XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE FRANÇOIS II. MANQUENT: LE MOTIF DE L'ANSE ET LE TOUR DE LA BASE, OR ÉMAILLÉ VERT, BLEU, NOIR, BLANC ET POURPRE. VASE À PARFUM AGATE, MONTURES D'ARGENT DORÉ, AVEC ÉMAUX ET CAMÉES XVIIe SIÈCLE, STYLE ITALIEN. LA PIÈCE MANQUE ENTIÈREMENT. COUPE AGATE SANDVILLE, MONTURES D'OR ET ARGENT AVEC PIERRES PRÉCIEUSES ET ÉMAUX, XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE FRANÇOIS II. MANQUENT: 7 PIERRES ET LE MOTIF DE L'ANSE. LES GEMMES DU MUSÉE DU PRADO LE vol qui fut perpétré, l'an dernier, d'un certain nombre de pièces de gemmes au Musée du Prado à Madrid, attira l'attention sur l'une des plus belles collections qui existent dans le monde de ces pièces d'apparat si précieuses et si riches, gloires anciennes des grandes collections princières, et qu'ont recueillis certains grands Musées publics d'Europe, et quelques riches collections privées d'Angleterre, d'Autriche et de France. Ce sont les Valois en France, et plus particulièrement François Ier (1525-1547) les Médicis en Italie, — Philippe II en Espagne (1556-1598), et surtout l'empe- reur Rodolphe II en Autriche (1576-1511), qui eurent un goût très vif pour ces objets de matières dures taillées, et qui en constituèrent de notables collections qui font aujourd'hui l'honneur des grands Musées du Louvre à Paris, des Uffizzi à Florence, du Prado à Madrid, ou du Musée de Vienne. Pendant longtemps on a pu croire que ces objets conservés dans les vitrines de la galerie d'Apollon au Louvre, avaient été fabriqués en France, à Paris, et étaient entrés dans les anciennes Collections de la Couronne de France, du temps des Valois qui en avaient fait la commande à des artistes travaillant dans des ateliers installés à leur Cour. C'était l'avis d'un des hommes qui ont le plus honoré le Louvre, M. Barbet de Jouy, qui pour faire suite à la notice complémentaire consacrée par le marquis de Laborde aux Émaux de la galerie d'Apollon (2e édition 1853), avait rédigé le premier catalogue des gemmes et joyaux conservés au Louvre (in-12, 118 pages 1867). Depuis lors, la connaissance des inventaires royaux et leur publication ont pu fournir des certitudes, quant à l'origine de ces objets somptueux qui, en très grande majorité, ont été fabriqués en Italie, et ont été, pour la plupart, acquis par Louis XIV. La collection du Louvre, contenue en trois vitrines de la galerie d'Apollon, comprend plus de deux cents pièces (exactement du n° 774 au numéro 1015 dans le catalogue sommaire de l'orfèvrerie récemment rédigé par M. Jean Marquet de Vasselot. Paris, Braun, 1914), et tous les amateurs de gravures connaissent le magnifique album que l'aquafortiste éminent Jacquemart

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 369 COUPE GOBULÉE, MONTURE D'OR CISELÉ, XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI III. MANQUENT : LE BORD ET LA MOULURE DU PIED TOUT EN OR. COUPE AGATE ORIENTALE, MONTURES D'OR ÉMAILLÉ, XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI II. MANQUE ENTièrement. COUPE OVALE JASPE SANGUIN, MONTURES D'OR XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI II. MANQUE ENTièrement. leur consacra jadis, avec des explications de M. Barbet de Jouy (1865). On sait que l'Assemblée Constituante avait, en 1791, fait dresser par les commissaires Bion, Christin et Delattre un « inventaire des diamants de la Couronne, perles, pierreries, tableaux, pierres gravées et autres monuments des arts et des sciences existant au garde-meuble » qui fut imprimé l'année même, en deux parties, à l'Imprimerie Nationale. C'est dans la deuxième partie de cet inventaire de 1791 que sont compris les vases en pierres dures montés en orfèvrerie, en or ou en argent émaillés, série qu'avait en majeure partie constituée Louis XIV, et qui se retrouvent dans les Comptes des Bâtiments du Roy, publiés par M. Jules Guiffrey. Mais de ces gemmes, vases de pierres dures, cristaux de roche, agates, sardonyx, lapis, jaspes, qui parent aujourd'hui la galerie d'Apollon d'un somptueux éclat, combien manquent à la réunion ! Un certain nombre fut aliéné ; d'autres, de médiocre importance, furent envoyés à l'ancien Jardin du Roy, au Muséum d'Histoire Naturelle, comme échantillons de minéralogie. Quelques pièces, peu nombreuses mais de premier ordre, furent soustraites en 1830. D'autres enfin, déjà en mauvais état, au temps de la Révolution, furent détruites. D'ailleurs, ceux de ces objets qui étaient entrés au Muséum des Arts n'y virent pas la fin de leurs vicissitudes. Le Consulat, le Premier Empire, la Restauration, le règne de Louis-Philippe, les considérant comme objets meublants, les mirent à une dure épreuve, d'où résultèrent des pertes certaines et des mutilations. Pour n'en citer qu'un exemple, la quarantaine de pièces qui de 1852 à 1870 firent l'ornement du château de Saint-Cloud, en furent sauvées par Barbet de Jouy à la veille de l'investissement de Paris; mais elles revinrent de cet exil veuves des pierres précieuses qui ornaient leurs orfèvreries. Enfin, une bonne partie de ces somptueux joyaux, qui faisait partie du cabinet de Louis XIV, fut emportée en Espagne par son petit-fils Philippe V, et venant accroître les collections de même genre formées par Philippe II et ses successeurs, font aujourd'hui la gloire du Musée du Prado, à Madrid. La collection constituée par les Médicis, à Florence, est toute entière conservée au Musée des Uffizzi, au nombre de plus de quatre cents pièces. Sans être aussi importantes, les séries du Musée de Vienne ont dû beaucoup de leur développement à l'empereur Rodolphe II qui avait un goût très vif pour ces travaux précieux. ---

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Il semblerait que nous devrions être très éclairés sur l'histoire de ces beaux objets d'art. Et, cependant, c'est une des branches de l'histoire de l'art qui est demeurée des plus obscures. Faute de travaux critiques aucun classement scientifique un peu sérieux n'en peut être établi. Il y aurait un dépouillement d'archives très sévère à pratiquer, qui nous ferait connaître les commandes faites par des princes ou des hommes d'église, à des artistes, et qui nous donnerait ainsi des noms, Bohème) ils l'aient été par des artisans italiens qui y avaient été appelés. De même pour connaître les noms des orfèvres-émaillleurs qui ont paré ces gemmes de ces riches montures émaillées, ornées de pierres précieuses, on pourrait, en dehors de l'Italie, s'adresser aux archives d'autres pays où cette riche parure a été ajoutée aux gemmes, et parfois loin de leur pays d'origine. Il ne paraît pas contestable que bien des orfèvres allemands de Nurem- des origines et des dates. C'est alors, seulement, que par rapprochement et comparaison des monuments entre eux, on pourrait établir des séries. Ce sont les archives italiennes qui, avant toutes autres, devraient être interrogées, car on peut admettre que ce sont les artistes italiens qui étaient alors en Europe les plus adroits et les plus fameux tailleurs et graveurs de pierres dures, et si l'on peut discuter qu'ils aient exécuté tous ces étonnants travaux en Italie, il n'est guère douteux qu'exécutés en d'autres pays (France, Allemagne, Autriche ou bourg ou d'Augsbourg ont dû y travailler. Ne sait-on pas que des orfèvres flamands travaillaient à Prague pour Rodolphe II avec une colonie de graveurs sur gemmes italiens. Pour déblayer cette question, voilà le premier travail préparatoire qui devrait être entrepris, et ce serait une belle œuvre d'érudition à tenter un jeune savant français, quelqu'élève de notre École d'archéologie de Rome. Sur toutes ces questions nous n'avons à l'heure

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 371 actuelle que des bribes d'indications On n'ignore pas les faveurs et les largesses que François Ier, le plus fastueux des Va-lois, prodigua à l'un des plus habiles graveurs de l'Italie Matteo del Nassaro, de Vérone (vie de Vasari, études de H. de La Tour et de JulesGuiffrey) qui de la Cour d'Isabelle d'Este vint vers 1515 travailler à la Cour de Fontainebleau. J. Mariette dans son Traité des pierres gravées, a parlé de l'émerveillement qu'avait causé son camée sarafate, représentant la tête de Déjanire, que François Ier conservait précieusement dans son écrin — ce qui valut à l'artiste la commande d'un grand oratoire orné d'une quantité de pierres gravées. — On a pensé pouvoir lui attribuer une magnifique aiguière de la galerie d'Apollon, en cristal de roche, montée en vermeil, et aux armes de Bourbon, ce qui ferait croire qu'elle put être exécutée pour le connétable de Bourbon, mort en 1527 (E. Molinier, Revue de l'art ancien et moderne. Tome V. Avril 1899). Le catalogue des actes de François Ier renferme une mention intéressante. C'est le versement fait à Matteo pour «dresser des moulins à faire d'autres vases». Ces moulins hydrauliques étaient destinés à mettre en mouvement une taillerie de pierres fines, qui fut installée sur la Seine. Dans un document de 1534, elle est ainsi désignée: «un moulin porté sur basteaux pour pollir dyamans, aymeraudes, agattes, et autres espèces de pierres». C'était le bateau moulin, dit de la Jourdain, la première taillerie de pierres dures installée en France. M. H. de la Tour, auquel nous empruntons ces détails si intéressants dit que ce bateau était appelé Moulin parce que sa machine était mise en mouvement par des roues hydrauliques semblables à celles des moulins ordinaires. Il était amarré sur le bras droit de la Seine, dans le voisinage des Etuves où François Ier avait installé son protégé Matteo. (De la Tour, Revue Numismatique, 1893). C'est donc un artiste italien qui introduisit en France les procédés de la gravure et de la taille des pierres dures, et ce furent les élèves formés sous sa direction qui perpétuèrent en France son art ; tels Guillaume Hoison, Jehan Vinderne nommés dans les Comptes (1). Mais il faut plutôt croire que furent apportés d'Italie par Catherine de Médicis ces bustes d'Empereurs romains en agate dont la série est au Louvre. Cet art de la taille des pierres dures était alors à son apogée en Italie. Comme Vérone et Venise, Milan possédait un commerce étendu des cristaux de roche qu'elle recevait des Alpes voisines, et que ses ateliers taillaient et gravaient. Vasari cite parmi les plus habiles Gasparo et Girolamo Misseroni comme ayant exécuté deux beaux vases pour le duc Cosme. Il cite aussi Jacopo da Trezzo comme un des plus fameux artistes en glyptique de Milan. Mariette a aussi parlé de Jean-Bernard de CastelBolognese chargé par le duc de Ferrare de graver sur un morceau de cristalderroche l'attaque du fort de la Bastie où le prince avait été blessé. Il travailla pour Clément VII, et en 1535 entra au ser- (1) E. Babelon, La gravure sur gemmes en France, Paris 1902. AMPHORE EN CRISTAL DE ROCHE TAILLÉ ET GRAVÉ. MONTURES D'OR AVEC ÉMAUX, XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI II. COUPE EN CRISTAL DE ROCHE TAILLÉ ET GRAVÉ, MONTURES D'ARGENT DORÉ ET LAPIS, XVIIe SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI IV, MANQUENT : LA BASE D'ARGENT DORÉ ET 32 PIERRES DE LAPIS.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE COUPE OVALE LAPIS ORIENTAL MONTURES D'OR EMAILLÉ ET MAT AVEC SCULPTURES XVIe SIÈCLE RÈGNE DE HENRI III. MANQUENT: LES DRAGONS DES ANSES ET LA MONTRURE OR DU PIED. vice du cardinal Alexandre Farnèse, et exécutait à sa commande sur des plaques de cristal de roche plusieurs compositions tirées du Nouveau Testament, qui enrichissaient le pied d'une croix dont le cardinal avait fait don à St-Pierre de Rome. C'est aussi pour ce même Clément VII que travaillait un des plus remarquables artistes de ce moment Valerio Belli de Vicence. Sa réputation s'était affirmée par la prestigieuse exécution de ces grandes cassettes composées de plaques de cristal de roche gravées, dont il tirait ensuite des épreuves en plomb et en bronze, recherchées aujourd'hui par les amateurs de plaquettes. La fameuse cassette avec vingt-quatre sujets de l'histoire de Jésus-Christ, ainsi exécutée pour Clément VII, qui en fit don à François Ier, est aujourd'hui au Musée des Offices à Florence. Combien d'autres artistes travaillèrent alors pour les Papes, dont les noms doivent se retrouver aux Archives du Vatican ! Tel que ce Giovanni delle Corniole, qui travailla pour Paul II, et qu'Eugène Muntz a cité dans son grand travail des Arts à la Cour des Papes. (Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, 4 et 48). Le cabinet des Uffizzi est plein d'œuvres de ces artistes qu'il faudrait étudier de près — en recourant aux sources écrites. De même doit être parallèlement mené le travail d'identification des travaux d'orfèvres qui montaient richement ces belles pierres,l'orfèvre Michele Mazafirri, auteur des deux bas reliefs en or sur fond de jaspe — Gaspard Mola qui fit ce curieux bas relief de la Place de la Seigneurie en or enrichi de pierres — ou Piétro Maria Serbaldi de Pescia, auteur de ce joli groupe en porphyre de Vénus et l'amour. C'est le hasard d'une rencontre qui permit ainsi à J. Marquet de Vasselot de rapprocher d'un petit disque en porphyre des Offices avec un buste de Léon X, un petit disque semblable donné jadis au Louvre par Ch. Stein, gravé en creux d'une allégorie de la paix, disques qui durent servir à frapper une médaille, face et revers (Bulletin des Antiquaires de France, 1905, p. 258). * Certes les Collections des Valois durent renfermer un bon nombre de ces objets précieux. Nous aurions pour les identifier l'inventaire de 1560 du Trésor de Fontainebleau. Tout a disparu dans les troubles de la fin du XVIe siècle. Le Trésor des rois de Navarre conservé à Pau et dont un inventaire fut dressé en 1561 était très appauvri quand Henry IV l'incorpora au domaine de la Couronne. C'est bien de Louis XIV que date la présence en France de toute la série des beaux gemmes du Louvre et du Prado puisque Philippe V en emporta une moitié à Madrid. De ces pièces bon nombre sont bien du XVIe

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 373 GRANDE TASSE NERO ANTICO ET JAPSE SANGUIN, MONTURES D'ARGENT, OR ET PIERRERIES XV° SIÈCLE, RÈGNE DE CHARLES IX. matières employées sont les pierres siliceuses, les quartz, qui comprennent toutes les variétés du cristal de roche, l'améthyste étant l'une d'elles. Les agates, parmi lesquelles on distingue la calcédoine, la sardoine, la cor- naline. Les jaspes qui ne diffèrent des agates que par leur opacité, par leur cassure terne et compacte, Taillées par des lapidaires ces pierres deviennent bien des gemmes c'est-à-dire des pierres précieuses, et sont en même temps les plus splendides matières pour en tirer des objets d'art. Les formes en sont parfois assez simples, vases, seaux, aiguières décorés d'anses souvent enrichies d'orfèvrerie et d'emaux, les surfaces profondément gravées de sujets ou d'ornements. Mais plus tard il semble que les lapi- daires ayant perfectionné leur habileté technique en vinrent à créer des pièces de formes bizarres et com- pliquées qui pour être très somptueuses, n'en sont pas moins d'un goût contestable. Elles doivent dater du XVIIe siècle plutôt que du XVIe. Ce sont des dragons, des coqs, des paysages en cristal. Ces pièces assez difformes ont la prétention d'être des vases assez faciles à dégrossir dans de gros blocs de cristal de roche. D'autres artistes en cherchant la difficulté, ont cher- ché à tirer parti des défauts ou des accidents des pierres qu'ils taillaient. Le jaspe sanguin (vert tacheté de rouge) a permis ainsi des habiletés, des tours de force, dont le Louvre peut montrer un exemple. C'est ce Christ à la Colonne dont les taches rouges du jaspe ont été utilisées pour simuler les plaies dont les fouets des bourreaux ont marqué le corps du Christ Cette figure plastique excellente se dresse sur une terrasse d'or émaillé, ornée de quatre figures d'anges et de représentations des Evangéliques, chef-d'œuvre d'orfèvrerie française du XVIIe siècle, acquis pour le Roy en 1671 ainsi qu'en témoigne la quittance retrouvée par M. Germain Bapst (Bulletin des Antiquaires de France). Emile Molinier avait jadis publié quelques unes des pièces de gemmes les plus précieuses de la galerie d'Apolon (Revue de l'Art ancien et moderne, 10 avril 1899). Mais de façon toute vulgarisatrice, et sans nous fournir aucun élément d'érudition, dont il était cependant si capable. C'est donc un travail de très longue haleine, qui reste à faire, en utilisant les monuments si nombreux de quatre grands musées d'Europe, et pour lequel le Prado fournira une série des plus importantes. GASTON MIGEON. siècle, et ce sont les agents de Louis XIV à l'étranger qui en faisaient l'acquisition pour le grand roi. Il suffit de parcourir à ce point de vue les Comptes des Bâtiments du Roi, où sont énumérées certaines de ces pièces qu'on peut retrouver à Paris ou à Madrid, avec leur provenance certaine (Milan ou Venise, Mayence, Augsbourg, Hambourg ou Constantinople.) Ces œuvres précieuses étaient conservées à Versailles, placées sur des tables en bois sculpté et doré dont Pierre Le Pautre nous a conservé les dessins, dans le Cabinet des raretés dont Piganiol de la Force en 1701 nous a laissé la description : «Ce Cabinet est de figure octogone et est éclairé par une voûte en manière de dôme. Il est tout entouré de glaces, et dans les niches il y a des gradins qui sont chargés de bijoux, de même que quantité de consoles ; sur la cheminée qui est de marbre vert on voit des agates de toutes sortes, qui forment ou représentent mille choses différentes ; des cristaux pré- cieux par eux mêmes et plus encore par l'art avec lequel on les a taillés ; des figures d'or couvertes de pierreries ». A désigner toutes ces pièces du nom de gemmes, (du latin gemma, pierre précieuse), ce qui n'est pas très minéralogique, qu'il suffise de dire que les principales VASE EN TOPAZE ENFUMÉ, MONTURES D'OR AVEC ÉMAUX ET PIERRERIES, XVI° SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI II. MANQUENT LA MONTURE DE LA BASE D'OR ÉMAILLÉ AVEC PIERRES PRÉCIEUSES.