Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

![image](image_1.png)

Page 2

LA CONSTRUCTION MODERNE

Page 3

QUARANTE-ET-UNIÈME ANNÉE LA CONSTRUCTION MODERNE JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ DIRECTEUR : E. RUMLER FONDATEUR : P. PLANAT ART -- THÉORIE APPLIQUÉE -- PRATIQUE GÉNIE CIVIL -- INDUSTRIE DU BATIMENT PARIS LIBRAIRIE DE LA CONSTRUCTION MODERNE 43, Rue de l'Odéon, 13 1925 - 1926

Page 4

4 OCTOBRE 1925 LA CONSTRUCTION MODERNE Exposition des Arts Décoratifs. — Auberge de la Potée Lorraine — M. P. SELMERSHEIM, Architecte A L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS LE VILLAGE FRANÇAIS ET LES PAVILLONS RÉGIONAUX Dans son numéro du 22 août dernier, l’« Illustration » publie un article de son collaborateur Léandre Vaillat. Le distingué critique du « Temps » semble partir en campagne contre la Normandie avec plus de complaisance pour la Champagne. Il attaque d’une façon générale les architectes qui « aménagent les lieux de la Région de Deauville, d’Houlgate et de Cabourg selon le système Cornuché » et d’une façon particulière les architectes Lelong et Chirol, auteurs du « Clos Normand » à l’Exposition des Arts Décoratifs. M. Léandre Vaillat écrit : « Voici le Clos normand où l’on mange de la cuisine normande ; mise à part cette gastronomie, je ne vois point ce qu’il y a de normand dans ce restaurant entouré d’une terrasse. Il est vrai qu’en Normandie même la plupart de ceux qui construisent ne semblent pas se douter de l’existence d’un style régional, très marqué et justifié aujourd’hui encore par le climat et les matériaux naturels. Parcourez la région de Deauville, de Houlgate et de Cabourg ; regardez les « Villas » de ces lieux aménagés selon le sys- tème Cornuché, et dites-moi quel rapport il y a entre ces décors d’opéra-comique et la physionomie des vieilles fermes qui, avec leurs murs à pans de bois et leurs toits de chaume au milieu des vergers font penser à une robe d’indienne sous un chapeau de paille. O vous, Madame Lucie Delarue-Mardrus, qui avez si bien décrit les paysages normands, qui vivez au milieu d’eux, levez l’étendard de la croisade pour que l’on construise désormais, en Normandie, de vraies maisons normandes ; nous mettons notre espoir en vous. » Je ne sais si les architectes Lelong et Chirol mettent leur espoir en moi pour les soutenir contre… cette croisade, mais je ne doute pas qu’ils aient pensé en lisant l’article de l’« Illustration » : « Voilà un critique qui ne connaît pas très bien le Règlement de l’Exposition et il est à espérer que le Rédacteur de la « Construction Moderne » connaît mieux les raisons qui nous ont conduits à construire ainsi le « Clos Normand ». Le règlement de l’Exposition mentionne que « sont admises à l’Exposition les œuvres d’une inspiration nouvelle et d’une originalité réelle exécutées et présentées par les artistes, artisans, industriels, créateurs de modèles et éditeurs et rentrant dans les arts décoratifs et industriels modernes. « En sont rigoureusement exclues les copies, imitations et contrefaçons des styles anciens. » 41° ANNÉE. — N° 1.

Page 5

LA CONSTRUCTION MODERNE 4 OCTOBRE 1925 Les architectes Lelong et Chirol se sont inspirés de ces deux paragraphes pour soumettre au Jury d’admission un projet. Aimant le Normand, « imbus des paysages normands, vivant au milieu d’eux », leur projet a paru trop normand à ce Jury et a été rejeté. Ils ont été invités à en présenter un deuxième qui a été accepté et réalisé. Voilà en quelques lignes l’histoire du « Clos Normand ». La construction est « à pans de bois et à charpente avec fermes avec longues jambes de force et entrants retroussés ». M. Léandre Vaillat traite plus loin de la Maison d’Alsace par E. Haug et de la Maison Bretonne par Lucien Vaugeois avec plus de complaisance parce qu’elles semblent, à son avis, se rattacher mieux au régionalisme de leurs provinces ; nous ne sommes pas tout à fait de cet avis également sur ces deux points. E. Haug construit d’une façon bien différente de ce que nous avons connu en Alsace et dans un goût quelque peu nouveau ; Lucien Vaugeois a l’habitude de faire du moderne dans la forme, en particulier par ses grandes ouvertures, tout en se rattachant par la matière aux traditions de son pays établies par le climat particulier de la Bretagne. M. Léandre Vaillat critique ensuite le « Village français » et écrit qu’on ne trouve nulle part en France cette maison du Marbrier, cette pharmacie, ce lavoir, cette école, cette église du Village français, que ces maisons se situent malaisément et sont comme en l’air. En effet, au Village français il n’y a aucune trace de régionalisme ou de « déjà vu » parce que les architectes se sont conformés, comme leurs confrères Lelong et Chirol de Rouen, rigoureusement au Règlement de l’Exposition. L’emplacement occupé par le Village français est situé au Cours Albert-Ier entre la Maison d’Alsace et la Maison de Bretagne, ces deux constructions ne faisant pas partie du Village. Il est très regrettable que cet emplacement soit trop restreint, chaque architecte a dû se contenter d’un terrain trop petit et faire très petit. C’est une bande de terrain étroite ne permettant pas au Village d’avoir des rues et une place et même une seule rue bordée des deux côtés par un alignement de maisons ; la Mairie elle-même n’a pas pu être isolée et perd tout caractère, noyée au milieu d’autres constructions, avec une façade trop étroite. Pour marquer du caractère, pour avoir des maisons qui ne semblent pas comme en l’air, il faudrait un grand emplacement, un emplacement très vaste. Pourquoi alors la Ville de Paris n’organiserait-elle pas à son tour une exposition de maisons paysannes qui serait encouragée et soutenue par l’Etat ? Tout le monde y trouverait profit : les architectes auraient des travaux, les locataires sans appartement une villa. Les maisons vendues aux enchères atteindraient un bon prix qui allégerait les caisses municipales. Ces villas plairaient parce que le genre est quelque peu goûté. Il ne s’agirait pas, naturellement, de construire des bâtiments agricoles avec des vaches et des poules, il n’y en a d’ailleurs pas au Village français! Le village a eu pour architecte en chef : Charles Genuys, pour architecte adjoint : Gouverneur; le plan a été établi par Dervaux. Il comprend la Maison du Marbrier par Louis Loys-Brochet, le Bazar par Oudin, la Pharmacie et son laboratoire par Bluyssen et Parisot, la Maison du Sabotier par G. Guillemonat, la Maison de Tous par Alfred Agache, la Mairie par Guimard, la Maison du Tisserand par Emile Brunet, la Maison d’Habitation bourgeoise par Hamelet, l’Auberge de la Potée Lorraine par Pierre Selmersheim, la Boulangerie « Au pain de France » par Alfred Levard, le Cimetière par L.-F. Bigaux avec portes d’entrée, trente monuments et un calvaire exécuté par différents architectes, la Fontaine par Schneider, l’Ecole par Paul Gényus, l’Eglise du Village par Jacques Droz et par ses nombreux collaborateurs, quelques bars, restaurants et constructions diverses. --- L’AUBERGE DE LA POTÉE LORRAINE (Planches 1 et 2) L’Auberge de la Potée Lorraine, située au Village français, a été composée et construite par l’architecte Pierre Selmersheim. Le nom fait pressentir que l’on y mange la cuisine locale. Le propriétaire M. Bruant, originaire des environs de Toul, a estimé que pour réussir il valait mieux servir des repas à un prix relativement abordable au plus grand nombre possible de clients. Le menu est toujours semblable : une bonne soupe aux choux et au lard, de la quiche lorraine (sorte de flan avec croûte à la crème, aux œufs et au jambon), la potée provenant de la soupe et composée de choux, de légumes, de lard et de mouton et le dessert ; le tout arrosé par de la bonne bière, des vins de Lorraine et suivi d’un café avec de la mirabelle des propriétés du patron. Le service est assuré naturellement par des Lorraines robustes et alertes coiffées du bonnet de leur pays. Il est extrêmement simplifié, puisqu’il n’y a qu’un menu, les clients s’y succèdent, occupent la grande salle, la terrasse couverte, leurs tables et les chaises débordant tout à l’entour du bâtiment. L’architecte s’est attaché particulièrement à une distribution offrant une circulation rapide, évitant tout embouteillage, toute perte de temps. Le plan et la composition pourraient servir de modèle à n’importe quelle bonne auberge de campagne. M. Pierre Selmersheim nous disait qu’il avait voulu faire quelque chose de simple et de campagnard. Il est arrivé à faire un ensemble simple, coquet et pratique. Le projet comportait, comme l’indiquent le plan et la coupe, une grande cheminée d’angle qui n’a pas été exécutée, son emplacement est occupé par la caisse.

Page 6

LA CONSTRUCTION MODERNE Planché 1 41e Année EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS - PARIS 1925 LA COUR DES MÉTILERS Ch. PLUMET, Architecte (Art décoratif) (Supplément à la Construction Moderne du 4 Octobre 1925)

Page 7

4 OCTOBRE 1925 LA CONSTRUCTION MODERNE Exposition des Arts Décoratifs. — Auberge de la Potée Lorraine. — M. P. SELMERSHEIM, Architecte. Les dessins et les photographies montrent bien la composition de M. Pierre Selmersheim, qui a dû se conformer à un gabarit, adopté pour éviter de couper les branches des arbres du Cours Albert-Ier. Les caves et les fondations étaient naturellement interdites pour éviter des travaux dans le sol qui auraient atteint les canalisations aussi nombreuses que diverses de la Ville de Paris. L'Extérieur Sur la façade principale s'ouvrent les grandes baies de la terrasse du rez-de-chaussée et une porte réservée à l'entrée du personnel des cuisines ou des fournisseurs. La façade arrière donnée par un dessin est percée de deux baies droites comprenant chacune une porte d'entrée et deux fenêtres. La porte et le haut des croisées sont à petits bois tandis que la partie inférieure de celles-ci est une glace dans un châssis à guillotine. Cette façade est percée, en outre, d'une autre petite fenêtre permettant de mieux éclairer la grande salle et de donner un aspect plus plaisant à l'extérieur. Cette façade est relativement basse par suite de l'exigence à se conformer au gabarit donné à la coupe. L'office, la cuisine et la laverie s'éclairent sur la terrasse par de grandes baies rectangulaires, garnies de croisées à petits bois tandis que la salle reçoit la lumière de cette terrasse par une grande baie à plein cintre dans laquelle s'ouvre, en son milieu, une grande porte à deux larges vantaux à petits bois comme les parties vitrées latérales à cette porte. L'étage est éclairé par une fenêtre et par de jolies lucarnes, celle sur la façade principale forme une large baie. Les toitures à grands pans avec une petite croupe sont couvertes en ardoise, leurs saillies sont assez prononcées. Le dessous du voligeage est peint en jaune, les chevrons et les poutres sont de ton rouge orange très intense comme toutes les parties extérieures des menuiseries des portes et des fenêtres. Les volets de la fenêtre de l'étage sont jaunes et leurs traverses de ton rouge orange. La terrasse a un plafond du même ton jaune avec un solivage rouge orange. Les sols de la terrasse, de la grande salle comme ceux de la cuisine et de la laverie, sont en grands carreaux de ton rouge foncé et de forme carrée.

Page 8

LA CONSTRUCTION MODERNE 4 OCTOBRE 1925 Les façades sont crépies en blanc et tranchent sur la couleur grise des soubassements et des appuis des fenêtres et des baies qui sont en ciment. Les baies de la terrasse sont fermées par une bordure en ciment haute d'environ soixante centimètres se rattachant bien aux soubassements et sans aucune décoration ou saillie. Cette bordure supporte des pots en terre garnis de plantes et des petits tonnelets aux cercles de fer noirs qui supportent eux-mêmes d'autres pots fleuris. L'aspect extérieur de « l'auberge de la Potée lorraine » est extrêmement coquet et attire les visiteurs ; ceux-ci installés partout boivent de la bière lorraine en mangeant de la pâtisserie du pays. Le tout est dominé par la traditionnelle enseigne de campagne. L'architecte a composé cette enseigne d'une façon originale. Sur le prolongement du pilier d'angle s'élève, sur la couverture, un petit pylône en fer forgé supportant une lanterne carrée de ton rouge orange garnie de verres blancs aux ornements moulés, éclairée à l'électricité. De ce petit pylône se détachent des volutes de fer forgé formant potence de l'enseigne. Celle-ci est ronde, en fer forgé, avec l'inscription « La Potée lorraine » en lettres dorées et ornée en son centre par une marmite également dorée. La façade arrière porte une autre enseigne en potence de composition similaire, mais de forme hexagonale. L'Intérieur La grande salle a donné l'occasion à M. Pierre Selmersheim de faire une vraie salle d'auberge. Cet architecte habitué à composer des intérieurs remarquables, tel par exemple son vestibule de l'Ambassade à la Cour des Métiers, a tenu, naturellement, à composer tout l'intérieur de cette salle, y compris le mobilier extrêmement simple. Par suite du gabarit, le plafond se compose de deux parties, l'une horizontale, l'autre en pente épousant celle de la toiture. Ce plafond est rouge vermillon foncé comme toutes les solives ou chevrons qui sont apparents. Cette couleur assortie au même ton du carrelage fait valoir la décoration des murs. Ceux-ci sont revêtus d'une haute boisserie en chêne ciré avec panneaux en aulne vernis. Cette boisserie est couronnée par des tablettes étroites avec consoles en chêne bordées par une légère barre en fer forgé, elles peuvent supporter des bouteilles ou servir de porte-manteaux. Au-dessus des portes et des baies des tablettes semblables sont destinées à recevoir des plats, des assiettes. Deux piliers en bois peints en vermillon et supportant le pourrage de même ton ont sur chacune de leurs faces un porte-manteau en fer forgé de composition extrêmement simple. La salle est entourée par une large frise, peinte à la fresque, représentant un vol de grandes cigognes sur un paysage lorrain vert tendre aux grands arbres fleuris sur lequel tranchent quelques toitures. Cette belle frise est due à M. Robert de la Montagne Saint-Hubert avec la collaboration de Miss Mary Robinson. L'ameublement est composé d'un comptoir-caisse également en chêne ciré avec panneaux en aulne vernis, par des buffets et par des chaises en hêtre avec hauts dos-siers et paillés. Ces chaises rustiques, comme les tables, sont particulièrement réussies et apportent une note originale à l'ensemble qui est complété par des rideaux blancs rayés d'étroits bandeaux rouges assortis au vermillon de la salle. Les mêmes rideaux garnissent les baies éclairant la cuisine et l'office sur les terrasses. La réputation de l'aimable M. Pierre Selmersheim étant établie, depuis longtemps des compliments paraîtraient superflus. Nous pouvons terminer cependant cette étude en exprimant le désir de voir beaucoup de petites auberges construites avec le même goût et cette petite pointe de coquetterie. --- LE PAVILLON DU GANT (Planches 3 et 4) On peut écrire selon la vieille formule habituelle que l'usage du gant remonte à la plus haute antiquité. Dernièrement encore en exhumant Tout-Ankh-Amon on a trouvé des gants de cuir rouge ; les gants existaient donc déjà au temps des Pharaons. Les gants étaient à l'usage des gens d'armes, des ecclésiastiques, des ouvriers de certains métiers et devinrent rapidement une partie importante de la toilette féminine et masculine. On parle du gant du chevalier ou de celui de la dame dans les chansons de geste et les romans du moyen-âge. Dans la « Chanson de Rolland », on lit : La Potée Lorraine : M. P. SELMERSHEIM, Architecte.

Page 9

LA CONSTRUCTION MODERNE Octobre 1925 Sun destre guant en ad vers Deu tendut... et dans le « Roman de la Rose » la dame dit : « ...pour garder que ses mains blanches Ne halissent, ot uns blancs gans. » Que de variétés dans les gants depuis ceux des Romains, depuis ceux que le Concile d'Aix-la-Chapelle a accordé aux moines en 817. On les trouve représentés dans les enluminures, les mosaïques de Ravenne, les tapisseries de Bayeux, les sculptures et les peintures de toutes les époques. Que de variétés pour arriver enfin aux créations inspirées par la suprême élégance des fabricants français. Ceux-ci sont parvenus à placer leur industrie au premier rang des industries similaires du monde entier. On comprend ainsi pourquoi ces fabricants ont choisi MM. Pierre Selmersheim et Maurice Dufrène pour édifier et décorer le « Pavillon du Gant ». On connaît le talent de l'architecte Pierre Selmersheim et on sait que le décorateur Maurice Dufrène a toujours des réalisations très élégantes dans les intérieurs. Malheureusement, comme pour beaucoup de pavillons de l'Exposition, les auteurs n'avaient qu'un emplacement offrant des difficultés particulières. Leur Pavillon devait s'étendre en longueur, en bordure de la grande avenue de l'Esplanade des Invalides et être adossé à un long massif d'arbustes masquant une grande ouverture d'aération de la gare souterraine des chemins de fer de l'Etat sous l'Esplanade. Ils ont donc composé un grand pavillon rectangulaire complètement fermé sur ses grands côtés avec entrée principale à une façade d'extrémité et une petite porte à la petite façade correspondante. Ce pavillon est occupé par une grande salle éclairée par deux baies carrées ouvertes dans le plafond et garnies d'un velum. Comme aux Pavillons de Sèvres la décoration extérieure est simple pour faire ressortir la sobre mais réelle élégance de la galerie d'Exposition : cadre digne des créations parfaites d'une industrie française qui s'est classée la première parmi celles similaires du Monde entier. L'extérieur du Pavillon L'architecture est d'un caractère tout à fait particulier, les façades n'ont aucune corniche, aucun bandeau saillant, mais un petit soubassement de très faible saillie. La longueur de chacune des grandes façades est rompue par deux avancées très légèrement bombées ayant leurs côtés légèrement biaisés. Ces parties avancées sont couronnées par une sorte de fronton formé par des gradins avec plateaux de très faible saillie et aux tranches dorées. Chaque partie avancée est percée par une longue vitrine d'exposition basse et fortement en retrait à la glace simplement entourée d'une étroite baguette dorée de très faible saillie. La partie supérieure couronnée par le fronton est unie et décorée par des chamois et des plantes peints en brun dans une note tout à fait cubique exécutés par les Ateliers de la Maîtrise des Galeries Lafayette. Une inscription « Pavillon du Gant » en lettres saillantes extrêmement modernes de tons marron et doré occupe le dessous de la décoration. Du bas de cette inscription descendent des godrons assez plats, de couleur café au lait comme toute la partie avancée, se détachant sur des creux dorés ; la partie inférieure à ces godrons est de ton pierre. Les parties avancées tranchent ainsi sur les façades ; celles-ci ont leurs parements décorés par des ornements modernes gravés et de ton pierre rehaussés de petites parties dorées, la partie supérieure de ces façades est de couleur café au lait et est séparée de la partie décorée par un simple bandeau doré et sans saillie. MM. Maurice Dufrène et Pierre Selmersheim ont pensé avec raison qu'il convenait mieux de donner un aspect différent aux petites façades d'extrémités du Pavillon plutôt que de leur laisser les mêmes lignes et la même disposition. La façade du côté de l'entrée principale, représentée par la photographie est de forme arrondie tandis que celle qui leur est opposée est constituée par des éléments rectilignes. Les parements de ce côté arrière sont décorés d'abord en angles par les mêmes ornements modernes gravés et rehaussés de parties dorées et agrémentés ensuite par quatre pans réunis deux à deux en faible saillie par des axes. De ces axes se détachent une murette formant avec un auvent plat et de même épaisseur une sorte de porche au milieu duquel se trouve au nu de la façade une porte d'entrée garnie d'une glace sans tain aux quatre angles formant triangles pleins et dorés. On accède à la porte par un seuil et un perron de quatre marches encadré par deux dés octogonaux. La façade arrondie de l'autre petit côté du Pavillon et en partie visible sur la photographie est intéressante, elle permet la disposition heureuse de deux escaliers avec un palier au seuil de la porte d'entrée principale bien protégé par la partie médiane de cette façade. Cette partie médiane complètement pleine protège bien le palier de la pluie et du soleil, les ouvertures des perrons laissant une très bonne lumière sur ce palier. Cette partie formant trumeau entre les deux perrons est occupée par une petite vitrine carrée garnie de glace et semblable comme disposition à celles des parties avancées. Ce trumeau porte une inscription « Pavillon du Gant » aux lettres semblables aux précédentes et est décoré par des longs godrons plats café au lait séparés par des creux dorés. La vitrine et les deux perrons sont bien protégés aussi par un large et épais auvent horizontal, simple et de ton marron s'amortissant aux nus des longues façades latérales. L'auvent est surmonté par des éléments décoratifs plats avec parties arrondies et axes en arêtes de couleur café au lait séparés par de larges creux plats et dorés.

Page 10

LA CONSTRUCTION MODERNE 4 OCTOBRE 1925 Le Vestibule d'entrée a comme plafond ton pierre le prolongement de l'avent. Les parements du vestibule sont de même couleur, décorés par des ornements modernes gravés rehaussés de parties dorées et semblables à ceux des façades. On accède à la Salle d'Exposition par une porte à deux vantaux garnies de glaces sans tain encadrée de chaque côté par une partie fixe semblable à ces vantaux. Les quatre glaces ont leurs angles ornés par des triangles pleins et dorés. La menuiserie forme un cadre gris foncé bordé d'un large filet doré sans aucune moulure. L'intérieur du Pavillon Quand on pénètre dans la grande salle du « Pavillon du Gant » on est séduit par son effet particulièrement agréable. Cette salle est de ton gris souris avec des parties légèrement plus foncées de même ton et des filets d'argent qui donnent un cachet d'élégance à ce bel ensemble que font valoir encore quatre vitrines rectangulaires montées sur des socles plus petits et aux extrémités arrondies composés par M. Pierre Selmersheim et exécutés par MM. Tony Selmersheim et Monteil et des meubles avec filets en marqueterie composés aussi par M. Pierre Selmersheim et exécutés par M. Monin. La couleur brune de ces vitrines tranche sur un beau dallage en ciment mosaïqué de marbre blanc rosé. Les deux baies carrées éclairant la salle sont garnies d'un velum blanc tendu, aux ornements modernes, aux traits minces d'un ton gros vert ; ces velums sont encadrés par une large bordure du même ton foncé. De chaque angle du véllum descend un lustre argenté de délicate composition suspendu à une légère chaîne d'argent. Les velums sont encadrés par un large rouleau gris souris orné de minces cercles d'argent entrelacés, les deux grands encadrements ainsi formés limitent une large poutre séparative de même ton et constituent le plafond proprement dit. De ce plafond descend sur les murs un large bandeau, terminé par un grand arrondi, qui forme une sorte de haute corniche ; ce bandeau est décoré par des godrons très plats, de nuance grise plus foncée et d'inégales longueurs, séparés par des bandes d'argent verticales qui sont aussi de longueurs inégales. De cette sorte de grande corniche très visible sur la photographie tombent encore des décrochements amortis à leurs parties inférieures par des arrondis ; ces décrochements sont de hauteurs inégales diminuant vers le sol, ils sont décorés aussi par les mêmes godrons plats de ton gris foncé séparés par les mêmes bandes d'argent. La plinthe qui est au-dessous de ces décrochements apparaît comme en retrait. De chaque côté de la salle sont disposées deux vitrines qui semblent aussi, forcément, très en retrait dans ces décrochements. Ces vitrines sont extrêmement simples, elles sont fermées par trois glaces sans encadrement et sans monture glissant dans des rainures, leur aspect est donc extrême- ment léger. Elles sont tapissées d'un molleton vert jardin et sont surmontées d'un châssis garni de glaces sans tain aux ornements modernes représentant de grandes fleurs gravées et mates arrêtant une grande partie de la tonalité du tissu garnissant les vitrines ; ces glaces sans tain ont donc l'effet de longs panneaux aux ornements vert pâle sur le fond vert intense des vitrines. Une autre vitrine semblable est disposée de chaque côté de la petite porte opposée à l'entrée. Toutes ces vitrines ont permis de disposer dans leurs parties basses des étageres fermées par de grands panneaux de ton gris souris encadrés d'un large bandeau de même couleur plus foncée rehaussés d'un large filet argenté. Ces panneaux carrés formant portes n'ont aucune saillie, ni moulures d'encadrement. Dans les vitrines sont disposés les gants les plus variés et les plus somptueux. Une visite à ce Pavillon est une révélation. Nous avouons que nous ignorions jusqu'où pouvait aller l'imagination des fabricants français dans la décoration des gants. Quelle harmonie partait entre la peau ou le tissu du gant et la broderie, quelle délicieuse recherche dans la composition des ornements et dans le choix des matières. N'oublions pas que la toilette de la femme exige des gants simples ou, suivant les circonstances, des gants à décor avec la plus grande richesse d'ornementation et que les créations des fabricants français permettent de satisfaire les clientes les plus difficiles et les plus exigeantes. L'effet voulu est obtenu : l'architecture sobre du pavillon fait ressortir la belle et élégante décoration intérieure qui fait valoir elle-même la beauté des gants exposés. Nous sommes parmi les admirateurs de M. Maurice Dufrène et c'est pourquoi nous pouvons nous permettre d'ajouter que nous ne trouvons pas heureuse la décoration peinte au-dessus des vitrines extérieures; c'est là notre seule critique. Antony Goissaud. --- Sociétés professionnelles Société Professionnelle d'Architectes Français La prochaine réunion trimestrielle aura lieu hôtel des Sociétés Savantes, 28, rue Serpente, le samedi 24 octobre, à 15 heures 1/2. L'ordre du jour comprendra : 1° Signature de la feuille de présence et lecture de la correspondance ; 2° Résumé du compte rendu de la dernière Assemblée générale ; 3° Exposition du Bâtiment et de l'Habitation ; 4° Règlement de la Profession d'Architecte ; 5° Questions diverses. Le banquet annuel, suivi de bal, aura lieu le 24 octobre, à 19 heures, dans les Salons du Palais d'Orsay ;

Page 11

41° Année. LA CONSTRUCTION MODERNE PL. 1 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS. — LA POTÉE LORRAINE : M. SELMERSHEIM, Architecte. COUPE TRANSVERSALE ET PLAN. (Expositions.) La Construction Moderne N° 1 (page 6).