Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART VIVANT 1937 REVUE MENSUELLE DES ARTS ET TECHNIQUES N° 213 - Prix 5 Francs --- JEAN PICART LE DOUX

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Vous n'avez pas manqué de venir à Paris, NE MANQUEZ PAS d'assister à cette course admirable qui se nomme le GRAND PRIX DE PARIS NE MANQUEZ PAS de participer à la TRANCHE SPÉCIALE LOTTERIE NATIONALE UNE CASCADE DE MILLIONS 120 millions de francs seront répartis Les lots sont d'une importance exceptionnelle A titre préliminaire par voie de tirage au sort : 20 lots de 100.000 frs — 200 lots de 15.000 frs — 2.000 lots de 5.000 frs — 20.000 lots de 500 frs — 200.000 lots de 100 frs. AU TITRE DU CHEVAL CLASSÉ GAGNANT 9 lot de 5.000.000 fr. 10 lots de 500.000 fr. 100 lots de 50.000 fr. 1.000 lots de 5.000 fr. 10.000 lots de 2.000 fr. AU TITRE DU CHEVAL CLASSÉ DEUXIÈME 1 lot de 3.000.000 fr. 10 lots de 300.000 fr. 100 lots de 30.000 fr. 1.000 lots de 3.000 fr. 10.000 lots de 1.000 fr. AU TITRE DU CHEVAL CLASSÉ TROISIÈME 1 lot de 2.000.000 fr. 10 lots de 200.000 fr. 100 lots de 20.000 fr. 1.000 lots de 2.000 fr. 10.000 lots de 500 fr. Oui prenez un billet LA CHANCE ET PARIS VOUS SOURIENT ÉDITIONS PAUL-MARTIAL - PARIS

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L'ART VIVANT REVUE MENSUELLE DES ARTS ET TECHNIQUES DIRECTEUR — FONDATEUR : JACQUES GUENNE REDACTEURS EN CHEF : JACQUES KIM - S. KAPFERER --- L'EXPOSITION DES CHEFS-D'ŒUVRE DE L'ART FRANÇAIS AU PALAIS DE L'ART MODERNE - La Crise du goût et la nécessité d'un enseignement artistique - G. HUISMAN - Directeur Général des Beaux-Arts - Les Origines de l'Art Français - FLORENT FELS - La France, ce pays d'Artisans - ANDRÉ ARBUS - La Sculpture - MAXIMILIEN GAUTHIER - La Peinture - JACQUES GUENNE --- CES 32 PAGES SONT EXTRAITES DU NUMÉRO 213 DE L'ART VIVANT REVUE MENSUELLE DES ARTS ET TECHNIQUES DE L'ÉLÉGANCE ET DU TOURISME LA PLUS LARGEMENT RÉPANDUE DE TOUTES LES REVUES D'ART FRANÇAIS --- VOIR AU DOS : Conditions Spéciales d'Abonnement aux Visiteurs de cette Exposition PRIX D'ABONNEMENT : UN AN (onze numéros) (FRANCE : 70 FRANCS ; UNION POSTALE : 90 FRANCS ; AUTRES PAYS : 102 FRANCS ; SIX MOIS (FRANCE) : 40 FRANCS ; UNION POSTALE : 50 FRANCS ; AUTRES PAYS : 60 FRANCS) DIRECTION, RÉDACTION, ADMINISTRATION 116 bis, CHAMPS-ÉLYSÉES — PARIS TÉLÉPHONE : ÉLYSÉES 26-68 — CHÈQUES POSTAUX : PARIS 1851-29 — ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE : LARTVIVANT-PARIS

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REPARTITION DES ŒUVRES dans les Salles du Palais de L'ART MODERNE REZ-DE-CHAUSSEE. A --- Sculptures de RODIN, CARPEAUX, PRADIER, RUDE. --- B --- Les Origines - Objets Mérovingiens, Orfèvrerie, Sculptures, Tapisseries du Moyen-Age et de la Renaissance. --- Tapisseries du XV°. --- Les Primitifs - Le Maître de l’Annonciation d’Aix, BELLEGAMBE, NICOLAS, FROMENT, FOUQUET, Le Maître de Moulins, CHARONTON. --- E --- XVI° et XVII° - Ecole de Fontainebleau, LE NAIN, VOUET, BOURDON, PHILIPPE DE CHAMPAIGNE, J.-B. DE CHAMPAIGNE, G. DE LA TOUR, LESUEUR, VALENTIN, J. et F. CLOUET. --- F --- XVII° - LORRAIN, LESUEUR, POUSSIN, RIGAUD, MIGNARD, LE BRUN. --- G --- Fin XVII° - JOUVENET, DE TROY, LARGILLIERRE, VIVIEN, LAFOSSE. --- H et I --- Peintures et Dessins des XIV°, XV° et XVI° siècles. --- J --- Dessins XVII°. --- K --- Tapisseries du XVI° - Sculptures des XVII° et XVIII° et Orfèvrerie du XVIII°. --- Ie ETAGE --- FRAGONARD, VAN LOO, LA TOUR, PATER, PERRONEAU, PRUD'HON, INGRES, RICARD, DELACROIX, CHASSERIAU, COUTURE. --- WATTEAU, LANCRET, PERRONEAU, PATER, TOQUÉ, DE TROY, BOUCHER, COYPEL, GREUZE. --- N --- OUDRY, SAINT-AUBIN, CHARDIN, PERRONEAU, NATTIER, DUPLESSIS, FRAGONARD, DROUET, GREUZE, VIGÉE LE BRUN, LÉPICIÉ. --- O --- BOILLY, DAVID, GROS, GÉRICAULT. --- P --- COURBET, DAUBIGNY, DAUMIER. --- Q --- MILLET, COROT, ROUSSEAU, BAZILLE, FANTIN LATOUR, CAROLUS DURAN, MONTICELLI. --- R --- CARRIÈRE, MANET, MONET, RENOIR, CÉZANNE, REDON, SEURAT, PUVIS DE CHAVANNES, DEGAS, PISSARRO, SISLEY, LAUTREC, GAUGUIN. --- S --- Dessins - RENOIR, DEGAS, MILLET, DAUMIER, etc. --- T --- DELACROIX. --- U --- Hubert ROBERT. --- GREUZE, MOREAU LE JEUNE, etc. --- L'ART VIVANT offre en prime aux visiteurs de l'Exposition du Palais de l'Art Moderne UN ABONNEMENT A PRIX RÉDUIT Soixante Francs (France) pour onze numéros, soit 5 fr. 50 le numéro au lieu de 10 Francs Union Postale : 80 Francs — Autres Pays : 92 Francs. --- BULLETIN D'ABONNEMENT à la Revue L'ART VIVANT 116 bis, Champs-Elysées, Paris (Chèques Postaux Paris 1861.29) Veuillez m'inscrire pour un abonnement spécial d'un an (11 numéros). A partir du mois de _________________________, le _______________ 1937. Au nom de M _________________________ SIGNATURE : _________________________ A l'adresse suivante _________________________

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LA CRISE DU GOUT La nécessité d'un enseignement artistique par GEORGES HUISMAN DIRECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX-ARTS --- L A France, qui fut si longtemps la patrie du goût et qui imposait ses créations à tout l’univers, n’a pas fait, depuis cinquante ans, tout ce qui était en son pouvoir pour demeurer le pays de la qualité. Le goût public s’est abatardi. Ceux qui ont la pratique des jurys constalent, avec tristesse, que trop souvent le projet de monument ou de statue qui recueille la majorité des suffrages est loin d’être le meilleur : les industriels vous avoueront qu’entre deux modèles courants, d’un objet fabriqué, les acheteurs sont fréquemment attirés par le plus laid. La majorité des passants d’une grande ville n’est point choquée par trop de statues invraisemblables qui décorent les places publiques, car si elle partageait l’indignation des critiques d’art, irrités par ces permanents défis à la Beauté, les croisades périodiquement préchées contre la laideur eussent porté leurs fruits depuis longtemps. Ni l’indigence ni la pauvreté de certaines compositions architecturales n’arrivent à exciter les protestations des petits-fils de ceux qui construisirent les cathédrales gothiques. Le goût public subit une crise et pourtant la mode française continue à dominer le monde et nos peintres, nos sculpteurs, nos compositeurs sont, sans discussion possible, les mieux doués de tout l’Univers. La maladie n’est donc pas incurable et son diagnostic s’établit sans difficulté. Ce peuple qui, jadis, au temps de la douceur de vivre, appréciait, dans une même jouissance artistique, les toilettes des petites bourgeoises, les tableaux des Salons de Diderot, les meubles des ébénistes parisiens et les fleurs des parterres des Tuileries, a simplement oublié que le Beau s’apprenait comme la grammaire ou les langues vivantes. Il a négligé l’enseignement de l’Art, tant il était sûr de sa supériorité en la matière et il n’a pas compris que le goût, comme le corps, exigeait des soins constants et une discipline attentive. Le remède est facile et nous l’avons sous la main : il consiste simplement à réorganiser, de fond en comble, l’enseignement artistique qui doit être obligatoire, imposé à tous les âges, dans tous les ordres de l’enseignement. Les sceptiques répliqueront bien vite que c’est là une étrange prétention et que l’Art ne saurait jamais constituer une matière d’enseignement. Quelle erreur ! Sans doute, il ne s’agit point d’introduire à l’école primaire les théories de Platon et de reprendre la dialectique de Socrate qui, dans L’Hippias majeur, se joue de son interlocuteur en essayant de définir la Beauté par la confrontation successive d’un visage de jeune fille, d’une cuillère de bois, d’une cavale, d’une statue de Phidias et d’une marmite. Mais l’enfant est parfaitement capable de voir et de discerner le beau du laid, si des maîtres attentifs s’appliquent à cette éducation spéciale en développant ses qualités de précision, d’observation, d’imagination. Le goût que les femmes françaises, même des conditions les plus modestes, apportent à s’habiller et à se parer, nous démontre que le sens du Beau demeure fort vivace. Il s’agit donc pour l’Etat d’organiser sans retard tout un programme d’enseignement artistique indispensable à la renaissance du goût français. Sans goût, pas de qualité, et la production industrielle française, dont dépend la vie matérielle de toute la classe ouvrière, serait condamnée à une disparition prochaine si elle ne parvenait à s’imposer à tous par une exceptionnelle qualité. Ainsi l’enseignement artistique, distribué par l’Etat, n’entend point seulement former des peintres et des sculpteurs. Il a l’ambition surtout de constituer un des plus précieux rouages de l’économie nationale. --- LES ORIGINES par FLORENT FELS --- L es hommes qui travaillaient leur jardin dans la Gaule romisée avaient appris des Latins à relever les terres légères, à les soutenir de murs, à diriger vers les cultures l’eau des sources par aqueducs et légers canaux. Profiter le soleil et de la pluie, protéger les jeunes plants par des paillons et des rideaux de cyprès ou de peupliers, faire sécher les cosse, détruire les espèces inutiles et se montrer au creux de la main les belles graines vernies et propres, tirer orgueil des fines fleurs et des gros fruits du verger, ce fut sans doute, avec quelques poteries, des haches aux formes rudimentaires, quelques colliers, tout l’art du territoire qui s’étend de l’Escaut aux Pyrénées durant l’époque pré-romaine de la Tène (450-50). Lorsque les gros Romains eurent bien promener leurs orgueilleuses cuirasses le long des vallées rhodaniennes et séquanaises, arriva le temps où il fallut bien déposer le casque, s’essuyer le front et, pour gagner le sourire de la bourgeoisie et l’alliance du jardinier, s’offrir à exécuter de menues corvées, faire sauter le moutard sur ses genoux, conquérant faisant oublier la conquête. La bonne femme considérant, assis sur son seuil, cet homme qui, durant des années, avait été sa terreur, souriait avec ironie, lui mettait aux mains la cruche d’eau, l’envoyait couper le bois et bientôt exigeait qu’il fût exact à l’heure de la soupe. Pour faire oublier les terreurs anciennes attachées à son nom de Romain, le légionnaire montrait les secrets de son harnachement, les boucles de ses ceintures, les ornements de son armure, de son glaive. Il parlait des monuments de Rome dont ses chefs avaient exposé les beautés durant les théories, au camp. Puis vinrent des hommes qui tirèrent des lignes sur les champs, firent ouvrir des trouées dans les forêts et enfourirent, à la surface du sol, de larges dalles. On pouvait ainsi, sans risque de s’égarer, aller de Châlons à Trèves et de Paris à Reims, de Villeneuve d’Avignon à Nîmes, à Toulouse. De loin en loin, l’entrée des côtés était scellée de monuments construits par de médiocres sculpteurs venus de Rome — la capitale conservant à son service immédiat les plus talentueux. Des trophées, casques, lances et aigles, figures de capitaines révélaient sur des arcs de pierre que Rome et ses empereurs avaient triomphé des jardiniers d’Aquitaine et des vignes du Narbonnais. Les pots de métal, fer ou bronze, signes de richesse, avaient partout remplacé les pots de terre ; on ne labourait plus avec des charrues tout en bois mais avec un soc en fer ; les architectes venus de Rome avaient appris aux maçons à construire des maisons surmontées d’une soupente dans laquelle on pouvait conserver des grains et faire sécher légumes et fruits. Ils avaient aussi montré que l’on peut aisément, avec de la terre sèche, faire des tuiles qui remplacent avantageusement les chaumes. L’ingéniosité aidant, on ornait ces galettes de terre cuite de petites figures, de signes mystérieux ou symboliques (1). Les années d’abondance, on construisit des celliers, des silos pour mettre, dans des vaisseaux de terre, le surplus des récoltes en vue des années malheureuses. Les Romains avaient appris aux plus humbles des cultivateurs à peser, à l’aide d’un fléau, à compter avec les doigts, avec le pied, avec le bras. On échange mesure de grains contre mesure de champs, de bois. Le légionnaire s’était fait comptable, avait fait venir une femme d’au delà les Alpes ou épousé la fille du jardinier. Avec le vin et les réserves des vergers, on vivait heureux. Et, ce qui fut toujours considéré par les peuples d’Occident comme l’évident symbole de la richesse, on devint gros et gras. Créées par ses soldats, ses dictateurs et ses juristes, Rome exploitait ses colonies jusqu’à l’épuisement. Dans la crainte de manquer de tout et même du pain quotidien, devant la faillite de son commerce, l’infidélité à ses dieux tutélaires gages d’idées absolues, devant la banqueroute des finances, les plus éminents citoyens des métropoles élevées par Rome, voulant sauver les meubles et s’assurer une retraite, se réfugièrent près de la seule richesse durable : la terre. Ils ne croyaient plus à la grandeur romaine, à ses chefs, à ses armées, à son génie. Une aristocratie terrienne éleva partout ses villas, en Toscane, sur les bords de la Méditerranée transalpine (1) Le Musée de Worms — qui possède la plus importante collection d’épines françaises — contient une admirable suite de tuiles et de carreaux de terre cuite ornés, d’un grand intérêt artistique.

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et dans les vallées gauloises. On y transporta ses richesses, on orna les jardins de colonnades, de fontaines, de statues. Dans les nécropoles elles-mêmes, les riches Romains venus d'au delà les Alpes souhaitent leurs tombeaux ornés de figures méditatives. Autour de ces jardins, de ces palais perdus dans la campagne, de ces mausolées, rodent des cavaliers n'ayant pour tout bien que leur cheval et quelques armes rudimentaires. Ils passent à la tombée de la nuit, volent quelques volailles, parfois un mouton et disparaissent vers les forêts. Comme le fit, durant les années qui succédèrent à la Grande Guerre, le gouvernement serbe pour résister aux dépradations des comitadjis, on arme les paysans en faisant des soldats-laboureurs. Rome et ses conquêtes sont entourées d'un anneau de populations Epée de Childéric. Fibules circulaires. Bagues. Boucles d'oreilles et boucles de ceinture. Musée de Saint-Germain-en-Laye Photo Giraudon primitives : Francs, Burgondes, Saxons, Alains, Goths, Maures et se défend contre leurs invasions par des cavaliers généralement issus de ces peuples mêmes. Lorsque poussés par des hordes venues d'Asie et du nord de l'Europe, les habitants des forêts de Thuringe, des bords du Rhin ou de l'Escaut franchissent les fleuves, c'est sans combattre qu'ils s'installent dans les villas romaines et les vergers gaulois. Les Latins avaient révélé aux populations transalpines leurs poteries, leurs architectures, leurs verreries et les ciselures de leurs armes. Des ateliers s'étaient créés un peu partout, surtout aux confluentes des rivières, qui rendaient aisés les échanges et furent, dans toutes les régions du monde, les premiers moyens de communication et de civilisation. Des bateaux plats descendaient la Meuse, l'Escaut, la Saône, apportant aux marchands de la pacotille « en série ». On a retrouvé ainsi à Namur des ateliers où poteries, torques, armes, rivets de casques ou de ceinturons, sertis et gravés « à la chaîne » sont autant de modèles multipliés à l'infini, et reproduisant certains éléments formels ou décoratifs. Le petit musée de Namur est fort précieux à cet égard et l'on peut en conseiller la visite attentive. On y voit, comme superposées en couches de fouilles, deux civilisations : la gallo-romaine et la franque. Lorsque vers 410, Alaric et les guerriers wisigoths campent à Rome, tandis que Francs, Alamans, Goths et Burgondes envahissent le nord et l'est de la Gaule, ils apportent dans leurs bagages un matériel inconnu, curieux, magique, qui éveille la curiosité et la convoitise des populations et surtout des femmes. Elles échangent rapidement les ressources de la terre et parfois leurs faveurs, contre les ornements surprenants importés par les « Barbares ». Tacite les avait depuis longtemps qualifiés, ces germains nomades : « ivrognes, vivant dans la guerre et par la guerre... forts, sales et bêtes ». Un de leurs chefs, Krok le Scandinave, déclare : « Vois-tu mon fils, tu ne peux espérer égaler les Romains en construisant, mais tu peux les surpasser en détruisant. » Mais aux pires guerriers, la paix s'impose par nécessité. Vivant en Gaule romanisée, ils tentent à leur tour de séduire par des présents. Ces cadeaux — comme c'est encore l'occasion de rapprochements entre les blancs en expéditions et les primitifs des mers du Sud ou de l'Amazone — forment le premier moyen de communiquer, de s'émerveiller et ensuite de se comprendre. On ne peut supposer que ces grands garçons blonds qui portent des épées enrichies de dragons, d'oiseaux cloisonnés, de ceintures enchâssées de pierres de couleurs, soient de purs destructeurs. La mode des bijoux nouveaux a de tout temps séduit les femmes, et parce que cela signifie porter le symbole — oiseau ou léopard, svastika ou griffon — des nouveaux venus, on entend par cela vivre en bonne intelligence, en paix avec ces guerriers d'abord destructeurs et farouches, qui font penser aux légendes des grand-mères, lorsqu'elles racontaient l'arrivée des légions et des aigles romaines, et leur cortège d'égorgeurs et d'incendiaires. Les fibules gauloises ne possédant pas comme celles venues de Germanie, de Scandinavie ou de Hongrie, des ornements figuratifs, toute cette faune issue d'Asie et transmise à travers le Proche-Orient et les rives de la mer Caspienne, faite pour la plupart des cas, d'animaux inconnus dans nos régions et propres à étonner. A la fin du v° siècle, les fibules gauloises se sont toutes « barbarisées », disons francisées, puisque leurs importateurs directs sont les Francs. Elles se sont enrichies de conceptions esthétiques, gothiques, scythes et scandinaves. Comme Rome avait conservé durant des siècles les concepts de la Grèce antique, venus eux-mêmes des foyers égyptiens et des îles (Crète, etc.) la Gaule, envahie par les guerriers francs, va conserver la tradition romaine mêlée à l'ornementation venue des pays d'Orient. Les sarcophages de pierre — voir église Saint-Jean de Poitiers et un grand nombre de sanctuaires de Provence, de Touraine — sont dépouillés de leurs figures et attributs humains coutumiers, pour se revêtir d'une symbolique nouvelle de feuilles stylisées, de croix, d'hélices, de signes mystérieux ou mystiques. Les jardins orientaux qui fleurissent sur les tapisseries et tapis persans, coptes, et de la Russie du Sud, constitueront longtemps la base de cette ornementation. Elle dura jusqu'à la naissance de l'art carolingien, dénouant ses lianes filigranées, autour des gardes d'épées de cérémonie, des étiers ouvrages pour les assemblées et les fêtes, et des bijoux destinés aux belles épouses gallo-franques.

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Le chef de l'Empire romain, depuis longtemps réfugié à Constantinople, ses modes, ses coutumes, ses lois, ne pouvaient plus toucher les populations gallo-francaises. Tandis que Rome semblait proche, Byzance et ses brillants empereurs paraissent au bout du monde connu. Dès la main mise de Clovis sur la Gaule, un état de structure plus vigoureuse que les autres royaumes barbares, permet de dire que le chef franc était devenu le roi des chefs francs. Selon le mot de Lavisse, il avait créé non pas une nation, mais une force historique faite d'une confédération de peuples, de coutumes, de langues et d'esthétiques animés d'une activité infatigable. Les légions romaines avaient beau saigner la jeunesse fanatisée des bords du Rhin, brûler les camps et les réserves de la rive germanique du Rhin. Dès que le fleuve était gelé, ou quelques barques construites, des forces nouvelles s'élançaient à la conquête de la Gaule. C'est du foyer de cette force, du royaume «des Francs», de l'unité du regnum francorum, que partira un courant politique ininterrompu, dont on peut dater l'origine d'une nation française. Mais c'est de l'épée de Childéric, mort en 481, enterrée à Tournai, environnée de fibules et d'abeilles d'or, que l'on peut dater le premier monument de l'art français. Déjà à l'époque de Childéric, la technique cloisonnée des Francs avait atteint son plein développement révélant un sens harmonieux du dessin. Dans les objets provenant de la sépulture de Childéric et celle d'Aphahida ; en Hongrie, on trouve des traits, des volutes raffinées. (1) Un autre chef-d'œuvre de l'industrie d'art des Francs fut la trouvaille faite dans une sépulture de Flonheim, sur le Rhin, conservée au Musée de Worms, constituée d'une épée de fer doré avec boucle ornée de diamants, un fourreau d'or et d'argent, une boucle d'or avec des accessoires ornés de têtes d'oiseaux et de grenats, des boucliers de fer à style géométrique. Les ornements qui figurent sur tous les objets francs de quelque valeur se retrouveront sur les manuscrits et sur les chapiteaux jusqu'aux prémices de l'art roman. Ornaments animaliers venus d'Orient, ils forment les éléments primordiaux de la décoration des anneaux et des colliers fabriqués en Irlande. Plus tard, les moines anglo-saxons s'en inspireront pour l'embellissement des missels. De tous les cimetières francs exploités scientifiquement, le plus important reste à ce jour celui de Marchélepot (Somme), nécropole particulièrement riche et vaste. Le cimetière mérovingien de Marchélepot était connu depuis longtemps mais on semblait l'avoir négligé lorsque, en 1882, le couvercle d'un sarcophage céda sous le poids d'un chariot affecté à des travaux de culture. Les fouilles révélerent deux cent cinquante sarcophages en calcaire grossier, taillés en forme d'auges, plus larges à la tête qu'au pied. Certains étaient percés sur les côtés de trous ronds, en forme de trèfles, destinés vraisemblablement à aérer le coffre afin d'obtenir la dessiccation des guerriers ensevelis. Au centre de la nécropole, on constata la présence de débris ayant appartenu aux fondations d'une villa gallo-romaine. Des monnaies, bijoux, bagues, épées, masses d'armes, framées, javelots, flèches, poignards, peignes, scramasates, boucliers, boucles de ceinturons, bracelets, colliers, jonchaient le sous-sol. Les plus importants de ces objets sont les fibules, car les plus ornés, donc ceux qui permettent d'établir les sources, origines et rapports des styles d'Orient et d'Occident. La fibre est le bijou «à la mode». Elle permet toutes les fantaisies que fait naître l'esprit imaginatif de l'orfèvre barbare. Les fibules en usage chez les Francs peuvent être ramenées à quatre types principaux : La forme dipitée ou en arbolète. La forme zoomorphique, représentant des animaux. La forme circulaire, la forme ansée. Elle n'est portée que par les femmes françaises, on ne la rencontre jamais dans les sépultures d'hommes. Les boucles des chefs, en or, argent ou bronze dorés, sont décorées d'emaux aux couleurs vives. Elle s'enrichira au cours des siècles pour parvenir à sa ruganificence au VIIIe siècle. L'admirable collection d'objets de famille exhumée par C. Boulanger à Marchélepot fut vendue pour plusieurs millions, peu avant la guerre, au Kaiser Guillaume II. Elle constitue actuellement le trésor du Musée d'antiquités historiques de Berlin. Le grand collectionneur brugillois Stoelet possédait encore, voici quelques années, d'incomparables bijoux francs et mérovingiens. Durant les vacances des maîtres, des domestiques s'introduisirent dans cette précieuse galerie, vidèrent classeurs et trioirs. Fibules légères, abeilles d'or, ornements d'épées furent jetés au creuset et fondus. Ainsi fut détruit tout un héritage d'art et de beauté. (1) Nous adoptons dans un but de simplification, admis par la facilité contemporaine, des noms de peuples ou de territoires qui sont sans exactitude rigoureuse sans nous conformer à la stricte tradition de la science historique. De même, pour les noms des rois, nous semble-t-il plus judicieux d'admettre l'orthographe con sacrée plutôt que d'écrire, comme le fit l'historien romantique A. Thierry, Hil deric, pour Childéric, et préférer la forme tudesque : Hlodowig, Chiodwigs ou Chlo dowig au nom francisé de Clovis.

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Aigle de porphyre. Reliquaire de Pépin (IXe siècle). Conques. Photo Giraudon Reliquaire de Pépin. IXe siècle. Conques. Photo Giraudon Calice de Saint-Remy. Cathédrale de Reims (XIIe siècle). Photo Giraudon Entre Arcis-sur-Aube et Méry-sur-Seine, des fouilles avaient mis à jour, en 1842, sur l’emplacement où l’on situe communément les champs Catala uniques, lieu de la bataille livrée contre Attila en 451, divers objets francs qui font partie du Musée de Troyes. A Gourdon (Côte-d’Or) ion exhumé en 1845, parmi des objets de moindre importance, un plateau et un vase dont la technique — quoique plus tardive — peut se rapprocher du style de l’épée de Childéric. Les musées de Cluny à Paris, de Saint-Germain et le Cabinet des Médailles possèdent des échantillons de cet art franc, auprès duquel les couronnes des rois wisigoths ou le trésor de Petrossa ne sont que des manifestations suraffinées et intellectuelles dont les études de Strzygowski ont amplifié la valeur, sans doute en raison de la somptuosité de leur matière et de la magnificence de leur gabarit. Le Musée de Mayence contient d’admirables spécimens de l’art barbare du v° au viii° siècle. On chercherait en vain à Worms, fief des rois burgondes, berceau des Nibelungen, l’épée de Siegfried ou l’armure de Brunehilde. Malgré l’importance du musée de Worms où dans le froid d’une vaste salle capitulaire reposent fibules et glaives précieux, on ne découvre aucun souvenir archéologique se rapportant au trésor des Nibelungen. Halgen, Gunther, et ses chevaliers ne président plus à la décoration d’un hall, où sont célébrées les vertus comparées de la bière, de la saucisse, du maigre Goebbels et du gros Goering. Si la cupidité n’avait fait vendre à l’Allemagne les objets de Marché-lepot, la France détiendrait l’essentiel du trésor artistique de son histoire, entre l’époque de la Tène et la naissance de l’art carolingien et chrétien. Cet art chrétien, essence même du génie français originel, a reçu son impulsion de l’esthétique gallo-romaine et des apports orientaux des artisans orfèvres et ciseleurs au service des rois francs. Sans eux sans doute, les rosaces de Chartres et les sculptures de Moissac et tant d’autres chefs-d’œuvre ne seraient point ce qu’elles sont. Florent FELS. Ouvrages à consulter : Ferdinand Lot : La fin du Monde Antique et le début du Moyen Age. 1927. — Linas : L’orfèvrerie mérovingienne. 1887. — Abbé Cochet : Le Tombeau de Childéric. 1859. — E. Molinier : L’orfèvrerie civile et religieuse du v° au xv° siècle. — L. Courajod : Leçons professées à l’Ecole du Louvre. — De Baye. Origine de l’orfèvrerie cloisonnée. 1893. — Divers ouvrages et articles de J. Strzygowski : — U’brecht Haupt : Die Baukunst der Germanen. 1923. — Karl Schumacher. Kulturgeschichte der Rheinlande. Band III : Merowingische Zit. 1925. — André Michel : Histoire de l’Art : tome I. Débuts de l’Art Chrétien. 1905. — E. Babelon : Le Tombeau du roi Childéric. 1923. Morin Jean : Archéologie de la Gaule. 1908.

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La France, ce pays d'artisans par André ARBUS --- RENOU, peintre du roi, définit ainsi la différence de l’artiste à l’artisan : « L’artisan est celui qui, ayant rompu et façonné journellement sa main à l’exercice d’un métier, dont les différentes opérations ont un cercle limité, fait aujourd’hui ce qu’il a fait hier et ce qu’il fera demain. Toujours occupé d’exécuter, jamais de créer, toute son ambition se borne à acquérir de plus en plus dans son travail de la prestesse et de la précision : cela seul le distingue de ses pareils. « L’artiste, au contraire, qui, par la nature de son art, est obligé de se servir de sa main pour mettre au jour les productions de son génie, est blâmé de se répéter lui-même : il doit se varier à l’infini. Il ne lui est pas permis de marcher servilement sur les pas de ses contemporains ni de ceux qui l’ont précédé dans la même carrière. Enfin, ses œuvres doivent être marquées au coin distinctif de son génie particulier, pour obtenir l’estime générale. La main n’est pour lui qu’un instrument et les matières qu’il emploie, de simples moyens de rendre ses idées et de les imprimer dans l’imagination de ses spectateurs. » Ces définitions nous venaient à l’esprit en sortant de l’Exposition du quai de Tokio et nous aurions voulu trouver pour le terme d’artisan un sens plus élevé, dire de lui, par exemple, que « ayant rompu, façonné journellement sa main à l’exercice d’un métier », il ne fait pas exactement aujourd’hui ce qu’il fera demain, que « toute son ambition ne se borne pas à acquérir de plus en plus de la prestesse et de la précision ». En lui rendant le don d’invention, « ce génie particulier » et la science spontanée de ce répertoire des équivalents plastiques de l’émotion, nous aurions ainsi l’image synthétique de ce pionnier, de ce créateur de formes, mais aussi de cet ouvrier laborieux, dont la patiente application a créé les apparences classiques de la vie laïque et religieuse. Nous ne pensons pas que la France puisse rivaliser dans la fertilité de l’imagination, dans l’éclair de lyrisme, dans la puissance d’évocation dramatique avec d’autres pays : l’Espagne, les Flandres, l’Allemagne. Elle n’a pas, au même titre que ses voisins, brûlé aux feux de la religion et des passions diverses, elle n’est pas célèbre, comme eux, par ses « hors la loi » de l’art. Son passé, ce passé qui est tout de même fabuleux, s’est tissé peu à peu avec sagesse et discipline. Jalouse des règles de ses communautés, plus éprise de perfection artisanale que d’invention artistique, c’est ainsi qu’on la retrouve au spectacle de chacun des objets de cette exposition, jalons de son histoire de la tapissérie, de l’émaillerie, de l’orfèvrerie. Tous ces objets sont des exemples. C’est le désir de virtuosité technique que traduit l’abondance de ces filigranes, de ces cabochons, de ces doublets à hautes sertissures qui donnent sans doute ce caractère de splendeur barbare aux orfèveries romanes, comme le calice de saint Remi de Reims. C’est l’emploi difficile du cuivre dont la ductilité est moins grande que l’or qui impose dans une certaine mesure la rigueur des dessins des émaux cloisonnés du onzième. Cette admirable teniture de l’« Appocalice », que le roi René légua à l’église de Saint-Maurice d’Angers, nous rappelle la lutte de Paris et d’Arras, de la haute et de la basse lice. Pour arriver à des fins presque identiques, Paris s’est longtemps imposé la haute lice beaucoup plus ardue d’exécution, beaucoup plus coûteuse, demandant de la part de l’ouvrier non seulement une très grande habileté manuelle, mais aussi des dons personnels de dessinateur et de coloriste. Rappelons-nous que c’est contre l’avis de Sully et dans une atmosphère de protestations et d’émeutes qu’Henri IV installa Dubourg pour introduire en France la basse lice qui devait lutter contre la concurrence des Flandres. Les contrats de l’époque, les minutes de commandes nous montrent le tapissier des grandes époques plus épris de technique pure, plus soucieux de la qualité des laines et des soies que préoccupé par le sujet de la composition. De là sans doute, le caractère abstrait de ces compositions, l’importance des bordures (dans la série de Don Quichotte, par exemple). De nos jours, on imagine ainsi Braque, s’il avait le désir ou la possibilité de continuer l’œuvre de ces grands artisans. Reprendre un par un tous les objets de cette exposition et les décrire du point de vue de notre thèse serait refaire non seulement l’histoire de notre art décoratif, mais l’histoire tout court, tant il est vrai que chacun d’eux nous rappelle des faits et le « climat » d’une époque, tant il est vrai que chaque geste de l’artisan s’harmo- nisait au rythme de la vie nationale. Et c’est peut-être la raison, cette grande unité organique, de l’authenticité de ces arts qui plongent profondément leurs racines dans notre sol. Et, pourtant, que de viols incessants depuis les influences diverses de Van Eyck, Van der Veyden ou Memlinc jusqu’au Primatic pour la tapissserie, depuis Byzance jusqu’à Nicolas de Pise, Gione Leonardo jusqu’à Cellini pour l’orfè- vrerie. N’est-ce pas la richesse de l’interprétation, l’honnêteté du métier, la parfaite conscience professionnelle qui marquèrent cependant ces œuvres « au coin distinctif d’un génie particulier ». Nous savons qu’à notre thèse, il est possible d’opposer bien des exemples contraires. Notre histoire est trop vaste, trop diverse, trop sensible pour qu’il en soit autrement. Mais, comme le voyageur qui a parcouru de nombreux et trop beaux pays garde à l’étape, les yeux fermés, des images synthétiques de lumière, de forêts ou de plaines sans qu’il lui apparaisse en premier plan les accidents que sont les nuages du ciel, les clairières ou d’incertains vallonnements, comme à lui, c’est une image en gros plan qui se présente à notre mémoire et c’est bien le butin d’une race d’artisans que représentent pour nous ces siècles de conquêtes. A bien y réfléchir, c’est peut-être, avec des éléments humbles et familiers, des moyens simples et des buts ordinaires que l’on crée, si Dieu le veut, la grandeur pathétique. Plaque émail. Geoffroy Plantagenet (XIIe siècle), Cathédrale du Mans Photo Giraudon Sainte-Foy. Trésor de Conques Photo Giraudon

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LA SCULPTURE par Maximilien GAUTHIER Ce n'est pas sans raison que les romantiques ont été les premiers à discerner que l'histoire de la sculpture, en France, ne commence pas, comme on avait eu l'habitude jusqu'alors de le dire, à l'époque de la Renaissance. Ainsi qu'on peut fort souvent le constater, et point seulement en matière d'art, ces révolutionnaires, ces brise-tout et par conséquent ces iconoclastes, découvraient, au contraire, ou réhabilitaient les artistes et les œuvres que l'on peut à bon droit considérer comme les artistes les plus authentiquement nationaux, comme les œuvres les mieux représentatives, d'un apport français aussi original qu'il est possible, dans un domaine où la règle est un perpétuel mouvement d'échanges, de reflets, d'assimilations. Il serait certainement simpliste d'affirmer que les anciens n'ont aimé que le jeu des lignes et des volumes purs, et qu'ils n'ont jamais cherché au delà de la satisfaction que donne l'harmonie des formes et l'équilibre intellectuel. Il y a de l'âme, une haute dignité morale, dans le visage du « Zeus Olympien », et ce n'est pas, d'autre part, sans quelque bon sens que le public nomme « Tête de Christ » tel admirable marbre du musée d'Athènes qui n'est peut-être que le pathétique portrait d'un chef gaulois. Mais il serait déraisonnable, en revanche, de ne point reconnaître que l'esprit moderne, en art, date de l'avènement du christianisme, et que, sans négliger pour cela la forme, les imagiers du moyen âge se différencient --- Photo Giraudon La Vierge et l'Enfant (vers 1200). Eglise de Gassicourt Apôtre (XIVe siècle). Chapelle de Riom Photo Giraudon --- Tête de Christ (XIVe siècle) Musée de Beauvais Photo Giraudon --- Vierge et Enfant (XIVe siècle). Eglise Notre-Dame-du-Marthuret Photo Giraudon --- $829$

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essentiellement des sculpteurs de la Grèce et de Rome, en ce qu'ils ont, sinon introduit, du moins amené au premier plan, l'expression de l'inquiétude humaine, des sentiments et des passions humaines : la gravité pensée, souffrante, du beau Dieu d'Amiens, la délicate individualité de l'Ange du Sourire, à Reims. C'est cet apport, cet immense apport qui est français; c'est principalement à ce titre que l'on peut parler, en art, d'un génie créateur spécifiquement national; et c'est en sculpture beaucoup mieux qu'en peinture que ce génie a d'abord trouvé sa forme. La Renaissance italienne, en réagissant contre ce que l'on a appelé la barbarie gothique, en ressuscitant les dieux morts, a réagi en réalité contre l'esprit moderne; elle a mis en mouvement des forces qui ont longtemps dominé le monde, avant d'engendrer l'académisme et de périr. Mais l'esprit moderne, dont Giotto avait reconnu dans les ouvrages de nos sculpteurs les manifestations initiales et, mieux encore, initiatrices, vit encore. C'est lui qui nous a rendu, au XIXe siècle, et en peinture, cette fois, aussi bien qu'en sculpture, une suprématie perdue depuis le XVIe siècle. C'est lui qui anima Géricault, Daumier, Cézanne, Rude et Rodin, comme il anime aujourd'hui Rouault, Dufy, Despiau. Voilà toute l'importance, pressentie par les romantiques et démontrée depuis, de la sculpture française. Une importance capitale, dans le monde moderne, comme fut capitale, dans le monde antique, la sculpture grecque. Une importance égale — et autrement. Il n'y a pas de solution de continuité dans l'histoire de la sculpture française. Les « images » ont toujours été très en honneur dans notre pays. La rage de tout rapporter à la tradition antique et de chercher partout à découvrir une étroite filiation entre nos mœurs et celles des Grecs et des Photo Giraudon Médailion du Christ de Bonifet Musée de Poitiers En haut, à droite : Vierge (XIVe siècle). Eglise de Mantes Photo Giraudon En bas, à droite : Sainte Véronique (XVe siècle). Eglise d'Ecouis Photo Giraudon