Extrait
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3e ANNÉE
4fr.
1er MARS 1927
LE
SIÈCLE
DE
LOUIS XIV
A LA
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
PRÉSENTÉ PAR
L’ART VIVANT
Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS
Administration et Vente :
LIBRAIRIE LAROUSSE
PARIS
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BING & CIE
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EXPOSITION DE PEINTRES MODERNES:
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UTRILLO, PASCIN, SOUTINE.
du 1er au 31 Mars 1927
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EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours
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L'ART VIVANT
TROISIÈME ANNÉE
1er MARS 1927
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L'EXPOSITION DU SIÈCLE DE LOUIS XIV
Au succès de l'exposition du Moyen Age, la Bibliothèque Nationale devait répondre par un nouvel effort. Nous ne pouvions oublier que l'empressement du grand public à venir admirer les œuvres réunies, au mois de février 1926, incita le Parlement à nous donner cette personnalité civile et ce droit d'effectuer des recettes, faute desquels nos collections risquaient de s'appauvrir.
Il importait donc que notre Bibliothèque méritât encore les suffrages de toutes les personnalités qui, depuis 1924, n'ont cessé d'encourager nos initiatives.
Nous avions également le souci d'offrir aux visiteurs une salle plus grande que celle où ils se pressaient.
Enfin l'année 1927 coïncide avec le deuxième centenaire de l'installation définitive de nos Services rue Richelieu et pareil anniversaire méritait qu'on le célèbre d'une façon exceptionnelle.
Ajouterai-je que la logique nous imposait, cette fois, de choisir, comme sujet «le Siècle de Louis XIV»? Après «le Moyen Age» et «la Renaissance» et en attendant «le XVIIIe Siècle», «la Révolution française» et «le Romantisme», nous le rencontrions naturellement sur notre route.
Grâce à une heureuse coïncidence, nos ouvrages précieux et nos pièces rares se trouvent présentés, aujourd'hui, dans le cadre le plus somptueux. Il nous plaît d'y voir, pour notre sixième exposition, le gage d'une faveur égale à celle dont bénéficièrent nos précédentes entreprises.
En 1925, nous libérâmes la Galerie Mazarine des lourdes vitrines qui l'encombraient, n'y laissant que celles où fut présentée une suite d'objets curieux appartenant au Cabinet des Médailles et à la Section de Géographie. Puis, lorsque l'Exposition internationale des Arts décoratifs eut fermé ses portes, nous y réunimes les nombreux ouvrages offerts à la Bibliothèque Nationale par les sections étrangères. Quelques mois plus tard, un don magnifique nous permettait de réaliser le vœu que nous formions, mes collaborateurs et moi, depuis 1924 : assurer aux bibliothèques de France la plus belle salle d'exposition dont elles puissent s'enorgueillir.
L'exposition qui commémore cet anniversaire fut établie sur un plan comparable à celui des manifestations antérieures. Les données scientifiques s'y harmonisent avec le souci d'offrir au public le spectacle d'une époque. Nous avons négligé les détails, n'évoquant, en général, les faits essentiels et les personnages notoires que par la pièce la plus belle ou la plus singulière. Il ne s'agit pas ici d'un minutieux classement, mais d'une sorte de fresque qui s'impose par son ampleur, son ordonnance et sa clarté.
P. R. Roland-Marcel,
administrateur général de la Bibliothèque Nationale.
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L'ART VIVANT
HISTOIRE DE LA GALERIE MAZARINE
Le 24 février 1927 à la Bibliothèque Nationale fut inaugurée une exposition à la gloire du siècle de Louis XIV, la période la plus magnifique de notre histoire où toutes les forces et les activités du pays s'unissaient pour magnifier, en la personne du Roi, le génie de la Nation, et donnaient ainsi la place prépondérante à notre pays en Europe, c'est-à-dire, à cette époque, dans le monde.
Mais ce n'est point une considération d'un ordre aussi général qui a déterminé le choix de cette époque, ni la date de cette exposition. Ayant déjà montré ses richesses du Moyen Age et de la Renaissance, la Bibliothèque Nationale offre aujourd'hui aux yeux du grand public, peu habitués à les aller chercher sur les rayons, ce qu'elle possède de plus précieux sur le XVIIe siècle. Quant à la date choisie, c'est celle du deuxième centenaire de l'installation de la Bibliothèque du roi dans l'immeuble qu'elle occupe actuellement et que la déconfiture de la banque Law rendait vacant depuis peu. Le cardinal de Fleury, malgré son esprit d'économie bien connu, après une visite à la Bibliothèque où il vit les volumes entassés sur les planchers, accorda les crédits nécessaires à l'aménagement de l'immeuble et en chargea l'architecte Robert de Cotte qui devait élever le nouveau bâtiment sur la rue Colbert. Ceci se passait en mai 1727 et ce second centenaire va être magnifiquement fêté par le successeur de l'abbé Bignon, l'actif administrateur actuel, M. Pierre Roland-Marcel.
Ce qui prête à cette Exposition un charme tout particulier, c'est qu'elle se déroulera dans un cadre splendide, contemporain des objets exposés. La galerie Mazarine vient, en effet, d'être débarrassée des horribles vitrines qui l'encombraient et, grâce à la libéralité magnifique de Mme F. Blumenthal, nettoyée, rajeunie, mais, heureusement, pas restaurée. C'est là que pendant plus d'un mois seront réunies les merveilles contemporaines du célèbre Cardinal.
L'histoire de cette galerie mérite d'être contée en quelques mots. En 1635, M. Duret de Chevry fit l'acquisition d'un terrain à l'angle de la rue Vivienne et de celle des Petits-Champs et y fit élever un hôtel, simple et robuste de ligne, que devait modifier en l'alourdissant de deux ailes la prétention italienne d'un Mazarin. L'architecte fut peut-être le célèbre Le Muet, mais à peine les travaux étaient-ils entamés que Duret de Chevry passait de vie à trépas et que son fils vendait au président Tubeuf l'hôtel qui sortait à peine de terre.
Celui-ci, dont un superbe portrait par Philippe de Champagne figure en bonne place à cette exposition, fut bientôt l'objet d'une saisie, en 1641, et l'inventaire dressé alors nous donne la description de la demeure nouvellement édifiée. Autour de son hôtel, Tubeuf acheta quelques terrains et y construisit de petites maisons qu'il se proposait de louer. Mazarin qui, depuis 1643, résidait avec la reine au palais élevé par son prédécesseur Richelieu, et que ce dernier avait légué au roi, d'où son nom de Palais Royal, Mazarin donc, trop étroitement logé dans cette demeure officielle pour y installer ses collections et sa bibliothèque, qu'il tenait pourtant à garder à portée de sa main, loua au président Tubeuf son hôtel pour y déposer ses richesses. L'hôtel se trouva bientôt trop petit pour elles et la location s'étendit aux maisons avoisinantes dont nous avons parlé. Avec bonne grâce, le cardinal ouvrait ses collections tous les jeudis aux érudits, mais leur installation demandant toujours plus de place, un accord nouveau intervint entre le président et le cardinal. Le président se chargeait d'acquérir les terrains sur lesquels le cardinal ferait élever par Mansart la galerie qu'il rêvait, et commençait par verser 100.000 livres à Tubeuf. Mais pendant ce temps, les événements politiques avaient rendu précaire la situation du cardinal-ministre qui, en 1561, devait s'enfuir, pendant que la Fronde triomphante faisait disperser aux enchères les magnifiques collections réunies à grand'peine ; ce fut un véritable pillage. Cependant Tubeuf, inquiet de l'ave-
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PORTRAIT DE LOUIS XIV DIT AUX PATTES DE LION PAR ROBERT NANTEUIL, C'EST LE PLUS BEAU PORTRAIT DE LA SÉRIE GRANDEUR NATURE ET C'EST UN VÉRITABLE CHEF-D'ŒUVRE DE L'ART DU GRAVEUR.
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LA GALERIE MAZARINE CONSTRUITE PAR MANSART. LES PEINTURES DES PLAFONDS SONT DES ROMANELLI
LES PEINTURES DES NICHES ET DES EMBRASURES DE FENÊTRES SONT DE GRIMALDI.
LE CARDINAL MAZARIN DANS SA GALERIE, GRAVURE DE NANTEUIL. LA VUE DE LA GALERIE EST PRISE A L’INVERSE DE LA VUE PRÉCÉDENTE. ON VOIT QUE DES STATUES GARNISSAIENT LES NICHES ET QUE DES TABLEAUX ÉTAIENT PENDUS AUX MURS.
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nir de sa créance, faisait saisir son ancien hôtel, malgré les protestations des autres créanciers qui l'accusaient d'être le prête-nom du cardinal. Tout s'apaisa lors du retour du roi à Paris, en 1653. Mazarin recouvra son hôtel et s'attacha à le meubler magnifiquement en même temps qu'il reconstituait ses collections et sa bibliothèque, et, en 1653, il pouvait y offrir à la reine-mère, à la reine d'Angleterre et à Mlle de Montpensier une fête dont cette dernière nous a gardé le souvenir dans ses Mémoires.
Cependant, le cardinal ne semblait pas très pressé d'acquitter le reste de sa dette puisque ce furent ses héritiers qui durent achever de désintéresser le président Tubeuf.
Des aménagements du cardinal dans cet hôtel, il ne subsiste plus grand'chose, à part deux plafonds et quelques dessus de porte. Mais il nous reste l'admirable galerie qu'il y avait fait ajouter et où il avait fait entasser ses plus riches tableaux, ses antiquités et ses meubles précieux. C'est là qu'eut lieu la fameuse loterie gratuite où Mazarin distribua pour plusieurs millions de lots, lors de la fête dont nous avons parlé ci-dessus.
La galerie, en tant que pièce la plus somptueuse d'une habitation, est une disposition architecturale d'origine italienne ; la pièce d'honneur dans la vieille architecture française était la salle, la grand'salle qui correspond au mégaron de la civilisation homérique, et dont la grande salle du Palais de Poitiers nous donne un magnifique exemple. Au Moyen Age, la galerie n'était considérée que comme un dégagement, une sorte de corridor dont beaucoup d'habitations n'étaient même pas pourvues. Les raffinements de l'étiquette, un peu plus de pudeur répandue sur les actes intimes de la vie, donnent déjà plus d'importance aux galeries à l'époque de la Renaissance et le château de Fontainebleau nous offre les deux galeries de François Ier et d'Henri II. Mais ces corridors magnifiques n'ont pas encore trouvé leur formule définitive et les riches plafonds à caissons reposent directement sur le droit des murs, sans même le secours d'une ample corniche.
Le véritable modèle fut la galerie que les Carrache décorèrent au Palais Farnése et, s'il nous faut remonter à la première origine, nous la trouverons dans la voûte de la chapelle Sixtine où le génie tumultueux d'un Michel-Ange, ne pouvant se contenter des lignes trop simples à son gré, fournies par les pénétrations de fragments de cylindres, creva pour ainsi dire le plafond qui lui était offert en créant des perspectives nouvelles à l'aide de feintes architectures et de sculptures imaginaires. D'en bas, le spectateur croyait voir au-dessus de sa tête des niches de pierre où s'agitaient des êtres vivants, entre lesquels s'incrustaient des bas-reliefs de métal, et tout cela ne formait que le cadre de scènes lointaines entraperçues par des espaces béants. Plus pondérés, les Carrache donnèrent moins d'importance aux cadres et ramenèrent les visions divines de Michel-Ange à n'être plus que des tableaux, mais ils ne perdirent point l'habitude des scènes multiples qui réunissaient sur une seule voûte tous les épisodes d'une même histoire. Ce n'était plus aux mystères terribles des chrétiens qu'ils empruntaient leurs motifs imagés mais aux plaisantes aventures des dieux et des héros de la Fable. C'est de cette galerie que se souvint Pierre de Cortone dans la décoration du Palais Barberini ou dans celle du Palais Pamphili, et lorsque ses élèves Romanelli et Grimaldi furent appelés en France par le cardinal Mazarin, ils ne purent mieux faire que de reproduire les thèmes favoris de leur vieux maître.
Et c'est cette décoration quasi inédite, car bien peu de gens connaissent la Galerie Mazarine, que cette exposition va révéler au grand public. Je sais bien qu'il existe à Paris d'autres plafonds de Romanelli décorant la galerie basse du Louvre, dans les salles des Saisons, de la Paix, des Antonins et de Septime Sévère, mais le plus souvent ces salles sont inaccessibles aux visiteurs qui, d'ailleurs, lorsqu'ils y pénètrent, sont plus occupés à examiner les médiocres sculptures romaines, qu'à contempler le décor des voûtes. Ajoutons que ces peintures du Louvre n'ont pas eu, comme celles de la Galerie Mazarine, la chance d'échapper aux restaurateurs plus généreux que discrets.
La grande galerie du palais Mazarin fit époque dans l'architecture civile française. C'est à son exemple que furent élevées la galerie de l'hôtel Lambert aujourd'hui inaccessible, et celle de l'hôtel de la Vrilliére qui n'est connue que de peu de gens. D'elle encore procèdent la galerie d'Apollon achevée seulement au XVIIIe siècle et remaniée au XIXe siècle et enfin celle de Versailles tant retouchée au siècle dernier. Ici, au contraire, nous sommes en face d'un monument intact qui n'a subi que la discrète restauration de Desgoffes, en 1869, restauration qui s'est surtout exercée sur les paysages peints dans les embrasures et les niches par Grimaldi. Lors du dernier aménagement de la galerie, on s'est contenté de rendre à la voûte, à l'aide d'un minutieux nettoyage, toute la splendeur de ses premiers jours.
Dans sa Description de Paris, dédiée à J.-P. Bignon, Germain Brice la dépênt ainsi (1713) : « On ne verra point de lieu dans tout Paris, où il y ait plus de curiositez, ni qui soit rempli d'une plus grande quantité de meubles précieux, que celui-cy... Après avoir passé plusieurs autres chambres de plein-pié, tendues de riches tapisseries, rehaussées d'or et d'argent, on trouve une longue galerie, remplie de chaque côté de cabinets portatifs garnis de pierreries et de cizelures qui sont sur des tables de marbre rare ou de pièces de rapport. On y verra aussi des vases de jaspe et d'albâtre oriental de diverses grandeurs et de forme différente, avec de petites figures de bronze d'un travail exquis. Le parquet de cette galerie est couvert d'un tapis d'ouvrage à la Turque tout d'une pièce d'une longueur extraordinaire. »
Cinquante-sept ans plus tard, Dezallier d'Argenville dans son Voyage pittoresque de Paris (1770), dit : « La galerie qui fait aujourd'hui partie de la Bibliothèque du Roi, offre au plafond treize sujets d'histoire, peints par Romanelli. Au-dessus de la porte se voient Apollon et Daphné, Vénus dans son char, le Parnasse ; le Jugement de Pâris, vis-à-vis ; Vénus éveillée par l'amour Narcisse ; au milieu, Jupiter qui foudroie les géants, l'Embrasement de Troie ; l'Enlèvement d'Hélène, en face, celui de Ganymède, Rémus et Romulus et deux autres petits morceaux. Ces peintures sont distribuées dans des compartiments soutenus par des ornements feints, de stuc, et par des figures d'une grande beauté. Les paysages sur les murs sont du Bologne. Cette galerie est uniquement destinée aux manuscrits. » C'est à l'entrée de cette galerie que se trouvait jadis le Parnasse François de Titon du Tillet, bizarre monument de bronze et de bois groupant autour d'un Apollon-Louis XIV toutes les gloires littéraires du XVIIe siècle. Cet objet un peu encombrant mais bien caractéristique du goût de son époque et qui aurait si bien figuré au milieu de cette exposition, fut, de longues années durant, l'objet de la curiosité des visiteurs. Il a quitté la Bibliothèque depuis peu pour être envoyé à Versailles. Au cours du XIXe siècle, la galerie ne cessa pas d'appartenir aux divers services de la Bibliothèque. On y avait organisé ces dernières années quelques expositions assez remarquées, puis on l'avait garnie de vitrines funéraires où dormaient quelques fac-similés ; aujourd'hui, nettoyée, débarrassée, garnie de meubles précieux, de riches tapisseries, éclairée de lustres qui ne la déparent point, elle attend les visiteurs qui se presseront nombreux devant les vitrines qui regorgent de documents rarissimes et d'objets du goût le plus exquis.
Charles MARCHESNÉ