Extrait

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1re Année - N° 4 2e50 15 Février 1925 --- REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES ÉDITÉE PAR LES “NOUVELLES LITTÉRAIRES” L’ART VIVANT ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- SOMMAIRE : Henri Matisse………… Roger Allard. --- L’Art et la Mode……… Clarisse. --- L’Art Urbain : Henri Sauvage………… Maximilien Gauthier --- La Mode Masculine…… Ariste. --- L’Exposition des Arts Décoratifs………… Georges Le Fèvre. --- L’Esthétique de la table.. Maurice des Ombiaux --- Carle Vernet………… Raymond Régamey. --- Les Portraitistes d’exception J.-G. Goulinat. --- Le voluptueux Poussin… J.-L. Vaudoyer. --- Les Arts de la femme (Tapis modernes)…… Edmée. --- L’Habitation d’aujourd’hui (La Salle à manger)… Georges Rémon. --- Albert Durer………… Clément Janin. --- Chronique artistique…… Léon Werth. --- Les Grandes Ventes…… Charles Bourgeat --- Les Expositions………… Fels. --- L’Humour de l’Art…… H. Guilac. --- L’Actualité artistique … Illustrations. --- Faits divers. — Informations. — Calendrier des Expositions. --- Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS. --- Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS

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GALERIE PERCIER 38, Rue de LA BOETIE, 38 — PARIS Du 7 au 21 FEVRIER EXPOSITION IRÈNE LAGUT LIQUEUR BÉNÉDICTINE GALERIE VAVIN-RASPAIL 28, Rue Vavin, 28 (137, Boulevard Raspail) PARIS UN GROUPE DE SCULPTEURS ET JEAN DUFY Dessins et Aquarelles DU 4 AU 20 FÉVRIER PROCHAINE EXPOSITION : ALBERT GLEIZES CECI INTÉRESSE Tous les Jeunes Gens et Jeunes Filles et tous les Pères et Mères de Famille Une occasion unique de vous renseigner de la façon la plus complète sur toutes les situations, quelles qu'elles soient, et sur les études à entreprendre pour y parvenir, vous est offerte par la plus importante école du monde : L’ÉCOLE UNIVERSELLE PLACÉE SOUS LE HAUT PATRONAGE DE L’ÉTAT Elle vous adressera gratuitement, par retour du courrier, celles de ses brochures qui se rapportent aux études ou carrières qui vous intéressent : Brochure n° 9605 : Classes primaires complètes, Certificat d’études, Brevets, C. A.P., Professorats. Brochure n° 9614 : Classes secondaires complètes, Baccalauréats, licences (lettres, sciences, droit). Brochure n° 9623 : Craudes Écoles spéciales. Brochure n° 9632 : Toutes les carrières administratives. Brochure n° 9641 : Carrières d’Ingénieur, Sous-Ingénieur, Conducteur, Dessinateur, Contremaître dans les diverses spécialités : Electricité, Radiotélégraphie, Mécanique, Automobile, Aviation, Métallurgie, Mines, Travaux publics, Architecture, Topographie, Froid, Chimie, Agriculture. Brochure n° 9650 : Carrières du Commerce (Administrateur, Secrétaire, Correspondancier, Sténo-dactylo, Contentieux, Représentant, Publicité, Ingénieur commercial, Expert-comptable, Comptable, Teneur de livres), Carrières de la Banque, des Assurances et de l’Industrie Mondiaire. Brochure n° 9669 : Langues vivantes : (Anglais, Espagnol, Allemand, Italien). Brochure n° 9678 : Orthographe, Rédaction, Calcul, Dessin, Ecriture, Calligraphie. Brochure n° 9687 : Carrières de la Marine marchande. Brochure n° 9696 : Études musicales (Solfège, harmonie, contrepoint, fugue, composition, orchestration). Envoyez aujourd’hui même votre nom, votre adresse et les numéros des brochures que vous désirez. Ecrivez plus longuement si vous souhaitez des conseils spéciaux à votre cas. Ils vous seront fournis très complets, à titre absolument gracieux et sans engagement de votre part. ÉCOLE UNIVERSELLE 59, Boulevard Exelmans — PARIS (16e) Uitraux ETABLISSEMENTS GAËTAN JEANNIN Ingénieur CCP 181, Avenue EDOUARD VAILLANT Téléphone : AUTEUIL 03-02 Billancourt BEINE ENSEIGNES DECORATIVES R.C. SEINE 17.697 EMAUX GRAVURE

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VIENT DE PARAITRE ANTHOLOGIE DE LA NOUVELLE POESIE FRANCAISE PIERRE ALBERT-BIROT - GUILLAUME APOLLINAIRE - RENÉ ARCOS - MARCEL ARLAND - CHARLES BAUDELAIRE - FRANCIS CARCO - BLAISE CENDRARS - PAUL CLAUDEL - JEAN COCTEAU - TRISTAN DERÈME - FERNAND DIVOIRE - P. DRIEU LA ROCHELLE - GEORGES DUHAMEL - LÉON-PAUL FARGUE - GEORGES GABORY - FRANCIS GÉRARD - ANDRÉ GERMAIN - ANDRÉ GIDE - JEAN GIRAUDOUX - IVAN GOLL - MAX JACOB - FRANCIS JAMMES - ALFRED JARRY - PIERRE-JEAN JOUVE - JULES LAFORGUE - VALERY LARBAUD - C° DE LAUTRÉAMONT - H.-J.-M. LEVET - MATHIAS LUBECK - PIERRE MAC ORLAN - MAURICE MAETERLINCK - STÉPHANE MALLARMÉ - FRANÇOIS MAURIAC - O.W. DE L. MILOSZ - ROBERT DE MONTESQUIOU - HENRY DE MONTERLAND - PAUL MORAND - GERMAIN NOUVEAU - CHARLES PÉGUY - JEAN PELLERIN - MARCEL PROUST - RAYMOND RADIGUET - PIERRE REVERDY - GEORGES RIBEMONT - DESAIGNES - ARTHUR RIMBAUD - JULES ROMAINS - RAYMOND ROUSSEL - ANDRÉ SALMON - PHILIPPE SOUPAULT - ANDRÉ SPIRE - JULES SUPERVIELLE - PAUL-JEAN TOULET - TRISTAN TZARA - PAUL VALÉRY Ce livre vous fera comprendre la poésie moderne Un volume : 20 fr. KRA, EDITEUR --- ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE nrf 3, RUE de GREMELLE PARIS (VIe) TÉLÉPHONE: FLEURUS 12-27 R.C. SEINE 35-806 Collection des Peintres et Sculpteurs Français Nouveaux Les trois livres du mois E.-A. BOURDELLE NOTICE PAR François FOSCA PIERRE BONNARD NOTICE PAR Claude-Roger MARX YVES ALIX NOTICE PAR Roger ALLARD Chacun de ces ouvrages contient des reproductions de peintures, sculptures et dessins, et un portrait de l'artiste, dessiné par lui-même et gravé sur bois. Un volume de 64 pages... 3 fr. 75 Il est tiré de chacun de ces ouvrages 215 exemplaires numérotés (dont 15 hors commerce). Le texte sur papier pur fil Lafayette. Les reproductions sur beau papier couché, avec une épreuve sur chine du portrait signée par l'artiste. PRIX ............................................ 10 fr. --- LES ÉDITIONS G. GRÈS ET CIE 21, RUE HAUTEFEUILLE, PARIS (VIE) — Reg. Commerçé: Seine 100-412 FRANCIS CARCO LE NU DANS LA PEINTURE MODERNE (1863-1920) Le sens expressif du Nu dans la peinture moderne : le Nu devient synthèse, interprétation typique. « Un seul nu de Renvoir, écrit Carco, nous apprend mieux que ne le font les paysages et ses portraits. » Avec 34 phototypies hors texte Un volume in-8° (25 × 17) sur beau papier. 30 fr. MICHEL-G. VAUCAIRE FOUJITA M. Michel-G. VAUCAIRE expose les raisons qui ont placé Foujita dans cette curieuse situation: passer pour un peintre francisé aux yeux des Japonais et pour un pur Japonais vis-à-vis des occidentaux. Un vol. in-16 avec couverture illustrée et 32 reproductions hors texte ................. 6 fr.

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--- LA GRANDE MAISON DE BLANC LE PLUS BEAU LINGE DE TABLE 6, BOUL. DES CAPUCINES ET RUE HALEVY PLACE DE L'OPERA PARIS CANNES DEAUVILLE LONDRES ---

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1re Année - N° 4. 2 fr. 50 15 Février 1925 --- L’ART VIVANT DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ, 6, Rue de Milan (9e) Téléphone : CENTRAL { 97-16 32-65 Rédacteur en chef: Florent FELS Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes Éditée par les “Nouvelles Littéraires” DIRECTEURS-FONDATEURS: Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD ABONNEMENTS: Un an: France 58 f. Étranger 75 f. Six mois: — 30 f. — 38 f. ÉDITION DE LUXE Un an: France 110 fr. Étranger 150 fr. Les abonnements doivent être adressés à la LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, rue Montparnasse, Paris (G’) Chèques Postaux N° 153-85 Paris --- HENRI MATISSE Henri Matisse se plaît à raconter une anecdote qui témoigne du souvenir gardé par le futur fauve, de son passage dans l’atelier Cormon, à l’école des Beaux-Arts. Ce maître officiel, qui peignait volontiers de couleurs poussiéreuses et ternes les gens et les bêtes de la préhistoire, corrigeait un jour une étude de Matisse. L’étude était si montée de ton qu’elle attira à l’élève cette apostrophe: «Et maintenant, comment peindriez-vous un perroquet là-dedans?» — «Justement, répondit-il, je n’en ai pas à peindre.» C’était modestie de sa part. Même à cette époque il était sans doute fort capable d’introduire un objet haut en couleurs dans une harmonie déjà vive, sans en rompre l’équilibre. On peut penser que de tous les peintres de ce temps, Matisse est celui qui aurait toujours su peindre un perroquet avec le plus de bonheur. Si l’on envisage l’ensemble de son œuvre, aux aspects si tranchés, aux climats si divers, on ne peut manquer d’être frappé de l’extraordinaire aisance avec laquelle les couleurs s’opposent sans se nuire; trouvent au point le plus aigu du conflit un accord imprévu dans une lumière vraie. Discerner sous cette œuvre la part de l’invention et celle de la vérité, tel est l’objet de ces quelques remarques, où l’on aurait tort de chercher l’analyse complète et la description d’une œuvre si considérable. “Pour la plupart d’entre nous, le fantastique réel de la vie est singulièrement émoussé”. Ce que Baudelaire pouvait dire de Guys, à savoir que ce “peintre de la vie moderne” avait la mémoire et les yeux pleins de ce fantastique, peut être répété à juste titre sur le propos d’Henri Matisse. Qu’il peigne des fruits dans une coupe sur cette nappe où luiisent les divers éclats de la porcelaine et du cristal, ou bien sa propre fille dans ce fauteuil Louis-Philippe qui occupa dans l’atelier et dans l’œuvre du peintre une place si importante, ou bien encore, un de ces surprenants intérieurs dont le coloris ne semblera arbitraire qu’aux personnes trop pressées, qui n’ont jamais par un matin d’été suivi les jeux du soleil, filtrant par les persiennes entr’ouvertes, ou traversant un bocal peuplé de poissons rouges, Henri Matisse poursuit la synthèse de l’expression plastique et du sentiment qu’il a HENRI MATISSE L’artiste et sa fille — I —

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L'ART VIVANT de la vie. Ainsi qu'il l'écrivait lui-même, dans le temps qu'il condescendait encore à écrire, "le dessin doit avoir une force d'expansion qui vivifie les choses qui l'entoure". Il faut entendre par là que l'artiste doit replacer tous les objets dans un milieu nouveau, dont l'atmosphère soit imprégnée de sa plus intime sensibilité, pour leur redonner une existence sublimée. Ce n'est pas à proprement parler une transposition, c'est quelque chose de plus rapide, comme par exemple les différentes colorations qu'un projecteur imprime sur le corps d'une danseuse. J'ignore quelle définition a été donnée de l'expressionnisme et dans quelle mesure ce terme s'oppose à celui d'impressionnisme ; les œuvres qui se réclament de cette formule ne pouvant nous édifier que sur leur propre insignifiance. Il semble pourtant que l'épithète d'expressionniste puisse être approchée de l'art de Matisse. Ce dernier en effet ne garde de l'impression première que la mémoire étonnamment fidèle du ton juste. C'est par ce lien, si délicat, si facilement rompu en des mains moins adroites, qu'il garde le contact avec la réalité. C'est par là qu'il justifie l'inéluctable attachement de l'œil et de l'esprit humains au plaisir né de l'imitation. Tous ces autres prestiges tendent à réaliser cette expansion dont l'artiste fait son but suprême. Chez lui, le dessinateur n'est pas inférieur au coloriste ; à vrai dire leurs moyens sont les mêmes, car le dessin se réduit le plus souvent dans ses tableaux à une représentation graphique du caractère essentiel, tel que l'imprima dans la mémoire une vision assez agile pour saisir au delà du mouvement, la permanence des formes. Matisse dessine souvent par l'arabesque, nul peut-être n'a poussé si loin l'art de rendre la vérité des objets par un simple trait, sans recours aucun au modèle. Souvent ses figures sont tracées d'un mouvement continu qui reproduit, par l'étonnement de nos regards d'abord déconcertés, le mécanisme même de la vision. On n'imagine point d'art plus dépouillé, plus sobre et plus calme que celui de Matisse. Lui-même n'en n'eut point tout d'abord la nette conscience et quand il eut à peindre ses grandes compositions, la danse et la musique, il s'abandonna à une sorte d'enthousiasme dionysiaque. Quelques années plus tard il reprit pour son plaisir les mêmes sujets et les traita dans un esprit tout à fait différent, empreint d'harmonieuses solennités. Il paraît que ces grandes toiles décoratives de Matisse sont toujours à Moscou, où nous voyons maintenant sévir un expressionnisme fortement influencé par l'esprit allemand. Puissent-elles y ramener les jeunes peintres russes à la conception d'un art ordonné et équilibré. Aimant à dessiner sans modèle, on conçoit que Matisse néglige volontiers les valeurs au profit de la couleur. Quand il tient les tons justes, et il les tient toujours, il est satisfait. Ou plutôt il ne l'est jamais, car il porte dans cette investigation une curiosité passionnée que la difficulté aiguise et surexcite, lui rendant sans cesse la naïveté nécessaire. Guillaume Apollinaire aimait à comparer l'art d'Henri Matisse à une orange. L'image est belle et juste, car l'éclat est leur premier charme, fait de somptuosité et de fraîcheur. Mais il est des tableaux de Matisse qui font penser aux citrons, dont ils ont la tonifiante acidité. Mais le goût en est agaçant pour certaines gencives. La peinture de Matisse est de celles qui apparaissent à ceux qu'elle ne saurait séduire, comme un défi, une offense personnelle. Un tableau cubiste où l'on peut observer une volonté évidente d'organisation, peut faire rire ou indignier d'abord, mais finit toujours par en imposer au spectateur. Mais Matisse trahit avec trop d'ingénuité le plaisir qu'il éprouve à découvrir les ---

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L'ART VIVANT choses invisibles au commun des mortels pour ne pas s'attirer des haines inexpiables. Pour avoir cultivé exclusivement cette puissance d'expression par le trait et par la couleur, Matisse n'en offre pas moins l'idée d'un génie équilibré. Il a su négliger certains moyens de l'art, se limiter sans s'appauvrir. Mais il n'en est pas moins vrai que cette réussite est exceptionnelle et ne saurait servir de modèle. Matisse a eu beaucoup d'élèves déclarés, mais on n'en voit guère qui ait affirmé un tempérament personnel. Raoul Dufy a subi son influence et poussé ses recherches graphiques jusqu'aux limites extrêmes de l'art plastique. Mais celui-là est un disciple involontaire qui d'ailleurs eut considéré comme un manque de sincérité de se dérober à une influence. Il est heureux pour l'art que cette tendance expressionniste soit toujours représentée par des peintres de race, capables d'opposer à la grisaille d'un modelé par ombres et lumières, l'affirmation hardie de la ligne et de la couleur. On aurait tort de décrier leur tâche comme plus aisée qu'une autre, à cause de la part d'arbitraire qu'elle comporte. Il faut une mémoire alerte et une hardiesse de main qui ne s' mime pas. Roger ALLARD La lecture. Dessin ---

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L'ART VIVANT L'ART URBAIN HENRI SAUVAGE ou l'Air pour Tous Il est peu de parisiens ou de visiteurs de Paris qui ne connaissent l'immeuble du 26 de la rue Vavin, si curieux, si pimpant, si gai, avec ses étages disposés en gradins, ses cascades de vigne vierge et de fleurs, sa blanche façade en céramique aussi luisante et neuve qu'au premier jour. Voici dix ans déjà que cette bâtisse est debout et que ses heureux locataires jouissent chaque jour des bienfaisants rayons solaires en moyenne une heure de plus que leurs voisins. Le groupe actuellement en voie d'achèvement à l'angle de la rue des Amiraux et de la rue Nouvelle, commandé à M. Henri Sauvage par la Ville de Paris, réalise l'application, à des maisons ouvrières, du principe pour la première fois affirmé rue Vavin. L'architecte a dû, certes, modifier considérablement son projet primitif dont l'extrême nouveauté avait de quoi effrayer quelque peu les services administratifs de la Ville. Toutefois, à force de persévérance, M. Henri Sauvage a réussi où d'autres se seraient découragés bientôt. \\ L'ossature, ici, est entièrement en ciment armé et murs creux. Les façades, en escalier, ménagent à chaque étage une terrasse où chaque famille peut vivre constamment au grand air, à l'abri de plantes grimpantes qui l'isolent absolument de tout indiscret voisinage. Tous les revêtements sont en céramique blanche. Point de cour intérieure. Mais — à la base de la pyramide que constitue, en coupe, l'immeuble entier—une piscine de trente-trois mètres de longueur. ingénieuse façon et judicieuse de tirer parti du vide inévitable, vaste, sous les trois premiers étages dont les parois internes reproduisent en creux ce que la façade présente en saillie. Groupe de la rue des Amiraux. L'étage des caves. Plus haut, l'espace entre les deux corps de bâtiment va se rétrécissant : c'est entre le troisième et le quatrième étage que M. Henri Sauvage installe les ... caves, c'est-à-dire au fond d'un vaste puits d'air. Elles sont, ces fraîches caves aériennes, desservies par deux monte-charges nettement accusées en façade. Plus de montées ni de descentes pénibles. Le locataire du sixième est l'égal de l'occupant du rez-de-chaussée : à trois étages, chacun, du porte-bouteilles... Dans chaque appartement, une cheminée transformée en chaudière permet la distribution de la chaleur dans les radiateurs des autres pièces. C'est le chauffage à la fois central et individuel. Les garde-manger et coffres à linge sale sont en ciment armé ; et les quatre escaliers, entièrement de céramique, jusques et y compris les marches et la rampe : ils garderont donc, de la sorte, longtemps, toujours, leur impeccable blancheur primitive. Quant aux ordures ménagères, on les déversera, à chaque étage, en des bouches munies d'appareils d'occlusion her- ---

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L'ART VIVANT métiques. Les bouches des déversoirs aboutissent dans les sous-sols, à des wagonnets. Sur rails, automatiquement, ceux-ci conduiront à la rue, lors du passage de la “Sita” municipale, leur charge partout malodorante, promenée sur les paliers, semée dans les escaliers, ici positivement esca-motée. \\ — La maison du luxe ouvrier ! — Sans doute, a réparti M. Henri Sauvage. Mais n’est-ce pas le droit des humbles que d’habiter des maisons luxueuses par leur confort, surtout si ces maisons ne sont pas plus onéreuses pour les finances de la Ville que… les autres ? Or, la solution moderniste est en même temps la plus économique. Nous n’en sommes plus à l’époque où de gros chevaux transportaient d’énormes pierres sur les chantiers. Une maison d’aujourd’hui, portant la marque d’aujourd’hui se compose de murs légers, minces comme des membranes. Deux membranes de sept centimètres chacune, séparées par un matelas d’air, suffisent pour les plus grands immeubles. Elles forment l’enveloppe de la maison et ne laissent passer ni le froid en hiver, ni la chaleur en été. Leur légèreté n’oblige pas à des soubassements considérables, dont le prix actuel est très élevé. C’est aussi pour éviter les frais inutiles qu’entraîne le travail du sol que je place toutes les caves à la hauteur du quatrième étage dans une cour assez étroite où le soleil ne vient pas troubler la fermentation des vins. N’allez pas croire, surtout, que ces minces membranes sont fragiles ; elles supportent de lourdes charges ; et de nombreuses constructions industrielles, édifiées suivant cette formule, résistent parfaitement aux trépidations des machines, et à leur poids énorme. Ces murs de sable, de mâchefer ou de béton liquide sont d’ailleurs recouverts d’un revêtement qui peut être de faïences magnifiquement décoratives. --- L'EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS L'Exposition des Arts Décoratifs ouvrira vraisemblablement ses portes le 1er avril. Dans six semaines, par conséquent, tout doit être prêt et le public autorisé à passer les guichets d’entrée. Le cadre, c’est-à-dire l’ensemble du gâteau de béton et de staff est actuellement terminé. On ajuste les portes, les fenêtres, les vitres ; on assemble les parquets, on parachève en un mot les locaux d’Exposition et le commissariat général se tournant vers les groupes d’exposants leur dit : « La tâche de l’Etat est accomplie. Voici les locaux vides. A vous de les remplir. » Et la situation de critique devient aiguë dans la plupart des classes. Les comités de classe ont en effet déclaré jusqu’ici à chacun de leurs membres exposants : Il est entendu que la répartition des frais d’aménagement nous incombe. Nous ne savons pas encore avec précision le montant de ces frais, mais d’ores et déjà nous admettons le principe qu’en dehors des subventions qui pourraient nous être accordées par l’Etat, tous ceux qui désirent que leurs œuvres soient exposées, devront acquérir la place qui leur est nécessaire à x… frs le mètre carré pour qu’en face du chapitre Dé-penses s’inscrive un chapitre Recettes avec la certitude que ce compte sera équilibré. Certains artistes, les plus riches, ont souscrit à cette injonction ; d’autres se sont réservés, désireux de connaître les tarifs de location qui leur seraient appliqués avant de donner leur réponse ; quant à la troisième catégorie d’exposants, les obscurs, les sans-le-sou, les sans-grade, ils ont refusé catégoriquement de débourser quoi que ce soit, estimant que leur effort et le certificat d’admission du jury étaient des raisons suffisantes pour revendiquer le droit d’avoir une petite place gratuite sur l’Esplanade. Il s’en est suivi une ère de mécontentement, de discussions, de doléances apaisées tant bien que mal par des assurances platoniques et des réponses dilatoires. Mais actuellement la situation se précipite. Période de crise, période de chiffres et de calculs arithmétiques. Les architectes et les entrepreneurs auxquels il incombe d’aménager les pavillons, les salles et les stands, se présentent avec des devis précis. « Voilà ce que vous m’avez demandé et voilà ce que ça vous coûtera.» --- Film Gaumont Groupe de la rue des Amiraux. Terrasses. bon marché de la bâtisse, peut et doit donner, à des quartiers entiers, un caractère de calme et d’ordre qui n’est jamais incompatible avec son aspect artistique. Nous sommes à une époque de formidables transformations industrielles, de manifestations scientifiques déconcertantes. L’architecture en mettra les avantages à la disposition de tous. Ne prétendons pas défier les siècles ; soyons de notre siècle — simplement, utilement. Maximilien GAUTHIER. ---

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L'ART VIVANT Il faut payer ou s'engager à payer pour que les travaux commencent. Nombreuses sont les défections, ce qui risque de fausser le prix unitaire de location au mètre carré ou de provoquer un déficit dans la caisse du comité de classe. C'est alors que les groupes tendent des mains implorantes vers le commissariat général, et lui demandent une subvention. Prière à laquelle M. Fernand David répondit, et pour cause, en retournant ses poches : « Pas le sou ! » \\ Mais pour navrante que soit la situation présente de certains groupes ou collectivités, celle des isolés n'est pas moins lamentable. Peu leur importe, et à juste titre, les difficultés dans lesquelles se débattent les comités dont ils font partie. Ils n'ont pas à entrer dans ce labyrinthe où s'entrecroisent les expédients financiers. Ils se refusent — et avec raison — à écrire, à faire des démarches, à postuler, à quémander. Ils n'ont qu'un argument à opposer, et il est valable : « On nous a demandé de présenter une œuvre pour l'exposer. Un jury compétent nous a délivré le dignius intrare. L'Exposition de 1925 internationale quant à ses participants reste un effort national, puisque l'État en patronne l'organisation. Que réclamons-nous ? Nos droits d'artistes et de contribuables. Ayant répondu à l'appel qu'on nous a adressé, nous exigeons en retour qu'on tienne les promesses qui nous ont été faites.» \\ « N'est-il pas un peu tard pour formuler aujourd'hui des protestations?» L'artiste auquel je fis cette remarque m'objecta simplement : « Voilà deux mois, Monsieur, que je hante les bureaux du commissariat général et mes affaires n'ont guère avancé. Voilà deux mois qu'on me répond : « Vous faites partie d'un groupe. Adressez-vous à votre groupe. Vous n'ignorez pas que notre rôle se borne à fournir des murs et des parquets. » Visite au trésorier du groupe qui me prend chaleureusement les deux mains : « De la place ? Tant que vous voudrez à mille francs le mètre ! — Je suis incapable de payer cette somme. — Alors faites-vous donner une subvention. — Par qui ? — Par le Commissariat général. » Retour au Commissariat général. Des gens affables qui lèvent les bras au ciel : « Une subvention particulière ! Mais songez, Monsieur, au nombre des demandes de ce genre qui nous arrivent. Non pas que nous soyions hostiles à ce principe mais le pauvre petit crédit dont nous disposons, déjà fort entamé, ne peut suffire à tous. « Si votre cas est intéressant — et nous n'en doutons pas — il appartient surtout à votre groupe de vous prêter son appui. Ses charges sont légères en comparaison des nôtres. Ne vous découragez pas et vous aboutirez, c'est sûr. — Bref, conclut mon interlocuteur, je me déclare las de ce petit jeu de raquettes. Il me faut produire pour vivre et mon temps est précieux. J'abandonne. Je n'enverrai rien à l'Exposition. » Imitant en cela l'abstention de nombreux camarades qui n'ont que des dispositions très restreintes pour user les cordons de sonnette et le velours des fauteuils d'antichambre. \\ Ecartons-nous à présent du brouhaha des récriminations particulières et essayons impartialement de juger la situation telle qu'elle se présente aujourd'hui. Elle est pénible, indiscutablement. Pénible pour le Commissariat général dont il importera en temps utile de préciser les responsabilités, mais qui se trouve, faute de crédits suffisants, dans l'impossibilité d'apporter un appui efficace aux exposants : 1° parce qu'il a conclu des accords laissant aux groupes une autonomie financière complète, 2° parce qu'il est hanté par la terreur d'un budget général en mal d'équilibre et que le mot déficit s'interposera toujours pour paralyser ses générosités éventuelles. Pénible aussi cette situation, pour chacun des groupes (quelques-uns, cependant, composés en majeure partie d'industriels ayant pris résolument tous les frais à leur charge, se sont tirés du mauvais pas) parce que, comme nous l'avons exposé tout à l'heure, ils ont à tenir une gestion très sévère avec un chapitre « Dépenses » comprenant tous les frais d'installation intérieure, de décoration, d'éclairage et de gardiennage au regard duquel s'inscrit un chapitre « Recettes » où figurent les sommes versées par les exposants pour la location des places. Dirons-nous que certains groupes sont loin d'avoir équilibré leur compte grevé d'un « manque à recouvrer » qui atteint les deux tiers ou les cinq sixièmes du budget prévu. Situation pénible enfin pour les artistes isolés sans argent, contraints d'abandonner tout espoir d'exposer leurs œuvres, aigris par de fausses promesses et la certitude que leur réclamation restera lettre morte. « Pourquoi, dira-t-on, ne font-ils pas un petit effort? » A quoi on peut objecter : « Il n'y a pas de petites sommes pour un artiste pauvre, il n'y a que de grosses dépenses.» \\ Situation à laquelle il importe d'appliquer un remède coûte que coûte. Ce remède, certaines classes semblent l'avoir trouvé en pratiquant l'opération du « repêchage ». Ils relisent soigneusement la liste où figuraient les noms des candidats de la première heure. Parmi ces candidats, nombre d'industriels ont été évincés, leurs productions n'ayant pas semblé présenter au jury un intérêt d'art suffisant. Oui, mais ces industriels ont de l'argent ; ils peuvent payer, eux ! Faut-il les rappeler au détriment d'artistes pauvres qui n'ont qu'un mérite : celui de faire des choses intéressantes ? Court débat que l'arbitre a tôt fait de trancher. Et le seul arbitre, en l'occurrence, c'est le devis de l'architecte, c'est la nécessité de boucler le budget. On fait un discret appel au « blackboulé » de la première heure : « Nous avons réfléchi. Vos créations sont évidemment un peu commerciales. Mais l'Exposition doit être ouverte largement à tous les concours. Nous ne manquons pas de place, et si vous voulez nous aider à supporter les lourdes charges qui nous incombent, nous pourrions facilement trouver un terrain d'entente. » C'est ainsi que, peu à peu, les industriels, les fabricants de série reprennent la place qu'on leur avait tout d'abord refusée, tandis que des artistes parmi lesquels se trouvent parfois des éléments vraiment représentatifs de l'époque, des tendances et du goût actuels, reprennent leur chapeau au vestiaire et rentrent chez eux. Seule, la classe du mobilier a pu éviter cette triste manœuvre grâce à la participation des crédits de l'État en vue de la création d'un modèle d'ambassade. \\ Mais je m'aperçois que cet article commence à prendre le ton d'un réquisitoire. Contre qui ? Contre l'État. Ou, pour préciser, contre la Commission des Beaux-Arts de la Chambre et le rapporteur du projet de loi instituant l'ouverture de l'Exposition de 1925. L'intérêt national de cette Exposition était de montrer au monde entier le caractère significatif de notre effort artistique durant ces dernières années. Ce but ne sera pas atteint. Certaines classes seront représentées par des non-valeurs. De vrais précurseurs, par contre, n'auront pas pu obtenir la place à laquelle ils avaient droit. Est-il encore temps de voter les crédits supplémentaires ? Georges Le Févre. ---

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L'ART VIVANT A propos d'une Exposition CARLE VERNET Joseph un talent royal, son fils Horace ne nous apparaît plus aujourd'hui que comme le roi du mauvais goût. Mais entre ces deux monarques, le bon Carle jouit bien aussi dans des régions moyennes et mal caractérisées, d'une sorte de royauté. Il est peut-être le type le plus accompli de ces artistes, nombreux à toutes les époques, qui se tiennent sur les limites de l'art véritable, recourant à des moyens si simples pour exprimer une personnalité artistique si peu accusée, qu'ils sont perpétuellement au bord du trivial ou de l'insignifiant, où quelquefois en effet, ils tombent. C'est ainsi que, malgré son incontestable mérite, Carle Vernet restera toujours un artiste dont l'œuvre gagne à être considérée moins en elle-même qu'« en fonction » de l'homme, comme une de ses formes d'activité et comme l'illustration d'une curieuse vie. Carle Vernet est même un homme assez amusant. Ses caractères pittoresques et l'intérêt anecdotique de la vie du début du xixe siècle qu'il a représenté lui assurent une popularité qui ne peut pas faiblir. Plus que jamais, en ce moment, l'attention est attirée sur lui : les Animaliers viennent de lui consacrer une exposition rétrospective ; M. Armand Dayot va faire paraître sur son sujet un important ouvrage. Il est né en 1758 à Bordeaux, durant le long séjour que son père fit dans cette ville pour peindre trois tableaux de la série de Ports de France. Séjour triomphal. Carle Vernet est né dans les honneurs. Il tint de son père, provençal, la bonne humeur, LÉPICIÉ. Portrait de Carle Vernet enfant. l'entrain, la facilité. Sa mère était anglaise, mélancolique, extravagante, et devint tout à fait folle. Comme on verra, il tint aussi beaucoup d'elle. Il fallut interner la pauvrefemme dans une maison de Monceaux lorsque son fils avait douze ans. Joseph Vernet reporta sur Carle toute son affection. Il fut pour lui mieux que son père et que son premier maître : son plus cher camarade. Carle dessina dès ses premières années, dessina des chevaux. Son père le mit chez Lépicié. Ce peintre agréable a laissé plusieurs portraits de son gentil petit élève. C'est un des plaisirs des salles françaises du Louvre que de s'arrêter devant le tableau ou Lépicié s'est presque égalé à Chardin en représentant Carle en train de dessiner, bien sage, bien propre et bien appliqué. Lépicié et Joseph Vernet l'orientaient vers la grande peinture. Docile, il se laissait faire. Il concourait pour le prix de Rome, qu'il remporta en 1782. Mais il préférait les croquis rapides. Il préférait surtout les modes anglaises et tous les sports, particulièrement le cheval. Il excellait aux calembours. Il tenait de son père ce genre d'esprit. Mais le pauvre père se faisait vieux, et achetait des calembours à Carle qui, profitant de sa mauvaise mémoire lui vendait plusieurs fois le même. Il achetait aussi à Carle ses meilleurs dessins. Avec cet argent, le jeune homme se montait une garde-robe stupéfiante, dont l'inventaire s'est conservé pour l'éternel émerveillement des artistes dandies. Telle était sa réputation que le Directeur des Bâtiments du Roi dut écrire au Directeur de l'Académie de France à Rome pour lui annoncer l'arrivée d'un pensionnaire exagérément dépensier et coquet auquel il faudrait appliquer les règlements somptuaires. Le comte --- Photo Giraudon.