Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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26° ANNÉE
Nouvelle Série
NUMÉRO 128
JUIN 1932
L'ART
ET LES ARTISTES
ART ANCIEN, ART MODERNE
ART DÉCORATIF
DIRECTEUR-
FONDATEUR
ARMAND DAYOT
RÉDACTION &
ADMINISTRATION
23, Quai Voltaire, PARIS 7°
Revue mensuelle d’Art de France et de l’Etranger
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue Mensuelle d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
Société anon. au capital de 400.000 francs
(PARAISSANT DIX FOIS PAR AN)
Tous droits réservés.
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Directeur-Fondateur :
ARMAND DAYOT
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XXVIe ANNÉE — SOMMAIRE DU NUMÉRO 128 (Juin 1932)
ALEXANDRE FALGUIÈRE, SCULPTEUR ET PEINTRE (5 illustrations) ... PAUL MOREAU-VAUTHIER
ALEXIS DE BROCA (8 illustrations) ... ALPHONSE DE CHATEAUBRIANT
GABRIEL LACROIX, TYRAN DU MÉTAL (6 illustrations) ... CHARLES CHASSÉ
GÉRARD COCHET (6 illustrations) ... ROGER BRIELLE
CHARLES BARBERIS (6 illustrations) ... MARIUS ARY-LEBLOND
L'ACTUALITÉ ET LA CURIOSITÉ : Les Salons. — Les Expositions. — Echos des Arts.
Chronique théâtrale et cinématographique. — Les Livres. — Chronique des Ventes.
En hors-texte : SAINT VINCENT DE PAUL, par ALEXANDRE FALGUIÈRE
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Prix de ce numéro : 12 francs. — Abonnement pour la France: Un an (dix numéros) 100 francs
(Demandes de changement d’adresse : 1 fr. 50. — Numéro spécimen : France 5 frs. — Étranger : dollar 0.35)
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Bureaux : 23, Quai Voltaire, Paris-7e
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I.- ALBERT BESNARD — II.- J.-E. LABOUREUR
III.- ADRIEN VAN OSTADE
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IV.- FÉLIX VALLOTTON
V et VI.- REMBRANDT VAN RIJN
VII.- JEAN DUVET
VIII.- RODOLPHE BRESDIN
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Copyright by L'Art et les Artistes, 1932
Secrétaire de Rédaction : MICHEL FLORISOONE
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M. et R. STORA
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FAÏENCES ITALIENNES ET HISPANO-MAURESQUES
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
TAPISSERIES ANCIENNES
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Phot. Braun.
A. FALGUIÈRE — L'ABATTAGE DU BŒUF
ALEXANDRE FALGUIÈRE
SCULPTEUR ET PEINTRE
LA fin du siècle dernier, Falguière était un des maîtres incontestés de la sculpture française; sa réputation s'affirmait au moment où celle de Rodin commençait son ascension; alors Rodin, qui appréciait singulièrement son ainé, fit d'après lui un buste expressif et concentré.
Les statues et les tableaux du statuaire toulousain attiraient la foule chaque année aux Salons; les éditeurs se disputaient la faveur de reproduire en bronze, dans toutes les dimensions, ses Diane et ses Junon; les petits Italiens, sur les boulevards et les quais, en offraient aux passants d'anémiques contrefaçons de plâtre qui rappelaient vaguement leurs charmes amoindris. Passionné, enthousiaste, nourri d'un feu intérieur qui animait de braise ses yeux noirs, Falguière était sculpteur, peintre,
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L'ART ET LES ARTISTES
graveur, musicien, avec une verve, une fécondité, une maîtrise égales. Par un incessant désir de création, tantôt il évoquait dans un bloc de marbre les formes souples d'un corps de déesse, et le ciseau, guidé par sa main puissante et caressante, donnait à la froide matière la chaleur attrayante de la chair; tantôt il modelait, pour la fondre ensuite dans le bronze, une silhouette épique de personnage illustre, que son intelligence aiguë savait faire revivre dans la synthèse de vérité qui réalise le type définitif. La vibrante clairvoyance de son cerveau lui permettait de traiter les sujets les plus variés avec un rare bonheur. Il ne s'est pas confiné dans un genre, comme certains de ses confrères, mais il les aborda tous, victorieusement.
Ses bustes, ses statuettes, ses bas-reliefs décoratifs, ses statues, ses monuments, ses peintures rivalisent par les qualités de composition et d'exécution. Sa personnalité apparaît dans chaque œuvre gracieuse ou forte, malgré l'influence de l'Antiquité et de la Renaissance.
En effet, son séjour à la Villa Médicis, s'il lui fit connaître et aimer les artistes d'autrefois, s'il lui fournit quelques-uns des motifs de ses premières conceptions, ne l'empêcha pas de puiser son inspiration autour de lui. Ses nymphes et ses déesses montrent des tailles élégantes, des gestes hardis, des visages délicats de femmes modernes. L'impression, certes profonde, que firent sur lui les musées italiens, ne l'a pas empêché de regarder attentivement la nature, et de chercher en elle toute la moelle originale de ses créations. Il découvrait ses modèles dans son entourage, les étudiait et les copiait avec un souci constant de la forme vraie; le seul reproche qui pourrait lui être fait, c'est d'avoir donné à telles de ses chasseresses les lignes savoureuses et distinguées de jeunes parisiennes, au lieu des appâts dévolus aux divinités grecques selon les règles classiques. Mais, n'est-ce pas plutôt un mérite de transposer et rajeunir les thèmes anciens grâce à la sève extraite de la matière vivante devant soi?
Cependant, obnubilés par les tendances nouvelles, beaucoup d'esthéticiens à courte vue s'efforcent de déprécier en bloc toutes les œuvres contemporaines de Falguière, alors que cette sévérité et ce manque d'éclétisme seraient redoutables pour
CAIN ET ABEL (1876)
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ALEXANDRE FALGUIÈRE, SCULPTEUR ET PEINTRE
les idoles artistiques du jour, s'ils se retournaient contre elles. Le pompiérisme n'est pas seulement dans l'imitation servile de l'art grec et romain, et les critiques faciles et surannées qu'il suscite pourraient s'appliquer également à toutes les redites de l'archaïsme assyrien, égyptien, crétois, aux fausses naïvetés des repetasseurs du roman, du gothique, du nègre, aux prétendues innovations du cubisme. Que ces élucubrations soient ou ne soient pas affublées d'un casque, elles ne possèdent d'originalité et de saveur qu'aux regards des ignorants, incapables de discerner les réminiscences dontelles sont nées, et les plagiats qu'elles représentent.
Il est naturel que l'art de Falguière soit discuté par les admirateurs de ces sculptures sommaires. Mais, en réalité, leur prétention au titre d'arbitres du goût deviendrait nettement ridicule s'ils s'attaquaient au Saint-Vincent de Paul, au Lavigerie, au Larochejaquelin. Le bienfaiteur des pauvres, malgré son impassible charité, sourit avec une douce ironie devant leur inconsciente fatuité; le majestueux père blanc implore vigoureusement le ciel pour qu'il leur pardonne leurs erreurs,
car ils ne savent ce qu'il font, ni ce qu'ils disent, ni ce qu'ils écrivent; quant au jeune chef vendéen, dans sa hautaine distinction, il ne fait pas plus attention à eux qu'il ne s'inquiétait du sifflement des balles lorsqu'il disait à ses chouans: « Si j'avance, suivez-moi! si je recule, tuez-moi! si je meurs, vengez-moi! »
Vraiment humaine, intelligente, sensible, variée, l'œuvre de Falguière demeure digne d'admiration malgré les caprices de la mode et du goût, et les principes qu'il enseigna à l'école des Beaux-Arts continuent à s'imposer par l'influence prolongée qu'il sut prendre sur ses élèves immédiats. Les exemples et les conseils qu'il leur prodigua avec une amicale autorité restent gravés dans leurs esprits; ils citent encore, non sans émotion, telles de ses boutades qui soulignent sa vive et spéciale compréhension, autant que la connaissance approfondie qu'il avait acquise de son art.
Maitre aimé, respecté, admiré, il mérite que les soins pieux de ceux qui l'ont connu réunissent, durant l'année du
Phot. Braun.
BAIGNEUSE (1878)