Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART ET LES ARTISTES 26e ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 122 DÉCEMBRE 1931 --- ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF --- DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT --- RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7e --- Revue mensuelle d'Art de France et de l'Etranger

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L'ART ET LES ARTISTES Revue Mensuelle d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif Société anon. au capital de 400.000 francs (PARAISSANT DIX FOIS PAR AN) Tous droits réservés. Registre du Commerce Seine 58-503 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT --- XXVIe ANNÉE — SOMMAIRE DU NUMÉRO 122 (Décembre 1931) DAVID D’ANGERS (14 illustrations) ………………………………………… HENRI CLASSENS BALLADE LIBRE A MADELEINE LUKA (8 illustrations). ………………… FRANCIS JAMMES « LE CHEMIN DE CROIX » DE JEAN DONNAY (8 illustrations). ………… ARMAND DAYOT ANDRE CLAUDOT, PEINTRE DE LA ZONE ET DE LA CHINE (9 illustrations). MICHEL FLORISOONE MONDZAIN (6 illustrations) ………………………………………………… ERNEST TISSERAND L’ACTUALITE ET LA CURIOSITE : La Rétrospective de Forain. — L’Art décoratif et la décoration théâtrale au Salon d’Automne. — Les Expositions (4 illustrations). — Chronique théâtrale et cinématographique. Les Livres. En hors-texte : BUSTE DE L’ARCHITECTE CH. PERCIER, par DAVID D’ANGERS (dessin) Prix de ce numéro : 12 francs. — Abonnement pour la France: Un an (dix numéros) 100 francs (Demandes de changement d’adresse : 1 fr. 50. — Numéro spécimen : France 5 frs. — Etranger : dollar 0.35) Compte Chèques postaux : 603.69 Abonnements pour l’Etranger : 1er PAYS AVANT ADHÉRÉ A LA CONVENTION DE STOCKHOLM (Afrique du Sud, Abyssinie, Albanie, Allemagne, Angola, Rép. Argentine, Autriche, Belgique, Brésil, Congo belge, Guatemala, Bulgarie, Canada, Chili, Cuba, Egypte, Equateur, Espagne, Estonie, Ethiopie, Finlande, Grèce, Haïti, Hongrie, Lettonie, Libéria, Lituanie, Luxembourg, Maroc espagnol, Mexique, Pays-Bas, Paraguay, Portugal et colonies, Perse, Pologne, Roumanie, Salvador, Serbie, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, Turquie, U. R. S. S. (Russie), Uruguay, Vénézuëla): Un an (dix numéros), 130 francs. (Le n° ordinaire : 15 francs. Le n° spécial : 18 francs. 2e PAYS N’AVANT PAS ADHÉRÉ A LA CONVENTION DE STOCKHOLM : Un an (dix numéros) : 150 francs. (Le n° ordinaire : 18 francs. Le n° spécial : 20 francs). Bureaux : 23, Quai Voltaire, Paris-7e --- > “De la musique > avant toute chose...” LES PHONOGRAPHES ÉLECTRIQUES THOMSON ont conquis l’élite musicale Brochure envoyée gracieusement sur demande DÉMONSTRATION, 173, BOULEVARD HAUSSMANN Compagnie Française Thomson-Houston --- Copyright by L’Art et les Artistes, 1931 Secrétaire de Rédaction : MICHEL FLORISOONE

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M. KNOEDLER & C° TABLEAUX DE MAITRES ANCIENS ET MODERNES LONDON-W 15 Old Bond Street CHICAGO 622 South Michigan Avenue NEW-YORK 14 East 57th Street PARIS 17, Place Vendôme

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WILDENSTEIN TABLEAUX ANCIENS et MODERNES OBJETS D'ART et D'AMEUBLEMENT 57, Rue La Boëtie, 57 — PARIS — R. C. Seine 237.887 WILDENSTEIN and C°., Inc.: 647, Fifth Avenue - NEW-YORK --- CAILLEUX Expert près le tribunal civil de la Seine Expert conseil du gouvernement près l'administration des Douanes TABLEAUX DU XVIIIe SIÈCLE 136, FAUBOURG SAINT-HONORÉ R. C. Seine 93.343 --- MEUBLES BOISERIES ANCIENNES TAPISSERIES JANSEN PARIS, 6 et 9, Rue Royale LE CAIRE, 16, Rue Emad el Dine BUENOS-AYRES, 538-548, Calle Florida ALEXANDRIE, 13 bis, Rue Fouad Ier LONDRES Représentant, 116, Wigmore Street Reg. du Com. Seine 42.828

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SALLE DU CINÉMA « LES VARIÉTÉS » A TOULOUSE par Maurice Dufrène, réalisée par "LA MAITRISE" DES GALERIES LAFAYETTE --- A. DECOUR DÉCORATIONS ANCIENNES ET MODERNES BOISERIES OBJETS D'ART 26 bis, RUE FRANÇOIS-1er PARIS R.C. Seine 36.750

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M. et R. STORA 32BIS - BOULEVARD HAUSSMANN - 32BIS R. C. Seine 269.093 --- FAÏENCES ITALIENNES ET HISPANO-MAURESQUES MOYEN AGE ET RENAISSANCE TAPISSERIES ANCIENNES

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DAVID D'ANGERS — « LOUIS BERTRAND DESSINÉ A L'HÔPITAL NECKER LA VEILLE DE SA MORT, LORSQU'IL ME DISAIT : JE VOUS ENTENDS, MAIS JE NE VOUS VOIS PLUS » (Crayon) DAVID D'ANGERS C'est dans une modeste maison de la rue de l'Hôpital, à Angers, que naquit le 12 mars 1788, Pierre-Jean David. Il était le quatrième et dernier enfant de Pierre-Louis David « sculpteur en bois, marbre, pierre et plâtre ». Il venait d'avoir cinq ans, quand son père, républicain ardent, s'enrôla dans l'armée anti-vendéenne, l'emmenant avec lui. Après quelques semaines, son père le confia à un blessé hors de combat, mais celui-ci l'abandonna. Il fut recueilli par des vendéennes, parcourut la campagne sur un caisson de l'armée de La Rochejaquelein, puis fut retrouvé par hasard à Saint-Florent, près d'Angers, au milieu des bagages, par son père qui venait d'être fait prisonnier et était retenu dans cette localité. A douze ans, il entra à l'Ecole Centrale d'Angers et remporta au bout d'un an, au cours de dessin, un accessit pour une tête d'académie. Puis il devint l'élève du peintre Delusse, STENDHAL N° 422 - DÉCEMBRE 1931

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L'ART ET LES ARTISTES GAY-LUSSAC BALZAC CHATEAUBRIAND élève lui-même de Vien. Plus tard, à dix-huit ans, alors que son père se refusait à le laisser partir pour Paris où il voulait poursuivre ses études, il tenta de s’empoisonner. Et quand, deux ans après, il parvint à obtenir l’autorisation qu’il désirait, un compatriote jaloux tira sur lui un coup de pistolet, sans l’atteindre, au moment où il allait prendre la diligence qui devait le conduire jusqu’à Chartres. Nous disons jusqu’à Chartres, car le voyage en diligence jusqu’à Paris était trop coûteux pour la bourse de son père. A vrai dire, si le bon Delusse n’avait assuré la plus grosse partie des dépenses, le voyage n’aurait pas eu lieu. C’est à pied que Pierre-Jean David fit le trajet de Chartres à Paris, et quand il fut aux portes de la capitale, il lui resta neuf francs pour toute fortune. Il trouva vite à se faire embaucher à la décoration des corniches de l’arc du Carrousel, mais pour quel salaire, un franc par jour! Ce fut alors la misère. Il logea dans de tristes mansardes, couchant sur des planches, se nourrissant de pain et d’eau le plus souvent. Il lui arriva de ne manger qu’une fois par jour, et même de ne point manger. Cependant, confiant en son étoile, il étudiait avec fièvre. Il entra à l’atelier du sculpteur Roland, puis à celui du peintre Louis David. Ses efforts furent couronnés de succès. Il remporta successivement : en 1809 une médaille d’encouragement, en 1810 le second prix de Rome, en 1811 le prix de la tête d’expression ainsi que le grand prix de Rome. Au début de l’année 1811, le peintre Jacques-Auguste Pajou adressa au maire de la ville d’Angers, une demande de subvention appuyée par Roland, le peintre David et quelques autres artistes, en faveur de Pierre-Jean David. Une somme annuelle de cinq cents francs fut accordée par la municipalité. C’est en reconnaissance de cette générosité que David ajouta à son nom, celui d’Angers. ALEXANDRE DUMAS 1812, David d’Angers est à Rome. Sur les conseils de ses maîtres Roland et

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DAVID D'ANGERS THÉOPHILE GAUTIER MARCELINE DESBORDES-VALMORE ALFRED DE MUSSET David, il se livre à l'étude de l'antique et de la nature. Toute sa vie, d'ailleurs, il sera pris par son admiration de l'antique, entendons l'art gréco-romain, et son vif amour de la réalité présente, mais c'est volontairement qu'il s'inspirera tantôt de l'un, tantôt de l'autre, et non parce qu'il était d'humeur hésitante, indécise. 1815, il est sur le point de rentrer en France quand un membre de la famille de Napoléon : J. Murat qui avait été chassé du trône de Naples par les Autrichiens, se propose de débarquer au Pizzo dans la Calabre. Des bandes de patriotes italiens se forment et vont à sa rencontre avec l'espoir de le remettre sur le trône. David d'Angers qui voit en Murat le libérateur de l'Italie, se mêle à une troupe de carbonari. Un régiment hongrois les cerne bientôt; les voici prisonniers lorsqu'un officier, franc-maçon comme notre sculpteur, comprend ses signes et l'aide à s'évader. Au début de 1816, après avoir fait un voyage à Londres où étaient exposés les bas-reliefs et les moulages du Parthénon rapportés par Lord Elgin, David d'Angers reçut la commande d'un Condé. Le modèle en plâtre figura au Salon de 1817. Par son attitude, son expression, son costume, le Condé était une sorte de manifestation romantique. C'est comme artisan de la nouvelle doctrine que David d'Angers fut salué. Après une enfance et une adolescence douloureuses, il connut d'un coup la gloire. Alors les œuvres succédèrent aux œuvres avec une abondance étonnante. Dessins, médaillons, bas-reliefs, bustes, statues, monuments, allaient former un jour un ensemble de près d'un millier d'œuvres. Les unes étaient commandées et rétribuées. Les autres (les plus nombreuses) sortaient des doigts du sculpteur pour l'unique joie de perpétuer les traits des grands hommes et célébrer leurs nobles actions. David d'Angers pensait que l'art a un but moralisateur. Il estimait que pour élever la conscience des individus, il n'est rien de mieux que de leur montrer les effigies des personnages qui se sont distingués par des actes éclatants.C'est SAINTE-BEUVE

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L'ART ET LES ARTISTES pourquoi il apporta tant de persévérance à édifier sa « galerie » de portraits qui rien que par le nombre et la qualité des personnages représentés est incomparable. Aussi sa place est-elle au premier rang parmi les sculpteurs d'histoire. En 1824, David d'Angers termina la statue du chef ven-déen Bonchamp. Républicain aussi ardent que l'était son père, notre sculpteur oublia que Bonchamp défendit une cause qu'il jugeait mauvaise, pour ne se rappeler que sa dernière parole : « grâce aux prisonniers ». Il a écrit lui-même : « Mon père était un des cinq mille prisonniers dans l'église de Saint-Florent, dont Bonchamp a demandé la grâce avant de mourir. En exécutant ce monument, j'ai voulu acquitter, autant que cela m'était possible, la dette de reconnaissance de mon père ». David d'An-gers se révèle tout entier dans cette phrase, généreux, juste. Il a un idéal, la Liberté qu'il associe au point de la confondre avec la République. Pour la Li-berté il est prêt à se sacrifier, ne sera-t-il pas en 1830 sur la barricade, le fusil à la main! Mais il sait toujours reconnaître les mérites de ses adversaires, et il leur rend justice. C'est parce qu'il trouvait admi-rable le mot de Bonchamp, que David d'Angers le représenta demi-nu, à l'an-tique. Certains hommes disait le sculpteur, dépassent leur temps par leurs ver-tus ou leur caractère, ils s'imposent à tous les âges de l'humanité. C'est pourquoi leurs sta-tues doivent être dépourvues de tous vêtements qui les fixent dans un mo-ment déterminé. Le Général Foy, l'acteur Talma, Racine, Barra furent ainsi représentés à l'an-tique. Le plus sou-vent David d'Angers se contenta d'admi-rer les grands per-sonnages sans les hausser au rang de héros. En les habili-lant avec les cos-tumes de leur époque, il a fait des figures plus précises, plus vivantes, plus logiques, et qui à coup sûr nous retiennent davantage. Ce sont les deux statues du Roi René, les deux de Cuvier, celles de Condé, Fénelon, Jean-Bart, Corneille, Casimir Delavigne, Bernardin de Saint-Pierre, Larrey, Gouvion-Saint-Cyr, Armand Carrel, Jefferson, Gu-tenberg, et d'autres. David d'Angers entra à l'Institut le 5 août 1826, et le 7 décembre suivant il fut nommé professeur à l'Ecole des SCRIBE ET BÉRANGER

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DAVID D'ANGERS Beaux-Arts. Le soir du 6 janvier 1828, alors que se rendant chez le peintre Gérard il passait dans l'enclos de l'Abbaye Saint-Germain, il fut attaqué par un homme qui, après l'avoir violemment frappé, le laissa pour mort sur le sol. Un placard spécial fut imprimé et vendu sur la place publique pour annoncer cet attentat. David d'Angers qui avait un culte pour les grands hommes, n'hésitait pas, parfois, à entreprendre de longs voyages pour les voir, et faire leur portrait. C'est ainsi qu'au cours de l'été de l'année 1829, il se rendit à Weimar où résidait Goethe. L'écrivain reçut cordialement le sculpteur. Pendant les heures de pose, ils parlèrent d'art, de littérature, et de... phrénologie. Les théories du docteur Gall sur les vingt-sept bosses du crâne, eurent en Goethe et David d'Angers des partisans. Discutables du point de vue scientifique, ces théories inspirèrent à David d'Angers des portraits étonnants. Quand le sculpteur croit découvrir chez son modèle la bosse de la poésie ou celle de la musique, si peu qu'il en exagère l'importance, il fait une œuvre qui perd peut-être en ressemblance, mais qui gagne singulièrement en caractère. Les portraits en ronde-bosse de Balzac, de Lamartine, davantage ceux de Victor Hugo, de Béranger, de Ranch le sculpteur allemand, plus encore ceux de Goethe et de Paganini en sont des preuves. Avec ces œuvres là (et bien d'autres), David d'Angers a imprégné de romantisme l'art du portrait sculpté. Goethe eut pour David d'Angers une aussi vive admiration que celle que celui-ci lui témoignait. Il parla souvent du « talent extraordinaire de David, aussi grand par ses conceptions que par son exécution ». Il ne fut pas le seul. D'autres comme Victor Hugo, A. de Vigny, Sainte-Beuve, Mme Desbordes-Valmore, Emile et Antony Deschamps, pour ne citer que les plus grands noms, célèbrèrent dans leurs œuvres le génie du sculpteur. De 1828 à 1835, David d'Angers travailla à une partie des sculptures de la porte d'Aix à Marseille. De l'ensemble de son œuvre se distingue uu bas-relief : Le départ des Volontaires, remarquable par le mouvement et la vie qui animent les personnages. Puis vint le Fronton du Panthéon, composition savante, ingénieuse. La place nous manque pour en parler comme il conviendrait. C'est de cette époque que date le Philopæmen qui tient à la fois au style classique et au romantisme. De son mariage avec une petite-fille de La Revellière-Lépeaux, il eut deux enfants : un fils qui lui servit de modèle pour l'Enfant à la grappe, et une fille. De 1845 GOETHE