Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ART ET LES ARTISTES
16e ANNÉE Nouvelle Série
NUMÉRO 27 MAI 1922
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ART ANCIEN, ART MODERNE
ART DÉCORATIF
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DIRECTEUR-FONDATEUR
ARMAND DAYOT
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RÉDACTION & ADMINISTRATION
23, Quai Voltaire, PARIS 7°
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Revue d'Art de France et de l'Etranger
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
(paraissant dix fois par an)
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Abonnement d'un An :
- FRANCE... 60 fr.
- ÉTRANGER. 75 fr.
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ
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XVIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 27 (Mai 1922)
L’ÉCOLE SIENNOISE : LES QUATTROCENTISTES (10 illustrations) ...
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DUVEEN
BROTHERS
LONDON
PARIS
NEW-YORK
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue d'Art Ancien, d'Art Moderne, d'Art Décoratif
FONDÉE EN 1906
PARAISSANT CHAQUE MOIS (sauf en août et septembre)
Directeur : ARMAND DAYOT
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LISTE DE N° SPÉCIAUX PARUS PENDANT LA GUERRE
PREMIÈRE SÉRIE (Année 1915)
- LA CATHÉDRALE DE REIMS, avec un bois original inédit de F. DÉTÉ.
- AU FRONT, avec un bois original inédit de A. LEPIERE.
- LA BELGIQUE HÉROÏQUE ET MARTYRE, avec un bois original inédit de GUSMAN.
- LES VANDALES EN FRANCE, avec un bois original inédit de G. JEANNIOT.
- L'ALSACE DÉLIVRÉE, avec un bois original inédit de A. LEPIERE.
DEUXIÈME SÉRIE (Année 1916)
- LA POLOGNE IMMORTELLE, avec un bois original inédit de J. BELTRAND.
- LA LORRAINE AFFRANCHIE, avec un dessin original inédit de B. NAUDIN.
- LILLE SOUS LE JOUG ALLEMANN, avec un dessin original inédit de P. RENOUARD.
- ROUMANIE, avec un dessin original inédit de J. BELTRAND.
- L'ART ASSASSINÉ, avec un bois original inédit de E. DÉTÉ.
TROISIÈME SÉRIE (Année 1917)
- LA SERBIE GLORIEUSE, avec une lithographie originale inédite de STEINLEN.
- LA RUSSIE — Art Ancien, avec une reproduction d'icône de ANDRÉ ROUBLEV.
- LE MAROC ARTISTIQUE, avec un dessin original de ALF. DEHODENCQ.
- LA RUSSIE — Art Moderne, avec un dessin original inédit de PAUL DARDE.
- VENISE AVANT ET PENDANT LA GUERRE, avec un dessin à la plume original inédit de TITIEN.
QUATRIÈME SÉRIE (Année 1918)
- LA GUERRE, par STEINLEN, avec une lithographie originale inédite de STEINLEN.
- AMIENS — La Cathédrale, avec un bois original inédit de J. BELTRAND.
- L'AMÉRIQUE EN FRANCE, avec un dessin original inédit de L. LANTIER.
- REIMS — Le Musée, avec un dessin original inédit de CARLOS SCHWAB.
- BERNARD NAUDIN, avec un dessin original de BERNARD NAUDIN.
On peut se procurer chacune de ces quatre séries, avec les cinq hors-texte sur grand papier, moyennant 30 francs la série pour la France et 35 francs pour l'Étranger.
Le prix de chaque numéro séparé est de 6 francs sans le hors-texte et 10 francs avec le hors-texte.
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PRIX DES EXEMPLAIRES SUR JAPON
Nous rappelons aux amateurs de beaux livres que nous avons procédé à un tirage très restreint de grand luxe sur papier des Manufactures Impériales du Japon, de tous nos Numéros spéciaux de guerre.
Chacun de ces recueils est numéroté et s'accompagne des bois ou dessins originaux inédits dont liste, ci-haut, tiré en hors-texte, avant la lettre, sur Japon Imperial également.
Le prix de chacun de ces recueils de grand luxe est de 40 francs l'exemplaire pour la France et de 45 francs pour l'Étranger.
Adresser les commandes à l'Art et les Artistes, 23, quai Voltaire. Paris (VIIe arr.)
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GALERIE GUÉRAULT
3, rue Roquêpine, PARIS
Téléphone : Elysées 05-92
OBJETS D’ART, MEUBLES BRONZES, PORCELAINES, etc.
Tapisseries des Manufactures Royales
Gobelins, Beauvais, Aubusson
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OBJETS CHOISIS DE 1er ORDRE
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Hector BRAME
68, boulevard Malesherbes, 68
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TABLEAUX
ANCIENS ET
MODERNES
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GALERIE C. BRUNNER
11, RUE ROYALE - PARIS-VIIIe
Télèph. : Elysées 39-78
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TABLEAUX ANCIENS
des
GRANDS MAITRES
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LE GOUPY
A PARIS
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TABLEAUX
ESTAMPES
OBJETS D’ART
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Galeries Georges Petit
8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IX° Arrond')
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TABLEAUX MODERNES
EXPOSITIONS - EXPERTISES
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DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES
IMPRIMERIE ARTISTIQUE
12, rue Godot-de-Mauroi, 12
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COGNAC
J.F. MARTELL
Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la région de Cognac.
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Phot. Alinari.
LE SASSETTA — LA CÈNE
(Académie des Beaux-Arts, Sienne)
L’ÉCOLE SIENNOISE$^{(1)}$
LES QUATTROCENTISTES
L’école siennoise occupe, au xiv° siècle, une place de premier rang dans la peinture italienne. Elle rivalise avec la florentine. Elle soulève et résout les plus grands problèmes artistiques. Elle ramène les peintres à l’observation de la nature et interprète le réalisme par une esthétique qui lui appartient en propre. La grande composition, la grande expression ne l’effrayent point; elle y consacre ses efforts avec une assurance tranquille, une aisance telle que ses efforts ne se laissent point sentir. Son lyrisme, sa force, sa grâce, son charme se mêlent et s’harmonisent, font pardonner et même oublier toutes ses erreurs, toutes ses ignorances d’art primitif.
A partir de 1350, quand sont morts Duccio,
Simone Martini, les frères Lorenzetti, l’école décline et ne se relève plus. De toutes ses qualités anciennes, elle ne conserve que la grâce, le charme, la jolie expression. Cela suffit en vérité pour que les petits maîtres siennois quattrocentistes nous touchent et nous retiennent. Mais pourquoi ce déclin? On pourrait répondre que le génie souffle où il veut et que Sienne n’a pas eu au xv° siècle un seul peintre qui dépasse le talent. Cette réponse serait sommaire et ne peut suffire. Les quattrocentistes siennois ont eu à lutter contre une situation défavorable.
Sienne, au début du xiv° siècle, à l’époque
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$^{(1)}$ Voir dans le n° 20 (octobre 1921) l’étude de M. Louis Gielly consacrée aux Trecentistes siennois.
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L'ART ET LES ARTISTES
de Duccio et de ses grands disciples, était en pleine prospérité et d'une incroyable richesse. L'aristocratie bourgeoise — banquiers et marchands — qui la gouvernait, avait renoncé, par amour de la paix, à disputer à Florence l'hégémonie politique de la Toscane, mais elle trafiquait dans l'Europe entière et faisait affluer l'or dans ses coffres et dans ceux de l'Etat. Elle le dépensait avec magnificence. On reconstruisit la ville; elle s'emplit de palais; ses églises, ses couvents, ses cloîtres sont couverts de fresques; l'activité artistique est décuplée par cette soif de luxe, de beauté et de gloire qui exaltait la vieille république. Toutes les ambitions étaient permises.
Au gouvernement des grands bourgeois succède, en 1355, la bourgeoisie moyenne. Plus tard, la petite; puis le peuple. Les nouveaux chefs ne veulent pas ou ne savent plus favoriser les grandes entreprises financières et commerciales qui enrichissaient la ville. Les émeutes, les révolutions, les changements de régime, les luttes entre les familles nobles ne cessent point. Vie brillante encore au regard de la médiocrité moderne. Cependant, peu à peu, lentement, Sienne déchoit et devient un État de second rang. Au xve siècle, tandis que Florence retrouve la paix avec les Médicis, Sienne est déchirée par les factions. Florence surcharge de commandes ses architectes, ses sculpteurs et ses peintres. Sienne conserve ses constructions trécentistes. Seule la famille Piccolomini fait élever deux ou trois palais quattrocentistes — et par un Florentin — mais c'est parce qu'un des siens est devenu pape et qu'il fournit l'argent. A Jacopo della Quercia, un génie qui lui est né, Sienne ne demande que deux monuments, la Fontegaia — la gaie fontaine — et une partie des fonts baptismaux de San Giovanni; ses autres œuvres sont à Lucques, à Bologne, à Ferrare. Aux peintres, on ne donne plus, ou à peine, de grandes fresques à exécuter, où se serait exercé leur talent. Le temps des belles ambitions est passé.
Sienne, désormais, se cantonne entre le cercle de ses murailles et ne regarde plus au-delà. Ses peintres boudent Florence, la rivale détestée. Ils se tiennent volontairement en dehors du mouvement qui rénovait l'art italien, ou, pour le moins, n'en acceptent que ce qu'il est impossible de refuser. Faut-il leur reprocher ce calcul mesquin? Non point. Il sauve leur originalité. Une originalité bien frêle, mais séduisante au plus haut point. Au lieu de devenir de pâles disciples de Masaccio, Pollaiuolo, Ghirlandajo ou Botticelli, ils restent Siennois. Encore ne se rattachent-ils point aux grandes traditions de l'école. Ce qu'ils aiment, ce sont les tons sonores des Madones de Simone Martini, lestendres regards, les jolis gestes calins, les beaux vêtements tissés d'or, les anges dévots et modestes qui s'enlevent sur des fonds d'or finement travaillés au burin. Quattrocentistes par la technique, ils demeurent presque Trécentistes par les goûts et les sentiments. Nous ne trouvons pas chez les Siennois cette nette démarcation pour les idées et les méthodes que l'on observe à Florence entre le xive et le xve siècle.
Il n'y a pas révolution, mais évolution, lente et incomplète, ou mieux encore glissement de la pensée ancienne dans un monde plus moderne que les peintres siennois n'ont pas créé eux-mêmes, qu'ils ont em-
SANO DI PIETRO — APPARITION DE LA VIERGE A CALIXTE III
(Académie des Beaux-Arts, Sienne)
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L'ÉCOLE SIENNOISE
prunté à leur illustre rivale, en l'émoissant.
Stefano di Giovanni, dit le Sassetta, est le premier artiste chez qui l'on découvre les traces de cette transformation. Il est né en 1392 et mort vers 1450. Un dessinateur d'une finesse, d'une légèreté, d'une grâce admirables. Il est tout proche pour le style de Gentile da Fabriano, de Masolino da Panicale et de Pisanello. Il se détache des Trécentistes par une étude plus analytique des formes, une souplesse plus grande dans le rendu des attitudes et des gestes. A la vérité générale chère aux vieux maîtres, il commence à préférer une vérité plus individuelle; il aime à peindre de jolis seigneurs en justaucorps, de jeunes femmes en robes ajustées, à la mode du temps. Il a quelques notions de la perspective, oh, bien vagues, bien élémentaires encore, mais qui suffisent pour donner un air de réalité, ou pour le moins de vraisemblance à ses architectures. Un précurseur en somme du naturalisme quattrocentiste, mais précurseur singulièrement attardé, puisqu'il est contemporain de Massaccio, de Paolo Uccello, d'Andrea del Castagno et qu'il ne soupçonne à peu près rien de leurs efforts victorieux pour faire, en quelque sorte, du dessin et de la perspective une science. Saurions-nous nous en plaindre, et que nous importent ces questions de date? Le Sassetta pare ses ignorances et ses gaucheries d'une grâce, d'un charme, d'un sentiment inimitables. Ses ambitions ne sont pas très hautes, mais sa séduction est sans rivale. Elle est faite de douce dévotion,
de tendresse, de pureté virginale et un peu puérile. Ah, que le voilà bien, le parfait primitif! Un vrai peintre religieux, qui ne met dans ses tableaux rien autre qu'une religion pour ainsi dire franciscaine, humble, chaste modeste, sans la moindre fadeur, tant elle est sincère et lucide. Et un vrai peintre aussi, dans le domaine un peu restreint qu'il s'est choisi. J'ai parlé déjà de la finesse de son dessin. La couleur est délicieuse, en tons pâles harmonisés, souvent précieux et rares, relevés d'or. Pour trois au moins de ses tableaux, le mot de chef-d'œuvre conviendrait presque; ce sont en tous cas de véritables joyaux: sa petite Adoration des Mages du Palais Saracini, à Sienne, sa Nativité d'Asciano (province de Sienne) et son polyptyque de Borgo-San-Sepolcro, divisé aujourd'hui entre les galeries et les collections européennes, où le Sassetta a raconté la vie de Saint François d'Assise. Comme il l'aimait, le doux saint assisiate! Je ne sais pas s'il en comprit toute la grandeur; mais sa bonté, sa tendresse débordante, sa poésie, il les sentait comme les auteurs de la légende des Trois Compagnons et des Fioretti. Florence, sans doute, eut des maires d'une bien autre envergure, je ne crois pas qu'elle en possède de plus touchant et de plus exquis.
Deux peintres dépendent étroitement de lui, Giovanni di Paolo et Sano di Pietro. Ils continuent sa manière jusqu'en 1480. Le premier, quand il veut peindre de grandes figures, est d'une maladresse et d'une igno-
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L'ART ET LES ARTISTES
DOMENICO DI BARTOLO — LE MARIAGE DES PUPILLES
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rance barbares, qu'on ne retrouve pas à un tel degré chez les plus mauvais Trécentistes. Ses prédelles, ses tableautins gardent un reflet de l'enseignement du maître et de son charme, malgré les gaucheries et les erreurs de facture. Sano di Pietro est plus correct. Il industrialise l'art du Sassetta. Pendant les quatre-vingts ans de son existence laborieuse, il peint inlassablement des tableaux d'autel, des madones avec ou sans accompagnement de saints, des Assomptions, des Couronnements, des anges dont les traits, les expressions, les vêtements sont toujours semblables. Son dessin, dur et triste, se refuse à l'analyse; sa couleur est froide et criarde, en dépit des ors qu'il prodigue; quand il s'essaye à peindre des architectures, des tableaux à nombreux personnages, sa perspective et ses proportions sont telles qu'un œil mal exercé pourrait prendre ce contemporain de Filippo Lippi et de Gozzoli pour un peintre du xive siècle. L'engouement pour les primitifs et le snobisme lui ont donné un regain de gloire imméritée. C'est toutefois un représentant caractéristique de cette école qui s'attarde dans ses vieilles idées et ses vieilles méthodes.
Un attardé encore : Domenico di Bartolo. Il est né vers 1400 et mort vers 1450. Un attardé, non pas parce que la volonté lui manque de suivre le mouvement florentin; seul parmi ses compatriotes, il s'y emploie au contraire de toutes ses forces, mais par l'extérieur pour ainsi dire. Il imite Masaccio dans ses résultats et non pas dans ses principes directeurs. Cette étude savante et raisonnée de la vérité dans le corps humain, les architectures, la perspective, n'est chez lui qu'une espèce de manière, superficielle, qui ne remonte pas aux sources et qui se superpose aux enseignements trécentistes de son maître Taddeo di Bartolo. La construction de ses personnages est inquiétante; elle n'arrive qu'à là peu près; un visage bien dessiné est abîmé par une chevelure à mèches calligraphiques que n'aurait pas désavouée le siècle précédent; il mêle des motifs architecturaux gothiques et renaissance, élève des palais inconsistants. Il est brutal dans sa facture comme dans sa composition. Par une fortune rare, presque unique à Sienne, on lui confie l'exécution de grandes fresques décoratives qui couvrent les parois d'une
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L'ÉCOLE SIENNOISE
Phot. Anderson.
LE VECCHIETTA — ADAM ET EVE
(Hôpital de Sienne)
salle de l'Hôpital. Il y peignit le Mariage des Pupilles, la Distribution des Aumônes, le Pansement des Malades, l'Offrande de l'Évêque pour l'agrandissement de l'Hôpital, Céles-tin III libérant l'Hôpital de la dépendance des chanoines. Il traite ces scènes avec un naturalisme agressif, étale les plaies et les sanies, cache des obscénités dans l'une de ses compositions, met partout, plus que du mouvement et de la vie, une agitation forcenée, arrive souvent à la force, parfois, rarement, à la beauté. Figure étrange, qui occupe une place à part, non pas seulement dans l'école siennoise, mais encore dans l'école italienne tout entière; qui, à la fois, choque le goût et retient l'attention.
La seconde génération des Quattrocentistes siennois forme un groupe parfaitement homogène. Le plus âgé d'entre eux est Lorenzo di Pietro, dit le Vecchietta (1412-1480); puis viennent, par ordre de date, Matteo di Giovanni (1435-1495), Benvenuto di Giovanni (1436-1518), Francesco di Giorgio (1439-1502), Neroccio di Bartolommeo Landi (1447-1500), Guidoccio Cozzarelli (1450-1526), Bernardino Fungai (1460-1514), Girolamo di Benvenuto (1470-1524). Il peut sembler étrange de réunir tant de peintres, dont le plus ancien est contemporain de Masaccio et dont le plus jeune meurt après le Vinci. Ils sont cependant si proches les uns des autres par la doctrine, la manière, les sentiments et les goûts, qu'il convient, pour ne pas tomber dans les redites, de les étudier ensemble, quitte à faire ensuite les distinctions nécessaires.
Quels sont leurs caractères communs? Hors le Vecchietta, pas un n'a abordé la fresque, la grande composition mouvementée à nombreux personnages. Matteo di Giovanni et Benvenuto di Giovanni ont donné deux vastes dessins pour le pavement du Dôme à marqueterie de marbre, représentant le Massacre des Innocents et Hérode chassé du Trône. On pourrait citer quelques rares tableaux sur bois représentant des scènes d'histoire sacrée. L'ensemble de la production consiste dans sa presque totalité en tableaux d'autel, Madones, Vierges trônantes entourées de Saints, Nativités, Ascensions, Assomptions, Saints et Saintes isolés. Nous voilà loin des créations si variées et si riches de l'école florentine. Le problème de la composition ne se