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L'ART ET LES ARTISTES 1ère ANNÉE N°..2... --- REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE SOUS LA DIRECTION DE ME ARMAND DAYOT. --- MAI 1905 PRIX DU NUMERO 1 fr. 50 REDACTION ET ADMINISTRATION 173, BOULEVARD SAINT GERMAIN --- LES DEUX SALONS
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
L'ART ET LES ARTISTES 1ère ANNÉE N°..2... --- REVUE MENSUELLE D'ART ANCIEN ET MODERNE SOUS LA DIRECTION DE ME ARMAND DAYOT. --- MAI 1905 PRIX DU NUMERO 1 fr. 50 REDACTION ET ADMINISTRATION 173, BOULEVARD SAINT GERMAIN --- LES DEUX SALONS
L'ART ET LES ARTISTES REVUE MENSUELLE Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT --- COLLABORATEURS Paul Adam, Arsène Alexandre, E. André, Gustave Babin, Maurice Barrès, Léonce Bénédite, A. Besnard, Jacques Blanche, Henri Bouchot, Georges Bourdon, Raymond Bouyer, Georges Cain, E. Carrière, H. de Chennevières, Jules Claretie, François Crucy, Armand Dayot, Jérôme Doucet, Théodore Duret, Henry Eon, Elie Faure, Formentin, L. de Fourcaud, Henri Frantz, Frantz Jourdain, Mme Judith Gautier, Gustave Geffroy, Louis Gillet, Maurice Guillemot, E. Haraucourt, Maurice Hamel, Mme Myriam Harry, Jeanniot, H. de Jouvenel, Gustave Kahn, Georges Lafenestre, Paul Lafond, Henri Lapauze, Fernand Le Borne, Georges Lochet, Lud Jan, Louis Lumet, Henri Marcel, Roger Marx, Camille Maucclair, André Michel, Claude Phillips, A. Pigeon, Ch. Ponsonailhe, M. Quentin-Bauchart, Jules Rais, Léon Riotor, J. Robiquet, Rosny, Henri Roujon, Sarradin, Émile Sedeyn, Mme Séverine, Robert de Souza, Spielmann, Paul Steck, Thiébault-Sisson, Maurice Tourneux, Gabriel Trarieux, Octave Uzanne, Léandre Vaillat, Louis Vauxcelles, Pierre Veber... etc. Secrétaire : Jérôme Doucet. --- SOMMAIRE DU N° 2 LES DEUX SALONS Avant-propos. La Peinture à la Société Nationale des Beaux-Arts.. .. MAURICE GUILLEMOT. La Peinture à la Société des Artistes Français.. .. FRANÇOIS CRUCY. La Sculpture à la Société Nationale des Beaux-Arts .. MAURICE GUILLEMOT. La Sculpture à la Société des Artistes Français .. LÉANDRE VAILLAT. Les Arts décoratifs aux deux Salons .. .. .. .. GUSTAVE KAHN. La Gravure aux deux Salons .. .. .. .. SARRADIN. --- SUPPLÉMENT ILLUSTRÉ Les Théâtres, par GABRIEL TRARIEUX. — La Musique, par FERNAND LE BORNE. — L’Art dans la Mode, par LILIA ROBERTS. — Le Mois artistique, par M. G.... — Échos des Arts. — Prochaines Expositions. — Causerie sportive, par KERGOZ.
AVANT-PROPOS* Pour vivre et prospérer en intéressant un grand public, une Revue d'art doit être à la fois un moyen récréatif de vulgarisation, une sorte d'instrument d'enseignement agréable et facile et un recueil de belles images. L'illustration doit en être opulente, précieuse et variée. Telle sera la Revue L'Art et les Artistes dont nous présentons aujourd'hui le premier numéro au public. Ce premier numéro, malgré son incontestable intérêt, malgré la valeur des textes et la diversité des documents graphiques, malgré aussi le choix, volontairement éclectique, des sujets, répond-il d'une façon absolue aux premiers efforts de la Direction? Est-ce le but idéal, définitivement atteint du premier coup? Assurément non. Mais nous savons ce que nous voulons, nous savons ce que nous ferons, et ce premier numéro, résultat un peu hésitant des premiers efforts créateurs, qui presque toujours se poursuivent à travers d'inévitables tâtonnements, ne doit être considéré que comme l'amorce d'une œuvre très méditée, et dont le succès ne peut être douteux, étant donnés les éléments de qualité supérieure qui vont concourir à son développement. Dans cette Revue, l'art moderne tiendra la plus large place, sous ses représentations les plus multiples et les plus imprévues; nous avons cru toutefois devoir réserver très respectueusement un « petit coin » aux anciens maîtres. Le lecteur ne pourra s'en plaindre, car cette disposition lui fournira l'occasion d'admirer dans chaque numéro de superbes reproductions de chefs-d'œuvre d'autrefois, dus aux procédés les plus récents et les plus parfaits, et de suivre, sans efforts, d'après des présentations de sujets significatifs empruntés au passé et au présent, le mouvement artistique des Écoles françaises et étrangères, à travers ses évolutions successives. L'Art et les Artistes sera ouverte à toutes les aspirations sincères. Ajoutons que la valeur artistique de chaque numéro sera singulièrement accrue par la présence, au milieu des reproductions photographiques imposées par le souci de la vérité documentaire, d'œuvres originales dues au talent de nos meilleures graveurs à l'eau-forte, de nos xylographes les plus réputés, de nos lithographes les plus habiles. Sans vouloir émettre la prétention un peu excessive de tout savoir, ou du moins de faire tout savoir à nos lecteurs de ce qui existe dans le domaine infini de l'art, nous nous efforcerons de résumer, dans les modestes dimensions de notre cadre, les plus caractéristiques manifestations du mouvement esthétique à travers l'histoire, d'y fixer les plus lumineux frissons de la pensée humaine éprise d'idéal. Et les patientes recherches, et les glorieux triomphes des grands maîtres de la peinture, de la sculpture, de la gravure, de l'architecture, n'y seront pas seulement racontés par des textes précis et de vivantes images, mais aussi ceux des « artistes mineurs », de ces vaillants artisans d'art, dont l'œuvre si variée, si multiforme, est comme l'étincelante parure d'une race et d'une civilisation. De temps à autre, une étude, d'une pédagogie exempte de tout pédantisme, traitera de la question si importante de l'enseignement public du dessin, de l'organisation de nos écoles régionales d'art, de la décentralisation artistique.... Enfin, une des constantes préoccupations de la Direction de L'Art et les Artistes sera de présenter au lecteur, à côté de l'œuvre consacrée du maitre illustre, l'œuvre nouvelle du maitre futur. Dans chaque numéro figurera une étude, très documentée sous sa forme concise, d'un maitre étranger, sans toutefois que cette incursion dans l'histoire de l'art international altère en rien le caractère essentiellement français de L'Art et les Artistes. C'est ainsi qu'après l'article sur Reynolds, le lecteur trouvera dans cette Revue des articles sur Menzel, par M. Thiébault-Sisson; sur Watts, par M. Jacques Blanche..., etc. Des magazines d'art édités hors de France, traitant surtout des sujets étrangers, sont accueillis en France avec la plus grande faveur. Est-il téméraire de supposer qu'une Revue d'art français et international, éditée à Paris, au prix des plus louables efforts, trouvera un encouragement national assez grand pour vivre et prospérer? Un avenir prochain le dira. Mais dès aujourd'hui le très vif mouvement de sympathie qui accueille dès sa naissance L'Art et les Artistes nous remplit de confiance et d'espoir. * Voir notre n° 1. ---
CHEMINS DE FER DE L'OUEST PARIS A LONDRES via Rouen, Dieppe et Newhaven, par la gare Saint-Lazare. Services rapides de jour et de nuit tous les jours (dimanches et fêtes compris) et toute l'année. — Trajet de jour en 8 h. 1/2 (1^e et 2^e classes seulement). GRANDE ÉCONOMIE Billets simples, valables pendant 7 jours : 1^e classe, 48 fr. 25; 2^e classe, 35 francs; 3^e classe, 23 fr. 25. Billets d'aller et retour, valables pendant un mois : 1^e classe, 82 fr. 75; 2^e classe, 58 fr. 75; 3^e classe, 41 fr. 50. Dép. de Paris St-Lazare. 10 h. 20 mat., 9 h. 30 soir. Arrivées à Londres London-Bridge . . . . . 7 h. » soir, 7 h. 30 mat. Victoria . . . . . . . . 7 h. » soir, 7 h. 30 mat. Départs de Londres London-Bridge . . . . . 10 h. » mat., 9 h. 10 soir. Victoria . . . . . . . . 10 h. » mat., 9 h. 10 soir. Arriv. à Paris St-Lazare. 6 h. 40 soir, 7 h. 05 mat. Les trains du service de jour entre Paris et Dieppe et vice versa comportent des voitures de 1^e classe et de 2^e classe à couloir avec water-closets et toilette ainsi qu'un wagon-restaurant; ceux du service de nuit comportent des voitures à couloir des trois classes avec water-closets et toilette. La voiture de 1^e classe à couloir des trains de nuit comporte des compartiments à couchettes (supplément de 5 francs par place). Les couchettes peuvent être retenues à l'avance aux gares de Paris et de Dieppe moyennant une surtaxe de 1 franc par couchette. La Compagnie de l'Ouest envoie franco, sur demande affranchie, un bulletin spécial du service de Paris à Londres. CARTES D'ABONNEMENT D'EXCURSIONS EN BRETAGNE Abonnements individuels. La Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest fait délivrer jusqu'au 31 octobre des cartes d'abonnement spéciales permettant de partir d'une gare quelconque (grandes lignes) du réseau de l'Ouest pour une gare au choix des lignes désignées ci-dessous en s'arrêtant sur le parcours; de circuler ensuite à son gré pendant un mois non seulement sur ces lignes, mais aussi sur tous leurs embranchements qui conduisent à la mer, et, enfin, une fois l'excursion terminée, de revenir au point de départ avec les mêmes facilités d'arrêt qu'à l'aller. CARTE I. — Sur la Côte Nord de Bretagne : 1^e classe, 100 francs; 2^e classe, 75 francs. — Parcours : Gares de la ligne de Granville à Brest (par Folligny, Dol et Lamballe) et les embranchements de cette ligne conduisant à la mer. CARTE II. — Sur la Côte Sud de Bretagne : 1^e classe, 100 francs; 2^e classe, 75 francs. — Parcours : Gares des lignes du Croisic et de Guérande à Châteaulin et les embranchements de cette ligne conduisant à la mer. CARTE III. — Sur les Côtes Nord et Sud de Bretagne : 1^e classe, 130 francs; 2^e classe, 95 francs. — Parcours : Gares des lignes de Granville à Brest (par Folligny, Dol et Lamballe) et de Brest au Croisic et à Guérande et des lignes d'embranchements conduisant à la mer. CARTE IV. — Sur les Côtes Nord et Sud de Bretagne et lignes intérieures situées à l'Ouest de celle de Saint-Malo à Redon : 1^e classe, 150 francs; 2^e classe, 110 fr. — Parcours : Gares des lignes de Granville à Brest (par Folligny, Dol et Lamballe), de Brest au Croisic et à Guérande et des lignes d'embranchement vers la mer, ainsi que celles des lignes de Dol à Redon, de Messac à Ploërmel, de Lamballe à Rennes, de Dinan à Questembert, de Saint-Brieuc à Auray, de Loudéac à Carhaix, de Morlaix et de Guingamp à Rosporde. Abonnements de famille. Toute personne qui souscrit en même temps que l'abonnement qui lui est propre un ou plusieurs autres abonnements de même nature en faveur des membres de sa famille ou domestiques, habitant avec elle, bénéficie pour ces cartes supplémentaires de réductions variant entre 10 et 50 o/o suivant le nombre de cartes délivrées. Pour plus de renseignements, consulter le livret Guide-illustré du réseau de l'Ouest, vendu o fr. 30, dans les bibliothèques des gares de la Compagnie. EXCURSIONS A L'ILE DE JERSEY Dans le but de faciliter la visite de l'Ile de Jersey, la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest fait délivrer au départ de Paris des billets directs d'aller et retour valables un mois permettant de s'embarquer à Carteret, à Granville ou à Saint-Malo. Billets valables par Granville à l'aller et au retour : 1^e classe, 63 fr. 15; 2^e classe, 44 fr. 25; 3^e classe, 29 fr. 85. Billets valables à l'aller par Granville et au retour par Saint-Malo ou inversement : 1^e classe, 74 fr. 85; 2^e classe, 50 fr. 05; 3^e classe, 37 fr. 30. Billets valables par Carteret à l'aller et au retour : 1^e classe, 63 fr. 15; 2^e classe, 44 fr. 25; 3^e classe, 29 fr. 85. Billets valables à l'aller par Carteret et au retour par Granville ou inversement : 1^e classe, 65 fr. 45; 2^e classe, 44 fr. 50; 3^e classe, 31 fr. 70. Billets valables à l'aller par Carteret et au retour par Saint-Malo ou inversement : 1^e classe, 72 fr. 55; 2^e classe, 49 fr. 80; 3^e classe, 35 fr. 50. Les billets délivrés à l'aller par Granville ou Carteret et au retour par Saint-Malo permettent d'effectuer l'excursion du Mont Saint-Michel. Les billets valables par Granville et Saint-Malo sont délivrés toute l'année; ceux valables par Carteret sont délivrés du 12 mai au 14 octobre. Pour plus de renseignements, consulter le livret Guide-illustré du réseau de l'Ouest, vendu o fr. 30, dans les bibliothèques des gares de la Compagnie.
L'ART ET LES ARTISTES A LA MAISON DU LIVRE Ch. MEUNIER Reliure. Edition d'Art 3, Rue de la Bienfaisance, PARIS ÉBÉNISTERIE ARTISTIQUE Fabrique de Bureaux ministre, de Bibliothèques et de Cartonniers Noyer, Chêne, Acajou, etc. RÉPARATION-RESTAURATION M. LEVESQUE 56, Rue du Faubourg-Saint-Antoine, 56. — PARIS SPÉCIALITÉ POUR DOCTEURS COULEURS VELASQUEZ Les meilleures Couleurs à l'huile, broyées à la main TOILES ROMAINES Conservant aux couleurs tout leur éclat A LA VILLA MÉDICIS PASQUINI & Cie 54, Avenue de Wagram FRAYSSE SPÉCIALISTE PARIS — 5, Faubourg Saint-Honoré, 5 — PARIS CHAUSSURES pour ENFANTS, FILLETTES et GARÇONNETS CHAPEAUX pour FILLETTES Envoi franco sur demande du Catalogue illustré et en couleurs.
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Note Préliminaire Cédant aux instances des abonnés de l'Art et les Artistes, la Direction de cette publication s'est décidée à reporter au mois prochain le numéro dont le sommaire figurait sur la couverture du N° 1, afin de consacrer le N° 2 à une revue générale des deux Salons. Il faut être de son temps et savoir à l'occasion tenter de satisfaire la curiosité un peu trop impatiente du lecteur. C'est ce que la Direction de l'Art et les Artistes s'est efforcée de faire, tout en demeurant convaincue, que malgré l'activité consciencieuse et clairvoyante de ses saloniers, cette double critique des Salons, à peine ouvert au public, sera forcément incomplète. Mais nous tenons à informer les artistes de talent, involontairement oubliés dans une course aussi essoufflée à travers des milliers de toiles, des amoncellements de plâtres et de marbres, que dans des numéros ultérieurs nous saurons nous faire pardonner les regrettables et inévitables omissions. Enfin, nous tenons aussi à prévenir le lecteur que nous abandonnons cette méthode qui consistait à formuler un mois d'avance le sommaire du numéro à venir. Système imprudent, et dont nous sommes les premiers à reconnaître nous-même dès aujourd'hui les inconvénients, car tout un sommaire, laborieusement établi, peut être brusquement bouleversé par l'actualité imprévue et impérieuse. Il est évident que la sensationnelle exposition de l'œuvre complète d'Albert Besnard, dans la galerie Georges Petit, en juin prochain, vaut qu'on en parle longuement, et nos lecteurs nous en voudraient aussi de ne pas consacrer une étude au grand Constantin Meunier, si brutalement frappé par la mort, il y a quelques jours à peine. Ajoutons que dans le numéro présent, consacré aux deux Salons, nous avons cru devoir faire figurer, dans la mesure du possible, l'image de l'artiste lui-même, à côté de celle de son œuvre ou de la critique de cette œuvre. Cette iconographie, si vivante et si pittoresque, ne peut qu'intéresser le lecteur et elle est d'ailleurs en parfaite harmonie avec le titre très significatif de notre Revue. Qu'il nous soit permis aussi d'appeler toute l'attention du lecteur sur l'importance des suppléments de la Revue. Partie complémentaire dont le développement s'imposera avec l'intérêt toujours croissant des sujets nouveaux à traiter. Celui de ce numéro spécial mérite déjà de fixer vivement l'attention avec la variété de ses chapitres si artistiquement illustrés et la primeur des nouvelles d'art qu'il renferme. ---
Société Nationale des Beaux-Arts LA PEINTURE Après l'ivresse de clarté, titubante parfois, des Indépendants, après l'orientation très spéciale du Salon d'Automne, on croirait, en entrant ici, se retrouver au bon vieux Palais de l'Industrie d'antan; il y a beaucoup de gens bien sages, qui continuent leur fabrication habituelle, et les audaces outrancières des autres, banalisées déjà par leur réédition, n'étonnent plus suffisamment; les fiches du critique d'art ne subissent pas grandes modifications d'une année sur l'autre: les légendes des cadres varient, et encore! mais la manière étiquetée, bonne ou mauvaise, demeure; les influences sont les mêmes, le snobisme sévit d'identique façon, et le déjà vu est la grande nouveauté; à cause de la multiplicité perpétuelle des expositions, des œuvres reviennent, qu'on a rencontrées ailleurs: telle femme en gris a changé de pose, et non de robe, telle autre nue derrière un vitrail a à peine remué son attitude, c'est une production mécanique, sans imprévu, sans intérêt. Chaque année les numéros du Catalogue augmentent, et au Baedecker que nous rédigions il faut ajouter des pages et des pages: ce titre paraîtra vulgaire, trop modeste à d'aucuns, cependant il figure bien notre besogne hâtive pour touristes de passage, auxquels on indique de suite les visions de la route; libre à nous plus tard dans le Mois artistique de nous attarder dans les sites d'élection, d'en détailler le charme. Les Joies de la vie (art, mouvement, travail, lumière). Roll intitule ainsi la grande décoration qu'il a faite pour l'Hôtel de Ville, où se trouvent déjà de lui des panneaux de clarté et de mouvement que l'on se rappelle. L'allégorie cette fois est nombreuse, éparse, groupée autour de la gerbe jaillissante d'un jet d'eau de Versailles; des habits rouges cavalcadent, des artistes travaillent aux mosaïques d'une cathédrale, un poète étreint une Gloire dorée qui lui échappe, des ouvriers charroient et forgent, et sur tous ces labours factices ou réels la Nature met la sérénité de ses horizons, une ville les lointains dentelés de ses édifices, tandis que des fleurs chantent au premier plan. La Jeunesse en rose, évocation fragmentaire d'une toile de jadis, est exquise de lumière, de fraicheur, semble une fenêtre ouverte sur le plein air. Besnard, dont une exposition importante et d'ensemble se prépare chez Georges Petit, a envoyé (la maquette placée à côté afin de le rendre compréhensible) un fragment du plafond qu'il
L'ART ET LES ARTISTES Copyright 1965 by Lhermitte. LHERMITTE — CHEZ LES HUMBLES exécute pour la salle du Théâtre-Français : dans un tournoiement de soleil, c'est Apollon sur son char, et cela nous prépare à la joie de voir, terminé et en place, un chef-d’œuvre de plus du premier peintre de ce temps. Eugène Burnand a recommencé, malgré sa foi dévote et consciencieuse, une page de Muncaksy : ces têtes laborieusement étudiées sont fatigantes à passer en revue, ayant toutes la même valeur ; aucun détail n’est esquivé, tout a une égale importance, sans émotion communicative. Muenier se contente de deux personnages, et synthétise ce drame légendaire du retour de l’enfant prodigue ; il ne le situe ni dans telle époque ni dans tel pays, l’impression se concentre sur ce groupe de sanglots et de pardon, de repentir et de bonheur ; il ne s’agit plus cette fois d’une anecdote, mais d’une grande scène pathétique, noblement rendue ; des paysages d’hiver, des vues de vieilles villes pittoresques, des maisons enneigées complètent son envoi. Raffaëlli, autrefois portraitiste des sites désolés de la banlieue parisienne, arrange, sous la rubrique « Paysages de France », des coins de nature coquettement aperçus à travers le griselis des feuilles, compose des harmonies gaies de toits, de verdures, d’eaux, y silhouette un peu d’humanité avec le grouillement d’un jour de marché ; le Village sur la colline est une grande page délicieusement française, dont l’aération, la ténuité de couleurs, la légèreté d’atmosphère, la poésie, s’apparentent à notre XVIIIe siècle. Lhermitte n’ajoute rien aux qualités de ses paysans habituels en mêlant à leur rusticité une figure falote de Christ ; cette mythologie ne correspond plus à la pensée moderne. Maurice Denis, qui s’en fait une spécialité, après avoir trop copié les Primitifs, ne nous touche pas davantage ; il lui manque de croire lui-même aux scènes qu’il reproduit ; l’hieratisme volontairement naïf de ses personnages n’est qu’une imperfection, devant laquelle il est de bon ton de s’extasier ; imagerie factice d’où la vie est absente. La vie ! Carrière en exprime toute l’intensité réelle avec simplement deux figures, un fils accoté au fauteuil de sa mère, les mains significativement unies ; de la tendresse, de l’affection, émanent du visage de bonté de cette vieille dame aux rouleaux blancs ; c’est le soir heureux de l’existence, la dernière strophe de ce poème si merveilleusement et tant de fois chanté par le maître, l’amour familial. Lebasque y a songé dans le Baiser, élévant ainsi son art ensoleillé et vibrant de paysagiste, concentrant dans un geste ses belles qualités jusqu’ici plus à l’aise dans les bords de rivière où tapent des laveuses, où travaillent des déchargeurs, dans les prairies herbues où des fillettes moissonnent des fleurs éclatantes. René Billotte, dont il faut regarder à la mairie de Courbevoie les vues décoratives, affectionne la douceur des crépuscules, parmi les carrières d’Argenteuil ou bien au moulin de Sannois.
L'ART ET LES ARTISTES Henri Duhem préfère l'aube indécise, y rencontre le semeur, la cabane du berger que garde le chien; Marie Duhem peint la solitude complète, sous le soleil couchant ou sous la neige, avec une douceur de touche que ne connaît pas Prins, dont le cabaret à Montmartre est préférable au Gave de Pau. Thaulow est toujours le très habile portraitiste des eaux torrentueuses, aussi limpides que sont noiratres les jardins romanesques de Rusinol; Alexandre Harrisson exagère la brutalité des nuages lourds au-dessus de la mer vive; Bernard Harrisson note habilement Saint-Georges Majeur à Venise; Meixmoron a rapporté du parc de Luxeuil une pochade de haut régal, et des vues de Dienay, le pays où villégiature Jeanniot. Celui-ci, qui échappe, et il faut l'en féliciter, aux classifications commodes, affirme ses qualités de premier ordre aussi bien avec le paysage farouche de l'Ouragan qu'avec les figures misérables de la Halte, les souvenirs pittoresques des Ouled Nails, ou son panneau de la Musique, la réalité contemporaine remplaçant l'allégorie désuète. Louis Picard a fait son propre portrait avec un de ces éclairages qui lui sont familiers, et a placé à côté une toile exquise, le Souper au bord de la mer, une femme en toilette de bal se détachant sur la nuit piquée d'étoiles; il y a dans ses nus une chasteté qu'ignore Gaston La Touche, témoin de passions violentes, les libertinages d'autrefois transmués par lui au temps de Rolla, les chairs déshabillées se tordant dans une buée dorée, où s'endorment des parfums, où flambent des lustres. Abel Truchet ne fréquente pas ce monde de luxe et de fête; il se cantonne sur la butte Montmartre, s'attarde aux trivialités grossières d'un café chantant, ou du comptoir d'un bar; il essaie inutilement de prolonger l'intérêt d'un pays qui eut il y a vingt ans une vie réelle de poésie, et de bohème charmante; le Parce Domine de Willette nous évoque ces années de jeunesse, et la réapparition de cette peinture murale du Chat Noir prouve une fois de plus que le délicieux créateur de si pimpants, spirituels, délicats dessins, est le véritable peintre décorateur de maintenant, et aurait du comme Chéret être appelé à l'Opéra-Comique et ailleurs, pour faire à la fin du xixe siècle ce que les Boucher et les Fragonard ont fait à la fin du xviiie; cette apothéose funéraire de Pierrot a sa place au Luxembourg maintenant, au Louvre plus tard; il faut espérer que M. Belin consentira à s'en séparer au profit des collections de l'État. Tandis que la gloire justifiée de Willette, artiste probe, simple, modeste, se trouve tout à coup confirmée absolument et par une œuvre ancienne qui a subi victorieusement l'épreuve du temps, il est des réputations qui semblaient solidement assises et dont les défaillances surprennent. De tous les genres, le portrait est celui qui attire le plus l'attention du public, soit à cause de la personnalité dont on montre l'effigie, soit tout simplement à cause de la présentation même de l'œuvre; il y en a beaucoup cette année. Casas a campé sur son cheval de même race que ceux vus par Vélasquez le roi d'Espagne en costume de voyage; Sargent a fait de la duchesse de Sutherland une sorte de Junon aux lignes de noblesse, en robe verte décolletée; la Gandara, délaisissant les chlorotiques aux pommettes tein-
EUGÈNE CARRIÈRE Portraits. (L'Œuvre de Carrière. J.-E. Bulloz, éditeur.) A

Cette publication est la deuxième livraison de la revue mensuelle "L'Art et les Artistes", dirigée par Armand Dayot. Ce numéro est consacré à une revue générale des deux Salons artistiques de l'année, présentant des critiques sur la peinture, la sculpture et les arts décoratifs. Il inclut également un supplément illustré couvrant les arts, le théâtre, la musique et la mode, ainsi que des nouvelles artistiques.