Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ART DÉCORATIF
Revue mensuelle d'Arï Contemporain
Diréciœur, Gustave Soulier
6e Année
Numéro 67
Avril 1904
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Sommaire
- LOUIS BRAQUAVAL (9 illustrations), par GUSTAVE SOULIER.
- UNE MAISON A PARIS (35 illustrations), par EDMOND UHRY.
- LES SALLES FRANÇAISES DES BEAU X-ARTS A L'EXPOSITION DE SAINT LOUIS (illustrations), par LEON RIOTOR.
- OU VAGES DE DAMES (7 ill.).
- UNE MEDAILLE DE CHARLES PILLET (illustration).
- MIROITERIE MODERNE (7 illustrations), par ÉMILE SEDEYN.
- UN SCULPTEUR ANIMALIER, PIEPRE CHRISTOPHE (13 illustrations), par CHARLES SAUNIER.
- LES CANCALAIRES DE HENRI BOUTET (4 illustrations).
Planches en couleurs de Louis Braquaval.
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le numéro, 2 Fr.
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L'ART DÉCORATIF
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LOUIS BRAQUAVAL
Voilà un artiste qui ne se prodigue pas. Tout au plus, voit-on chaque année quelques toiles de lui au Salon de la Société Nationale. Il y a déjà assez longtemps, il groupa quelques œuvres chez Hes-sèle ; il recommence maintenant chez Durand-Ruel, et c'est tout. Il ne figure à aucun Cercle, à aucun Salonnet d'au-tomne, d'hiver ou de printemps. Il produit peu, travaille lentement, attend pour laisser sortir une œuvre qu'il en ait éprouvé lui-même la qualité, c'est-à-dire qu'il en ait détaché ses yeux et sa main pour quelque temps, qu'il l'aît laissé reposer, comme un vin qui doit se dépouiller et s'affiner de lui-même.
Le souci de la matière occupe en effet M. Louis Braquaval, et il ne peut en être autrement si l'on veut assurer à sa production une valeur durable. Or, la peinture se modifie; le pigment étendu sous le vernis et qui s'assimile avec lui s'écarte avec le temps de la valeur primitive que lui a donnée l'ar-tiste. D'autres altérations et combinaisons proviennent de l'effet des couleurs mélangées ou superposées. Quand un tableau est peint, on peut dire qu'il n'est pas terminé, mais qu'il commence; toute une vie chimique se détermine à travers sa substance, qui peut le con-duire soit à la désorganisation complète des parties, soit au contraire à une sorte d'harmonisation indissoluble et de cohésion plus grande, à une sorte de pétrification de l'œuvre magnifiée. Bien des œuvres des maîtres anciens n'ont ainsi reçu leur parfait accomplissement qu'avec le temps, et les noms seraient trop aisés à citer. En faut-il conclure que la beauté de l'œuvre doit être en partie attribuée à un bonheur fortuit, et que le mérite de l'artiste en déchoit
Dessin
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dans une certaine mesure? Certes non. Prévoir ce que deviendra l'œuvre peinte et la préparer en conséquence, savoir que l'on n'assistera pas tout de suite à la réalisation de ce que l'on a voulu, qu'on laisse de l'ouvrage au temps, cela rentre pour l'artiste dans la science de son métier. Car si le nouveau de la qualité des moyens qu'ils peuvent employer et de l'avenir de leur œuvre.
Chez Louis Braquaval, il y a un rapport étroit entre la solidité de la matière et la consistance des sujets qu'il traite. On peut dire de lui qu'il est le peintre des vieilles
temps peut ou détruire ou compléter l'œuvre, il importe de savoir les matières colorantes à éviter, celles qu'il faut choisir, les procédés d'exécution à employer.
L'apprentissage de presque tous les peintres anciens, aussi bien dans les écoles du Nord qu'en Italie, commençait par une étude des couleurs chimiques, de leur préparation, de leurs mélanges, de leurs effets. A cette étude nous devons attribuer les heureux résultats de la majorité de la peinture ancienne; ce n'est pas trop de voir un certain nombre des artistes d'aujourd'hui se préoccuper de pierres ou des terres fortes. Il ne recherche point d'impressions nuageuses, de silhouettes flottantes, d'estompements de lumières, ou de curiosités d'atmosphères, où la forme devient elle-même vapeur. La notation de plein air est d'une absolue justesse, sans aucune sécheresse, avec des rapports de valeurs et de plans qui révèlent un œil de peintre de premier ordre. Mais l'artiste choisit de préférence un climat qui lui est très familier, qui n'a ni la lumière vibrante du Midi où les contours se rongent, ni celle d'Italie ou d'Orient où la pureté de l'air donne à
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toits d'ardoise, le mystère des fenêtres qui nous rappellent toujours que «les maisons ont des visages», ainsi que l'affirmait certaine vision fantaisiste de Jean Veber. Ses architectures sont excellentes; elles sont établies dans une pâte robuste qui donne bien l'impression de la résistance sécu-
chaque profil la netteté d'un camée, qui n'a pas non plus le brouillard spongieux de l'extrême Nord, communiquant aux paysages le charme intrigant que la voilette prête aux visages de femmes.
Né à Lille, Louis Braquaval a eu sa vision de peintre formée par ces pays, nets et un peu austères d'aspect, de couleur pleine et où chaque note prend franchement sa valeur, sous un ciel un peu froid. Dans ses campagnes d'artiste, M. Braquaval a un peu rayonné aux alentours ; il a peint Bruges et Furnes d'un côté, Dunkerque et Saint-Valery de l'autre ; il est descendu à Abbeville et jusqu'à Paris, où il réside.
Il excelle à rendre le caractère des vieilles villes, la vétusté des pierres, les rayons qui glissent sur les
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laire. La fermeté de ses terrains ajoute encore à la belle sensation de puissance, de science et de solidité que l'on a devant ces tableaux. Les silhouettes de passants qui s'y égrènent, circulant dans les rues, se pressant sur l'esplanade des marchés, y sont indiquées d'une touche parfaite, exprimant juste le sentiment d'animation et de solitude tout à la fois de ces vieilles rues.
A Saint-Valery où le peintre retourne tous les ans, il a rencontré la campagne, la verdure et la mer. Mais là encore, dans ses paysages, on sent toujours une forte volonté de construction. Des maisonnettes au toit pointu se dressent d'ailleurs au bord de la route; puis les arbres se détachent, se silhouettent; les feuillages se massent, les talus se modèlent, les ombres et les lumières se contrarient. Tout cela est étudié avec une sobriété de moyens et une nervosité d'accent qui donnent à ce tempérament d'artiste une valeur tout à fait peu commune.
Nous parlions plus haut de sa recherche de matière: elle ajoute ici un intérêt de facture très attachant, quelque chose de copieux et de sûr. Les parties se relient les unes aux autres, se soudent et se soutiennent.
La Rue Saint-Antoine
A Paris, Louis Braquaval a surtout voulu rendre les quartiers un peu enfermés, où il se sentait mieux dans ses sites familiers, au milieu de ses murailles mélancoliques, colorées par les soleils et les pluies, et qu'il pétrissait à son tour dans une pâte homogène. La Rue Saint-Antoine est un morceau superbe de fermeté et de caractère. La Rue Soufflot, avec le Panthéon dressé sur la Montagne-Sainte-Geneviève, évoque tout le vieux Quartier-Latin. Nous trouvons donc rendu dans cette œuvre, avec un sentiment et une ex-
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La Rue Soufflot
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pression très personnels, un des aspects de Paris.
L'émotion, dans l'œuvre de Braquaval, naît de la perspicacité et de la sincérité. Il trace des formes bien écrites, dit nettement ce qu'il veut dire, et le sentiment qui l'a animé pénètre ces formes et s'exprime en même temps qu'elles. Cette méthode tranquille et mâle, cette conscience dans la vision et le rendu sont peut-être dans un talent les qualités les plus estimables, celles qui ont produit la race la plus forte d'artistes. Car c'est toujours, en art, en côtoyant du plus près possible la vie et la vérité que l'on est arrivé à en transmettre la plus puissante évocation. Rembrandt, Velasquez, Van Dyck, Titien, pour citer quelques noms au hasard, ne sont pas là pour nous démentir, — non plus que Millet ou Daubigny, par exemple.
Nous nous réjouissons du groupement d'œuvres qui va permettre d'attribuer sa vraie place à un artiste qui n'a songé jusqu'ici qu'à travailler et ne s'arrêtera pas encore.
GUSTAVE SOULIER.
Rue de l'Église, à Dunkerque
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UNE MAISON A PARIS
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Les Saisons (Voussures de balcons)
Tout près de l'Hôtel-de-Ville, dans l'étroite et mouvementée rue du Renard, où les maisons datent encore des siècles passés et où l'alignement n'a fait que partiellement son œuvre, MM. Barbaud et Bauhain, architectes, ont édifié récemment l'intéressante construction que nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs.
Dans le cadre ancien où elle se trouve, elle donne une note tout à fait imprévue, contrastant singulièrement avec les maisons environnantes qui la font valoir davantage.
Le rez-de-chaussée et l'entresol devant être réservés pour les services du Syndicat de l'Épicerie française, se composant d'une vaste salle de réunion et de locaux spacieux où le public peut avoir facilement accès, il a fallu prévoir surtout à ce rez-de-chaussée des ouvertures assez larges, réduisant considérablement la masse des points d'appui. La résolution de cet intéressant problème donne surtout à la maison son caractère original.
Le rez-de-chaussée garde cependant toute la solidité désirable qui satisfait l'œil et la raison, grâce à la colonne puissante qui se trouve volontairement dans l'axe, supportant les arcs surbaissés qui partent des deux extrémités. Ces arcs sont soulagés à leur tour par deux fortes piles formant gaines, reliées aimablement entre elles par une forme souple ornée d'un cartouche pris dans la masse, perdu dans le feuillage et couronnant les portes d'entrée.
L'impression d'ensemble ressentie se trouve encore fortifiée par l'étroitesse même de la rue qui permet, grâce au peu de recul dont on dispose, d'en goûter le charme robuste et puissant. Que de constructions, que de monuments, perdraient de cette impression s'ils étaient construits sur des voies plus larges. Nous en avons un exemple frappant dans la façade latérale de l'Église Saint-Sulpice, où les énormes colonnes encadrant les niches s'imposent à notre regard et nous écrasent de leur majestueuse puisance.
Toute proportion gardée, nous retrouvons...
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Frise (Salle de Réunions)
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vons un peu de cette impression dans le rez-de-chaussée de la maison de MM. Barbaud et Bauhain. Quoique traité d'une façon moderne et personnelle, il remémore à notre esprit la force et la solidité des constructions du moyen âge. Mais ce n'est là qu'un vague souvenir et nous ne conservons pas la sensation du déjà vu.
Les autres étages sont traités un peu dans le même esprit, simple et rationnel.
de façon discrète, avec peu de relief, laissant bien apparaître le mode de construction.
S'il est un élément qui marque bien la caractéristique de notre époque dans les plans et les façades de nos maisons de rapport, c'est bien le bow-window.
Les nouveaux règlements de voirie du 13 août 1902 en augmentent encore la liberté d'allure, permettant d'agrandir la sur-
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Rosace de plafond
Point de surcharges inutiles pour masquer les coins qui ne s'arrangent pas; la construction elle-même forme décoration. De jolis nus savamment ménagés font valoir l'ornementation et lui donnent toute sa valeur et sa préciosité.
C'est toujours cet esprit qui devrait dominer dans nos compositions modernes. C'est par la logique et le raisonnement que nous devons arriver à faire du nouveau, ayant en vue, pour la partie pratique et le confortable que nous désirons, nos besoins mêmes et nos commodités, et aussi en puisant pour la décoration aux sources intarissables que la nature nous offre, lui donnant, en l'interprétant, le style, le sentiment que nous portons en nous.
Ces principes s'affirment nettement dans la construction qui nous occupe. Aux étages, pas de consoles pour soutenir les balcons: les saillies nécessaires font partie même du mur, affectant des formes de voussures, de trompes ou de renflements, toujours décorées face constructible, reportant en partie la façade à l'aplomb de la saillie des balcons. Le supplément d'espace dont ils nous permettent de disposer est d'autant plus appréciable que les mêmes règlements ont, pour des besoins d'hygiène, augmenté de façon considérable les dimensions minima des cours et des courettes.
Les bow-window aussi par leurs mouvements et leur saillie ont beaucoup contribué à donner du jeu aux façades, à rompre la monotonie de décoration de nos rues, à ne plus voir se profiler interminablement des corniches et des entablements.
MM. Barbaud et Bauhain ont traité les leurs, formant bien corps avec l'architecture, d'une seule venue, prenant plusieurs étages et se terminant par des frontons bien dans le style, où quelques feuilles de marronniers fort simplement traitées suffisent pour en agrémenter la forme volontairement un peu rigide.
Tous les balcons en fer, d'une note très
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BARBAUD et BAUHAIN