Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART DÉCORATIF Revue mensuelle d'Ari Contemporain Directeur, Gustave Soulier 6e Année Numéro 66 Mars 1904 --- Sommaire - LES EAUX-FORTES D'ALPHONSE LEGROS (10 illustrations), par GUSTAVE SOULIER. - L'AMEUBLEMENT AU SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS (7 illustrations), par R. DE FÉLICE. - LES OBJETS D'ART AU SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS (15 illustrations), par LEÓN RIOTOR. - L'INVENTION ORNEMENTALE CHEZ LES JAPOINAIS (A PROPOS DES GARDES DE SABRES DE LA COLLECTION GILLOT). (11 illustrations), par RAYMOND KEECHLIN. - "LES ARTS RÉUNIS" (15 illustrations). Ce numéro contient hors texte UNE EAU-FORTE ORIGINALE (Vieux Napolitain) ET UNE LITHOGRAPHIE ORIGINALE (Portrait de M. Thomas Okey) D'ALPHONSE LEGROS. --- EXPOSITIONS. --- Administration - 24, rue Saint-Augustin - Paris Téléphone 298-49 le numéro, 2 Fr. --- LUCIEN MONOD Dessin

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L'ART DÉCORATIF ABONNEMENTS: FRANCE --- ÉTRANGER --- UN AN . . . . . . 20 FR. --- UN AN . . . . . . 24 FR. --- SIX MOIS . . . . . 10 FR. --- SIX MOIS . . . . . 12 FR. --- Atelier de Décoration Moderne PAPIERS PEINTS DÉCORS À L'HUILE FRISES AU POCHOIR DEVIS SUR PLANS Les Frises modernes au Pochoir sont en vente dans tous les Grands Magasins de Papiers Peints H. SAUVAGE, Paris 282, Rue Saint-Jacques, 282 Téléphone 801-54 --- EMBOITAGES POUR RELIER LES VOLUMES DE «L'ART DÉCORATIF» (FERS SPÉCIAUX) CHAQUE EMBOITAGE POUR UN SEMESTRE : 2 fr. 50 (Ajouter 50 centimes pour le port et désigner le semestre) En timbres ou mandat adressés à l’administration.

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LES EAUX-FORTES D'ALPHONSE LEGROS Le maître admirable qu'est Alphonse Legros ne saurait trop être approché et étudié. Trop longtemps son œuvre puis- sante, diverse et magnifique resta à peu près dessins et ses estampes étaient représentés par un choix significatif. La galerie Hessèle joint aujourd'hui à un certain nombre de dessins de Legros une notable partie de ses ignorée chez nous, après les années de difficultés, d'âpre discussion, d'obstruction systématique qui avaient forcé l'artiste à s'expatrier pour trouver un milieu où il lui fût possible d'assurer sa vie. Ce fut presque une résurrection lorsqu'en 1898 L'Art Nouveau Bing réunit quelques- unes de ses œuvres, notamment ses larges dessins à la sépia, et même lorsqu'en 1900 M. Léonce Bénédite lui consacra toute une salle du Musée du Luxembourg, où ses estampes, et c'est là la part de son œuvre la plus touffue, celle qui par son ensemble apparaîtra peut-être par la suite comme la plus magistrale, la plus imposante. Dès maintenant, les connaisseurs, aussi bien que les cabinets d'estampes de l'Europe, lui attribuent une place au tout premier rang des maîtres graveurs. Cette place, l'œuvre de Legros est assurée de la conserver. Il faut bien se représenter que les gra- vures et lithographies de Legros compren-

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L'ART DÉCORATIF nent aujourd'hui 628 pièces, c'est-à-dire plus du double, et très probablement même plus du triple de celles que l'on peut authentiquement attribuer à Rembrandt. L'œuvre gravé et lithographié de Legros est donc considérable, et l'on ne doit pas encore regarder ce nombre comme définitif: le maître ne se relâche pas de son travail; chaque jour il est à l'ouvrage, et les planches de phié de M. Alphonse Legros, Paris, Baur, éditeur, 1877), qui comptaient 168 pièces, et par M. H. Beraldi, qui en compte 258 en 1884. Depuis lors, cette œuvre s'est donc accrue encore de plus du double. * L'abondance de production du graveur ne doit pas faire oublier, quand on parle cuivre s'accumulent sous ses mains avec une allégresse toute juvénile. Il en a toujours plusieurs en train, qu'il poursuit et reprend; chaque mois de nouveaux titres viennent s'ajouter à la liste déjà dressée. Un des vifs intérêts du catalogue de l'Exposition nouvelle qui s'ouvre à la galerie Hessèle, — intérêt durable qui assure à ce catalogue une valeur documentaire, — c'est qu'il publie pour la première fois l'énumération complète des estampes de Legros exécutées jusqu'à ce jour. Ce catalogue a été mis à jour avec un soin filial par M. Lucien A. Legros, à qui les amateurs et les érudits seront redevables d'un précieux travail, qui poursuit et complète les catalogues précédemment publiés par Poulet-Malassis et Thibaudeau (Catalogue raisonné de l'œuvre gravé et lithogra- de Legros, le reste de son œuvre. Il y a une trop grande corrélation entre les diverses manifestations de cette prodigieuse activité artistique, de cet art militant et conquérant, pressé non seulement de s'exprimer avec force, mais de donner corps à une doctrine, de répandre un enseignement. Il y a aussi une trop grande cohésion, et une physionomie trop originale et trop puissante, dans ce tempérament d'artiste, pour qu'il ne soit pas nécessaire, pour le bien comprendre, de noter quelques dates de sa vie, de citer quelques-unes de ses œuvres diverses. Chaque fois que l'on voudra parler de la vie et de l'art de Legros, on sera forcé désormais de se reporter à la belle étude, attentive et compétente, dont M. Léonce Bénédite a fait précéder le catalogue des œuvres exposées au Musée du Luxembourg

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Triomphe de la Mort. — La Proclamation

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L'ART DÉCORATIF en 1900 (Paris, Motteroz éditeur). Nous y renvoyons nos lecteurs, et nous nous bor- nons ici à résumer quelques traits capitaux. Alphonse Legros est né à Dijon, le 8 mai 1837. Ses premières études de dessin faites à l’École des Beaux-Arts de Dijon, il travailla successivement chez un peintre en bâtiments et colorieur d’images de cette ville; puis à Lyon, à la décoration de la Cathédrale; et enfin à Paris, où il arriva en placé dans les expositions, malgré l’importance de ses envois (en 1861, L’Ex-Voto, aujourd’hui au Musée de Dijon, qui a figuré à l’Exposition Centennale de 1900), vivement attaqué et décrit par la critique officielle, Alphonse Legros n’avait pour pouvoir à sa subsistance que de menus travaux de gravure et de lithographie et quelques leçons. Ce fut à l’un de ses élèves qu’il dut d’aller faire un petit voyage en Catalogne, qui 1851, chez le décorateur du théâtre Cambon. C’est là aussi que, sous la direction de Lecoq de Boisbaudran, il acquit cette forte culture classique, cette connaissance des maîtres et ce goût du dessin serré, des modelés précis, qui caractériseront si fortement son œuvre. En 1855, il suivit aussi, à l’École des Beaux-Arts, les cours du soir. C’est en 1857 qu’il commence à exposer au Salon, avec un Portrait de son père, aujourd’hui au Musée de Tours; un autre portrait avait été refusé. Camarade de Fantin-Latour, de Bracquemond, de Bonvin; soutenu par Baudelaire, Duranty, Champfleury, Legros fut enrôlé, autant par ses détracteurs que par ses amis, dans le groupe de ceux que l’on désignait sous le titre de «réalistes». Tout de suite considéré par un petit nombre de vrais amateurs d’art, mais mal l’impressionna fortement et d’où il rapporta plusieurs sujets. Avec un fond d’humour et de malice qui parvenait à le soutenir, mais d’autre part très fier, très conscient de ses efforts et de la science qu’il avait de son métier, sûr de marcher dans la tradition de ses maîtres les plus chers, — Holbein, les Florentins, Mantegna, Rembrandt, Titien, Poussin, Ingres — Legros supportait difficilement la situation qui lui était faite, et se révoltait avec justice contre les médiocres qui l’empêchaient délibérément de parvenir. C’est alors, en 1863, que sur le conseil de Whistler il partit pour Londres. Il y fut bien accueilli, y acquit une situation stable, y fonda sa famille, et il y est resté depuis. Entouré dès ses débuts en Angleterre par Rossetti, Watts et sir Edward Poynter,

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Triomphe de la Mort. — Le Départ

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L'ART DÉCORATIF Legros donna d'abord des leçons particulières, puis fut chargé, pendant quelques années, d'un cours de gravure au South Kensington Museum. Enfin, en 1876, il fut nommé professeur du cours d'art fondé à l'University College par M. Slade, et qu'on scrupuleusement les proportions de son modèle, mettait en place son sujet, puis commençait à dessiner, serrant de plus en plus son modelé, mettant en valeur toute la construction anatomique, et découvrant en même temps un profond caractère d'art Le Triomphe de la Mort. — La Mort entraînant l'ivrognerie et la luxure appelait le «Slade School». C'est là que pendant dix-huit ans, jusqu'en 1894, fut répandue journellement la plus grande part de ses forces et de son talent et qu'il obtint très vite en Angleterre une influence et une renommée très particulières. Il forma des élèves émérites; il devint dans tous les sens du mot un maître, faisant passer chez d'autres son vigoureux attachement pour le dessin, enseignant par l'exemple le secret de sa force, par de merveilleux tracés au tableau. C'est de cette démonstration pratique qu'il usait avant tout dans son enseignement, non seulement dans ses cours de Slade School, mais encore dans les nombreuses conférences qu'il était appelé à faire dans toutes les grandes villes d'Angleterre. Devant l'auditoire d'élèves, il établissait personnel et de beauté. Cette sûreté d'exécution, cette vision puissante, en se révélant ainsi dans tout leur processus habituel, avaient quelque chose de triomphal. Les Musées d'Angleterre ont gardé précieusement de ces dessins enlevés pendant la leçon: on en trouve à Londres, au South Kensington Museum, ainsi qu'à Manchester, à Liverpool, à Cambridge. L'amour ardent de Legros pour le dessin, pour les beaux modelés rendus dans toute leur énergie et leur sensibilité, lui donna cette prédilection pour le travail à la pointe d'or ou à la pointe d'argent, dont usèrent les vieux maîtres italiens, et qui donne des légèretés si grandes, des veloutés infinis. Legros en tira un métier fort et tendre à la fois, admirablement mis en valeur dans une série de figures et de portraits

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LES EAUX-FORTES D'ALPHONSE LEGROS qui resteront en exemple. Le Musée du Luxembourg en possède quelques spécimens, notamment les portraits de Constantin Meunier et de Sir Francis Seymour Haden; on en trouve aussi quelques-uns à l'exposition de la galerie Hessèle. bien en valeur dans leur entourage de jardins. Toutes les qualités qu'Alphonse Legros cherchait à réaliser plus pleinement par des La même passion du modelé devait pousser l'artiste à essayer et à comparer tous les moyens d'exécution. De même que tous les procédés graphiques lui étaient devenus familiers, il voulut tenter les reliefs plastiques, et eut d'abord l'idée de ces médailles où se retrouvent les qualités de sûreté et de douceur de son dessin, et qui se rapprochent de l'art de Pisanello. Puis il modela ces deux œuvres d'une exquise perfection: un torse de jeune fille et le masque de Miss Swainson, qui se trouvent toutes deux à la fois au South Kensington Museum et au Luxembourg. Enfin, il y a quelques années à peine, il exécuta pour le due de Portland deux fontaines monumentales, d'une belle composition décorative, matières et des outils si divers se retrouvent dans ses gravures, qui demeurent non seulement la part la plus considérable de son œuvre, mais qui sont encore comme le résumé de toutes ses recherches. Nulle part, en effet, il n'était plus à son aise pour donner à son trait toute son âpreté, tout son « mordant », — le mot rentre même dans le langage spécial du travail sur cuivre, — ou pour envelopper légèrement ses modelés. Nulle part aussi, on peut le dire, il n'est plus coloriste que dans ce blanc et noir de l'eau-forte et de la pointe sèche : certains de ses paysages gravés sont à cet égard de merveilleux exemples de vision puissante et juste, avec des troncs d'arbres vigoureusement construits, des feuillés en pleine atmo-

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L'ART DÉCORATIF sphère, par zones d'ombre et de lumière, et des perspectives éclairées, établies à leur plan avec une science des valeurs tout à fait rare, qui à elle seule affirme déjà un maître. L'œuvre gravé de Legros se trouve, durant toute sa carrière, étroitement uni à son œuvre dessiné et peint : tantôt certains dessins préparent une eau-forte, tantôt ce sont des croquis sur cuivre qui servent d'études préliminaires à un tableau. La gravure est pour Legros, comme le dessin même, un moyen d'études ; il reprend plusieurs fois le même sujet dans des planches différentes, ou fait même passer la même planche de cuivre par des états extrêmement dissemblables, ne craignant pas de modifier complètement la composition pour arriver à un effet qui lui semble meilleur. Cela nous amène à dire un mot des états de ses gravures qui sont en général en nombre assez restreint — deux ou trois; certaines planches ont pourtant donné une succession d'états beaucoup plus considérable, — jusqu'à neuf ou onze, mais ce n'est là qu'une exception. Chaque planche est ordinairement tirée à un fort petit nombre d'exemplaires, s'élevant même rarement de vingt-cinq à cinquante. Beaucoup n'ont donné qu'un exemplaire unique. Les estampes de Legros restent donc rares et recherchées. Dans ses gravures, Legros use de plus en plus de la pointe sèche; un certain nombre de ses planches sont entièrement traitées de cette manière, à la fois nerveuse et douce, où l'on peut épargner la morsure et effleurer le cuivre. Mais on trouve aussi un mélange de pointe sèche et d'eau-forte, l'eau-forte venant reprendre les vigueurs et les renforcer. Parfois encore, l'aquatinte vient fournir des valeurs de fonds. Mais quelle que soit la technique choisie, suivant les effets à réaliser, l'artiste assujettit toutes les ressources du métier à l'expression puissante et concentrée. De plus en plus, la forme se fait chez lui simple et significative : il condense avec une intensité extraordinaire un sentiment dans une attitude ou dans un mouvement de physionomie. De ce côté-là, parmi tous les maîtres qui l'ont nourri de leur moelle, il tient, peut-on dire, à Giotto, — celui qui a le plus enfermé et comme résumé d'émotion secrète dans un geste ou une silhouette. Cet intérêt qu'excitent chez lui les ressorts de la physionomie humaine devait faire de Legros un merveilleux divinateur de toutes les figures qu'il approchait, un rare dessinateur de portraits, — ce qu'il est en effet. Il nous aura laissé une précieuse iconographie des contemporains illustres qu'il a connus,

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LES EAUX-FORTES D'ALPHONSE LEGROS - quelques-uns même repris plusieurs fois, au crayon, à la pointe ou sur la pierre. Parmi ces portraits gravés, nous citerons plusieurs portraits de lui-même, puis ceux de Fantin-Latour, Barbey d'Aurevilly, Victor Hugo, Frédéric Régamey, Carlyle, Dalou, Mais c'est qu'en vérité il y a une parenté foncière entre le tempérament artistique de Legros et celui du grand maître hollandais. On y découvre un sens identique d'observation, à la fois pittoresque et profonde, effleurant d'un côté la caricature, Le Triomphe de la Mort. — La Mort chez une famille de marins Poynter, le cardinal Manning, Gambetta, Watts, Leighton, Rodin, Seymour Haden, Tennyson, Alfred Stevens, Tolstoi, Longfellow, Darwin, Baudelaire. L'étude très spéciale qu'il a faite de l'œuvre gravée de Rembrandt amena Legros, surtout dans les années de début, à s'inspirer des sujets déjà traités par Rembrandt. Nous avons, dans la série de ses gravures, un Saint-Jérôme, un Enfant prodigue, une Paysanne se lavant les pieds, une Adoration des Bergers; et plusieurs paysages en longueur appellent évidemment le souvenir du Pont de Six ou des Vues d'Amsterdam. atteignant de l'autre au drame, c'est-à-dire envisageant toute la vie avec ses poignants contrastes. Legros est souvent revenu, surtout dans son œuvre gravée, sur l'idée de la mort : il lui a consacré toute une suite d'eaux-fortes, sous le titre du Triomphe de la Mort, qui comprend dix planches et que nous avons voulu réunir ici dans son imposant et émouvant ensemble. On y observera peut-être plus particulièrement qu'ailleurs ce caractère simple et expressif des attitudes, dont nous avons parlé. On y verra en même temps comment à côté de pages farouches, comme La Pro-