Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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MARS 1900 N° 18 L'ART DÉCORATIF FIX-MASSEAU, SCULPTEUR Tous ceux qui suivent dans les Salons annuels et les expositions le mouvement et l'évolution de la sculpture moderne, sont attristés par la banalité, la convention, le manque de souffle, de passion et d'inspiration de beaucoup de ceux qui soumettent leurs œuvres aux jugements du public. Le plus souvent, et cela est surtout vrai pour les produits de l'Ecole des Beaux-Arts, on se trouve devant des travaux qui ne sont pas sans habileté, qui révèlent une technique indiscutable, mais rien de plus. Et comme l'art a une mission plus haute et plus noble, comme son but est de rendre la nature, non pas d'une manière superficielle, mais conformément aux aspirations les plus élevées de l'âme humaine, on peut se dire avec quelque certitude que ces œuvres courantes ne constituent pas à proprement parler, des œuvres d'art! Aussi, devant les artistes doués d'une réelle personnalité, et qui tranchent nettement sur la phalange des médiocres, on éprouve une joie sincère à considérer leurs efforts, à essayer de saisir et de noter les causes et les effets de leur inspiration, et les formes de leurs pensées. LA RÊVEUSE PLÂTRE PATINÉ (AU MUSÉE DE MARSEILLE) L'ART DÉCORATIF. No. 18.

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L'ART DÉCORATIF Parmi ceux-là, il convient de faire une place toute spéciale à M. Fix-Masseau. S'il est en effet une caractéristique générale, essentielle par laquelle son œuvre nous frappe et s'impose à ceux mêmes qui pourraient ne pas la goûter, c'est l'aversion du banal. Dès ses premiers essais M. Fix-Masseau se révélait sculpteur de race, et affirmait par la recherche et la subtilité de son invention le désir d'échapper à l'obsession des sujets habituels où se complaisent tant de jeunes artistes. Des œuvres même d'extrême jeunesse proclament que l'artiste veut s'éloigner des sujets en honneur dans les académies et qu'il ne s'acharnera pas, durant dix années de sa vie, à des Bacchantes, des Junon, des Léda. N'allons pas en conclure que l'artiste veuille renier tout ce qui a été fait avant lui. M. Fix-Masseau reste au contraire passionnément attaché aux principes éternels et éternellement vrais de la sculpture; tous ceux qui l'ont suivi de près dans son évolution conviendront que ce parfait technicien a seulement voulu enrichir son art de certaines formes nouvelles. Si nous étudions une de ces têtes si expressives où M. Fix-Masseau chante un hymne passionné à la beauté, nous sentirons tout de suite les caractéristiques générales de son talent. Fix-Masseau sait parachever chacune de ses productions avec un merveilleux fini, rendre chaque ligne, chaque surface avec une étonnante subtilité, et sans jamais pour cela s'écarter du caractère d'ensemble, de l'impression générale de l'œuvre. Tout y concourt du reste, jusqu'aux patines. Avec la patience de l'alchimiste, il a su trouver à chacune de ses œuvres une patine qui la complète et qui transforme souvent la matière la plus banale, telle que le plâtre, en la plus somptueuse, la plus grasse des pâtes. M. Fix-Masseau a d'ailleurs à son service toute une variété, toute une gamme de matières qu'il modèle ou cisèle, chacune dans son esprit propre, avec une égale virtuosité. Voyez ses statuettes en bois ou en métaux précieux, ses masques en grès, ses bustes en pierre, en marbre, en pierre lithographique, en plâtre patiné. Il varie ses tonalités à l'infini, et en augmente chaque jour la gamme. Mais jamais cette fascination de la belle couleur ne lui fait perdre les qualités de fin modelé, de subtilité et de finesse dans l'expression dont il a puisé le secret auprès des maîtres, de ceux dont l'œuvre perpétue éternellement le rêve sublime, qu'ils se nomment Donatello, Michel-Ange, Puget ou Carpeaux. Ses vrais maîtres, car l'enseignement qu'il reçut aux écoles des Beaux-Arts de Dijon et de Lyon ne fut jamais que superficiel, M. Fix-Masseau les étudia et les aima durant un long FIX MASSEAU LE SECRET

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FIX MASSEAU BUSTE DE MME G. V. (MARBRE) FIX MASSEAU FEMME À LA COLLERETTE (PLÂTRE PATINÉ) 29*

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L'ART DÉCORATIF FIX MASSEAU BAGUIER (ÉTAIN) séjour qu'il fit en Italie. Ce fut à Florence que M. Fix-Masseau demeura le plus longtemps. Il y étudia non pas seulement les œuvres des sculpteurs, mais aussi, et très scrupuleusement celles des peintres. Il y copiait avec passion et avec une exactitude surprenante les beaux dessins des maîtres du XVᵉ siècle aux Uffizi, car Fix-Masseau manie admirablement les crayons; mais, chose curieuse à noter, et qui témoigne bien de ses dons multiples, il le fait moins en sculpteur qu'en vrai dessinateur. J'entends par là que ses dessins n'ont pas la caractéristique des dessins habituels de sculpteurs; ils sont en général beaucoup plus finis. De ces promenades d'art, de cette intimité avec toutes les merveilles de l'Italie, M. Fix-Masseau rapporte non seulement une technique plus libre, mais encore, si cela est possible, un monde de formes plus générales et plus étendues. S'il a su tirer son profit de la sculpture florentine, il a également vu et bien vu les trésors de l'art antique du musée de Naples, et tout particulièrement ces petites statuettes exquises qui en font l'un des attraits. On peut retrouver quelque chose de cette influence païenne et antique dans sa Parabole du Faune (Salon de 1898) dont M. Paul Adam écrivait fort justement: «Sans réserves il convient d'aimer la grâce de la nymphe que M. Fix-Masseau patina de vert bronze, et près de qui un œgipan murmure. Les chairs bien remplies, toute menue cependant, par les jambes lisses et les longs bras d'un galbe excellent, la fillette séduit. La malice du sourire qui écoute le priape illumine sa face d'enfant naïve et perverse à la fois. Le torse de jeunesse robuste est exquis à contempler. On l'attend sautillante, rieuse, ravie du vice...» Mais ce n'est pas du Salon de 1899 que datent les œuvres personnelles de M. Fix-Masseau. Les salons précédents, sans parler d'expositions particulières comme celles de M. Lachenal ou de M. Bigot où ces céramistes FIX MASSEAU BUSTE DE JEUNE FILLE (PLÂTRE PATINÉ)

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--- MARS 1900 ont été ses collaborateurs pour l'exécution, avaient déjà montré la maturité de son talent. Dès 1893 l'artiste, parvenu à un style personnel, exposait un buste de M. Guichard, député du Rhône. L'année suivante, il s'essayait à une œuvre de dimension importante: la Maquette du Monument de Joséphin Soulary et à trois statuettes: sculpture monumentale et sculpture intime. Jamais du reste Fix-Masseau ne se dépassera lui même dans sa compréhension si délicate de la statuette telle qu'elle nous apparaît en des œuvres comme l'Eve des Rêves, le Secret et la Folle du Sonnet, cette dernière vivante et vibrante, les cheveux au vent, emportée par l'ardeur de sa course. Le Secret au contraire montre une sorte de mysticisme que nous retrouverons souvent chez lui. Notons en même temps, en admirant l'allongement de ce corps de femme en partie dissimulé par la draperie, que M. Fix-Masseau interprète largement la nature, mais ne la déforme jamais. Des médaillons de cire blanche et polychrome montraient aussi sa recherche des matières les plus diverses. En même temps qu'il se laissait aller à des œuvres purement imaginatives, M. Fix-Masseau continuait son œuvre de portraitiste, avec un buste de La Rochelle dans Axel, et une charmante tête de petite fille. De 1895 nous avons l'Emprise, exécutée en céramique polychrome par M. Lachenal, et un autre groupe, Chagrins unis, puis diverses têtes de femme et bustes d'enfants, et la statuette Nihil. Son Heurtoir de porte est une œuvre vigoureuse et forte, d'une puissante anatomie, et contrastant d'une manière saisissante avec Blandices, l'embrasement d'un jeune homme et d'une jeune femme en un groupe tout palpitant de passion. Le sculpteur de la beauté feminine, d'une beauté infiniment recherchée, apparaît plus encore en 1896. Des œuvres comme Fouissance Intime, Buste de Mlle. Georgette Leblanc, Monna, la Sphynge montrent l'habileté toujours croissante de l'artiste, qui se complaît aux modelés les plus nuancés, gradue savamment ses attitudes et donne aux cheveux leur vivante souplesse. L'année 1897 est particulièrement féconde dans la vie de Fix-Masseau, qui laisse un plus

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FIX MASSEAU LE PENSEUR

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MARS 1900 large cours à son imagination et s'essaye tour à tour avec le même bonheur à la cire, au marbre, au bois, et à divers objets usuels en étain, dans lesquels il trouve d'hallucinantes déformations d'animaux et de fleurs. Ce don de l'hallucination, du cauchemar, puisé à la lecture de Poë, M. Fix-Masseau le montrait encore dans d'autres œuvres, l'Etrange passant (statuette en bois) sorcier génial et mystérieux, qui s'en va son violon sous le bras dans sa pauvreté hautaine, et dans la Tentation. Dans celle-ci, un moine cherche à s'abstraire dans la lecture de quelque livre saint, mais tout, autour de lui, est embûche. En vain plonge-t-il la tête sur les pages libératrices, en vain crispe-t-il la main sur l'ouvrage, Satan le guette de partout, et le cierge contre lequel s'appuie le moine se couvre de faces grimacantes et sinistres. Souvent, dans ses bustes, M. Fix-Masseau aime à donner une place à la main, soit qu'elle lui fournisse, comme dans le Passé ou le Penseur, une sorte de force tragique, soit qu'il s'en serve comme dans son Buste de jeune fille (Musée de Marseille) pour encadrer le visage, pour donner plus de vérité à l'inclinaison de la tête. En 1898 M. Fix-Masseau semble se reposer quelque peu de l'effort de l'année précédente; il donne néanmoins un buste de femme, Sourire Blond, exécuté dans la pierre de Florence, matière singulièrement harmonieuse et se prêtant aux nuances les plus fines; plusieurs vases en collaboration avec l'habile céramiste Bigot complètent son exposition. Enfin au dernier Salon, M. Fix-Masseau, pour répondre à quelques uns de ceux qui lui reprochaient de ne faire que des bustes, a exposé la Parabole du Faune, reproduite dans l'Art Décoratif à cette époque. «M. Fix-Masseau, quoi qu'il expose, écrivait au sujet de ces envois M. Octave Uzanne, est toujours persona grata à notre esthétique; c'est l'un des mieux doués de la génération des jeunes; il ne cherche pas à opérer dans le grand, mais ses figurines féminines, ses bustes de personnages de rêve, ses Parisiennes savoureusement choisies dans les milieux où l'on botticellise, ses patines savantes et de bon goût nous attirent sans jamais nous décevoir. Sa Parabole du Faune, sa Femme à la Collerette et Fouissance Intime sont cette année les pièces les mieux venues». Tout récents sont le Lunghino, tête de vieux florentin, fondue par Siot-Decauville, et ce sombre Penseur traité avec un métier d'une puissance incomparable en un modèle si fruste que l'on a la peine à croire que la fine et poétique Jeune fille au ruban soit de la même main. Peut-être le Penseur ouvre-t-il une nouvelle étape dans l'œuvre déjà considérable de M. Fix-Masseau. HENRI FRANTZ LES «BATIKS» HOLLANDAIS Aux Indes néerlandaises, on donne le nom de batiks à des étoffes de coton fabriquées par les Malais. Ces étoffes sont teintes en réserves par un procédé particulier à ces peuples, et couvertes de dessins de couleurs vives. Les résidents hollandais s'en sont servi de tous temps; ils en ont rapporté depuis longtemps dans la mère-patrie, et les amis qui les reçoivent en cadeau les emploient à décorer leur intérieur sous forme de tentures, de tapis de table et de fantaisies. Il y a quelques années, des artistes hollandais novateurs, à la recherche de nouvelles formules de dessin décoratif, virent dans les batiks une source où il n'y avait qu'à puiser. M. Thorn-Prikker surtout s'appliqua à déduire des dessins malais les combinaisons de lignes qu'ils étaient susceptibles de fournir, et, doué d'une imagination fertile et de beaucoup d'adresse, produisit des séries de dessins extrêmement originaux et variés. Il étudiait en même temps l'application du procédé de teinture aux beaux tissus européens. Cela n'allait pas sans difficulté, car ce procédé n'est, paraît-il, pas commode; néanmoins, M. Thorn Prikker arriva à des résultats assez satisfaisants pour décider des industriels entreprenants et chercheurs de nouveau, MM. Uiterwijk et Cie

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L'ART DÉCORATIF Portière en soie Portière en velours Manchester Batiks Hollandais - A LA HAYE: ARTS & CRAFTS - A PARIS: MAISON MODERNE Paravent en soie

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MARS 1900 CHEMIN DE TABLE EN VELOURS RIDEAU EN SOIE BATIKS HOLLANDAIS A LA HAYE - ARTS & CRAFTS A PARIS - MAISON MODERNE. L'ART DÉCORATIF. No. 18.

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L'ART DÉCORATIF COUSSIN EN VELOURS COUSSIN EN VELOURS TAPIS DE TABLE EN SOIE COUSSIN EN VELOURS BATIKS HOLLANDAIS - A LA HAYE - ARTS & CRAFTS - A PARIS - MAISON MODERNE COUVERTURE DE CHAISE EN CUIR ---

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MARS 1900 RÉTICULES ET SACHETS EN VELOURS A LA HAYE ARTS & CRAFTS À PARIS - MAISON MODERNE (proprietaires de la maison d'art «Arts and Crafts» à La Haye) à installer une fabrication de batiks en grand. Cette fabrication est aujourd'hui en plein fonctionnement. Le procédé de teinture qui est tenu secret, est appliqué aux tissus de coton, de soie, aux velours unis, au velours de Manchester, au cuir. Tous les dessins sont faits par M. Thorn Prikker; dans les ateliers, coquettement installés à La Haye dans une de ces jolies rues de faubourg de ville hollandaise aux maisonnettes rouges et vertes, toutes lui-santes de propreté et riantes de calme, vingt-six jeunes filles de bonnes familles transforment les batiks en coussins, en aumonières, en foulards, en buvards, en mille jolis riens sous la direction de Mme Wegerif-Gravestein, en qui les chefs de la maison et M. Thorn Prikker ont trouvé une collaboration non moins pleine de sens artistique qu'active. Aussitôt exposés à La Haye, les batiks de velours et de soie ont fait fureur. Les grandes maisons, les cercles aristocratiques et ceux de la haute bourgeoisie se sont ornés instantanément des rideaux, des portières, des couvertures de meubles de M. Thorn Prikker, et le gouvernement des Pays-Bas a chargé MM. Uiterwijk et Cie de décorer la section hollandaise à l'Exposition de 1900. Il est certain qu'indépendamment du succès de vogue qui les attend à Paris, les batiks fourniront aux artistes de tous pays un sujet d'étude d'un intérêt peu commun. Tels qu'ils sortent du crayon de M. Thorn Prikker, leurs dessins sont encore fortement empreints du caractère oriental originel; mais ils présentent cette particularité rare, qu'ils sont constitués à la fois par des distributions de surfaces et par des lignes. Ils représentent par là un principe de dessin tout à fait nouveau pour l'artiste européen, et comme il y a évidemment un parti à tirer de ce principe, il n'est pas impossible qu'ils acquièrent une certaine influence sur certaines branches de notre art décoratif. En attendant, ils sont incontestablement une des curiosités artistiques les plus originales du jour, et présentent un caractère de somptuosité propre à les faire rechercher par ceux qui veulent déployer la richesse de matières de choix en même temps que frapper par le non encore vu. GEORGES BANS 30°