Extrait
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L'ARCHITECTE
REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION :
- MM. A. ARFVIDSON,
- L. H. BOILEAU,
- L. BONNIER,
- BOUWENS DE BOIJEN,
- A. DEFRASSE,
- AD. DERVAUX,
- ROGER EXPERT,
- TONY GARNIER,
- J. GODEFROY,
- CH. LETROSNE,
- P. PATOUT,
- CH. PLUMET,
- H. SAUVAGE,
- L. SOREL,
- A. VENTRE
RÉDACTEUR EN CHEF : MICHEL ROUX-SPITZ
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SOMMAIRE
du numéro de "L'Architecte" de Septembre 1927
TEXTE
L'ÉVOLUTION DES CHARPENTES DU XIe AU XVIIIe SIÈCLE
(suite) ... H. DENEUX.
PLANCHES
Pl. 49 à 51. — Ile flottante sur l'Atlantique ... H. DEFRASSE.
Pl. 52 à 54. — "Amalienbad", établissement de bains à Vienne (Autriche)... Karl SCHMALHOFER et Otto NADEL.
Correspondants.— Allemagne: M. GOETZ, Eppendorferstieg, 39, Hamburg.— Autriche: D'ERMERS, Schegargasse, 17, Vienne.
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans "L'Architecte" deviennent la propriété de la revue.
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L'ARCHITECTE
L'ÉVOLUTION DES CHARPENTES DU XIe AU XVIIIe SIÈCLE (Suite.)
Parmi les charpentes du xive siècle nous citerons la charpente de l'église St-Ouen, à Rouen (fig. 93), donnée et décrite par Viollet-le-Duc(1), et celle de la nef de l'église St-Leu-St-Gilles, à Paris, construite en 1320, lambrissée et apparente à l'origine.
Cette charpente a été sensiblement remaniée à la base. Heureusement, les entrails et les poinçons sont très bien conservés (fig. 94). La voûte lambrissée n'est pas un berceau plein-cintre, comme à Tonnerre, mais en berceau polygonal à sept faces, dans lequel on peut inscrire une demi-circonférence tangente à chacune de ses faces. Ce système est d'une exécution simple, facile
et peu coûteuse, puisque la charpente n'est composée que des pièces indispensables à sa structure.
Les travées de cette charpente, vers le portail, ne comportent pas de pièces de faîtage, mais celles vers le chœur en ont un; par contre, cette dernière partie est traitée plus grossièrement.
Le poinçon et l'entrait de chaque ferme étaient destinés à être apparents et il est regrettable qu'une fausse voûte en bois et plâtre en cache la vue.
La charpente du chœur de l'église Saint-Remi, à Reims, exécutée en 1388, et détruite pendant la dernière guerre, était un fort bel exemple de cette époque (fig. 108).
(1) Dict. d'Architecture. T. III, p. 16 et 17.
Les chevrons étaient raidis par deux entrails retroussés; des jambettes à la base, des aisseliers et des liens complétaient ce système réduit à sa plus simple expression.
Dans le sens longitudinal, outre le faitage et les deux sous-faitages, deux croix de St-André, se chevauchant dans chaque travée, assuraient parfaitement l'étrésillonnement longitudinal.
Dans cette charpente, les sous-faitages avaient encore pour fonction de soulager les entrails retroussés au milieu de leur portée.
Les chevrons étaient espacés de 0m72 d'axe en axe. Tous les assemblages étaient à tenons et mortaises.
Les charpentes du xive siècle ont généralement leurs bois bien dressés et à vives arêtes.
XVe Siècle. — Au commencement du xve siècle les charpentes diffèrent peu, dans leur ensemble, de celles du xive siècle. Seul l'entrait des fermes s'accuse par une section souvent exagérée, comme dans la charpente de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris. (fig. 109). C'est à cette époque que l'on voit apparaître, en plus de l'étrésillon-
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L'ARCHITECTE
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Figure 111. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — Hôtel-Dieu de Beaune.
simplement conçues et solidement construites (fig. 110). Les bois employés sont toujours parfaitement dressés et à vives arêtes, bien purgés d'aubier; on peut dire que c'est à cette époque que l'on rencontre les plus belles charpentes, quant à la perfection de l'exécution et à la recherche des combinaisons.
La charpente du bâtiment sur rue de l'Hôtel-Dieu de Beaune, construit en 1443, est un des plus beaux exemples encore en place. (fig. 111).
Celle de la cathédrale de Reims, refaite après l'incendie de 1481 par Colard Lemoyne et détruite par les Allemands le 19 septembre 1914, était une merveille de conception et de raffinements dans l'exécution.
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Figure 112. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. — St-Nizier de Troyes.
nemment dans le plan des poinçons, un autre étresillonnement dans le plan même des chevrons. Ce nouveau système d'étresillonnement, né au XVe siècle, se perpétuera jusqu'au cours du xvie.
Il est composé d'une série de petites entretoises, assemblées à tenons et mortaises, dans les chevrons, et posées en écharpe ou en croix de St-André sur une ou plusieurs travées. C'est aussi au xve siècle qu'apparaît, dans les charpentes, l'emploi du fer sous forme de boulons à clavettes pour fixer les moises ou l'étrier, également en fer, qui suspendent l'en-trait inférieur au poinçon.
La charpente de l'église de Seignelay (Yonne) est le type courant de ces charpentes du xve siècle,
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Figure 113. — L'évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle. Cathédrale de Sens, transept.
On n'y rencontrait aucun élément de fer, et le maître-charpentier avait su, par d'habiles combinaisons, assurer une grande rigidité à cette œuvre vraiment colossale.
Une charpente du même type, et vraisemblablement du même maître-charpentier, recouvrait le transept de l'église Saint-Remi, à Reims. Nous avons pu la dessiner pendant la guerre, avant sa destruction par les Allemands, en 1918.
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XVI Siècle. — 1° Charpentes à chevrons formant fermes à sous-faitages doublés. — Vers la fin du xve siècle, et au xviie siècle, la charpente se modifie profondément. Tandis que dans certaines charpentes de cette époque nous verrons se continuer les précédentes conceptions d'ensemble du xve siècle, nous y rencontrerons, en même temps, un dispositif nouveau qui paraît avoir pris naissance
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L'ARCHITECTE
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dans la seconde moitié du xve siècle, mais que nous retrouverons surtout dans tout le cours du xvie siècle, et jusqu'au xviiie siècle à la cathédrale d'Orléans.
Ce dispositif nouveau, c'est le doublement du sous-faitage au droit des entrails retroussés de chevrons, de manière à les emprisonner à l'aide d'entailles, par dessus et par dessous, comme dans
la charpente de l'église Saint-Nizier, à Troyes, par exemple (fig. 112).
Les bras du transept de la cathédrale de Sens, construits à la fin du xve siècle et au commencement du xviie, sont couverts par une charpente ayant ce dispositif répété au niveau des deux entrails retroussés de chaque chevron (fig. 113).
De même à la charpente de l'église St-Eustache, à Paris, construite dans le cours du xvie siècle, nous retrouvons cette même disposition aux deux
entraits retroussés, et nous constatons la persistance de l'étrésillonnement, dans le plan des chevrons, par les doubles croix de St-André, au droit de chaque travée, composées, comme nous le disions plus haut, d'une série de petits morceaux placés obliquement entre les chevrons et assemblés à tenons et mortaises avec ceux-ci (fig. 114).
2° Système mixte. — En même temps que se perpétue le système à chevrons formant fermes, avec le doublement du sous-faitage, apparaît un système mixte à chevrons formant fermes et à pannes. Ce système a été couramment employé à Paris, à l'église Saint-Merry, sur la nef (fig. 115); à l'église St-Médard, sur la nef (fig. 116); à l'église St-Laurent, sur la nef, vers le transept (fig. 117).
Déjà en 1485-87, les dernières travées de la nef de la cathédrale de Reims avaient été recouvertes avec une charpente conçue sur cette donnée, mais l'exemple le plus parfait est certainement la charpente de la cathédrale d'Amiens (fig. 118 et 119).
Malgré l'emploi simultané de deux systèmes bien différents, cette charpente a le mérite d'être très légère et bien combinée.
Les fermes sont espacées de 3m75 d'axe en axe. Les chevrons sont raidis, à intervalles égaux depuis leur base jusqu'au faitage, au moyen d'entrails retroussés par le haut, deux pannes par le
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Les cercles ainsi constituées étaient ensuite reliées entre elles par des liernes qui les traversaient de part en part. Des clavettes, placées de chaque côté des cercles, les fixaient aux liernes.
Ce système, très intéressant puisqu'il permettait d'employer des bois de faibles équarrissages et de petites dimensions, ne paraît pas avoir obtenu alors tout le succès que son auteur était en droit d'espérer.
Philibert Delorme avait appliqué son procédé au château d'Anet, au château de la Muette, à Saint-Germain-en-Laye (1), mais, malheureusement, toutes ces œuvres ont été détruites.
(A suivre.)
H. DENEUX,
Architecte du Gouvernement.
(1) Charpente de 20 m. de portée.
milieu, et des jambettes à la base. Les pannes sont soulagées, dans leur portée, par les liens fixés sur d'autres liens, qui raidissent les arbalétriers des fermes, au point précis où portent les pannes.
Dans cet exemple, le système mixte est admirablement compris, il n'y a pas double emploi, en un même point, de pannes et d'aisseliers, comme on en rencontre dans les charpentes du xvi^e siècle construites à Paris.
3° Charpentes à pannes. — L'emploi des pannes transforme complètement la conception des charpentes. Après le système mixte à chevrons formant fermes et à pannes, nous voyons déjà, dans certaines charpentes du xvi^e siècle, l'emploi exclusif des pannes portant sur des fermes renforcées spécialement pour recevoir le poids total d'une travée de charpente et de couverture. Quelquefois on retrouve, dans ces dernières charpentes, la jambette à la base des chevrons, dernière tradition du système à chevrons formant fermes.
4° Charpentes à la Philibert Delorme. — Pendant que l'on construisait les charpentes que nous venons d'étudier, un architecte lyonnais, Philibert Delorme, essayait de transformer l'art de la charpente. Il inventait en 1561 un nouveau procédé qui consistait à remplacer les grandes et grosses pièces de bois employées alors, et difficiles à se procurer, par des pièces courbes de faible épaisseur et de petites dimensions. Ces pièces étaient moisées ensemble, à l'aide de chevilles de bois, en ayant soin de chevaucher les joints dans le sens de la longueur.
Fig. 118. — L'évolution des charpentes du XI^e au XVIII^e siècle. Cathédrale d'Amiens.
Fig. 119. — L'évolution des charpentes du XI^e au XVIII^e siècle. — Cathédrale d'Amiens.
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L'ARCHITECTE
EXPLICATION DES PLANCHES
PLANCHES 49 à 51. — Ile flottante sur l'Atlantique.
H. DeFrassé, architecte (D.P.L.G.).
Cette île servirait de station d'amérissage à des hydravions transatlantiques. Pourvue de tout ce qui est nécessaire au ravitaillement, à la réparation et au garage des appareils, elle offrirait au personnel et aux passagers le repos, la subsistance et le confort.
Il va sans dire que si les appareils en service sur la ligne étaient des « amphibies » le présent projet se trouverait profondément simplifié : son coût serait amplement réduit et bien des difficultés aplanies. La prévision d'une aire d'atterrissage à la place du canal et du bassin ne changerait rien d'ailleurs aux principes directeurs de l'étude.
L'île flottante, constituée par une coque profilée à la manière des bateaux, comporte à la partie inférieure et sur les côtés des caissonnages et des water-ballasts destinés à la flottaison et à l'équilibre, que des gyroscopes entretenus électriquement renforceraient encore. Pisciforme à l'extérieur, elle offre relativement peu de résistance aux vents et aux courants ; intérieurement le bassin, profond de 6 mètres, en communication avec la mer par la partie arrière ou un double barrage mobile empêche les lames de pénétrer et par des orifices percés en chicane dans la coque, présente l'aspect d'un canal d'amérissage s'épanouissant en un large port pour l'évolution des appareils et éventuellement des bateaux.
L'ancrage d'une telle masse par des fonds offrant un minimum de 1.300 m. semblant absolument impossible, cette dernière est propulsée par des moteurs Diesel situés à la partie arrière et dont la puissance de 23.000 CV peut fournir une vitesse de 3 nœuds. Il est donc possible à l'île de se mouvoir d'elle-même, par conséquent de se rendre, une fois sa construction terminée à l'emplacement désigné comme étant le plus favorable, d'y rester contre vents et courants ou de modifier sa position suivant les nécessités du moment.
L'atterrissage et le décollage se produisant dans un sens unique, face au vent, déterminent le parti de composition. L'avant et l'arrière sont le plus possible dégagés, les bâtiments se trouvant sur les côtés ; la proue assez élevée toutefois, pour résister aux lames, comprend les hangars dont l'ouverture se présente à l'inverse du courant d'air. Trois phares permettent de repérer exactement l'île la nuit après s'en être rapproché par radiogoniométrie ; ils sont disposés suivant les habitudes de l'aéronautique, un à l'avant deux à l'arrière, et font à peine saillie sur le profil extérieur