Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'AMOUR DE L'ART 8 10e ANNÉE - AOUT 1929 FRANCE 10 - ÉTRANGER 15. 110, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VIe) P. PINSARD.

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GALERIE ZAK 16, rue de l'Abbaye Place St-Germain-des-Prés --- ŒUVRES DE : MODIGLIANI, EUGÈNE ZAK, DERAIN, UTRILLO, RAOUL DUFY, MARC CHAGALL, FRIESZ, BARBER, DE LA SERNA, BOSSHARD, EDZARD, STERLING et d'autres. --- LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain — PARIS (VI°) MYTHOLOGIE ASIATIQUE ILLUSTRÉE PRINCIPAUX COLLABORATEURS ELISSEEV, ancien professeur de l'Université de Pétrograd (Japon) J. HACKIN, conservateur du Musée Guimet (Lamaïsme et Inde) Clément HUART, membre de l'Institut (Perse) Raymonde LINOSSIER, attachée au Musée Guimet (Bouddhisme) Henri MARCHAL, conservateur d'Angkor Henri MASPERO, professeur au Collège de France (Chine) Madame H. de WILLMAN-GRABOWSKA, chargée de Conférences à la Sorbonne (Brahmanisme) Introduction de Paul-Louis COUCHOUD Un fort volume in-4° raisin (24×31) de 400 pages. — Environ 600 illustrations 40 splendides hors-texte en noir et en couleur, dont 10 exécutés par les ateliers Daniel Jacomet 1.700 exemplaires sur vélin teinté Navarre. PRIX : 220 fr.

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l'art chez les peuples primitifs de A. BASLER Un fort volume in-quarto carré 85 pages de texte - 106 planches LIBRAIRIE DE FRANCE 110. B° SAINT GERMAIN - PARIS --- LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard Saint-Germain — PARIS (VIe) L'ART PRÉCOLOMBIEN PAR ADOLPHE BASLER et ERNEST BRUMMER Un splendide Volume in-4° carré, donnant plus de 300 Reproductions, dont 8 en plusieurs couleurs, la plupart inédites, provenant en majeure partie du Musée d’Ethnographie du Trocadéro et de Collections particulières 1 Volume cartonné : 165 francs

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N° 8 AOUT 1929 L'AMOUR DE L'ART SOLITUDE. Les Peintres et le Cinéma On ne cherche plus aujourd'hui à savoir si le cinéma peut être une forme d'art. Sa valeur plastique, sa puissance émotive, son aptitude singulière à exprimer la beauté, ses innombrables possibilités imaginatives se sont imposées à la vie artistique. Le seul souci de l'art, qui tend à satisfaire des besoins poétiques, doit être de provoquer notre émotion. Et cela, le cinéma le peut, aussi bien que la peinture ou que la sculpture. Ce qui lui fait du tort, c'est qu'on le considère encore comme un art populaire, offert au désœuvrement de la masse. Il n'est plus seulement populaire, il est universel, mais ce n'est pas une raison pour qu'il soit forcément médiocre. Si l'on y réfléchit un moment, ne poursuit-il pas au contraire la tâche généreuse de faire aimer le beau à ceux qui s'en préoccupent le moins? L'exemple de la civilisation grecque ne peut-il être mis en images par le cinéma? L'an passé, nous nous étions demandé si la puissance même du cinéma n'avait pas eu pour conséquence d'influencer les arts décoratifs, et dans cette même revue, sous forme d'enquête, nous avions publié les réponses des principaux techniciens des arts décoratifs. Le résultat de cette enquête, et aussi une certaine curiosité naturelle, nous donnèrent l'idée de connaître l'opinion des peintres, cette fois, sur le cinéma, sur les rapports qui l'unissent à la peinture et l'influence qu'il peut avoir sur elle, et sur l'avenir de la couleur au cinéma. Le peintre et le cinéaste s'expriment tous deux sur une toile. Et cela seul suffit à créer un lien entre la peinture et le cinéma. Cela seul suffit à rapprocher l'un de l'autre deux moyens d'expression dont les techniques diffèrent essentiellement. Si l'on considère l'œuvre en elle-même, un rapprochement est encore possible entre le dynamisme naturel d'un film et le dynamisme d'une certaine forme de peinture. Dans un livre intitulé "La peinture moderne", Ozenfant et Jeanneret disent, à propos du cubisme : "Le cubisme estime que le tableau ne doit rien à la nature, et il se sert des formes et des couleurs non pour leur pouvoir imitatif, mais pour leur valeur plastique". Voilà, semble-t-il, une théorie opposée au principe même du cinéma. Nous verrons cependant que le cubisme et le cinéma ont détecté l'un sur l'autre. Nous avons donc été voir quelques grands peintres modernes qui nous ont donné leur avis sur cette importante question. Chagall est le peintre du mystère, de la magie. Peintre mystique, dit-on. Il est mystique, si l'on veut, en ce sens que ses toiles semblent être le reflet des

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L'AMOUR DE L'ART visions de son âme. Chagall est surtout un chercheur, dans le sens le plus profond du terme, c'est-à-dire un artiste pour qui le travail est une souffrance. — Lorsque je suis arrivé en France, nous dit-il, la vision de Charlot au cinéma a fait sur moi une grosse impression. Mais je ne puis vous dire si j'ai été influencé par lui. J'aime le cinéma, et notamment les films russes pour le choix des paysages et les mouvements de foule. Il y a là des choses qui frappent. Mais je n'aime pas tous ces films que l'on dit "cubistes" ! Ils sont faux. — Que pensez-vous de la couleur au cinéma ? — Le plus de mal possible, pour le moment du moins. Les œuvres enthousiastes de Favory sont une joie pour les yeux. Elles respirent la liberté, et les limites que leur impose le cadre ne font qu'accentuer leur puissance, leur extraordinaire vitalité. Comme nous lui demandons s'il pense que le cinéma peut influencer la peinture, Favory nous répond : — Certainement. La peinture a subi l'influence du cinéma. Le cinéma est un excitant et la force même de ses images (richesse des documentaires, par exemple), les jeux de lumières qui vivent sur l'écran, invitent le peintre au travail. J'aime beaucoup le cinéma, et si mon œuvre ne se ressent pas directement de son influence, il n'en reste pas moins vrai que je le considère comme un excitant merveilleux. Delacroix disait, il me semble, que celui qui saurait utiliser la photographie pourrait devenir un grand peintre. S'il avait connu le cinéma, il en aurait saisi tout l'intérêt. — Et le cinéma en couleurs ? — Je ne pense pas qu'il puisse être utile au peintre, qui interprète la nature et ne la reproduit pas exactement. Henry de Waroquier joint à la concision et à la sûreté du trait l'émotion du véritable artiste. Ses estampes de Venise ont rendu célèbre la virtuosité d'un talent qui sait toujours où il va. — J'adore le cinéma, nous dit-il. Il est toujours un repos et pour moi la meilleure des coupures pour délivrer l'esprit de l'obsession de la peinture après une journée de travail. Même avec un mauvais film, l'écran conserve toujours en sa toile un espoir, et puis ça remue, c'est vivant. Grâce à l'obscurité de la salle, on entre dans l'écran, on le subit, il y a contact direct avec l'action et le lieu, beaucoup mieux qu'au théâtre, où la vie de la salle de spectacle, l'ambiance et la distraction qu'elle procure, s'interposent toujours entre le spectateur et la scène. — Quel rapport voyez-vous entre le cinéma et la peinture ? — Je n'en vois pas, le cinéma est un art nouveau qui possède une technique, des ressources, des effets, des moyens d'action et d'expression qui lui sont propres, et c'est là un des principaux attraits du cinéma de pouvoir exprimer des sentiments, donner des images impossibles à décrire ou à réaliser au théâtre, en peinture, en littérature ou dans d'autres arts. Rappelez-vous la matérialisation merveilleuse du rêve de Charlot dans "The Kid". Seul le cinéma pouvait le réaliser dans cette forme. — Quelle influence l'art du cinéma et l'art de la peinture peuvent-ils avoir l'un et l'autre ? — Je n'en vois pas, bien qu'il me soit facile de faire abstraction de l'action et des sentiments dans un film idiot et supporter très bien sa bêtise (ce qui est un grand avantage sur les autres arts) en m'intéressant seulement à la succession des images qui s'inscrivent et sont limitées par le cadre de l'écran, comme dans un tableau, et dont les valeurs photographiques, par la transposition inévitable en noir et blanc, sont souvent si riches d'effets inattendus. On ne peut évidemment condamner le cinéma en couleurs avant de l'avoir vu. Mais pour le moment, il est loin d'être au point. Quant à l'influence que les peintres peuvent avoir sur le cinéma, il y a eu trop de tentatives de ce genre pour la nier. A vrai dire, ces tentatives ont été rarement contresignées par des peintres. Toute recherche est intéressante en soi et il faut toujours tout remettre au creuset ; mais à en juger par les résultats, il semble que les emprunts faits par les cinéastes aux différentes écoles de la peinture moderne aient plutôt fait dériver le cinéma de ses origines et de ses buts qu'il ne l'aient enrichi. Presque toujours quand le cinéma emprunte à la peinture, il devient film "artistique", ce qui est la LE VILLAGE DU PÉCHÉ.

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L'AMOUR DE L'ART pire chose pour une œuvre d'art ; ce qui ne veut pas dire qu'un peintre de talent, en oubliant qu'il est peintre, ne puisse apporter une heureuse contribution au cinéma. Voyez l'effet produit dans "Le docteur Caligari" malgré la précaution enfantine d'expliquer par un texte, au public, que la déformation des décors peints sur toile de fond, comme au théâtre, et qui n'empruntent au cubisme que des apparences dont doivent être effarés les inventeurs du genre, se justifie par la scène qui se passe chez les fous, (comme si les fous devaient fatalement voir cubistiquement, ou comme si le cubisme était une des conséquences inévitables de la folie). Ce qui paraît le plus fou dans ce film c'est de faire évoluer à l'écran des personnages en chair et en os, portant faux-col et veston, marchant comme tout le monde, subissant la loi de la perspective photographique dans un décor "d'art" dont tous les plans ont été renversés et la perspective volontairement faussée avec une bonne volonté pleine de candeur. Cette erreur au cinéma rejoint, tout en s'y opposant, celle qui consiste encore aujourd'hui, sur la plupart des scènes de théâtre, à donner pour fond aux acteurs un décor en trompe l'œil, dans le but de mieux imiter la nature. Pour moi, le cinéma et le théâtre se rejoignent rarement et s'opposent presque toujours. C'est ce qui peut le mieux assurer la vitalité de ces deux arts. — Quels sont vos films préférés ? — D'abord, ceux de Charlot. Il est banal de dire que Charlot est un génie. Les Américains peuvent lui élever une statue, comme à un de leurs plus authentiques grands hommes. Aucun film de Charlot n'est indifférent. Il en est d'inoubliables. Il sait, comme on respire, aborder tous les genres, avec quelle aisance ! allant, avec quelle mesure ! de la fantaisie la plus neuve à la vraisemblance, en restant toujours profondément humain et émouvant. Quelle gratitude ne lui devons-nous pas pour le miracle, facile pour lui seul, d'éveiller au plus profond de notre être, à l'âge où nous sommes devenus des hommes, le rire pur de notre enfance ! Même quand il ne paraît pas dans une de ses créations, comme "l'Opinion publique", il réalise un des plus beaux films qui soient. Dans un tout autre genre, j'aime "le Signe de Zorro", d'un allegro à la Dumas père. Toute la partie du rêve dans "Jazz" ne pouvait être conçue et réalisée qu'au cinéma. Dans les films récents, une autre manière de chef-d'œuvre est LES DAMNÉS DE L'OCEAN. "Solitude", si pathétique sur sa trame de fait divers. — Et les documentaires? — Bien sûr, les documentaires sont du cinéma pur. Quelle poignante chose que de suivre dans un fauteuil le voyage de Scott au pôle ou de grandes chasses en Afrique ! La vue en prise directe, l'ex-actitude même des docu-mentaires, n'est-elle pas, pour une imagination un peu vive, mille fois plus riche en suggestions que la transposition la plus "étudiée" et la plus "artistique"? Giorgio de Chirico bâtit des œuvres surréalistes sur des thèmes classiques, ce qui est une manière assez originale d'adapter l'antique au goût moderne. Il fait errer les souvenirs de Rome et de la Grèce dans le pays de nulle part. — Je ne peux plus me passer du cinéma, nous dit Chirico, et je ne vais plus jamais au théâtre. Mais je ne pense pas que le cinéma puisse influencer la peinture. Il le peut cependant quand il nous donne une vision imprévues des choses : un objet, une main... Mais c'est surtout le cinéma qui a subi l'influence de la peinture moderne. Je vous citerai l'exemple classique du Docteur Caligari. J'aime, au cinéma, la reconstitution en studio des paysages ; j'aime que le paysage soit peint. Il y a, dans la nature, quelque chose de superflu. Seul, l'essentiel est intéressant. Quand les films américains montrent Paris reconstitué à Hollywood, c'est bien, mais si l'on voit des vues réelles de Paris, c'est mauvais. Le cinéma offre des surprises. Souvent, un film est tellement raté qu'il en devient amusant ; et inversement il peut arriver qu'un film soit tellement bon qu'il en devienne ennuyeux. — Que pensez-vous des films dits "d'avant garde"? — Je ne les aime pas, car ils ne sont pas profonds. Je leur préfère n'importe quel film de Charlot ou de Keaton. — Croyez-vous à l'avenir du cinéma en couleurs ? — Je ne pense pas que la couleur au cinéma devienne plus intéressante que ne l'est la photo en couleur. Elle peut l'être quand elle apparaît, de temps en temps, dans un film en noir et blanc. La "Baigneuse" du Musée du Luxembourg est peut-