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7e ANNEE 1926 JANVIER N° 1 FAMOUS DE "ART" - Coulon LES COLLECTIONS PRIVÉES EN SUISSE — 1ère PARTIE LIBRAIRIE DE FRANCE 110, Boulevard St-Germain PARIS TÉLÉPH. FLEURUS 48.74 FRANCE 6 francs ETRANGER 8 francs
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
7e ANNEE 1926 JANVIER N° 1 FAMOUS DE "ART" - Coulon LES COLLECTIONS PRIVÉES EN SUISSE — 1ère PARTIE LIBRAIRIE DE FRANCE 110, Boulevard St-Germain PARIS TÉLÉPH. FLEURUS 48.74 FRANCE 6 francs ETRANGER 8 francs
VIENT DE PARAITRE EN NOUVELLE ÉDITION LA COMÉDIE ITALIENNE L'IMPROVISATION - LES CANEVAS - VIES - PORTRAITS - MASQUES ET COSTUMES DES ILLUSTRES PERSONNAGES DE LA COMMEDIA DELL’ARTE Par P.-L. DUCHARTRE un luxueux volume de 350 pages du format in-4° carré, imprimé en Denis Cochin corps 12 sur papier teinté des Papeteries Navarre, orné de plus de : --- reproductions en similigravure et au trait. hors texte. fac-similés dont 2 en couleurs par le procédé Daniel Jacomet. --- PRIX : - 90 francs broché, couverture remplie. - 110 francs cartonné. --- LE PLUS ANCIEN COSTUME D’ARLEQUIN L’IMPROVISATEUR MARTINELLI. (FIN DU XVIe SIÈCLE). --- QUELQUES OPINIONS DE LA PRESSE «……Quel beau livre de toutes les manières, dans son texte et dans ses gravures, dans ses paroles et dans son physique.» Eugène Marsan, L’Action Française. «……Ce beau travail, d’une rare clarté, qui sera infiniment précieux aux amateurs de théâtre, a le grand mérite d’être luxueusement enrichi d’une incomparable série de documents que l’on ne pourrait retrouver qu’aux quatre coins de nos bibliothèques sous beaucoup de temps et de peine. » Antoine, L’Information. «……Son texte n’est pas une brillante vulgarisation ; il est nourri de faits et de références. On y trouve des documents, des déductions et des explications qu’on ne rencontre pas ailleurs. » André Warnod, Commedia. «……L’ouvrage offre une histoire par l’image de la Comédie italienne depuis les Atellanes latines jusqu’aux Arlequins de Picasso, qui ne laisse rien à désirer et donne longuement à rêver. » Benjamin Crémieux, Nouvelles Littéraires. --- LIBRAIRIE DE FRANCE 110, BOULEVARD SAINT-GERMAIN — PARIS (VIe ARR.) Chèques Postaux, Paris 285-19. Tél. Gobelins 66-55. R. C. Seine 166-433
L'Amour de l'Art REVUE MENSUELLE FRANCE : 60 FR. 7e ANNÉE ETRANGER : 80 FR. --- SOMMAIRE DU N° 1 (Janvier 1926) Rédacteur en Chef : WALDEMAR GEORGE L’Art Français dans les Collections privées en Suisse. . . . . . PIERRE COURTHION. I. La Collection Oscar Reinhart. II. La Collection Brown-Bovery. Chronique : L’Art d’aujourd’hui...
André SELIGMANN 128, Faubg S^ Honoré—PARIS OBJETS D'ART ANCIENS TÉLÉPHONE: ÉLYSÉE: 86-60 --- R. C. Seine 44-181 FERRONNERIE D'ART PAUL KISS MÉDAILLE D'ARGENT (S.A.F.) 2, Rue LEON DELHOMME — PARIS Tél. Sécur 71.22 — Nord-Sud Vaugirard --- GRILLES | LAMPADAIRES MARQUISES | LUSTRES BALCONS | OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE
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L'Art Français dans les Collections privées en Suisse INTRODUCTION A Monsieur Charles Montag, à l'ami, au collaborateur. — Monsieur, vous nous apportez le beau temps, me dit-on partout à Zurich où j'hésite à me renseigner auprès de ces gendarmes casqués jusqu'aux dents et aussi redoutablement "costauds" que ces joueurs de boules que l'on voit sur les anciennes cartes postales. Le beau temps... C'est vrai qu'il fait un gai soleil. Dans la rue, de l'animation, de la vie. Des brasseries fermées au regard par des vitraux massifs et très alémaniques mais où, tout en écoutant un orchestre bien accordé qui va jusqu'à Mozart sans écorcher, l'on boit une bière moelleuse qui ne pèse pas à l'estomac. La ville s'étage en terrasses avec, en bas, cette rivière terne et lourde que l'on ne verrait pas sans les ponts qui en soulignent le cours. De grandes étendues peuplées de maisons collées les unes aux autres, de petites rues où passent des trams qui partent et arrivent à l'heure. Soieries, rubans, grands magasins, commerce, richesse. On est en train d'acheter toute l'Allemagne. C'est ainsi que se trouvent dans cette région de la Suisse, à Zurich et à Winterthour, des hommes de goût dont une partie de la fortune est consacrée à l'achat d'œuvres d'art. Et, ma foi, la moisson est du plus bel épi, faite dans le grand champ de la peinture française. Imaginez une histoire vivante de l'art français et qui serait composée dans un petit coin de Suisse, un jardin où se trouveraient quelques-unes des plus belles fleurs de notre peinture, une somme de Beauté dans une ambiance sympathique, faite de calme et de recueillement.
L'AMOUR DE L'ART Ici ce sont les peintres et, parmi eux plus spécialement ceux du xix°. Que de contradictions dans la peinture française de ce siècle, que d'écritures, que de palettes différentes depuis Delacroix jusqu'à Cézanne. Et pourtant quelle unité : d'un côté ce sont les réservés, les assagis, les raisonneurs ; de l'autre les emportés, les fougueux, les lyriques. Ingres et Delacroix, Puvis et Daumier, Degas et Renoir. Puis les exceptions : un grand ouvrier, Courbet, un grand paysan, Millet, tous deux très attirés par les réalités, l'un roublard et m'a-s-tu-cu, l'autre humble et sensible. Entre temps une âme exquise est née à la peinture ; subjective, elle est arrêtée par les vibrations de l'atmosphère : Corot, le père de la peinture moderne. Puis Manet étudie Vélasquez et Hals pour la belle matière. Quand il ne pastiche point, il est habile et frais comme une fleur. Les fleurs... l'impressionnisme en a jeté toute une gerbe sous le soleil. Elle s'ouvrent, s'épanouissent, se fanent et la brise en fait voler les pétales qu'elle emporte sur l'eau avec les Nymphéas de Claude Monet. Mais l'éparpillement n'est pas général. Un peintre résiste à l'envie de découper au hasard un coin de nature pour se laisser aller sur ce thème à des variations colorées. Cézanne maçonne, bâtit solidement, marque le volume avec volonté. Il éta-ge ses champs et creuse avec son couteau à palette des chemins praticables : on peut marcher sur les prés et les routes qu'il a figurés. Il compose plus qu'il ne dessine, c'est vrai. Mais la bêtise n'est-ce pas de vouloir conclure? Cézanne préfère un essai composé sur nature (refaire ainsi Poussin) à un fini de bric et de broc. Il ne fait pas des tableaux, il peint des études. Très à l'aise dans la nature morte, c'est là qu'il le faut chercher. C'est une sincérité qui crie son amour et, parfois, son imperfection de façon infiniment touchante. Il a labouré pour ceux qui viendront après lui.
GÉRICAULT. LE FOU. INGRES. PORTRAIT DE Mme INGRES, NÉE RAMEL. La Collection Oscar Reinhart Il est difficile de traduire avec de pauvres mots l'émotion que j'ai éprouvée, à Winterthour, en regard de la collection de M. Oscar Reinhart. Devant ces peintures, on perd toute notion de sa propre existence et l'on oublie même le grand amateur, l'artiste qui consacre à leur réunion le travail de sa vie. Aussi bien, le plus sincère éloge que nous puissions faire de M. Oscar Reinhart n'est-ce pas de lui dire combien nous avons été impressionné au spectacle des œuvres qu'il a sauvées et de l'éparpillement et de l'emprise des spéculateurs. Un gazouillis d'oiseaux dans les marronniers tachés de grappes blanches et parfumées, un chien tranquillement assis devant sa niche et, sur l'escalier, Françoise en tablier clair. Lorsque s'ouvre la porte des merveilles, plus rien de Winterthour où l'on est. Le pays diminue en importance au seuil de cette demeure. L'amour de l'art opère des miracles chez ceux qu'il habite. Tous les préjugés, toutes les convenances dont l'existence est embarrassée tombent avec ce rideau qui cachait aux yeux trop à fleur de terre le monde intérieur, cette fête des couleurs et des formes que laissent après eux les hommes qui furent grands. C'est Baudelaire qui a donné d'Eugène Delacroix cette idée exacte : "un cratère de volcan artistement caché sous un bouquet de fleurs". Le fait est que rarement le maître des Croisés peut être pris en flagrant délit de romantisme. Au contraire de Géricault qui se laissa porter jusqu'à la mort sur l'impétueuse cavale de son tempérament indompté, Delacroix sut brider son lyrisme, lui faire tête et en diriger le feu. Il suffit pour s'en convaincre de contempler la petite étude de Tobie et l'ange qui est l'une des œuvres le plus représentatives de sa manière. Quelle humilité dans la tenue du pauvre pêcheur qui retient dans ses mains le poisson fraîchement sorti de l'onde et quelle noblesse dans l'attitude de l'ange. Au premier plan, sur le terrain, nous voyons la nature morte — un chapeau de paille avec un manteau — qui fut reprise, plus tard, dans le Jacob de Saint-Sulpice. Une couleur magnifique vient rehausser le dessin précis... des bleus, des roses, une multitude de verts dans l'eau, tout une symphonie de tons divisés et juxtaposés sur la toile avec un tel bonheur que nous n'avons jamais rien vu de pareil chez un néo-impressionniste. Passons rapidement devant Le Tasse dans la maison des fous, un accord de bruns et de verts pour en venir à ce Combat de lion et de tigre, une merveille où se comprend la prédilection du grand peintre pour l'animal qui bondit sous la poussée de son instinct. Sous un énorme tronc qui lance en spirale ses trois
L'AMOUR DE L'ART DELACROIX. COMBAT DE LION ET DE TIGRE. branches d'écorce rugueuse, devant un fond clair où les verts frais éclatent, un lion, masse pesante, se rue sur un tigre étonnamment souple et qui, renversé, les deux pattes de devant levées, s'apprete à le déchirer DELACROIX. ÉPISODE DE LA GUERRE EN GRÈCE. de toute la force de ses griffes acérées. Quel animalier que ce Delacroix : comme il nous fait respirer ici une odeur de carnage et de sauvagerie, quel coloriste aussi : la résonance des bruns sur les verts ajoute au caractère mâle de cette œuvre une sonorité particulière. L’Épisode de la guerre en Grèce, c’est la scène de bataille. Encore un tableau de moyenne dimension où Delacroix apparaît dans tout son génie. C’est, un morceau splendide pour le coloris et le dynamisme des mouvements qui s’y déploient. Monté sur un beau cheval blanc un arabe court, cependant que, sur sa droite un turco tire avec rage. Au premier plan, couché sur le sol, un blessé fait une grande tache bleue. La scène est encadrée par un de ces arrières-plans bleu-verdâtres sous un ciel très aérien où montent de légers nuages. Il faut voir ce manteau vert du cavalier flotter sur le rouge de la selle et saisir toute la vérité d’expression du blessé qui se montre de dos : cela suffit à évoquer le tumulte d’une bataille car la scène est rendue avec trois personnages et un peu de fumée de poudre qui, opaque, traîne sur tout cela. Aucune œuvre, mieux que le portrait de Madame Ingres, née Delphine Ramel ne peut faire pendant à cette composition d’Eugène Delacroix. C’est un Ingres dans les gris-bruns où le bleu dur du maître se fait doux pour venir effleurer le châle et le corsage. Un beau travail d’intimité et dont l’arabesque de la mise en page fait penser à celle de la Maddalena Doni de Raphaël. Le visage est calme, doucement voluptueux, la forme pleine du cou vient mourir sur la gorge en une molle inflexion. Elle est accoudée et son avant-bras, avec cette main ramenée sur l’épaule, est d’une rondeur divinement due. Seule la coiffure des cheveux noirs est un peu dure, en trompe-l’œil. Mais ce visage évoqué avec précision et harmonie, peint à fleur de toile et pourtant solide est un portrait de la famille des dessins à la mine de plomb qui sont à Ingres ce que les Lettres sont à Voltaire, le
L'AMOUR DE L'ART meilleur de son œuvre. En face de son grand rival, le bouillant et brûlant Delacroix, évocateur des foules en mouvements, Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges Ombragé par un bois de sapins toujours verts... Jean-Dominique Ingres me fait penser à un homme sage, prudent, qui travaillerait, confortablement assis dans un fauteuil, à côté du somptueux et violent coloriste qui dessine un homme " pendant le temps qu'il met à tomber du quatrième étage d'une maison ". Il faut leur rendre justice à tous deux. Delacroix n'eût pas fait les portraits qu'a signés M. Ingres, le Granel du Musée d'Aix-en-Provence ou celui que nous venons de décrire, et M. Ingres eût été fort embarrassé de représenter une scène de bataille avec trois personnages seulement. Néanmoins Delacroix n'avait point tort lorsque, devant les Odalisques de son émule il s'écriait : " Qu'il me laisse faire ses fonds " ! Arrivons-en aux réalistes de l'école française. A côté de Millet dont la Cueillette des pommes, l'une de ses plus riantes études, est assez claire et de tons très frais, Courbet est représenté par ses Casseurs de pierres à propos desquels About écrivait non sans malice : " Les cailloux ont trouvé leur Raphaël ". Le fait est qu'ils sont beaux les cailloux dans cette petite toile foncée, aux tons de verre de bouteille, à peine coupés par les gris et les jaunes du chemin. Cela vaut par le dessin et c'est peint avec consistance. Peu nous chaut, après tout, qu'un thème très réaliste et banal ait été choisi si la puissance et la science de l'ouvrier parviennent à nous le faire oublier. La Femme dans un hamac qui rêve en pleine forêt, la tête couronnée de baies, montre des mesquineries de pinceau sur sa chemise et sur ses seins. Le soleil vient caresser sa peau laiteuse avec des complaisances à la Baudry. Je préfère ce hamac brun et crème, rayé de tons brique et sur lequel les jambes de notre silvestre amie inous invitent à venir poser les nôtres. Le plus beau c'est la forêt avec ses tons mouillés et ses verts coupés de fleurs rouges et de houx rugueux. Voici Corot, le maître des matinées. La Châtaigneraie rocheuse est la consciencieuse étude d'un peintre COURBET. LE HAMAC. COURBET. LES CASSEURS DE PIERRES.

Cette publication est le premier numéro de janvier de la 7e année de la revue mensuelle "L'Amour de l'Art". Le contenu principal de ce numéro est la première partie d'un article intitulé "L'Art Français dans les Collections privées en Suisse", rédigé par Pierre Courthion, qui explore les collections Oscar Reinhart et Brown-Bovery. La revue présente également une chronique sur "L'Art d'aujourd'hui".