Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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FIG. 1 VASE AVEC PERSONNAGES PEINTS. ÉPOQUE HAN.
COLL. ALPHONSE KANN, PARIS.
FIG. 3. VASE ÉMAILLÉ AVEC FEUILLES DE LOTUS EN RELIEF. ÉPOQUE TANG.
COLL. A. SAINT, PARIS.
FIG. 2. AIGUIÈRE AVEC PERSONNAGES PEINTS. INFLUENCE HELLENISTIQUE POST-HAN.
COLL. CH. GILLET, LYON.
Une Exposition d'Art Oriental Chine, Japon, Perse
L'Exposition d'Art Oriental qui a eu lieu au mois de Mai, rue de la Ville l'Evêque, est certainement la plus importante qui ait été organisée. Grâce à la bonne volonté des amateurs sollicités dans l'Europe entière, d'inestimables trésors nous ont été révélés. C'était tous des objets archaïques, aussi une remarquable unité avait-elle été obtenue ; la noble tenue de l'ensemble frappait dès l'entrée : aucune fausse note dans cet harmonieux concert.
Dans les deux grandes salles consacrées à l'art chinois, ce qui attirait d'abord l'attention, c'était la poterie, et particulièrement les statuettes en terre cuite. On sait quel en était l'usage. À l'origine, dans les temps très anciens, l'habitude était dans toute l'Asie d'enfermer dans la tombe avec le chef défunt ses serviteurs, ses compagnons et ses femmes préalablement mis à mort ; il ne fallait pas qu'un illustre seigneur manquât à retrouver dans l'au-delà ceux dont le commerce avait fait sur terre le charme de son existence. Cependant, les mœurs s'adoucissant, il devint d'usage en Chine de remplacer les humains par leurs représentations d'argile peinte ; le mort fut donc entouré de petits esclaves modelés, portraits de ceux qui l'avaient servi ; de soldats qui ressemblaient trait pour trait à ceux qu'il avait commandés, et surtout de jeunes femmes où il revoyait ses favorites, ses musiciennes ou ses danseuses. Elles sont d'ordinaire d'une grâce parfaite, vraies sœurs des Tanagra que les tombes grecques nous ont rendues en si grand nombre, et quelques-unes atteignent un grand style : les deux que nous reproduisons et qui appartiennent à M. Eumorfopoulos, (fig. 5) en témoignent, vieilles de quinze cents ans environ et pourtant d'une étrange acuité de modernisme.
Ces figurines — et il y faut joindre les animaux familiers qui accompagnaient le mort, chevaux qu'il montait dans ses randonnées guerrières ou chameaux qui transportaient au loin ses marchandises — ces figurines étaient jusqu'à ces dernières années demeurées inconnues. Les Chinois, qui savent qu'il ne fait pas bon déranger les morts dans leur sommeil et que ceux-ci se vengent durement sur les vivants, les avaient laissées reposer en paix dans les millions de tombes qui entourent les villes et les villages ; mais quand vinrent les Européens sceptiques et notamment les ingénieurs chargés de construire les chemins de fer, sans scrupule les sépultures furent violées, la pioche les éventra et elles rendirent leurs trésors ; l'archéologie n'en crut pas ses yeux, quand pour la première fois tout ce petit monde parut sur le marché de la curiosité, mais elle ne pouvait le suspecter et il fallut bien l'admettre.
Ces heureux coups de pioche devaient nous rendre d'autres merveilles, à savoir la céramique antérieure
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L'AMOUR DE L'ART
FIG. 4. GRAND PLAT A DÉCOR PEINT ET GRAVÉ.
ÉPOQUE YUAN.
COLL. J. DOUCET, PARIS.
à la porcelaine, celle que pendant mille ans les potiers avaient cuite sous les dynasties des Han, des Wei, des Tang et des Soung. Elle aussi avait totalement disparu. Les historiens chinois disaient dès le temps des Ming que la poterie des périodes antérieures était devenue introuvable; or la voilà sous nos yeux.
De la poterie antérieure à notre ère, nous n'avons que des ouvrages sans caractère d'art; quant à la céramique Han, on croyait la mieux connaître et c'est à elle qu'on attribuait naguère, outre ces vases peints à la main (fig. 1 et 2), ces beaux vases imités des bronzes que recouvre un émail vert, mais un savant allemand est venu, qui a reculé jusqu'aux Tang la céramique émaillée. Faut-il se rendre à ses raisons? Peut-être; quoiqu'il en soit, les vases Tang sont d'une noblesse de forme sans égale; l'un d'eux à M. Eumorlopoulos, campanulé et pareil à une fleur, un autre (fig. 3 à M. Saint) dont le corps semble sortir d'une gaine de feuilles de lotus, sont d'incomparables chefs-d'œuvre d'invention. Et quand le décor y apparaît, il en rehausse encore la grandeur; la grande fleur verte sur fond jaune du vase de M. Joseph Homberg en fait une pièce d'une puissance véritablement extraordinaire. La céramique des Soung eet infiniment gracieuse et l'on ne saurait ne pas ss plaire à ces clairs de lune, à ces céladons, à ces "blancs de Chine" gravés, à ces "poils de lièvre", s'il est permis d'user encore de cette terminologie traditionnelle, détrônée aujourd'hui par des termes d'apparence plus scientifique; l'exposition en offrait d'excellents types; nous noterons particulièrement l'assiette aux deux poissons dans les algues de la coll. J. Doucet (fig. 4); la force des pièces Tang leur manque pourtant et ils
nous acheminent peu à peu vers le charme un peu mièvre de la porcelaine, dont les Ming et les dynasties qui les suivirent allaient voir l'éclatante floraison.
Les bronzes de la Chine, eux, sont célèbres depuis longtemps. Dès les temps les plus reculés, le culte des ancêtres avait favorisé l'usage de vases de bronze; leurs formes étaient consacrées et de même leur décor, et tout cela s'est maintenu pendant des siècles. L'on s'accorde à reconnaître que les formes, nobles et fortes d'abord, se sont aveulies dans la suite, toutefois la datation de ces vases est fort malaisée. Les plus anciens ont été attribués aux Chang et aux Tchéou, mais que savons-nous de l'art de ces dynasties d'un ou deux millénaires antérieures à l'ère chrétienne, et quelle comparaison établir entre ces bronzes, les plus beaux qui aient jamais été faits, aux formes à la fois robustes et harmonieuses, aux fontes d'une prodigieuse adresse, et les céramiques informes qu'on sait avoir été celles de ces temps lointains? Il y a là un mystère pour le moment insondable, à moins qu'on ne descende jusqu'aux Han ces nobles pièces. Quelle qu'en soit d'ailleurs la date, un vase comme celui dont deux têtes de bélier forment les anses (fig. 17, à M. Eumorfo-poulos), le grand bassin à rinceaux en relief (fig. 16 même coll.) sont des chefs-d'œuvre. Et que dire de ce masque doré d'une si pénétrante vérité d'expression que les figures les plus individuelles des grands bron-ziers du moyen âge et de la renaissance en occident semblent presque banales quand le souvenir s'en évoque à côté (fig. 18, même coll.? Que dire de ce dragon aussi, fragment assurément d'un grand ensemble archi-
FIG. 5. PORTRAIT DE DIGNITAIRE. PEINTURE. ÉPOQUE TANG.
COLL. D.-K. KELEKIAN, PARIS.
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FIG. 6. DEUX STATUES DE FEMME EN TERRE-CUITE POLYCHROMÉE. ÉPOQUE POST-HAN.
COLL. EUMORFOPOULOS, LONDRES
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FIG. 7. CHEVAL EN BRONZE D'ARGENT. ORIGINE INCERTAINE PROBABLEMENT PRÉ-HAN.
COLL. RUTHERSTON, BRADFORD (ANGLETERRE).
tectural, de la collection Stoclet, d'une puissance d'imagination fantastique encore insoupçonnée? Les Tang et les Soung, du vi^e siècle au xii^e environ, ont eux aussi fondu de beaux bronzes, mais le style de leurs vases est moindre et le souvenir dégénéré s'y sent trop souvent de l'art des grands ancêtres.
A côté de ces nobles morceaux, les vitrines présentaient une nombreuse séries de petits bronzes; ils étaient sans doute parmi les objets les plus curieux de l'exposition et à leur propos les discussions allaient leur train. Certes quelques-uns étaient proprement chinois, tel l'ours doré (fig. 15) de la collection Oppenheim, si vrai et à la fois si étonnamment stylisé; mais à d'autres, on trouvait un air de famille avec
FIG. 8. APPLIQUE EN BRONZE. GUERRIER A CHEVAL. PROVIENT DE LA THESSALIE. ÉPOQUE INDÉTERMINÉE.
COLL. CH. VIGNIER, PARIS.
des objets découverts dans le sud de la Russie, dénommés Scythes et Sarmates par le professeur Rostovtzeff qui les a particulièrement étudiés, avec d'autres qui proviennent du Caucase, d'Asie Mineure, voire de Thessalie, et leur réunion fournissait l'occasion de vérifier les théories présentement en vogue sur les rapports entre la civilisation des bords de l'Euxin et celle de la Chine des Han. Sont-ce les Scythes qui ont influencé à un certain moment les Chinois? M. Vignier a noté dans un récent article d'Aréthbuse que, pour l'admettre, il faudrait se livrer à un assez rude travail de décalage de dates. Ces Scythes ou les Touraniens n'ont-il pas été, au contraire, les "commis-voyageurs" de l'art de la Chine en Asie et dans le sud de l'Eu-
FIG. 9. CHIMÈRE S'ACCOUPLANT A UN TIGRE. BRONZE. ASIE MINEURE. ANTÉRIEUR À L'ÈRE CHRISTIENNE.
COLL. ED. LARCADE, PARIS.
FIG. 9. ÉLÉPHANT EN BRONZE. ÉPOQUE HAN.
COLL. E. MUTIAUX, PARIS.
FIG. 11. RENNE EN BRONZE. ÉPOQUE PRÉ-HAN
COLL. RUTHERSTON, BRADFORD (ANGLETERRE).
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FIG. 12. APPLIQUE EN BRONZE. CERF.
ORIGINE INCERTAINE. PROBABLEMENT PRÉ-HAN.
COLL. CH. VIGNIER, PARIS.
rope? Les Mongols aussi n'auraient-ils pas quelques droits à faire valoir à côté de ceux des Chinois? Ou ne s'agit-il peut-être pas de rencontres fortuites exagérées à plaisir? Il ne semble pas que ces questions, esquissées dans l'Amour de l'Art par M. d'Ardenne de Tizac à propos de la collection Sauphar, puissent encore recevoir une solution; mais que d'émergents objets, d'une inspiration étrangement apparentée, arrêtaient le regard, cetigre et cette chimère accouplés (fig. 9, coll. Larcade) qui proviendraient d'Asie Mineure, et ce brûle-parfums évidemment Han, où un félin dressé sur sa queue enroulée porte un plateau de ses pattes de devant levées (fig. 14, coll. Stoclet)! Mieux qu'ailleurs peut-être dans ces petits objets se révèle à nous le génie de l'Asie.
Nous ne saurions citer toutes les séries, toutes les pièces dignes de l'être, les jades — M. Eumorfopoulos avait prêté un peigne surmonté d'un dragon du plus surprenant caractère (fig. 19) et M. Mutiaux un cou-teau qui a gardé sa monture de bronze, voire les orfèvreries; à côté de M. David Weill et de Mrs. Bliss dont la biche d'argent et le tigre d'or sont bien connus, M. Eumorfopoulos présentait, de même que M. Vignier, un trésor d'argenterie, boîtes et coupes ciselées, du plus délicieux travail et qui témoi-
FIG. 13. FLAMAND EN ÉTAIN.
ÉPOQUE WEIS?
COLL. CH. GILLET, LYON.
FIG. 14. BRULE-PARFUMS EN BRONZE. FÉLIN PORTANT UN PLATEAU. ÉPOQUE HAN.
COLL. A. STOCLET, BRUXELLES.
FIG. 15. OURS EN BRONZE DORÉ. CHINE.
ÉPOQUE TSIN.
COLL. H.-J. OPPENHEIM, LONDRES
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FIG. 16. BASSIN DE BRONZE A QUATRE ANSES.
ÉPOQUE TCHÉOU.
COLL. EUMORFOPOULOS, LONDRES.
gnaient de cette civilisation prodigieusement raffinée dont seuls jusqu'ici les historiens avaient dessiné le tableau.... Il nous faut, après les arts dits mineurs, en venir à la sculpture et à la peinture.
Pour comprendre la sculpture religieuse en pierre et en bois des Chinois, il faut remonter bien loin le cours des siècles et pousser jusque dans l'Asie antérieure, au confins de l'hellénisme. On sait qu'à la suite des conquêtes d'Alexandre, ses lieutenants avaient établi sur les ruines de son empire, de la Méditerranée jusqu'à l'Inde, des royaumes dont plusieurs se maintinrent longtemps; la civilisation de ces cours était encore hellénique; c'étaient des artistes grecs, de préférence à tous autres, qui en décoraient les monuments, si bien que quand, au nord-ouest de l'Inde, la religion du Bouddha eût pris corps, ces sculpteurs grecs furent appelés à lui faire ses premières images. M. Foucher, le maître des études gréco-boudhiques, l'a démontré, c'est d'un Apollon ou d'un Dionysos helléniques que naquit le type du Bouddha. Et ce type ne demeura pas confiné dans son pays d'origine, au Gandhara; le bouddhisme, en se répandant par toute l'Asie, l'y porta avec soi, de telle sorte qu'au fond de la sculpture religieuse de la Chine et du Japon, git toujours quelque trace plus ou moins perceptible d'hellénisme.
Ces constatations ne datent que d'une trentaine d'années et de même nos premières notions sur la sculpture chinoise monumentale. Ce sont les missions d'Edouard Chavannes qui l'ont révélée; reléguée dans des provinces lointaines et dans des régions malaisément accessibles, elle fut mise en lumière par ses albums et nous apprimes alors à connaître ces sanctuaires rupestres où, dans des grottes, d'innombrables statues depuis mille ans parfois attendaient les pèlerins. Ces derniers temps, la mission Gilbert de Voisins, Ségalen et Lartigue, puis le voyage de M. Oswald Siren, augmentèrent singulièrement le trésor de cette statuaire. Seulement, tandis que les archéologues la découvraient, les amateurs du monde entier se prenaient à s'y intéresser; or, l'intérêt des amateurs consiste surtout dans le désir de possession. Celui-ci ne manqua pas de se satisfaire; des malandrins accoururent aux bons endroits, ils enlevèrent ce qu'ils purent et, à celles des statues dont le poids interdisait le transport, ils coupèrent simplement la tête. C'est cet affreux vandalisme qui nous vaut la série des têtes de pierre qu'on voyait à l'exposition. Les unes d'un impitoyable réalisme, les autres marquant une merveilleuse profondeur de vie intérieure, elles donnaient quelque idée du grand art monumental de la Chine, et mieux encore assurément la belle statue en marbre peint et la stèle en pierre noire, toutes deux Tang, que montrait M. J. Doucet (fig. 21 et 22). Certes nous sommes assez loin avec elles de la tradition hellénique et le grand public ne pouvait l'y soupçonner, mais il admirait et se laissait toucher, ce qui est l'essentiel.
La peinture est avec le bronze un de ses arts dont la Chine est le plus fière; certains amateurs chinois la collectionnent avec passion, les Japonais se sont mis à leur suite, et comme ils estiment les chefs-d'œuvre de leurs grands maîtres à l'égal de ce que nous faisons ceux de notre Renaissance, ils les payent des prix qui les rendent malaisément accessibles aux bourses européennes, voire à celles d'Amérique. Ce n'est pas à dire d'ailleurs que des peintures excellentes ne nous soient pas parvenues; sans doute nous est-il d'ordinaire difficile d'affirmer que telle œuvre est sûrement du maître dont elles portent la marque; durant des siècles, les Chinois ont reproduit les ouvrages de leurs grands peintres et ces imitations sont si parfaites souvent que les experts chinois eux-mêmes ont peine à s'accorder; le plus prudent est donc de regarder les
FIG. 17. GRAND VASE DE BRONZE. ÉPOQUE TCHÉOU.
COLL. EUMORFOPOULOS, LONDRES.
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œuvres sans leur chercher des attributions ni des dates trop précises.
De la peinture religieuse archaïque l'Europe n'a eu notion qu'en suite des grandes missions envoyées dans les premières années du xx° siècle aux villes détruites de la frontière du Turkestan chinois. C'était sous les Tang la route impériale vers l'Asie antérieure ; les caravanes et les armées la parcouraient sans cesse et des centres très importants s'y étaient constitués. Mais peu à peu des guerres atroces les ruinèrent, le vent du désert en recouvrir de sable les débris et il fallut sir Aurel Stein, Pelliot, Grunwedel et von Lecoq pour les retrouver. Grâce à ces fouilleurs, les principaux musées d'Europe possèdent aujourd'hui des témoins intacts, ensevelis pendant des siècles, de l'art de ces régions, fresques ou peintures sur papier et sur soie (fig. 5 et 27) et celui surtout qu'expose M. H. Rivière, d'une acuité qui fait penser à Holbein, paysages enfin : à côté de grands panoramas rocheux, de la plus surprenante composition, à côté de mélancoliques marines (à M. Eumorofopoulos), de petites études au trait (fig. 25, à M. Stoclet) semblent faites d'hier, tant les recherches de simplicité de ces vieux maîtres s'apparentent à celles de nos jeunes contemporains. La poésie chinoise nous montre les plus grands personnages de l'empire prenant le pinceau en manière de repos ; elle ne nous trompe pas ; cet art des hautes époques est le plus aristocratique que le monde ait connu, et pour peu qu'on l'ait pénétré, on s'étonne des pauvretés prétentieuses et compliquées de la décadence dont l'Europe faisait jadis tant d'honneur à la Chine.
A côté des salles chinoises s'ouvraient deux petites
FIG. 19. HACHE DE CÉRÉMONIE EN JADE. CHINE.
ÉPOQUE TCHÉOU.
COLL. FUMOROPOULOS, LONDRES.
recueillies à leur place ; mais de tels morceaux sont rarissimes dans les collections privées : l'Exposition en montrait pourtant quelques-uns (coll. Loo; fig. 23, coll. Pelliot, et coll. Kélékian) qui, en dehors de leur valeur d'art, sont de sûrs jalons pour l'histoire de la peinture bouddhique en Chine. A peu près contemporaines semblent être plusieurs peintures de genre et l'on admirera, au rouleau de la coll. Berenson (fig. 24) ces charmantes scènes de la vie des femmes, où le trait délicat sait, sans l'aide de la couleur, obtenir les plus rares effets ; cette Orgie aussi, à M. Stoclet d'une étonnante vérité de geste et sipittoresque. Ces beaux morceaux sont donnés comme Tang et les peintures Soung et Yuan ne leur sont pas inférieures : études d'animaux, tels les chevaux de M. Doucet (fig. 29) et de M. Eumorofopoulos, panneaux décoratifs comme les Cygnus de M. Curtis, études de fleurs et de fruits, comme la branche de pécher de M. Kélékian, portraits comme ceux de M. Kélékian
FIG. 18. GRAND MASQUE EN BRONZE DORÉ.
ÉPOQUE PRÉ-HAN.
COLL. FUMOROPOULOS, LONDRES.
pièces consacrées au Japon. Certains puristes, nous le savons, en furent quelque peu scandalisés ; après lui avoir, il y a vingt ans, donné toutes les grâces, on les lui retire toutes aujourd'hui et nous avons entendu parler de "l'infaîme Japon", comme on a dit "le stupide xix° siècle". Vaines sautes de mode que cela. L'art japonais s'inspire en vérité de l'art chinois et il n'en a pas la force ; mais si le xvii° siècle japonais est mièvre en effet, en d'autres temps le Japon n'a manqué ni de grandeur, ni de noblesse. Un simple fragment, buste en bois laqué d'un de ces gardiens fantastiques qu'on sculptait à la porte des temples (fig. 34, coll. Curtis), attribué au vii° siècle, rappelait ces admirables figures d'un si saisissant réalisme sorties un moment des temples du Japon et entrevues en 1900 au Trocadéro, tandis qu'une exquise petite Kwannon assise (coll. Mutiaux) concentrait dans sa pose alanguie et dans son aimable visage un charme mystérieux.
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Mêmes inspirations dans la peinture; le Bodhisatwa de M. J. Doucet, la Kwannon de M. Albert Henraux, d'une si profonde ferveur, s'opposaient aux portraits si vrais de la collection Stoclet (fig. 35), à l'élegant cavalier de l'école de Tosa (fig. 32, coll. Vever), à ces pittoresques paravents où sur un fond d'or ou d'argent, s'ébattent des animaux parmi les fleurs (même collection), à celui surtout où, au début du xix^e siècle, Hokousai peignait cette assemblée de jeunes femmes, grandeur nature, s'amusant au jeu du Renard. C'est là du pur Japon ; que de noblesse pourtant, et exempte de toute afféterie!
Et nous en dirons autant des grès, des laques et des gardes de sabre. Que les grès japonais aient moins de style que les poteries chinoises, nous l'admettons, mais quelles formes ingénieusement adaptées dans tous ces objets nécessaires à la Cérémonie du Thé et quelle finesse dans les émaux gris ou beige (coll. Mutiaux, Guérin, fig. 31, et Vever) ! Toute notre école de céramique contemporaine dont nous sommes si justement fiers sort de là. Pour les gardes de sabre, il est permis de ne pas se plaire aux fadeurs trop habiles des
FIG. 20. BRIQUE EN TERRE CUITE. TIGRE. ÉPOQUE HAN.
COLL. M. LOO ET CO., PARIS.
FIG. 21. STATUE DE BOUDDHA EN MARBRE BLANC, AVEC TRACES DE POLYCHROMIE.
COLL. J. DOUCET, PARIS.
FIG. 23. BODHISATIVA. PEINTURE PROVENANT DES GROITES DE TOUEN-HOUANG ENVIRON 900 A.D.
COLL. J. DOUCET, PARIS.
FIG. 22. STÈLE AJOURÉE. PIERRE NOIRE. XII^e SIÈCLE.
COLL. P. PELLIOT, PARIS.
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FIG. 25. VIEUX SAGE MÉDITANT DANS UNE FORÊT. DESSIN SUR PAPIER. ÉPOQUE SONG.
COLL. A. STOCLAT, BRUNELLES
FIG. 24. DAMES DANS L'INTÉRIEUR D'UN PALAIS. ROULEAU PEINT. CHINE. ÉPOQUE TANG.
COLL. B. BERENSON, FLORENCE.
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FIG. 26. TROIS DAMES SE PROMENANT AU CLAIR DE LUNE.
PEINTURE. DÉBUT DES SONG.
COLL. H. VEVER, PARIS.
FIG. 27. PORTRAIT DE POÈTE. PEINTURE.
ÉPOQUE SONG.
COLL. D.-K. KELEKIAN, PARIS.
ciseleurs des XVIIIe et XIXe siècles; mais celles-là avaient été écartées et une vitrine était constituée de pièces, du XVe au XVIIe siècle, toutes de la plus noble et de la plus harmonieuse simplicité. De même, nous savons l'ennui qui se dégage à la longue des laques aimables de Marie - Antoinette, mais ce ne sont pas ceux que goûtent les japonisants; ils connaissent les pièces qu'ont travaillées pour les grands seigneurs les beaux ouvriers du XIIIe au XVIIe siècle; ce sont elles que l'on voyait à l'exposition, écritoi- res ou boîtes à parfums, boîtes à médecine (inros), un peu plus tard, et nous chercherions en vain ouvrage d'une somptuosité de meilleur aloi que la boîte avec un Daïmio doré sur fond rouge (fig. 50, coll. Doucet) et celle où des pins se dessinent en or sur le noir du couvercle (coll. Vever). Ne soyons pas injustes; rendons au Japon ce qui lui est dû, et n'oublions pas les joies qu'en des heures inoubliables nous a procurées jadis sa découverte.
Bien différente de la discrétion raffinée des Chinois et des Japonais, la somptuosité persane sonnait comme une fanfare et rien ne pouvait s'imaginer de plus éclatant que la salle où les céramiques musulmanes
FIG. 28. DAÏM TACHETÉ PARMi DES BAMBOUS. PEINTURE.
DÉBUT DES SONG.
COLL. CH. VIGNIER, PARIS.
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avaient été réunies aux feuilles de manuscrits enluminés. Ici encore, on n'avait choisi que des pièces archaïques; les exquis manuscrits persans des xve et xvie siècles avaient été délibérément écartés, de même les cuivres de Mos-soul gravés d'argent et d'or — seuls quelques types très anciens avaient été admis (fig. 35 coll. Alph. Kann) et naturellement ces faïences anatoliennes splendides, connues sous les noms glorieux (quoique erronés) de plats de Damas ou de Rhodes. Mais ce qui était exposé, généralement antérieur aux invasions mongoles du début du xini siècle, ne faisait pas regretter les aimables chefs-d'œuvre laissés de côté.
Nous n'insisterons pas sur les manuscrits exposés par M. Vignier, sans illustrations pour la plupart, mais dont les écritures suffisaient à forcer l'admiration; si l'occidental est généralement peu sensible à la calligraphie, on sait quel prix y attachent les amateurs musulmans et cette série l'explique aisément. Mais aux murs avaient été encadrées des pages enluminéesde manuscrits, aujourd'hui dispersés, hélas, des xii°, xiii° et xive siècles, un Shahna-meh, deux Traités de médecine traduits de Dioscoride (fig. 37, coll. Doucet) qui rivalisaient avec les ouvrages les plus précieux des grandes bibliothèques. Sans doute ce qu'on est habitué à considérer comme