Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ GRANDES CONSTRUCTIONS BÉTON ARMÉ ACIER ET VERRE

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GRANDES CONSTRUCTIONS --- BÉTON ARMÉ ACIER VERRE

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"DOCUMENTS D'ARCHITECTURE" COLLECTION ÉTABLIE PAR LES SOINS DES ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ, À PARIS 30-32, RUE DE FLEURUS ANCIENNE MAISON MOREL FONDÉE EN 1780 --- TOUS DROITS DE TRADUCTION, DE REPRODUCTION ET D'ADAPTATION RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS

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GRANDES CONSTRUCTIONS BÉTON ARMÉ - ACIER - VERRE Présentées par Jean Badovici, Architecte --- 19565 ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

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A Monsieur ALBERT MORANCÉ je dédie cet ouvrage en témoignage de mon admiration pour l'aide qu'il a si généreusement apportée à l'effort moderne. J. B.

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LE BÉTON ARMÉ L'emploi du ciment armé s'est généralisé ; son prix de revient peu élevé, si on le compare à celui des autres matériaux, sa souplesse qui permet les réalisations les plus simples aussi bien que les plus audacieuses, son extrême résistance quand il est convenablement traité, expliquent assez la préférence dont il est l'objet. Peut-être faut-il dire aussi que les architectes ont compris que le ciment armé leur apportait les moyens, les possibilités de rénover l'esthétique architecturale par la nécessité qui s'impose toujours de transformer la forme selon le sens de la nouvelle matière employée et de faire « rendre » à celle-ci tout ce qu'elle peut donner. Le ciment armé pose d'une façon toute nouvelle le problème architectural ; il impose à l'architecte un effort d'adaptation, de recherche ; il l'arrache à l'emprise des habitudes anciennes et des routines ; il l'oblige à retrouver ce sens de la création originale et personnelle que des siècles de tradition avaient dans trop de cas émoussé ou détruit. On peut considérer la période qui vient de s'écouler comme une période d'études et d'essais techniques : le ciment armé a été surtout utilisé par des spécialistes qui ne considéraient guère que le côté technique de la construction, Mais aujourd'hui, l'outil étant forgé et éprouvé, il faut créer le style nouveau qu'il appelle et conditionne. ---

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Comme toute autre création durable, l'art moderne doit être l'aboutissement de ce qui fut; il ne peut pas davantage dédaigner de prendre en considération les enseignements du passé que les exigences du présent et de l'avenir. Les efforts de l'art architectural dans le passé peuvent se grouper en trois moments caractéristiques : L'art classique où l'universel et le particulier s'unissent dans une expression de caractère naturel spontané ; L'art renaissant où le particulier, l'accidentel et l'arbitraire prédominent dans la forme volontairement accentuée et recherchée pour elle-même; Enfin, l'art moderne cherche à réaliser l'harmonie de l'universel et du particulier dans une forme aussi abstraite que possible qui ne reproduit pas les formes naturelles, mais cherche à en exprimer l'esprit et le sens. Ainsi, toute œuvre qui veut harmoniser l'universel et le particulier à travers une forme empruntée à la nature est une œuvre classique ; au contraire, toute œuvre qui cherche à réaliser cette harmonie et cet équilibre à travers une forme esthétique abstraite et dépouillée est moderne. Le développement de la culture a abouti à une conception analytique de la vie, à une recherche de l'ordre abstrait qu'ignoraient nécessairement les créateurs de l'art classique. L'art, comme la religion, tend à créer un équilibre et une harmonie entre la vie intérieure et la vie extérieure, mais ce que la religion réalise par la voie de la contemplation intérieure, l'art le réalise par la voie de la contemplation extérieure, par la création de formes plastiques. Mais l'art n'atteint son but que s'il s'appuie sur une connaissance exacte de certains rapports essentiels entre la forme, par exemple, et la couleur, entre les différentes formes, entre les différentes couleurs : le sens esthétique et le sens des rapports équilibrés. On appellera style collectif, celui qui exprime les tendances et les besoins esthétiques de tout un peuple; il peut être plastiquement expressif tout en étant universel dans son expression. — 6 —

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Le béton, plus que les autres matériaux, se prête à cette expression abstraite et dépouillée de valeur universelle, à ces constructions qui ne sont qu'une distribution et une organisation rationnelle de l'espace; plus que tous les autres il se prête au passage d'une plastique individuelle et particulière à une plastique générale et universelle. Dans cette plastique, la nature n'est pas plus méconnue que dans la peinture absolue où c'est elle qui détermine les rapports et la couleur, mais la dualité du subjectif et de l'objectif y disparaît dans une unité qui les dépasse et les enferme et qui prend, par là-même, une valeur universelle et permanente. Le style collectif n'est possible que par cette absorption de l'accidentel et de l'individuel dans l'abstrait et l'universel, qui est le caractère fondamental de l'effort moderne. Le ciment armé, grâce à sa souplesse et à sa résistance, est la matière idéale pour l'expression architecturale de cette tendance nouvelle de l'esprit. L'initiateur de l'emploi du ciment armé est Joseph Monier, modeste jardinier qui, en 1868, eut l'idée de construire des récipients de jardinage en enrobant dans un mortier de ciment un treillis, formant une carcasse métallique qui lui permettait de réduire à des proportions infimes les parois. Dès 1855 Lambot employa déjà le même procédé pour construire un bateau qui figura à l'exposition universelle. Coignet reprend le même procédé en 1861 pour construire des planchers, des voûtes, des digues; et Monier l'industrialise alors et l'introduit dans la construction. C'est en Allemagne et en Autriche, vers 1880, que la nouvelle méthode prit de l'importance et passa au premier plan grâce à l'impulsion que lui donna la maison A. Weyss et Co, concessionnaire à Berlin des brevets Monier. Cette maison devint par la suite L'Actien Gesellschaft für Beton und Monnierbau. Pendant ce temps les Anglais et les Américains, cherchant à soustraire leurs constructions aux risques d'incendie, tentèrent de nouvelles applications et perfectionnèrent le procédé; ils enrobèrent les poutrelles métalliques habituelles des charpentes et des travures dans une enveloppe qui était à l'abri de l'action destructrice du feu (fire-proof). Tels furent ---

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les premiers essais de l'Américain Ward vers 1875. Depuis lors, les Amé- ricains ont créé de nombreux procédés qui se rapprochent plus ou moins des procédés européens; mais dans l'ensemble ils ont continué à consi- dérer le béton plutôt comme une enveloppe protectrice que comme un élément de résistance. Ce sont presque toujours chez eux les combinaisons de fers à T ou les profils de types usuels qui constituent la résistance essentielle de leurs constructions. Les constructeurs français se signalèrent à l'Exposition de Paris 1889 avec les tuyaux en sidéro-ciment de Bordenave et les planchers, nervés au moyen d'épines contreforts de Cottancin. C'est en 1892 qu'Hennebique, dont les premiers essais datent de 1879, prenait les brevets du procédé qu'on peut dire définitif. De la même époque date la publication par Coignet des procédés de construction des poutres et dalles. En 1896 apparaissent les pieux et les palplanches, qui ouvrent pour le ciment un nouveau champ d'application. L'emploi du ciment cesse alors d'être limité aux aires planes et se généralise. Les essais de Baudot laissent voir une certaine recherche d'art et d'audace. Avec la Basilique Saint-Jean de Montmartre, il élargit le champ plastique du ciment armé qui, plus tard, entre les mains de l'ingénieur Freyssinet, se perfectionne et prend une grande signification. Les frères Perret apportent d'importantes combinaisons et l'on peut dire que l'architecture qu'ils ont essayé d'exprimer, est un acheminement décisif vers ce que sera l'architecture de demain. Les matériaux eux-mêmes et la mise en œuvre sont recherchés et constamment dépassés. Des principes rigoureux sont à la base des efforts de tous ces constructeurs audacieux, et le seul système qui vaille aujourd'hui consiste à travailler selon les méthodes générales de la recherche scientifique. Et l'emploi des moyens mécaniques perfectionnés provoquera les seules solutions et combinaisons vraiment modernes, rationnelles et économiques. On peut dire que le béton armé renferme toutes les possibilités architecturales de notre temps, qu'il suffit à en exprimer toute la réalité. — 8 —

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Tout grand art est une transposition du réel dans le plan d'une pensée généralisatrice. Et le béton armé est un matériau de choix parce qu'il se prête avec une admirable souplesse aux expressions les plus subtiles comme aux plus vigoureuses; il se prête à la construction simple et pratique et se soumet aux inventions de l'imagination poétique; par lui l'image est traduite directement, sans lourdeur; on y retrouve la spontanéité et la fraîcheur de la première impression. A la foi moyen unique d'expression individuelle et matière plastique de valeur universelle, il est rapide et intense comme il convient à notre époque. C'est sans doute à lui qu'il faut attribuer ce réveil auquel nous assistons d'une pensée architecturale précise et d'une volonté constructive nouvelle, ce retour à l'émotion pure. JEAN BADOVICI. ERICH MENDELSOHN, ARCH