Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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$\mathcal{C} \cdot \mathcal{D}$ LES ÉDITIONS G. CRÈS & C $^{\text{ie}}$ PAR LÉON DESHAIRS

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DESPIAU --- arecron 1106

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C. Deshairs A mon vial au Bontey C. Deshairs --- LES ÉDITIONS G. CRÈS & Cie PAR LÉON DESHAIRS

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DESPIAU Un homme de cinquante-cinq ans, de taille moyenne, bien proportionné, le torse droit, la démarche souple, malgré un léger embonpoint. Tourner autour de ses modèles, de ses figures ou de ses bustes, tantôt pliant le jarret, tantôt se haussant sur la pointe des pieds, pour observer et lier l’un à l’autre les mille profils d’un volume vivant, c’est aujourd’hui, et depuis longtemps, à peu près son seul exercice. Mais il a beaucoup marché, chassé, nagé, dans sa jeunesse, au pays des Landes, au pays des «pignadars» dont il n’évoque jamais sans nostalgie la grave beauté. Et il est resté grand chasseur.

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Quand il vous tend la main pour la première fois, vous êtes surpris de serrer une main fine, presque féminine, au bout d'un bras bien musclé. Finesse et vigueur, c'est Despiau. Mêmes contrastes dans son visage: nez busqué à méplats fermes, bouche finement ourlée, menton bref perdu dans une barbe courte et clairsemée et des yeux qu'on n'oublie pas: des yeux bruns, bien abrités sous le front, tour à tour malicieux et rieurs ou sévères jusqu'à la dureté. Ils restent jeunes quand les cheveux, drus et ras,

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couchés au petit bonheur par la brosse, commencent à ne l'être plus. L'énergie que d'autres révèlent par les mâchoires ou le menton, elle se lit, chez lui, dans le regard, d'une acuité singulière. Georges Delaquys le peignait ainsi, en 1910: «Ce landais d'aspect fruste est un délicat; ce garçon de trente-quatre ans, barbu comme un faune dont il a le regard profond et malicieux, est un doux, un timide, un simple». Les années passent et voici, en 1922, ce qu'écrivit Claude Roger-Marx: «On ne dira jamais assez la candeur et la mo-

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destie de ce grand artiste auquel la gloire importe peu, qui vit ignoré du public, envoie de temps à autre un buste à la Nationale ou dans une galerie et supporte si allègrement une pauvreté qui est la honte de notre époque». Un peu plus tard, en 1928, dans une conférence devant un public mondain, Claude Roger-Marx cite cette boutade du sculpteur: «mon rêve serait d'être garde-chasse», et il le présente comme «un doux sauvage». Douceur, timidité, modestie, sauvagerie, candeur: oui, il y a de tout cela chez Despiau, mais avec des nuances. Ne soyons pas aussi simpliste que ce sergent-fourrier dont il était l'adjoint, en 1914 et qui lui disait: «Vous n'êtes pas ambitieux». Despiau se tient à l'écart des luttes vulgaires; il ne joue pas des coudes. Il sait de plus, que la violence n'est pas la force. Mais ce doux est, en vérité, un ardent qui se domine ou mieux qui, pour éviter d'avoir même à se dominer, cultive pacifiquement mais passionnément son jardin. Ni son regard, ni sa voix, aux sonorités méridionales,

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