Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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CAHIERS D'ART
REVUE DE L'AVANT-GARDE ARTISTIQUE DANS TOUS LES PAYS, PUBLIÉE PAR CHRISTIAN ZERVOS
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1926
- Henri Rousseau
- Marcel Jouhandean
- Henri Matisse
- Musique
- Marc Chagall
- Othon Friesz
- Meyerhold
- Walter Groplus
5 francs
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ÉDITIONS « CAHIERS D’ART », 157, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 157 — PARIS VIe ARRt
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CAHIERS D'ART
UN AN . . .(10 NUMÉROS)
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France et Colonies ...
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CHRISTIAN ZERVOS
PICASSO
ŒUVRES 1920-1926
A PARAITRE EN DÉCEMBRE 1926
20 PAGES DE TEXTE ILLUSTRÉ DE DESSINS PLEINE PAGE, 40 HÉLIOTYPIES, 2 PLANCHES EN COULEURS
TIRAGE A 700 EXEMPLAIRES
DE 1 A 5 SUR JAPON IMPÉRIAL AVEC UNE EAU-FORTE ORIGINALE DE PICASSO . 700 FR.
DE 6 A 55 SUR HOLLANDE VAN GELDER AVEC UNE EAU-FORTE DE PICASSO . . . 500 FR.
DE 56 A 70 SUR VÉLIN ...
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GALERIE GRANOFF
tableaux modernes
166, B° HAUSSMANN, 166
PARIS-VIII° CARNOT 35-40
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Coll. Paul Guillaume.
HENRI ROUSSEAU
ET LE SENTIMENT POÉTIQUE
Beaucoup prennent le thyrse, mais peu sont inspirés par le Dieu.
(Hymne Orphique).
De nos jours nous sommes partagés sur le problème de la personnalité auquel nous avons donné une ampleur et une importance considérables.
D'aucuns, sous l'emprise des théories freudiennes, d'Einstein, de Proust et de Pirandello, affirment l'état de dissolution constante de la personnalité, faite d'une infinitude de variantes, de démembrements et de dislocations intérieures. Le moi s'y trouve réduit à une simple fiction, à des effets d'optique. D'autres, en opposition au déterminisme tainien renouvelé par Barrès, et les auteurs que nous venons de citer, soutiennent la permanence du moi. Une nouvelle école philosophique s'est créée en Allemagne, qui se refuse de considérer la personnalité comme un afflux incessant de sensations sans aucune base permanente.
Il est certain que l'on ne peut plus revenir à la tradition du « caractère » reçue de l'humanisme. Mais on ne peut non plus se résigner à la dissociation totale de la personnalité. Les variations incessantes de l'individu sont liées entre elles par le sentiment poétique, véritable substratum du moi. Lui seul peut également créer l'œuvre d'art. Et c'est ainsi que je m'explique pourquoi Benedetto Croce nie les œuvres et ne voit dans les plus belles d'entre elles que des fragments d'art pur, reliés entre eux par un remplissage plus ou moins adroit.
La désintégration actuelle du moi résulte, à n'en pas douter, de l'absence du sentiment poétique, le seul durable dans la mobilité de l'être, et le seul propre à laisser voir la continuité du moi.
Tourmentés en notre esprit par le manque d'élan, nous nous rabattons sur l'analyse et nous prenons les éléments par l'extérieur, indépendamment de la conscience.
Autrefois on inventait. Aujourd'hui nous copions, nous copions toujours, très mal, sans cœur, avec intelligence... Avec beaucoup d'intelligence, avec trop d'intelligence.
Nous avons du goût, c'est incontestable. Mais nous en avons plus qu'il ne faut pour créer. Nous sommes tous des amateurs. Une société d'amateurs. Notre goût tue ce que nous aimons. Nous aimons la vie en critiques. Proust est le parfait critique et Paul Valéry et la plupart de nos artistes. De cœur, de joie, de spontanéité, d'élan affectueux, point.
Nos codes sont parfaits. On n'en a jamais rédigé de meilleurs. On en trouve les articles dans la plupart des livres, dans les tableaux et dans toutes les gazettes. On apprend le code avant de savoir vivre, sentir.
Une civilisation vraie se mesure au libre mouvement de son âme. Les règles de vérification viennent par la suite. Il n'y a pas de grammaire pour connaître les rapports harmoniques. Les rapports sont entrevus par le sentiment poétique, ils sont l'expression des mouvements intérieurs jaillis de l'instinct.
Nous nous plaisons aux harmonies de surface. Et ce sont les harmonies de profondeur qui constituent la création. Soutenir des tâtonnements, confirmer toujours des conjectures, ressasser ce qui à l'origine, était spontanément déterminé sous l'action de stimulations intérieures, classer ce qu'il y a de plus indistinct dans l'homme, disjoindre ce qui est une infinie multitude d'éléments, mais juxtaposés,
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Ancienne Coll. Etienne Bignon.
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Appartient à Picasso.
contigus, communs, coexistants, collectifs, centralisés, coordonnés, agrégés, comme disent les psychologues, voilà à quoi sont réduits les meilleurs d'entre nous.
La belle affaire que de mesurer l'invention ! Il n'est de poètes — des vrais — que ceux qui découvrent les rapports par les approximations enthousiastes du lyrisme, qui emplissent leur œuvre de substance humaine, qui n'enseignent pas la poésie mais en sont les meilleurs témoins.
La science nous a donné des raisons tyranniques et inutiles.
C'est un immense mal moral que cette science qui n'a su tenir ses promesses. C'est une fièvre qui nous consume. C'est une voie qui n'a pas de repos, de sources, d'arbres frais, de chants, d'air.
La raison c'est la vieille sorcière qui connaît déjà la vie de Macbeth et la file entière de ses événements. Il n'y a plus d'imprévu possible. Il n'y a plus d'espoir. Et l'homme qui ne s'abandonne pas à l'espoir, dit Héraclite, ne rencontrera jamais l'inespéré qui est impénétrable et inaccessible.
C'est pourquoi nous aimons Rousseau.
Il a laissé son cœur battre plus vite qu'il n'est nécessaire pour vivre.
Il a vu ce qui est dans l'invisible, autant que le permet notre condition.
Sa joie dit aux formes d'exister, et les formes se sont avancées, beaux enfants que l'Invention fit naître de ses mains avec sollicitude.
La limpidité de son cœur a mis dans les êtres et les choses des âmes justes remplissant autour de nous toutes fonctions belles et bonnes.
Ses figures sont calmes comme les dieux qui ont la direction de l'éternité. Elles sont exemptes de peine, à l'abri de l'inquiétude et de tout souci et de toute attente trompée.
Une âme attachée encore à l'âme du monde, une âme belle à voir, non encore souillée par les passions et qui ne souffre pas de sa destinée.
Une telle âme assemble en elle toutes les sensations des choses créées. Elle est à la fois l'âme de l'oiseau, de l'eau, de la forêt, elle est le promeneur dans le verger, elle est le singe sur les cocotiers, elle est le présent et le passé, elle est la fable.
Elle s'augmente par là même, d'une grandeur immense, elle dépasse tous les temps, elle devient éternité !
La douceur du succès n'est jamais l'appât de l'œuvre de Rousseau. Il n'est pas le valet qui obéit pour le salaire. Sa récompense est dans l'obéissance même de son sentiment poétique. Il est entre les saisons de la vie, le printemps qui crée toutes choses. Son œuvre est une échappée vers de longues rêveries...
CHRISTIAN ZERVOS.
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C.d. Paul Guillaume.
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Appartient à Picasso.
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Coll. Paul Guillaume.
J. Rousseaux
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Coll. Paul Guillaume.