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BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE
Aspect d'ensemble de l'Esplanade des Invalides.
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L'EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS & INDUSTRIELS MODERNES DE 1925
Les projets élaborés depuis tant d'années pour une Exposition des Arts décoratifs modernes, qui doit réunir, à Paris, les produits de nos artistes et de nos industriels d'art, avec ceux de l'étranger, se précisent de plus en plus. La date de 1925 semble maintenant certaine pour cette manifestation. Les concours financiers, sollicités par la Chambre de Commerce de Paris, des associations et des particuliers intéressés, sont assurés, de même que la participation financière de la Ville de Paris, le tout devant fournir les quelque soixantequinze millions nécessaires. Un vote définitif est attendu du Parlement qui, sur la proposition de M. François Carnot, avait décidé, dès 1912, le principe de l'Exposition... pour 1916.
Voici en quels termes un nouvel appel, lancé sur l'initiative de M. Fernand David, sénateur, Commissaire général, et de M. Paul Léon, Directeur des Beaux-Arts, Commissaire général adjoint, définit le programme et le cadre de l'Exposition, dont les avant-projets, exécutés sous la direction de MM. Louis Bonnier et Plumet, sont exposés depuis plusieurs mois au Pavillon de Marsan, et dont les croquis ci-joints donnent quelque idée.
« L'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes est ouverte à toutes les industries dont la production présente un caractère et des tendances nettement modernes.
« C'est dire que toute copie ou contrefaçon de style ancien en sera bannie; c'est dire aussi que toutes les industries y figureront, les objets usuels les plus simples étant susceptibles de présenter autant de beauté que les œuvres les plus précieuses.
« Tous les industriels, tous les artistes, tous les artisans, quelle que soit la matière qu'ils travaillent, bois, pierre, métal, céramique, verre, papier, tissus, etc..., quelle que soit la forme sous laquelle ils l'emploient, quelle que soit la destination à laquelle ils l'appliquent, peuvent et doivent se montrer modernes, ainsi que furent, en leur temps, leurs illustres devanciers des siècles passés, en donnant à chaque objet une forme logique, harmonieuse, exactement adaptée aux conditions de la vie actuelle, et traduite par une exécution parfaite.
« Nous serons ainsi certains de maintenir la supériorité artistique qui ne nous a jamais été contestée.
« Dans ces conditions, l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes ne saurait manquer d'avoir la plus heureuse influence
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sur le développement de nos exportations et sur l'essor économique de notre pays.
Le goût n'a-t-il pas toujours été pour la
France «le plus adroit de tous les commerces»?
L'heureux choix de l'emplacement autorise toutes les espérances: au cœur de Paris, sur les deux rives de la Seine, entre les Champs-Elysées et l'Hôtel des Invalides, l'Exposition occupera une superficie de vingt-trois hectares, assez grande pour permettre une manifestation importante, assez restreinte pour imposer une sélection rigoureuse.
Le fleuve et les avenues qui le bordent conserveront au tout un aspect clair et aéré, malgré l'étendue des galeries et le nombre des pavillons.
Sur la rive droite, l'ensemble part de la Seine, à l'entrée du Cours-la-Reine, suit le côté nord de l'avenue Dutuit, contourne, sans l'englober, le Petit Palais, et franchit l'avenue Nicolas II, pour rejoindre le Grand Palais, qui fait partie de l'Exposition, ainsi que le jardin en bordure de la rue Jean-Goujon. Elle longe ensuite l'avenue Victor-Emmanuel III jusqu'au pont des Invalides. Les bas quais des deux rives, aux abords du Pont Alexandre III, sont annexés par l'Exposition. Sur la rive gauche, l'esplanade des Invalides, avec les quinconces, est comprise toute entière dans l'enceinte, ainsi que le quai d'Orsay, entre la rue Fabert et la rue de Constantine.
La porte d'honneur s'ouvrira sur l'avenue Nicolas II, offrant la perspective du pont, de l'esplanade et du Dôme des Invalides.
NOUVELLES
A la suite des événements que nous avons relatés, et de la reconstitution du Comité de la Société Nationale, un groupe d'artistes dissidents s'est formé, à la tête duquel figurent MM. Albert Besnard et Aman-Jean. Ce groupe espère, après l'exposition qu'il prépare pour cette année même, réaliser complètement, pour le printemps 1924, l'idée du Salon unique.
La Section d'art urbain du Salon d'automne comprendra cette année 3 groupes; d'abord un type d'hôtellerie pour les relais du réseau automobile français; ensuite, un aménagement de parc avec grille, bancs, fontaines, etc.; enfin, un fragment de rue, comportant l'exécution du rez-de-chaussée, avec portes et magasins, boîte aux lettres, avertisseur d'incendie, etc.; l'élevation de tous les projets sera présentée au jury du Salon, à la fin de mai.
Le Groupe des Architectes modernes, qui s'était réuni dès le mois de juin, s'est constitué définitivement en vue de la préparation à l'exposition internationale de 1925. M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, en a accepté la présidence d'honneur. Le Comité, à la tête duquel se trouve M. Frantz Jourdain, comprend les noms de MM. Guimard, Sauvage, Boileau, Huguet, Dervaux, Sue, Sorel, Woog, etc. MM. Paul Bornet et Ivanhoe Rambosson en sont secrétaires.
Un prix de gravure sur bois, fondé par M. Léon Comas, sur l'initiative des Amis de Byblis, sera décerné le 15 mars prochain, sous la présidence de M. Albert Besnard, directeur de l'Ecole des Beaux-Arts.
Un monument doit être élevé à Bolante (Argonne), au souvenir des Garibaldiens morts pour la France. Le sculpteur italien Capabianca a été désigné pour le réaliser.
M. Guillaume Janneau, inspecteur des antiquités et objets d'art, vient d'être nommé administrateur adjoint du Mobilier National, en remplacement de M. Baschet, admis à la retraite.
On annonce la fondation d'une Société des amateurs d'art et collectionneurs. Mme Armande de Polignac, MM. Frantz Jourdain, André Lebey, Jacques Hébertot et Lugné-Poë font partie du Comité de patronage.
La question du Mont Saint-Michel est de nouveau à l'ordre du jour. Une proposition de loi, déposée par M. Guernier, sur le bureau de la Chambre, et soutenue par les Amis du Mont Saint-Michel, attire l'attention du Gouvernement, et plus particulièrement du directeur des Beaux-Arts, sur les inconvénients que peuvent présenter les projets de l'aviation militaire, qui compte établir un camp de bombardement dans la célèbre baie; le signataire suggère, en tous cas, d'employer la main-d'œuvre militaire pour exécuter les travaux préconisés depuis longtemps, afin d'assurer la conservation de la pittoresque colline, qui fait partie du patrimoine artistique de la France.
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NÉCROLOGIE
CHARLES CLERMONT-GANNEAU, membre de l'Académie des Inscriptions depuis 1889, professeur au Collège de France depuis 1890, est mort, à Paris, le 15 février 1923, au moment où il achevait sa 77e année. Chef incontesté des études sémitiques en France, il était, en Europe, l'épigraphiste sémitisant le plus renommé. Ses savants travaux lui avaient acquis aussi la réputation d'un archéologue d'une rare perspicacité. Soit qu'il les ait rapportés au cours de ses missions, soit qu'il les ait dépistés à l'aide de ses correspondants, il a fait entrer au Musée du Louvre nombre de monuments de premier ordre provenant de Palestine, comme la stèle de Mésa, de Syrie, comme les deux stèles araméennes de Nérab, des textes phéniciens, nabatéens et palmyréniens. Il reconnut la fausseté des antiquités désignées sous le nom de Moabitica, et acquises par le Musée de Berlin; il démontra l'inauthenticité du Deutéronome, écrit en caractères phéniciens, proposé, en 1883, au British Museum, et lorsqu'il fallut rendre un verdict définitif sur la tiare de Saitapharnès, le gouvernement français fit appel à Clermont-Ganneau.
R. DUSSAUD.
La dernière quinzaine nous a obligé également à enregistrer la mort du statuaire EMILE BOISSEAU, vice-président de la Société des Artistes français, président du Syndicat de la Propriété artistique, du peintre LECOMTE DU NOUY, qui fut second Grand Prix de Rome en 1865, enfin celle de FRANÇOIS FLAMENG, ancien président de la Société des Artistes français, commandeur de la Légion d'honneur, membre de l'Institut et membre du Conseil des Musées. Il avait eu une carrière officielle très brillante, illustrée par de nombreux portraits mondiaux et quelques décorations monumentales comme celle de l'escalier de la bibliothèque de la Sorbonne.
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ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles Lettres
Séance du 16 février.
M. Homolle, président, annonce à l'Académie le décès de M. Clermont-Ganneau. La séance est levée en signe de deuil.
Séance du 23 février.
M. Babelon donne lecture d'une lettre de M. le docteur Carton, correspondant de l'Académie, signalant la découverte de plaques indicatrices contemporaines, de l'époque de Trajan, servant à délimiter des territoires de la région de Tunis.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 24 février.
L'Académie adopte, sur le rapport de M. Paul Chabas, le projet de modification du concours de Rome de peinture, établi d'après les données précédemment fournies par MM. A. Besnard et Dagnan-Bouveret.
M. Paul Léon donne lecture de la notice qu'il a consacrée à la vie et aux travaux de M. Léon Heuzey, son prédécesseur.
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Société Nationale des Antiquaires de France
Séance du 21 février.
M. Barbarin fait une communication sur un tableau du Musée du Louvre, représentant le couronnement du pape Célestin V, et exécuté au xviie siècle, pour le couvent des Célestins de Marcoussis.
M. Mayeux parle d'un fragment gallo-romain, dit la Pierre du Grand Bourg de Salagnac (Creuse), et qui serait soit un socle de fontaine, soit un autel à sacrifice.
M. Michon entretient la Société de deux curieuses mosaïques antiques.
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ENSEIGNEMENT
- Sous les auspices de la Société Française d'archéologie, M. Jan Kalf, directeur du Bureau des Monuments historiques de Hollande, a fait, le mercredi 28 février, en Sorbonne, une remarquable conférence sur les églises hollandaises du moyen âge, où il s'est efforcé de démontrer en particulier la part considérable d'influence qu'avait exercée, sur l'architecture et la sculpture de son pays, notre école romane bourguignonne.
- Le Conseil municipal de Calais a ouvert un crédit de 14.000 francs, plus le logement, pour la création d'un poste de directeur à l'Ecole d'Art Décoratif et industriel. Le directeur sera nommé pour un an et titularisé ensuite. Un concours est ouvert, pour lequel les inscriptions sont reçues à la mairie de Calais jusqu'au 25 mars.
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RÉUNION ANNUELLE DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE
La Société des Amis du Louvre a tenu son assemblée générale le lundi 9 février, dans une des salles du Musée des Arts Décoratifs, sous la présidence de M. Raymond Koehlin.
M. David Weill a été nommé vice-président de la Société; MM. Paul Léon et Georges Chalandon ont été désignés pour faire partie du Comité.
Le président a, dans son allocution annuelle, tenu les membres présents au courant du mouvement d'accroissement progressif de la Société, qui aura bientôt retrouvé ses 3.500 adhérents d'avant guerre. Il leur a expliqué par quelles démarches, et dans quelles conditions le droit d'entrée gratuite dans les Musées a été obtenu pour les membres de la Société.
Lecture a été donnée ensuite du rapport administratif de M. Henraux, secrétaire, et du rapport financier de M. A. Godillot, tous deux approuvés à l'unanimité.
Enfin, M. Carle Dreyfus a lu une notice consacrée par M. Personaz à M. Léon Bonnat, à sa carrière artistique, à ses collections et à ses magnifiques dons aux Musées du Louvre et de Bayon-
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ne. Cette notice du conservateur actuel du Musée de Bayonne, qui fut un ami intime et de longue date du maître, pleine de souvenirs personnels,
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Léon Bonnat
Buste en bronze, par CHAPU
(Musée du Louvre)
d'extraits de sa correspondance, de jugements qui, pour être amicaux, n'en étaient pas moins justes, sur son activité opiniâtre et sur son grand talent, a trouvé un interprète naturel et ému, à défaut de son auteur, qui n'avait pu venir la lire lui-même, en M. Carle Dreyfus, dont l'affection et la confiance de Léon Bonnat ont fait un des exécuteurs de ses généreuses pensées. Elle a vivement intéressé les auditeurs, et sera, du reste, suivant l'usage, imprimée dans le recueil des notices sur les grands donateurs du Louvre, qui constitue comme les archives de la Société.
L'ART ET LA VIE ROMANTIQUES
La marquise de Ganay vient d'organiser, à la Galerie Charpentier, une exposition intitulée : « L'Art et la Vie Romantiques ».
Dans la préface élégante et précise que M. Jean-Louis Vaudoyer a écrit pour le catalogue, il détermine parfaitement la portée de ce petit événement. On y verra, dit-il, à « côté d'une George Sand, d'une Malibran, telle gentille petite bourgeoise dont l'âge a emporté le nom, telle gracieuse demoiselle, dont la beauté survit encore à la vertu;
à côté d'un duc d'Orléans, d'un Lamartine, tel modeste fonctionnaire inconnu, tel boutiquier, content de son sort, plus heureux dans la vie que le parfumeur de la Reine des Roses... »
Dans cette exposition, relative, en somme, à l'art et à la vie sous la Restauration et sous la Monarchie de Juillet, les grands maîtres figurent, naturellement. On y voit des Ingres, des Delacroix, des Flandrin. Les œuvres qui sont là, signées de leur nom, ne nous apprennent rien à leur sujet et n'y prétendent point. On trouve aussi quelques tableau-tins célèbres, comme l'atelier d'Horace Vernet; quelques portraits, fort caractéristiques, du haut dandysme de l'époque, telle cette noirâtre et naïve effigie que le beau comte d'Orsay peignit d'après lui-même ; on a beaucoup vanté les élégances équestres d'Alfred de Dreux, qui parfois, d'ailleurs, atteint presque au grand art de Géricault: exemple, ce nègre et ce cheval (le nègre, c'est, je pense, le modèle Joseph, du Radeau de la Méduse) qui font penser à l'esquisse de la course des chevaux libres, peinte à Rome par Géricault, avec une fougue si splendide. Les Eugène Lami sont pleins d'adresse, de maîtrise, de chatoiement. L'a-necdote abonde, et vraiment, ce sont, à chaque pas, des chapitres de Balzac, des soupirs de Musset, qui semblent enclos dans les cadres.
Portrait de George Sand, par ISABEY
(appartient à M. Jean Stern)
Il se dégage pourtant d'autres enseignements : on est surpris de voir combien la technique matérielle, en ces temps vieux à peu près d'un siècle, était
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plus savante dans les petites œuvres que dans les grandes. Les vastes ombres, saturées de bitumes, qui se sont craquelées comme des crêpes sur tant de tableaux célèbres, n'ont pas endeuillé les compositions de taille plus menue. Toute question de style mise à part, il semble que ce désastre pour l'enseignement technique de la peinture que fut la disparition, sous David, de l'ancienne Académie royale, n'ait point touché les petits maîtres. Un bon Eugène Lami vaut, en perfection matérielle, un bon Lépicié, voire un bon Fragonard.
Aussi l'intérêt capital de cette exposition réside-t-il dans les artistes les plus humbles, chez ceux qui peignirent les aspects de leur ville, Paris, ou de ses faubourgs. Ils ont aimé leur cité avec une âme de brave citoyen, investi, dans la garde nationale, du soin de la défendre; grâce à l'ingénuité de ce loyalisme, ces rues, ces paisibles corps de garde, ces perspectives où bougent, minuscules, des shakos bleus, des bavolets clairs, où passent parfois les hautes roues d'un cabriolet, sont d'un charme dont on retrouve rarement chez nous l'équivalent. Il faut remonter aux petits maîtres hollandais du xve siècle pour découvrir un semblable amour, fait de civisme et de puérilité, une égale bonne foi, un talent analogue; aux petits maîtres hollandais, ou bien aux peintres anonymes et fervents du xve siècle, qui donnaient pour fonds à leurs Crucifiements, les ruelles, les tours, les passants de leur ville natale.
Mais, en dehors des toiles aptes à ressusciter le parfum d'une société à la fois si proche et si lointaine, il est, à la Galerie Charpentier, quel- ques œuvres de tout premier ordre. La plus surprenante est une petite aquarelle de Papety (le portrait de Mme Desgoffe et de sa fille). La maîtrise avec laquelle est traitée l'étoffe de soie jaune mat, le volume des plis, la merveille des mains, permettent de comparer ces quelques pouces de papier à ce que nous voyons, par exemple, dans le portrait de Mme Rivière, par Ingres; et je ne parle pas du modelé des figures un peu grises, si finement nuancées, de l'harmonie qui domine dans ce tout petit grand tableau.
Une autre perle est l'atelier de Tassaert, de la collection Ernest May; la saveur de sa matière, la chaleur douce émanée des gris et des rouges, induisent le visiteur à se demander si le Coin d'atelier du Louvre, attribué si vraisemblablement à Delacroix, ne serait pas de Tassaert. Le jeune littérateur, d'Achille Deveria, n'est-il pas une petite chose admirablement peinte, et où la lumière se joue avec une aisance de danseuse-étoile? Puis voici l'Atelier de l'odieux et puissant Couture, auquel plusieurs peintres, et Manet d'abord, doivent tant, bien qu'ils l'aient dit si peu. Enfin, voici le si curieux portrait où Delacroix s'est représenté dans le costume d'Hamlet, document fort précieux, résumé de tout un rêve romantique, dû à l'obligence du très éclectique et très savant M. Paul Jamot.
De Leprince, le «portrait du père de l'artiste» n'est-il pas d'une qualité de couleur et de matière infiniment rare, et ne tomberait-on pas en maintes extases si on y lisait la signature de Corot? Or, sauf celui de Tassaert, ces noms, Leprince, Pa-
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pety. sont aujourd'hui fort oubliés. Ils contribuèrent pourtant, et beaucoup, à donner son cachet à leur époque par des moyens d'une valeur plastique incontestable. Ce ne sont pas seulement des conteurs dont les historiettes nous émeuvent comme les refrains des romances fanées; ce sont aussi de vrais peintres, qui savaient parfaitement leur difficile métier. L'exposition de la Galerie Charpentier sera douce à bien des ombres depuis longtemps négligées...
Robert Rey.
MONUMENTS HISTORIQUES
Hérault. — Une décision récente vient d'étendre à l'ensemble de la célèbre promenade du Peyrou, à Montpellier, à l'ordonnance de ses parterres, aux rampes et aux corps de garde extérieurs, le classement qui, jusqu'ici ne comprenait que le Château d'eau avec son bassin et les escaliers qui l'entourent, l'arc de triomphe et les grilles d'entrée. Il importait, en effet, que cette belle composition, due aux architectes d'Aviler (xviiie siècle), Géral et Donnat (xviie siècle) et dont les habitants de Montpellier, vieille ville universitaire, sont justement fiers, fût préservée à tout jamais des modifications qui auraient pu en altérer le caractère.
Basses-Alpes. — L'Administration de la Guerre ayant décidé le déclassement de la place forte de Colmars, il importait que le bel ensemble d'ouvrages militaires datant du xive au xviiie siècle qu'elle présentait, fut conservé intégralement, bien
Promenade du Peyrou, à Montpellier.
que le Domaine dut en poursuivre l'aliénation. Le classement, comme monument historique, de la totalité de l'enceinte et des deux forts de France et de Savoie, qui sont reliés à la muraille par
des chemins couverts, permettra de garder tout son caractère à cette ville forte si pittoresque.
À l'encontre de beaucoup d'autres cités fortifiées, où les ouvrages de Vauban ont fait dispa-
Cl. Mon. historiques
Eglise de Rochecorbon (L.-et L.).
raitre les travaux défensifs antérieurs, Colmars n'en a vu que la transformation pour les besoins militaires de l'époque: multiplication des embrasures pour bouches à feu, aménagement de barbacanes pour la protection des portes. C'est ainsi que la porte de Savoie s'ouvre entre deux tours carrées où subsistent les archères en croix pattées du xve siècle.
Indre-et-Loire. — La petite église de Rochecorbon, dont le classement vient d'être prononcé, est un excellent exemple de ces modestes églises rurales, dont l'étude permet, par le rapprochement avec d'autres édifices du même type, de déterminer les caractéristiques de l'architecture d'une région. Elle est composée d'une nef sans collatéraux recouverte d'une voûte de bois, et qui paraît remonter au xiie siècle; une abside semi-circulaire, voûtée d'ogives, du xiiie siècle, la termine; des chapelles carrées, ajoutées au xve siècle, complètent le transept, dont un clocher carré roman surmonte la croisée.
Vienne. — Nous signalerons aussi le classement de la belle façade Renaissance de l'ancien hôtel Chambon, 9, rue du Grand-Marché, à Poitiers.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
UN NOUVEAU PORTRAIT D'INGRES
au Musée du Louvre
Le portrait de Madame Marcotte de Sainte-Marie, peint en 1827, était demeuré entre les mains des descendants de cette dame, jusqu’au jour tout récent où un partage de famille les obligea à s’en dessaisir. Très courtoisement, le Louvre fut avisé de cette nécessité et il se trouva tout de suite un mécène généreux dont le nom, si souvent, revient dans des circonstances analogues, M. David Weill, pour donner au Musée les moyens de faire cette acquisition.
Les portraits de Mme et de Mlle Rivière représentaient seuls jusqu’ici Ingres comme portraitiste de femme dans nos collections nationales. Ces deux peintures sont antérieures de plus de vingt ans à l’image de Mme Marcotte de Sainte-Marie. Cette jeune femme était frêle et nerveuse. M. Henry Lapauze (1) a raconté ses répugnances aux longues et fréquentes séances de pose. Un crayon, conservé dans la famille, précéda le portrait peint,
(1) Ingres, sa vie et son œuvre. 1911, p. 278 et pl. p. 263.
Portrait de Mme Marcotte de Sainte-Marie, par INGRES.
où les mains, si joliment potelées furent posées, dit-on, par Mme Ingres.
On admirera l’harmonie de cette peinture, avec la robe de soie brune de la jeune femme, appuyée sur des coussins jaunes et le châle de cachemire blanc qu’elle a laissé négligemment choir de ses épaules sur le dossier de son siège. Le visage est un peu maussade et se ressent des difficultés qu’éprouva le peintre à faire poser selon son gré son modèle récalcitrant. Par contre, l’exécution des accessoires, des étoffes soyeuses, du bracelet en or tréfilé, de la boucle de ceinture, de la chaîne tenant le lorgnon, du livre de prières, est traitée de main de maître. Ce portrait permettra de mieux connaître Ingres au Louvre, qui s’enorgueillit déjà de posséder quelques-uns de ses plus purs chefs-d’œuvre.
J. G.
UNE EXPOSITION DE DESSINS DE CLAUDE LORRAIN
au Musée du Louvre
On sait que l’Exposition des dessins du Louvre, jadis très importante numériquement, ne doit plus comporter que des présentations temporaires de certaines séries. Les anciennes salles de dessins qui se trouvent à la suite des salles du mobilier, sont occupées, aujourd’hui, en grande partie, par la peinture moderne. On a réservé, toutefois, pour des expositions de dessins, dans un jour favorable, les deux galeries, éclairées au nord, sur la rue de Rivoli, qui s’ouvrent, l’une entre la grande salle du Pavillon de Beauvais et la collection Arconati-Visconti, l’autre entre la Collection Thiers et l’escalier de la Collection Thomy-Thiéry.
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Paysage
Dessin de CLAUDE LORRAIN.
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On avait pu y étudier, jusqu'à ces derniers jours, les dessins de Michel-Ange et de Léonard de Vinci que possède le Musée. Ceux-ci viennent d'être remplacés par une importante exposition
Paysage
Dessin de CLAUDE LORRAIN
Cl. Morancé.
des dessins de Claude Lorrain, de ses prédécesseurs et de ses émules, Français, Italiens ou Flamands. Les plus belles pièces du maître ont même été disposées dans une des grandes salles voisines éclairée sur la cour, récemment encore occupée par des tableaux de l’Ecole anglaise.
Il est intéressant de rappeler les diverses provenances des dessins de Claude Lorrain, ici exposés. Une quinzaine appartiennent au vieux fonds du Louvre, c’est-à-dire qu’ils se trouvaient compris dans l’inventaire dressé après la Révolution; sur ceux-ci, les renseignements relatifs à la façon dont ils sont entrés au Musée manquent trop souvent; on a cependant la certitude que deux d’entre eux: la Rentrée des troupeaux et l’Enlèvement d’Europe, dessins à la plume, le dernier rehaussé de blanc, avec quelques touches de lavis à l’encre de Chine, proviennent des Collections royales. Mais la partie la plus importante de cette série et peut-être aussi quelques-unes des œuvres maitresses de Claude, proviennent de la célèbre collection anglaise J.P. Heseltine. Ces 38 dessins acquis en 1914, par la Société des Amis du Louvre, sur l’initiative de M. Paul Leprieur, avec le concours de M. Maurice Fenaille, furent offerts au Musée en 1919 par la Société. On se souvient certainement d’avoir vu quelques-uns d’entre eux en 1919 dans la salle Lacaze, lors de l’exposition des collections formées par les Musées Nationaux de 1914 à 1919, par exemple: le Combat de Jacob et de l’Ange, ce dessin à la plume, lavé de bistre et d’encre de Chine, où la robustesse des arbres des premiers plans contraste avec la clarté lointaine répandue sur les ruines de Tivoli ou sur les montagnes limpides de gauche; plus récemment encore,
on a pu les revoir à l’exposition du 25e anniversaire de la Société des Amis du Louvre.
Ces 38 dessins ont été publiés en un magnifique album, en 1920, par M. Louis Demonts, conservateur adjoint des peintures et des dessins, avec une préface de M. Pierre de Nolhac. M. Louis Demonts, à propos de l’exposition actuelle, a repris dans un petit catalogue à l’usage du public, tous les renseignements utiles aux amateurs, relatifs aux dessins de Claude Lorrain, avec une description de chacune des pièces. Ce travail est suivi d’une liste annotée, énumérant les dessins groupés à la suite de ceux de Claude. Un nouvel album, édité par la maison Morancé, de format plus réduit que le premier, donnera la reproduction de toute la série des dessins présentés au Louvre.
On sait, du reste, que l’étude de l’œuvre dessinée de ce maître, extrêmement abondant, n’a pas encore été faite et serait, du reste, fort difficile à entreprendre, en raison de sa dispersion dans toutes les collections européennes. Le British Museum, en particulier, en possède une série très importante qui se monte à 350 pièces environ.
Des rapprochements très instructifs ont été tentés pour montrer les sources de l’art du maître, en nous mettant sous les yeux un choix caractéristique de dessins de paysages, antérieurs à l’époque de Claude, sans que l’on ait eu, toutefois, l’intention de remonter à l’origine même du paysage moderne. C’est ainsi que l’on a exposé des originaux, ou parfois, à défaut, des reproductions de dessins d’artistes flamands, tels que Patinir, Bruegel, Brill, dont «la manière de feuiller» est déjà presque celle de Claude, ou d’artistes italiens, comme Titien, Carrache, et d’autres moins connus, mais non moins habiles; on y a joint, enfin, quelques belles pièces des prédécesseurs immédiats et des contemporains français et italiens de Claude, en particulier de Nicolas Poussin.
Tous ces dessins, exposés à côté des œuvres du Lorrain, nous permettent de distinguer le génie propre du maître, les diverses influences qu’il a subies, et dans la mesure où il est possible de les discerner, ses différentes manières. Léger et soigneux dans les études de ses débuts, il atteint, vers 1630-1635, à une qualité puissante d’évocation très large et très naturaliste, pour se concentrer plus tard dans des créations pleines de style et de poésie, et «poursuivre un rêve plus enfoncé dans l’esprit», comme le marque très justement M. Louis Demonts.
MUSÉE DE VERSAILLES
La peinture représentant cet abbé réjoui, au regard narquois, tenant à deux mains un in-folio sur sa table de travail, vient d’entrer au Musée de
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Versailles par le legs de Mme Bulteau, qui l’a désignée sous cette formule : « portrait présumé de l’abbé Prévost ». Peut-on confirmer cette séduisante hypothèse ou doit-on la rejeter?
G. Serv, Phot. B.-A.
Portrait d’abbé attribué à Aved
L’iconographie du célèbre auteur de Manon Lescaut est fort restreinte, si l’on s’en tient aux portraits véritables, faits de son vivant. On ne connaît ni buste, ni tableau, et, à considérer les estampes, l’on s’aperçoit aisément que les quelques gravures contemporaines sont inspirées de la planche, fort belle, dessinée par G. F. Schmidt, et gravée par Th. de Vaux. À ce type, sont empruntées les nombreuses images qui ornent les éditions modernes du roman illustre. En confrontant le tableau à cette gravure, l’on constate des ressemblances de physionomie qui expliquent la dénomination proposée par la donatrice. Mais ces analogies ne sont que superficielles. L’abbé Prévost, d’après le dessin de Schmidt, avait le visage plus ailongé, le front plus découvert, les yeux plus larges et le regard plus grave, le cou moins dodu. La présence de l’in-folio ne serait pas un obstacle, bien que l’inépuisable écrivain ait publié plus d’in-12 que de gros volumes d’allure savante. Le décute subsiste fâcheusement. Il en coûte d’abandonner l’espoir de posséder la représentation d’un homme digne de mémoire, mais il est peu vraisemblable que les historiens de notre littérature puissent jamais s’essayer à l’interprétation de ce visage.
L’aspect de la peinture est fort agréable; c’est un très joli témoignage du talent d’un de nos bons portraitistes dans la première moitié du XVIIIe siècle.
La donatrice avait avancé le nom de Jean Raoux; aucun indice ne permet de s’attacher à cette attribution. M. Georges Wildenstein nous suggère une supposition très intéressante et fort plausible: à l’examen de la toile, il nous dit y retrouver les habitudes de peindre de J.-A.-J. Aved, dont il connaît les œuvres mieux que personne. Ne serait-ce pas alors le portrait de « l’abbé Berger appuyé sur un livre », qu’exposait l’excellent artiste au Salon de 1738? Nous laissons à notre confrère le soin de pousser à fond cette étude, et nous souhaitons qu’il nous apporte bientôt des preuves décisives.
G. B.
RÉCENTES ACQUISITIONS DE LA CHALCOGRAPHIE DU LOUVRE
La Chalcographie du Louvre, fondée le 23 Floréal an V, ne se borne pas à tirer les gravures qui composent son premier fonds, les vues des résidences royales et des villes de France, des pompes funèbres, des fêtes et feux d’artifice, les planches d’après les tableaux et les dessins du cabinet du Roi; elle ne cesse de s’enrichir, soit par les commandes directes que ses faibles crédits lui permettent, soit par les dépôts de la Direction des Beaux-Arts.
Matinée. Avenue de Clichy, gravure de BROUET.
Trente-cinq planches étaient entrées en 1921. L’année 1922 n’en a enregistré qu’une quinzaine. Parmi ces dernières, les unes sont des gravures de reproduction: la Couseuse, d’après Millet, par M. Chiquet, le Jour, d’après Boucher, par M. Du-
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pont. le Combat de coqs, d'après Gérôme, par M. Corabœuf, le Soir, d'après Dupré, par M. Journot; les autres sont des gravures originales, telles la Route d'Auray, par M. Humblot, graveur et sénateur, les portraits du général Galliéni, par M. Taverne, et de M. Poincaré, par M. Waltner.
On sait avec quelle curiosité sont aujourd'hui recherchées les planches des xvie et xviiie siècles, qui nous montrent l'aspect du vieux Paris; la Chalcographie accueille avec plaisir les gravures représentant le Paris actuel: M. Raoul Serrès a gravé le Pont Marie, M. L. Salles, la Seine vue du Louvre, M. Brouet, dont l'illustration des Frères Zemgano avait été fort estimée, et dont on se rappelle l'exposition ouverte, l'an dernier, à la Galerie Barbazanges, a dessiné une Matinée Avenue de Clichy. La reproduction ci-jointe ne donnera qu'une faible idée de l'art avec lequel il a conçu son sujet, et de l'habileté extrême avec laquelle il l'a traité.
La petite section du bois, créée il y a deux ans, s'était enrichie, en 1921, de la Précaution Maternelle de Millet, si pleinement taillée en deux bois par André Baudier; elle a reçu cette année, On loge à la nuit, de Daumier, par M. Dété.
Les épreuves de toutes ces planches sont en vente à la Chalcographie, 36, quai du Louvre, ou à l'intérieur du Musée, au comptoir spécial de la salle Denon.
L. H.
MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS
Quelques œuvres intéressantes sont récemment entrées dans la collection du Petit Palais. La pièce principale est un beau Portrait d'homme, par Th. Ribot (don de M. Montaignac); le visage du vieillard, sa barbe blanche, ses mains expressives, se détachent vigoureusement sur un fond sombre, et l'ensemble rappelle Ribera.
Une aquarelle par Frank Boggs montre La grande place d'Arras par un temps pluvieux: la foule — un jour de marché —, grouille sur le large parvis que domine encore le beffroi: c'était en 1887! (Don de M. Mahmoud).
D'un artiste mort au champ d'honneur, M. Lemercier, un crayon rehaussé et qui a servi d'étude pour son tableau La Contemplation.
De Pierre Munier-Jolain, décédé également, un tableautin, La Marquise au Nègre, peinture tachetée qui fait penser à un Monticelli qui serait clair; et une jolie aquarelle, L'Arrivée de Cléopâtre à Tarse, où le sujet n'est qu'un prétexte pour des couleurs gaies qui rient sur l'eau, en avant d'un portique italien. (Don de M. J. Munier-Jolain père.)
Mentionnons encore une nature morte élégante et décorative par Pierre Laprade, et Les deux Amies, par Prinet (achats de la Ville de Paris).
MUSÉE LYCKLAMA A CANNES
Le chevalier Lycklama a Nijecholt, un Hollandais, dont on lit encore avec intérêt un bel ouvrage en quatre volumes, (1) où il a consigné ses impressions de voyage, avait constitué, au cours de ses pérégrinations dans l'Asie antérieure, une intéressante collection d'antiquités variées, qu'il légua, en mourant, à la ville de Cannes. Cette collection, où l'on remarque deux beaux sarcophages en plomb de Sidon, des vases grecs, des inscriptions cunéiformes, deux très curieux bols hébraïques de Babylone, a longtemps été déposée dans une des salles du rez-de-chaussée de l'Hôtel-de-Ville de Cannes.
Il y a quelques années, la municipalité, estimant que la collection s'y trouvait trop à l'étroit, a « aménagé » à son intention un pavillon, situé dans le quartier Suquet (le vieux Cannes), à proximité de la tour du Mont-Chevalier. Le Musée Lycklama a été transféré récemnois ». Le Musée Lycklama a été transféré récemment dans ce nouveau local, détail profondément ignoré de la plupart des touristes qui fréquentent la station. La plate-forme du Mont-Chevalier, accessible par des rues escarpées ou des escaliers redoutables, n'est guère visitée que pour la vue célèbre dont on y jouit. Aucun écriteau n'indique la direction qu'il faut suivre pour accéder au Musée; bien plus, la rampe qui y mène porte une énorme pancarte pour annoncer une « fabrique de céramique », de sorte que l'amateur essoufflé, que n'intéresse pas la poterie moderne, passe son chemin.
Tous ces obstacles surmontés, et enfin arrivé au pavillon qui héberge la collection, on éprouve un vif désappointement. Aucun local ne convenait moins à une pareille destination. C'est une suite de trois ou quatre petites cellules étroites et profondes, où le jour ne pénètre que par des fenêtres exigües. Les vitrines, disposées le long des cloisons ou entre les fenêtres, sont plongées dans une obscurité presque complète; il est pratiquement impossible d'y découvrir, d'y distinguer, à plus forte raison d'étudier le moindre objet, à moins de le faire sortir de sa cachette, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde. Tranchons le mot, la collection Lycklama est enterrée.
Un pareil état de choses est indigne d'une ville aussi prospère, aussi éclairée, et dont le climat enchanteur attire et retient tant de milliers d'étrangers. Nous espérons qu'il suffira de le signaler à « qui de droit » pour qu'il y soit mis fin, soit par un nouveau transfert, soit par un aménagement sérieux des locaux actuels.
T. R.
(1) Voyage en Russie, au Caucase et en Perse, etc., exécuté pendant les années 1866-1868. Paris, 1872, suiv.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ÉTATS-UNIS
Un buste de Franklin, par Caffieri.
Le dernier bulletin de la New-York historical Society mentionne, à propos d'une étude sur Benjamin Franklin et la proposition imprimée par lui, à Passy, en 1782, d'une Société des Nations qui ne parut qu'au Salon de 1779, l'œuvre de Caffieri, moins spirituelle peut-être, nous frappe par un accent de réalisme et de solidité très savoureux.
P. V.
Buste de Franklin, par CAFFIERI
(Musée de la Société historique de New-York)
en vue de la paix universelle (livre fort rare, dont on ne connaît plus qu'un ou deux exemplaires), un buste en plâtre de l'illustre Américain, que possède la Société historique, et qui lui a été donné en 1832 par le Dr David Hosack. Nous sommes heureux de pouvoir le reproduire ici, grâce à la photographie qui nous en a été aimablement communiquée.
Attribué anciennement à Houdon, ce buste est d'un type différent de celui que reproduisent les effigies les plus célèbres de Franklin, notamment la terre-cuite de la collection Walferdin, aujourd'hui au Louvre, et le marbre du Metropolitan Museum de New-York. Il se rapproche, au contraire, du buste de Caffieri, exposé au salon de 1777, et dont une terre cuite se voit à la Bibliothèque Mazarine, un plâtre ancien, odieusement bronzé, à la Bibliothèque de l'Institut. Antérieure à celle de Houdon,
BELGIQUE
Musée des Beaux-Arts de Gand
À l'occasion de son Assemblée générale du 21 janvier dernier, la Société des Amis du Musée a offert ses récentes acquisitions à la ville de Gand pour son Musée des Beaux-Arts, notamment une importante toile de Wilhelm von Ehrenberg (1637-1676), un Intérieur de l'église Saint-Pierre de Rome, avec de nombreuses figurines dans la manière de Gonzalès Cocques, dont l'exécution peut même être attribuée à ce maître. Un Baptême du Christ et une Pieta occuperont une place honorable dans la série des œuvres de l'école flamande du xvie siècle; le premier est attribué à Patinier; la seconde est l'œuvre d'un maître anversois vers 1520. Grâce à la générosité d'une donatrice, Mme Tertzweil, un excellent François II Francken (Le Calvaire) complète heureusement l'apport des Amis du Musée.
L'initiative privée, à Gand, est toujours à la base des enrichissements des collections de la ville: le Comité de l'Œuvre du Jeton de guerre a offert au Musée divers morceaux contemporains: une Descente de Croix, en bronze, par Oscar Sinia; Méditation, marbre, par Geo Verbanck; Un paysan, grand dessin, par Gustave Servaes; Vieux Marché à Gand, importante aquarelle de Jules de Bruycker, déjà représenté au Musée par une série d'admirables eaux-fortes.
Enfin, la Commission du Musée a acquis, de son côté, un délicieux paysage: A la tombée du jour, par Carolus Tremerie.
D'autre part, au Salon triennal de 1922, la ville de Gand avait acquis une série d'œuvres fort intéressantes de peintres belges, tels que Jules Brouwers, Lucie Jacquart, Alfred Verhaeren, Marcel Jetterys, Victor Hageman, une Tête de jeune fille, marbre, par Victor Rousseau, un Torse de Femme, bronze, par Ernest Wynant. Mais elle avait aussi retenu des œuvres françaises, telles qu'un Portrait d'homme, par Mela Muter, des Environs de Sienne, par Georges Dufresnoy, enfin une admirable épreuve en bronze du Buste du docteur Koeberlé, par Bourdelle.
J. C.