Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE
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L'ALBUM DES « AMIS DU LOUVRE »
La Société des Amis du Louvre a célébré son jubilé l'an passé. A cette occasion, elle a exposé dans une des salles de la Colonnade toutes les œuvres d'art qu'elle a données au musée depuis vingt-cinq années ; mais elle ne s'en est pas tenue là : elle a voulu que chacun de ses membres pût conserver un souvenir de cet anniversaire, elle a publié un album où sont rassemblées les images de ses principales acquisitions. Ce précieux portefeuille, fort bien présenté par la maison Morancé, n'a pas été mis dans le commerce.
Les estampes sont précédées de la notice que M. Raymond Kœchlin, président de la Société, lut à la fête du jubilé, et où il résuma l'œuvre accomplie par les Amis du Musée. Nul ne pouvait le faire avec plus d'autorité, car nul n'a servi les intérêts du Louvre, avec plus de goût et de dévouement. Il a justement rappelé l'œuvre de ses prédécesseurs, mais tout le monde sait le concours qu'il leur a donné, dès l'origine de l'association, bien avant qu'il en devint le président.
De l'activité de la Société cet album est un beau témoignage. Lorsqu'ils verront ainsi rapprochées tant d'œuvres rares ou magnifiques, les Amis du Louvre pourront se féliciter du succès de leur entreprise. Des peintures, comme la Vierge de Baldovinetti, les Funérailles de Phocion de Poussin, le Bain turc d'Ingres, le Coin d'atelier de Delacroix, des dessins comme la série de Claude Lorrain, des sculptures comme l'Annonciation aux Bergers et les statues gisantes de Maubuisson, ont véritablement accru la gloire du Louvre.
Je sais des « Amis » auxquels un des dons de leur Société a autrefois causé quelques regrets ; ils ont été un peu attristés de voir la célèbre Pieta de Villeneuve-lès-Avignon prendre le chemin de Paris. On peut aimer beaucoup le Louvre et lui souhaiter de pouvoir donner l'hospitalité à toutes les œuvres d'art que menacent la brocante ou l'exil ; mais ce n'était pas le cas de l'admirable tableau qu'un simple classement eût suffi à protéger sur place.
L'album eût été bien plus considérable, si l'on avait voulu y faire figurer toutes les œuvres qui sont entrées dans le musée, grâce à l'influence des Amis du Louvre. Presque tous les amateurs qui en ces vingt dernières années firent des dons ou des legs au Louvre, appartenaient à la Société ; ils n'auraient pas toujours songé à se montrer aussi généreux, s'ils n'avaient été encouragés, entraînés par l'exemple de leur propre association. Comme le dit très bien M. Raymond Kœchlin, « on a entendu sans cesse parler du Louvre, on ne saurait s'empêcher de penser à lui, et on y pense au moment décisif où le collectionneur vieillissant se préoccupe des trésors patiemment amassés qui ont fait sa joie et dont il faudra se détacher ».
L'action de la Société s'est étendue plus loin encore. Si depuis quelques années les visiteurs sont de plus en plus nombreux dans les salles du musée, si l'Etat consent de plus larges sacrifices pour enrichir et mieux aménager ses collections, si les conservateurs, rivalisant de zèle et de goût, s'ingénient à mieux mettre en lumière les trésors dont ils ont la garde, il serait injuste de croire que les Amis du Louvre ne sont pour rien dans ces heureux événements.
André Hallays.
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NOUVELLES
- Par arrêté du ministre du Commerce, M. Stéphane Dervillé, ancien directeur général à l'Exposition de 1900, ancien commissaire général à l'Exposition de Turin en 1911, est nommé président du comité général d'admission à l'Exposition des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925.
- Un décret paru à l'Officiel du 25 janvier dernier a autorisé l'inscription du nom du comte Potocki sur les plaques des grands donateurs du Louvre. — On se rappelle le magnifique portrait du frère de Rembrandt légué par lui au Musée.
- Par arrêté du ministre de l'Instruction publique du 3 janvier, M. Montel, professeur de statique et de résistance des matériaux à l'Ecole des Beaux-Arts, est nommé membre du Conseil supérieur de l'enseignement des Beaux-Arts, en remplacement de M. le docteur Paul Richer, démissionnaire.
- Un congrès des bibliothécaires et des bibliophiles aura lieu à Paris, du 3 au 9 avril, avec le concours des « Amis de la Bibliothèque nationale ». Une réunion préparatoire s'est tenue le 13 janvier, au Collège de France, sous la présidence de M. Henry Martin, administrateur de la Bibliothèque de l'Arsenal. Pour les adhésions et cotisations (25 fr.), s'adresser à M. l'abbé Langlois, 150, boulevard Montparnasse (xiv° arr.).
- Une demande de crédit de 3 millions sera déposée au Conseil municipal, pour la continuation des aménagements entrepris sur la pente de la Butte-Montmartre. Les deux tiers de cette somme seront employés au château d'eau et à ses escaliers.
- On vient de décider l'installation, au palais de Fontainebleau, dans la galerie des Fastes, d'un ensemble d'œuvres de Rosa Bonheur, qui proviendront en partie de dépôts faits par les Musées nationaux et en partie de dons de miss Anna Klumpke, qui fut l'amie de l'artiste et qui s'est offerte généreusement à faire les frais de l'installation.
- Les « Amis de Versailles » ont offert, le 17 janvier, à l'occasion de sa réception à l'Académie française, une épée d'honneur à M. Pierre de Nolhac. Cette œuvre du sculpteur-ciseleur Becker présente sur la garde une vue de Versailles, et les armes de la famille de Nolhac. La poignée est ornée d'une tête d'Apollon.
ENSEIGNEMENT
Conférences du Louvre
(Pavillon de Flore, 4, quai des Tuileries.)
1er-15 février
Le 2 février, à 17 h., M. Diehl, de l'Institut, professeur à la Sorbonne : Le Musée de Constantinople.
Le 7 février, à 20 h. 45. M. Louis Dimier : Le Château de Fontainebleau.
Le 9 février, à 17 h. M. Toutain, directeur à l'Ecole des Hautes Etudes: Le Musée d'Alger.
Le 14 février, à 20 h. 45. M. Etienne Michon, conservateur des Musées nationaux : Les antiques des Musées romains.
Conférences du Trocadéro
Les 10, 17 et 24 février, à 4 h. 30, M. Ch. Genuys, inspecteur général des Monuments historiques: Protection et conservation des édifices: entretien, réparation, consolidation, assainissement.
A la Société des Conférences (salle de la Société de Géographie, 184, boulevard Saint-Germain). — Les 7, 14 et 21 février. M. Louis Gillet, conservateur du Musée de Chaalis : Corot.
En Sorbonne. — M. Jean Babelon a soutenu, le 23 décembre, ses thèses de doctorat ès-lettres, dont la principale est consacrée à Jacopo da Trezzo et la construction de l'Escorial.
ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles Lettres
Séance du 12 janvier
Après lecture d'une lettre de M. Montet sur les fouilles de Byblos, M. le comte de Saint-Périer présente une statuette féminine paléolithique, en ivoire de mammouth, découverte dans la grotte des Rideaux, à Les-pugne (Haute-Garonne), et d'époque aurignacienne, comme les statuettes de Brassenpuy et de Grimaldi. Ses caractères africains en font un document précieux pour l'étude des races paléolithiques de France.
M. Franz Cumont, retour d'Orient, entretient l'Académie des fouilles de Salihiyet, sur l'Euphrate, entreprises avec le concours de l'armée du Levant.
Il s'agissait d'obtenir des reproductions exactes de fresques, en partie relevées par Breasted, dans le temple d'une Trinité locale indiqué par M. Clermont-Ganneau. Une première série, œuvre indigène du 1er siècle, est signée d'un de ses auteurs, Ilamsos, d'origine sémitique; elle éclaire les origines de l'art byzantin. Dans une autre série, sans doute du 1er siècle, on remarque surtout un tribun sacrifiant à la tête de ses soldats. Ces fouilles ont révélé l'existence de la ville grecque de Doura-Europos, colonie macédonienne post-alexandrine, évacuée après la destruction de Palmyre et ensevelie sous les sables, dans l'enceinte de Salihiyet.
Séance du 19 janvier
M. Besnier, professeur à l'Université de Caen, étudie quatre tablettes de terre cuite, trouvées dans les Asturies, qui font connaître des voies romaines ignorées de l'Itinéraire d'Antonin.
M. Hippolyte Boussac parle des procédés de préparation au trait noir employés par les anciens peintres égyptiens : des fresques, dans une nécropole thébaïne (XIXe ou XXe dynastie) montrent qu'on opérait, sans s'inquiéter de la composition, d'après des données traditionnelles où il est permis de chercher des tendances impressionnistes.
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M. M. Jorga, correspondant roumain, offre au nom de son gouvernement, un code canonique valaque, traduit du grec en roumain par Daniel Adrien, dit le Pannonien, orné de curieuses gravures sur bois et imprimé en 1652, à Targoviste, en Valachie.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 13 janvier
L'Académie modifie l'article 40 de ses statuts: les candidats pourront désormais se présenter directement ou se faire présenter par deux membres de la compagnie.
On renvoie au mois de février la discussion du projet de MM. Dagnan-Bouveret et Albert Besnard, sur la réforme du prix de Rome et de l'Ecole des Beaux-Arts.
M. Paul Richer, inspecteur général de l'enseignement du dessin dans les lycées, lit un rapport sur les programmes du certificat d'aptitude pour les professeurs de l'enseignement secondaire.
Séance du 20 janvier
M. Paul Richer soumet à l'Académie un programme d'histoire de l'art à l'usage des candidats professeurs de dessin.
Société Nationale des Antiquaires de France
Séance du 3 janvier 1923.
M. Toutain, président sortant, prononce le discours d'usage, et M. Marquet de Vasselot prend la présidence.
M. Formigé montre les photographies d'une corniche romaine découverte à Bordeaux, et dont les modillons figurent des têtes humaines.
Séance du 10 janvier 1923.
M. Louis Demaison est élu membre résident de la Société.
M. Marquet de Vasselot entretient la Société d'émaux limousins du xvie siècle, représentant des scènes de l'Enide, récemment légués au Musée du Louvre par la baronne Salomon de Rothschild.
Séance du 17 janvier 1923.
M. V. Chapot signale les difficultés qu'ont éprouvées les Romains, jusqu'à la fin de l'Empire, pour assurer leur domination effective dans l'intérieur de la Sardaigne, et l'importance, à ce point de vue, des milliers de «nuraghes» qui offraient aux éléments indisciplinés des retraites avantageuses d'où il eût été bien difficile de les déloger.
Séance du 24 janvier 1923
M. Gallois fait une communication sur une statue de guerrier persan de l'époque sassanide.
M. Ebersolt présente un crucifix limousin du xiiie siècle.
M. Lefèvre-Pontalis entretient la Société des fouilles de la cathédrale de Noyon et particulièrement des fragments retrouvés du Jubé du xive siècle.
M. le comte Durrieu présente la reproduction d'un manuscrit illustré, exécuté pour Louise de Savoie à l'intention de François Ier après la victoire de Marignan.
L'EXPOSITION DE LA MUSIQUE ET DE LA DANSE
L'hôtel de M. J. Charpentier, faubourg Saint-Honoré, lui prête la parfaite convenance de ses hautes salles et de sa claire galerie. Elle n'est pas de tous points telle qu'on l'eut désirée, ni aussi pleine de sens et riche d'œuvres maîtresses, que ses dévoués organisateurs l'imaginèrent sans doute.
Mais il convient de lui être indulgent en faveur de son beau projet charitable. Cette exposition
se proposait, en effet, de venir en aide, par ses recettes, aux orphelins de la guerre et à ceux de «l'Union des Arts». Puisse son succès avoir atténué un peu de misère!
La musique et la danse ont, de tous temps, ravi l'âme humaine, nulle exposition ne saurait prétendre enserrer les formes innombrables de leur matière infinie. Celle-ci n'eut point pareille illusion, encore qu'elle rassemble la joueuse de double flûte antique et la joueuse de guitare de Renoir; elle paraît plutôt s'être essayée à grouper quelques-unes de leurs séduisantes expressions, sans préoccupation d'histoire, ni de synthèse, et un peu selon la parcimonie ou la libéralité des prêteurs (1); quelques chefs-d'œuvre supplémentaires en eussent augmenté la signification.
(1) Le catalogue ni les cartels n'indiquaient aucun nom de possesseur. Nous en avons donné quelques-uns ci-après. Ce sont là renseignements indispensables pour les historiens et les curieux. (Note de la Rédaction).
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Les portraits de compositeurs, de virtuoses, de cantatrices, de danseurs et de danseuses, y sont nombreux. Certains ont une indéniable qualité, comme celui du citoyen Vestris II, par Adèle Romance Romany (à Mme O'Connor), ou ceux de la comtesse d'Arjuzon au clavecin, par Vestier (au vicomte d'Arjuzon), et de M. Bergeron jouant de la vielle (reproduit dans la « Gazette des Beaux-Arts », en 1918), par François Autereau. D'autres de Couperin, de Lully, nous restituent les effigies de ces maîtres délicats dont les pages ont une grâce si pure. Un petit panneau italien du xve siècle : Anges musiciens (à Mme Louis Stern), nous a semblé particulièrement précieux pour la suavité de ses figures. Les xvie et xviiie siècles sont moins bien représentés; mais l'aimable production des petits maîtres du xviiiie siècle est, par contre, abondante, avec ses Amusements champêtres, ses Leçons de flûte, de flageolet, de mandoline, ses Accords parfaits, ses Menuets, les gentilles pages de B. de Bar, Ph. Mercier, de Troy, J. Raoux, sans oublier le très joli Concert dans le parc, par Lancret, de la collection de Mme Willy Bumenthal, que nous reproduisons ci-contre. Parmi les œuvres contemporaines, on retrouvait avec agrément le Bal breton, si puissamment rythmé, de Lucien Simon, la large esquisse lumineuse du plafond du théâtre de Rennes, par J.-J. Lemordant, la jolie frise païenne de Roussel, les Renoir, et, de Degas, des pastels où la danse professionnelle a trouvé sa traduction la plus aiguë.
La sculpture, bronzes ardents et nerveux, terres cuites, fragiles biscuits, est dominée par un buste de plâtre de Houdon: celui de Gluck. Il est la vie et l'intelligence elles-mêmes.
Quelques dessins: sanguines de Portail, crayons de G. de Saint-Aubin; des estampes d'après Watteau, Pater, Lancret, entourant de leur charmant décor des clavecins, des harpes, et un remarquable monocorde du xviiie siècle, dont on aimerait entendre trembler encore les frêles sonorités endormies.
Puis ce sont, sur les étagères des vitrines, d'adorables recueils de chansons anciennes, d'airs de cour, de pièces de luth, d'entrées de ballets; ce sont de riches et rares éditions musicales, des partitions manuscrites, des pages d'improvisation, des autographes, la confidence de lettres intimes; le long des murs, enfin, de somptueuses tapisseries de Peauvais ou des Gobelins, d'après Boucher et d'après Jules Romain, obligeamment prêtées par M. Maurice Fenaille et par le Mobilier National, avec leurs héros d'Opéra ou leurs sveltes divinités dansantes apportent l'éclat magnifique, adouci par le temps, de leur décor de fêtes royales.
René-Claude Catroux.
MONUMENTS HISTORIQUES
Dordogne. — Tous les curieux de nos monuments connaissent les pittoresques châteaux de la vallée de la Dordogne et du Périgord, les demeures de Biron, de Brantôme, de Bourdeilles, de Mareuil-sur-Belle, de Puyferrat, de Puyguilhem, etc.
L'un des plus importants, celui de Jumilhac-le-Grand, vient, après de longues négociations, d'être classé parmi les monuments historiques.
C'est une vaste construction de la fin du xve siècle, formant un quadrilatère irrégulier, toute en schiste du pays, que couronne une haute toiture, la plus pittoresque qu'on puisse imaginer: toits en pavillons suraigus, toits en poivrières, tourelle d'escalier circulaire; des épis et des girouettes de plomb particulièrement curieuses les surmonte.t. Quelques lucarnes à frontons de style Renaissance subsistent encore; leur sculpture assez fruste n'est pas sans caractère et permet de les rapprocher de celles du château de Puyguilhem; une rangée de mâchicoulis court à la base des toitures; des tourelles en encorbellement à multiples ressauts flanquent l'édifice. L'intérieur est vide de ses planchers et de sa décoration; quelques piédroits de cheminées sont seuls encore en place. Deux ailes ajoutées en avant du château au xviiie siècle, d'une architecture très simple, forment une sorte de
Cl des Mon. historiques
Château de Jumilhac-le-Grand.
cour d'honneur au fond de laquelle la pittoresque fantaisie du constructeur du xve siècle, se détache en masse sombre surmontée de ses toits qui se découpent hardiment sur le ciel.
Jean VERRIER.
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[5] 1er FÉVRIER 1923 21
BULLETIN DES MUSÉES
ÉMAUX DE LA SUITE DE L'ÉNÉIDE
du legs Salomon de Foltschild
au Musée du Louvre
Depuis longtemps déjà, l'attention des amateurs et des érudits a été attirée sur une série d'émaux limousins du xvie siècle, représentant des scènes
Fig. 1.
de l'Enéide. Des recherches successives, résumées en 1912 dans une étude d'ensemble (1), ont démontré qu'ils sont copiés d'après le Virgile imprimé à Strasbourg en 1502 par Johann Grüninger. Cet important ouvrage, qui ne comprend pas moins de 215 gravures sur bois, eut un succès aussi considérable que mérité; ses bois furent réutilisés à Strasbourg en 1515, à Lyon en 1517 et 1529; et ces quatre éditions successives n'avaient pas épuisé leur succès: car les éditeurs vénitiens les firent copier, et les employèrent encore sept fois, de 1519 à 1552.
Un examen minutieux (sur lequel il serait inutile de revenir), permet d'affirmer que les émaux ont été copiés d'après la première édition, celle de 1502. Mais c'est là le seul résultat positif auquel
(1) J.-J. Marquet de Vasselot, Une suite d'émaux limousins à sujets tirés de l'Enéide; Bulletin de la Société de l'histoire de l'Art français, 1912; p. 6 à 51, 4 pl. et 4 fig.
nous soyons parvenu, car le nom de leur auteur et leur destination demeurent incertains. Cette dernière serait pourtant très intéressante à connaître, car l'on n'a jusqu'à présent jamais trouvé deux émaux inspirés de la même gravure: l'artisan limousin aurait donc reproduit toutes, ou presque toutes, les illustrations du Virgile de Grüninger (1); et quel aurait été l'objet d'une entreprise si considérable, dont on ne connaît pas d'autre exemple? Cette longue série de plaques, de dimensions uniformes, aurait-elle servi à décorer une galerie? les avait-on encastrées dans un lambris, comme Catherine de Médicis le fit plus tard pour d'autres émaux limousins, dans son hôtel de Paris?
En attendant d'éclaircir ces diverses questions, on peut du moins continuer à augmenter la liste de ces émaux.
A ceux que nous avons décrits en 1912 (nous en avons cité 63), notre confrère et ami M. Rackham, du Victoria and Albert Museum, a ajouté six pièces nouvelles (2), qu'il a découvertes dans la collection de la duchesse de Northumber-
Fig. 2.
c.l. Serv. Phot. B.-A.
(1) L'Enéide y comporte 143 gravures.
(2) Bernard Rackham, Limoges enamels of the Aeneid series at Alnwick castle. Burlington Magazine, mai 1921, p. 238 à 244, 3 pl. — Ces six plaques illustrent toutes le livre VIII.
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land, au château d'Alnwick. Ce qui porterait le total à 69 émaux.
Mais aujourd'hui, ce chiffre va se trouver de nouveau augmenté.
Fig. 3.
Grâce au legs récent de Mme la baronne Salomon de Rothschild, le Louvre s'enrichit de dix de ces plaques de l'Enéide, et possèdera ainsi la plus nombreuse série, actuellement connue, de ces curieux morceaux (1).
De ces dix plaques, huit avaient été signalées par nous en 1912, d'après le Catalogue de l'Exposition Universelle de 1867, où elles avaient figuré (2); mais, comme nous n'avions pu obtenir la permission de les examiner, nous n'avions pu que mentionner leur existence, sans les identifier ni les décrire. Quant aux deux autres, nous ignorons leur provenance et la date de leur entrée dans la collection.
Trois d'entre elles sont tirées du livre Ier de l'Enéide:
— Eole déchaîne les vents, à la prière de Junon (Virgile de 1502, fol. 124 vo). [Fig. 1].
— Enée avec ses compagnons aborde en Libye; il tue plusieurs cerfs. (Virgile de 1502, fol. 130 vo).
— Vénus implore Jupiter en faveur d'Enée. Virgile de 1502, fol. 133).
Deux autres se rapportent au livre II:
(1) Le Louvre n'avait qu'un seul émail de l'Enéide, acquis en 1912; (liste no 21).
(2) No 2857 du Catalogue.
— Les Grecs se cachent dans le cheval de bois. (Virgile de 1502, fol. 156 vo).
— L'ombre de Créuse apparaît à E.ée. (Virgile de 1502, fol. 181 vo). — Cette plaque a été décrite dans notre liste sous le no 12; c'est à tort que nous avions cru pouvoir l'identifier avec le no 457 de la vente de San Donato.
Quatre sont empruntées au livre III:
— Enée, averti en songe par ses Dieux Pénates, s'éloigne de la Crète pour gagner l'Italie. (Virgile de 1502, fol. 192).
— Enée et ses compagnons abordent en Epire, où ils sont accueillis par Hélénus et Andromaque. (Virgile de 1502, fol. 195).
— Hélénus, roi d'Epire, et Enée, offrent un sacrifice. (Virgile de 1502, fol. 197 vo).
— Les Troyens, poursuivis par Polyphème, s'enfuient de la côte des Cyclopes. (Virgile de 1502, fol. 206). [Fig. 2].
Enfin, la dernière est prise au livre VIII:
— Vénus demande à Vulcain des armes pour Enée; trois Cyclopes les forgent. (Virgile de 1502, fol. 319 vo). [Fig. 3].
Ces accroissements à la liste dressée en 1912 (elle passe de 63 à 70 numéros) (1) ne modifient d'ailleurs pas les conclusions que nous avions tirées de la répartition des émaux entre les divers livres du poème: les trois derniers livres (X, XI et XII) continuent à n'être représentés par aucune plaque; et l'on peut toujours supposer que l'artisan limousin aura (mais pour quel motif?) cessé son grand travail avec la fin du livre IX.
Ainsi les petits problèmes que soulève ce curieux ensemble ne sont pas éclaircis; et il faut encore attendre qu'une découverte ultérieure en apporte la solution.
J.-J. MARQUET DE VASSELOT.
MUSÉE DU LOUVRE
Antiquités grecques et romaines. — Les ventes Haviland, qui viennent d'avoir lieu à l'Hôtel Drouot, comprenaient, on le sait, des séries antiques, dispersées les 11 et 12 décembre dernier.
Le morceau capital en était une admirable Aphrodite à sa toilette, en bronze, de dimensions exceptionnelles, atteignant un demi-mètre de haut et qui avait appartenu jadis au sculpteur Paul Dubois. Le prix qu'elle devait atteindre, et qu'elle a atteint en effet interdisait au musée d'y songer. Mais il ne manquait pas d'autres bronzes de valeur, quoique d'importance moindre.
(1) Ce devrait être 71; mais on a vu qu'une des plaques de la collection Salomon de Rothschild se trouvait décrite dans notre liste de 1912, sous le no 12. — Ce total sera d'ailleurs encore augmenté bientôt.
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[7] BULLETIN DES MUSÉES 23
Le département des Antiques, malheureusement, en cette fin d'année, ne disposait d'aucun crédit. Il eût donc été contraint de s'abstenir complète-
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Tête de Fleuve, bronze antique.
ment, si un groupe des héritiers ne m'avait très libéralement fait connaître leur désir de voir au moins une pièce rappeler au Louvre le nom de leur père, et c'est ainsi que m'a été adjugée la tête de bronze décrite en ces termes au Catalogue, sous le no 148 : « Tête barbue et cornue d'un dieu fluvial. Très belle applique du ve siècle av. J.-C. Haut., 5 cent. 1/2. »
Il existe déjà dans nos collections une tête du même genre, tête humaine aux oreilles et aux cornes de taureau, mais elle se trouve au Musée de Saint-Germain : c'est la tête reproduite dans le Catalogue illustré du Musée des antiquités nationales de M. S. Reinach (t. II, p. 170, fig. 84), sous le no 31896 avec la légende « tête en bronze de dieu fluvial cornu, original grec découvert à Lezoux, Puy-de-Dôme ».
La tête de la collection Haviland la rappelle par bien des points. Comme elle, c'est un masque appliqué, et, ici aussi, le travail de la fonte a été repris par la cisclure et la retouche au burin. La pupille des yeux, de même, est creuse et avait reçu une incrustation en métal précieux. Il existe pourtant d'assez grandes différences dans la facture des cheveux, dans la disposition de la barbe, dans la place et la direction des cornes, et le type, notamment par ses longues moustaches retombantes et recroquevillées à leur extrémité, est nettement plus archaïque.
Le don Haviland, dans notre salle des Bronzes,
ne risque donc d'aucune manière de faire double emploi et le public ne manquera pas d'y admirer ce nouveau spécimen de la conception par où les Grecs représentaient, non seulement le fleuve Achéloos, mais en général les divinités fluviales.
Etienne Michon.
UN TISSU EN SOIE FATIMITE D’EGYPTE
au Musée du Louvre
Dans la collection Engel-Gros se trouvait un petit morceau de tissu de soie oriental, d’un très grand intérêt, dont le Louvre fut acquéreur à la vente (décembre 1922, cat. no 50).
Sur un fond tissé de soie rouge-rose, entre deux bandes d’inscriptions coufiques tissées en soies havane, de petits médaillons renferment trois griffons tissés eux aussi en ton havane sur fond alternativement rouge-rose, et vert-bleu. Ces petits griffons, marchant, une patte levée, et la queue dressée sont d’un dessin vif et nerveux tout à fait rare, si la formule décorative est courante dans le bestiaire oriental.
Les bandes d’inscriptions sont à caractères coufiques respectivement inversés, l’inférieure présentant les lettres la tête en bas. Lues sur la demande de M. Engel-Gros, par MM. Casanova et van Berchem, relues récemment par M. S. Flury, elles donnent en concordance la formule usuelle du « Bismillah » (au rom de Dieu), et la date de 448 de l’hégire (1057) absolument certaine, si ce n’est que le 8 final n’est pas parfaitement écrit, d’après M. Flury.
Cette date est d’une grande importance, le tissu
Fragment de tissu de soie fatimite d’Egypte
étant incontestablement d’origine égyptienne, provenant sans doute, comme tant d’autres, des cimetières d’Akhmin ; elle se rapporte au règne du sul-
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tan fatimite d'Egypte, El Mustansir-billah (427-487), dont les trésors merveilleux ont été vantés par le voyageur Nassiri Kosrau qui visita l'Egypte à cette époque, et dont l'historien Makrisi parlait encore avec abondance trois siècles plus tard. Peut-être fut-ce le morceau d'une robe tissée dans les ateliers du Palais, à l'occasion d'une cérémonie qui ne peut pas, à cette date, avoir été celle de son couronnement, et la déchirure du tissu nous prive sans doute du nom du sultan qu'elle désignait.
C'est un précieux document, qui vient s'ajouter à ceux que M. A.-R. Guest nous a jadis donnés, en étudiant quelques tissus orientaux du Victoria and Albert Museum (Some arabic inscriptions on textiles. Journal of the Royal asiatic Society. April 1906), parmi lesquels trois morceaux à inscriptions : nos 1381 (1886), 134 (1896) et 2172 (1900), donnent justement les noms de personnages de l'entourage de Mustansir-billah — un autre tissu fatimite se trouvait à Saint-Denis, puis à N.-D. de Paris, au nom du sultan el Hakim (996-1021) (voir Falke, Kunstgesch. der Seidenweberei 1913, fig. 170). — M. Guest fait justement observer la survivance des motifs de la décoration copte, jusqu'au changement de style qu'entraîna la chute des Fatimites en 1171, sous les Ayoubides d'abord, puis sous les Mammluks.
Un petit poids en verre moulé, également entré récemment au Musée, nous donne, avec son décor d'oiseau tenant au bec une brindille ou un ruban, un motif fatimite très fréquent sur les tissus, et qu'on retrouve déjà sur les monuments sassanides (Falke, fig. 92, 93, 94, 99, 100, 101, 136, 137, 172. Ces petits disques de verre moulé, étalons de poids ou de mesures, existaient déjà aux premiers temps
de l'ère musulmane en Egypte. Rogers bey les a étudiés au Caire, et M. Casanova a relevé quelques inscriptions sur ceux des collections Fouquet et Inès (Bulletin de l'Institut Egyptien du Caire, 1891). Quelques coupes creuses présentent ce même décor moulé, composé de griffons, de lions ou d'oiseaux enfermés dans des médaillons creux; on en rencontre par exemple au Musée du Louvre, au Musée arabe du Caire, ou dans la collection R. Koechlin (1).
Gaston Migeon.
LA TENTATION DE SAINT-ANTOINE
par J.-A. VALLIN
au Musée du Louvre
M. M. Burty-Haviland et Mme Camu-Haviland, viennent d'offrir au Musée du Louvre une toile de Jacques-Antoine Vallin, datée de 1826, représentant la Tentation de saint Antoine (2). Au milieu d'une grotte qui s'ouvre sur la campagne lumineuse, six jeunes bacchantes dont une seule est enfièrement drapée, y entourent le pieux ermite et cherchent à l'entrainer dans leurs jeux.
On ne sait guère sur Vallin que ce que nous apprennent les livrets du Salon. Il exposa presque à chaque Salon de 1791 à 1827. Le joli tableau qui entre aujourd'hui au Louvre et qui figura au Salon de 1827 est vraisemblablement un des derniers ouvrages du peintre. C'en est assurément un des meilleurs. L'initiative généreuse de MM. Burty-Haviland et de Mme Camu-Haviland répond ainsi à l'un des articles du programme auquel devraient se conformer les acquisitions d'un grand Musée. Que les vrais maîtres soient représentés au Louvre sous tous les aspects de leur inspiration et dans les diverses phases de leur carrière! Pour les poetae minores de la peinture, une seule œuvre suffit, à condition qu'elle soit bien choisie.
Dès 1793, Vallin exposait « quatre tableaux de nymphes et de bacchantes dans des paysages. » Au cours des années suivantes, on relève au catalogue des Amusements de bacchantes, un Sommeil de bacchantes, une Marche de Silène et de bacchantes.
On peut, si l'on veut, chercher jusque chez le Hollandais Cornelis Poelenburgh, en plein xvie siècle, l'origine de ces compositions qui, dans un petit format et avec un faire précieux, associent d'agréables nudités mythologiques à des paysages idylliques. Sans remonter si loin, le nom de Frudhon s'impose. Ou plutôt ne suffirait-il pas d'évoquer ce goût d'une antiquité gracieuse et quelque peu voluptueuse qui, en opposition avec les Grecs héroïques et les Romains sévères de David, se répandait alors dans la poésie et dans la peinture, inspirant à
(1) Voir G. Migeon. Manuel d'Art Musulman, fig. 293.
(2) La Tentation de saint Antoine. Toile. H. 0 m. 45. L. 0 m. 72.— Signé à droite en bas : VALLIN 1826. Salon de 1827, no 1008 Exposition centennale de 1900, no 648, 5e Vente Ch. Haviland, 14-15 décembre 1922, no 61. — Une composition similaire, non signée, figurait à la Vente R. Papin, en 1873 (no 88).
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BULLETIN DES MUSÉES
Chénier et à Prud'hon d'authentiques chefs-d'œuvre? Cependant, même si Vallin a commencé à peindre des bacchantes avant d'avoir rien vu de Prud'hon, il a sans doute subi, plus tard et peu à peu, l'influence directe d'un maître qui lui était tellement supérieur. On voudrait, pour saisir sur le fait cette
LEGS ET ACQUISITIONS-DIVERS
Peintures et dessins. — Mme Bulteau a légué au Musée un charmant tableau corrégiens de Tassaert daté de 1855, représentant Pygmalion et Galatée, et qui a figuré au Salon de 1857. Voici ce qu'en
influence, connaître le tableau qu'il exposait au même Salon de 1827 sous ce titre bien prud'honien : L'Amour conduit deux amants au temple de l'Hymen.
Ici, un peu de l'esprit et de la grâce de Prud'hon apparaît avec évidence dans les plus aimables des provocantes créatures qui se démènent autour de saint Antoine. Si l'on examine les types des visages, on notera des ressemblances curieuses; voyez par exemple, la jeune cavalière qui chevauche le soyeux animal, compagnon traditionnel de l'anachorète. Et la rieuse qui pousse par les épaules le pauvre saint homme, n'a-t-elle pas, ou presque, les traits de Mlle Mayer? Quant à la belle jeune femme qui a gardé un pan de son voile sur la tête et sourit en dévoilant tout son corps, elle a l'air d'une statue d'Omphale, et c'est une charmante création de la fantaisie de Vallin. De ci, de là, quelques détails semblent annoncer par avance Tassaert. Mais, si l'on ne craignait d'écraser le pauvre Vallin sous une telle comparaison, c'est à un nom plus glorieux, à celui de Corot, que l'on penserait en regardant, par la baie ouverte, au seuil de la grotte, les silhouettes des trois nymphes qui dansent sur le gazon.
Paul JAMOT.
disait Théophile Gautier, dans son salon de l'Ar-tiste :
« Quel charmant coloriste que M. O. Tassaert! Il semble avoir ramassé la palette que Prud'hon a laissé tomber en se coupant la gorge. Pygmalion et Galatée, comme les dessine M. O. Tassaert, n'ont rien de grec assurément; mais cette douce lumière rose qui se glisse parmi des ombres bleuâtres dans un bain de clair-obscure, sur des formes grêles et juvéniles, a bien sa séduction. Cette jeune fille qui descend du piédestal n'a jamais été en marbre de Paros, quoique son pied, où le sang n'est pas arrivé, soit encore d'une blancheur neigeuse. Humble enfant des faubourgs, elle a quitté sa pauvre jupe d'indienne et son mince tartan pour poser devant le peintre, et la jeunesse n'est peut-être pas la seule cause de ces fraîches maigreurs, de ces pauvretés délicieuses qui rappellent la femme en faisant oublier la statue... Mais tout cela est enveloppé d'un coloris si amoureux, si tendre; mais le petit Amour est si espiègle, quoique ce ne soit qu'un gamin des rues; mais le statuaire est si passionné, en dépit de son type parisien, que ce tableau est un des plus attrayants du Salon. Commun de formes, il a la suprême élégance de la couleur. »
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BEAUX-ARTS
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Pygmalion et Galatée, par O. TASSAERT
A la vente des collections Haviland, le 6 décembre 1922, le département a acquis le pastel de Charles Méryon Bateau de pêche sur une mer houleuse, qui passa autrefois à la vente Philippe Burty et que Th. Chauvel a lithographié, ainsi que deux dessins de Théodore Rousseau, ayant également fait partie de la collection Burty : une Lisière de bois, dessinée à la mine de plomb, et des Rochers dans la forêt de Fontainebleau, dessinés au fusain.
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Pastel de Méryon
Sculptures du Moyen Age et de la Renaissance.
— En dehors du joli tableau de Tassaert dont nous avons parlé ci-dessus et d’un portrait destiné au Musée de Versailles où l’on suppose reconnaître les traits de l’abbé Prévost, le testament de Mme Bulteau avait disposé en faveur des Musées nationaux d’une importante pièce de sculpture qui figurait en place d’honneur sur la cheminée du salon de la testatrice.
C’est une Vierge de Pitié en albâtre dont on assure qu’elle provient de Venise et qui date certainement de la fin du xve siècle. Le caractère de l’œuvre que nous reproduisons ci-contre ferait plutôt penser à quelque atelier où les traditions et les modes d’expression de l’art purement gothique se seraient plus intégralement conservés que dans ceux qui travaillaient à ce moment à Venise. Le caractère régulier et presque classique du visage de la Vierge contraste cependant avec les maigreurs exagérées du corps du Christ et les plis multipliés et craquelés à la flamande ou à l’allemande de la draperie. On a supposé, avec quelque apparence de raison, que le morceau,
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Vierge de Pitié provenant du Venise (fin du xv° siècle)
qui est, du reste, d’un très beau sentiment, pourrait être originaire de la région du nord de Venise, de celle du Frioul par exemple, ou des vallées des Alpes du Tyrol. Il en existe du reste à Venise même qui présentent un caractère très analogue, dans la décoration de la Basilique de Saint-Marc notamment.
De toute façon, cette figure tiendra dans nos galeries une place fort intéressante et nous apportera un type iconographique qui nous manquait encore, ce type si fréquent dans l’art européen du xve siècle, de la Vierge douloureuse en contemplation devant le cadavre de son fils. Les exemplaires de ce groupe sévère et dramatique,
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BULLETIN DES MUSÉES
aggravés le plus souvent par le réalisme peu séduisant déployé par les imagiers dans le rendu du corps du crucifié, sont très abondants dans les églises; mais ils ont moins séduit les curieux que ceux du groupe familier et charmant de la vierge mère souriant à son enfant, et nos musées qui suivent fatalement le mouvement de la curiosité qui les approvisionne, n'en avaient encore jamais recueilli.
P. V.
MUSÉE DU LUXEMBOURG
La conservation du Musée du Luxembourg a obtenu l'acquisition sur les crédits mis annuellement à sa disposition par le Conseil des Musées, d'une épreuve de la statue d'Héraclès combattant, par Bourdelle. Cette épreuve retouchée, patinée et dorée par l'artiste, sera sensiblement différente de celles que se sont déjà assurées plusieurs grands musées de l'étranger, Rome, Stockholm et Bruxelles.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
La collection de verrerie de Mme Livon-Daime, exposée depuis plusieurs mois au Pavillon de Marsan, a commencé de passer en vente publique. Le Musée y a acquis un grand vase vénitien, décoré en or, et un certain nombre de pièces françaises auxquelles Mme Livon-Daime a bien voulu en ajouter d'autres. Ces verres français seront réunis à ceux que le Musée possédait déjà pour former une vitrine où les types des diverses provinces seront bien représentés: verres de Bourgogne, teintés de rose, verres blancs du Lyonnais peints de couleurs, verges tachetés de la Margeride, verres de la région du Nord bleus, bruns et violets, verres usuels de Normandie, de Provence et du Languedoc, dont les formes généralement fort belles pourront être d'un utile exemple.
D'autre part, le Musée a reçu de Nazare-Aga une robe persane du xvie siècle en soie bleu sombre, avec un décor floral sur fond d'or, dans le bas et autour du col, qui est tissé dans le lé même et forme le vêtement, objet fort rare et d'une élégance tout à fait exceptionnelle, dont on retrouve le type sur les miniatures persanes du temps.
MUSÉE DE ROUEN
La donation J.-E. Blanche. — La direction du Musée de Rouen vient de passer en de nouvelles mains, et les réformes que ron désirait voir depuis longtemps s'introduire dans le classement et la présentation des œuvres de ce riche dépôt vont enfin recevoir un commencement d'exécution. On s'efforcera toutefois de procéder peu à peu à leur réalisation en laissant accessible au public la plus importante partie des collections.
Les Galeries de peinture ont été, depuis leur installation, divisées en Ecoles Modernes et Ecoles Anciennes, sans qu'on ait cru devoir adopter pour ces dernières de subdivisions. Sans vouloir établir tout de suite la classification complète des ouvrages et procéder à leur groupement détaillé, il sera possible, dès cette année, de réunir dans une salle spécialement aménagée, les Primitifs Italiens jusqu'ici disséminés en diverses galeries. En même temps seront mises en valeur, par une présentation nouvelle, quelques pièces de toute première importance, telles que celles qui portent les noms de Velasquez, de Gérard David, de Pérugin ou de Véronèse, et qui proviennent pour la plupart du somptueux envoi de l'Etat en 1803.
D'autre part, les municipalités et les conservateurs qui se sont succédé n'ont jamais négligé de développer, par des acquisitions judicieuses ou des donations opportunément provoquées, les séries modernes. Un choix et une sélection s'y imposent en raison même de leur abondance; une classification et des groupements y sont également nécessaires : ces travaux sont amorcés dès maintenant, par la réfection d'une des galeries affectées à la peinture contemporaine qui fait suite aux salles où rayonnent, grâce à la générosité de M. Depeaux, les maîtres de l'Impressionisme.
Au moment même où cette réfection était envisagée et par une singulière bonne fortune, un peintre de race, écrivain et dilettante, d'une fa-
Cl. Vizzanova
Portrait de la Comtesse de N'dailles, par J.-E. BLANCHE
mille originaire de Rouen, M. J.-E. Blanche, dont la carrière semble avoir porté l'emprise de toutes les préoccupations qui ont troublé, enthousiasmé