Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: - L'Art Chrétien Moderne et la Société de Saint-Jean. Eugene Belville. - L'Art Rustique Français (suite). C. de Danilowicz. - L'Art Décoratif en Belgique. Emile Hinzelin. 40 pages 52 illustrations --- 4e ANNÉE OCTOBRE 1912

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L'ART Chrétien moderne et la Société de Saint-Jean > « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui, ayant l'intention de faire les noces de son fils, envoya ses serviteurs pour appeler au festin tous ceux qu'il y avait conviés..... Mais ceux-ci ayant refusé de venir, le roi dit à ses serviteurs : ..... « Allez dans les carrefours, à l'issue des chemins et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez »..... Et la salle du festin fut ainsi remplie de convives. » Ces versets de la parabole évangélique me revenaient à l'esprit en parcourant les salles du Pavillon de Marsan où la Société de Saint-Jean organisa d'octobre 1911 à janvier 1912 une fort intéressante exposition, la première de cette importance en France, de l'Art chrétien moderne, ou pour mieux dire, la réalité étant au-dessous de l'ambition du titre, d'Art chrétien moderne. La tenue artistique de l'ensemble fut des plus honorables et digne de la maison qui lui faisait accueil, ce point est hors de discussion. La diversité des moyens d'exécution, l'intérêt des envois étrangers, l'attrait de certaines œuvres dues à des morts célèbres ou à des noms imprévus dans ce genre, le soin de la présentation matérielle, et même, pour une grande partie du public, la nouveauté du programme avaient assuré le succès de l'Exposition en dehors de la valeur d'art qui ne lui faisait pas défaut. Mais ceux qui connaissent l'esprit très spécial de la Société de Saint-Jean et la précision dogmatique de son but, se sont étonnés de la voir, tel le roi de l'Evangile, céder au désir « mondain » d'augmenter l'éclat de sa manifestation en réunissant à la table hospitalière du Pavillon de Marsan des convives qui ne prient pas dans la même langue qu'elle. --- CROSSE, BOIS ET ARGENT - GOUSSIÈGLE-RUSAND - ORFEVRE - LELIÈVRE - SCULPTEUR --- L'Art chrétien moderne et la Société de Saint-Jean. — Fasc. x.

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Assurément, ces hérétiques sont très chrétiens tout de même, Léon XIII escompta tant de fois le retour à son berceau de ces pieux schismatiques, et tous ces publicains témoignent de leur bonne volonté, mais l’éclectisme qui les accueillit est-il bien dans l’esprit d’une Société fondée sur le principe d’un catholicisme intransigeant affirmé par la « pratique religieuse » la plus stricte qui constitue sa véritable originalité au point de vue artistique, le seul où je prétende me placer au cours de cette étude. La Société de Saint-Jean pour l’Encouragement de l’Art chrétien dont cette exposition est le premier contact véritable avec le grand public n’est pas un groupement récent ; elle fut reconnue d’utilité publique en 1878 ce qui lui constitue une existence légale d’une durée imposante. Ajoutons pour être rigoureusement vrai que sa vie active ne date guère que de 1892 époque à laquelle elle se fondit avec la Réunion artistique de la rue de Sèvres, réunion d’artistes jeunes et d’étudiants des Beaux-Arts plus religieuse que corporative fondée sous les auspices de la Compagnie de Jésus par le R. P. Charles Clair, un homme de haute valeur intellectuelle et d’érudition brillante qui fut le meilleur ami de tous ceux qui le connurent et pour beaucoup d’artistes, un conseiller précieux. Cette direction active appuyée d’enthousiasmes et de talents réels donna des résultats fort intéressants au point de vue de la formation individuelle, et pour ne point parler des vivants je ne citerai qu’un mort, le délicieux Charles Dulac dont le talent doit sans conteste à l’atmosphère spéciale de la Société de Saint-Jean l’éclosion complète de ses rares qualités d’artiste. La mort du P. Clair survint au moment où commençait à se manifester une vie corporative dont, par ce fait, le mouvement se trouva ralenti ; aussi, lorsque peu de temps après, les événements politiques laïciserent la Société de Saint-Jean, elle se restreignit pendant quelque temps à n’être plus guère qu’une association confessionnelle. Enfin Malherbe vint ! M. Henry Cochin, un Johanniste de la première heure, accepta d’aider aux efforts de renaissance tentés par un petit groupe plus ardent; sous sa présidence la Société se prit à s’intéresser davantage aux choses de ce monde, il releva le drapeau professionnel et avec sa belle humeur batailleuse l’entraîna d’une si vive allure que peu s’en est fallu qu’il le plantât au beau milieu du Salon d’Automne ! Mais on se souvint que l’apôtre saint Jean est représenté faisant sortir le poison du calice sous la forme d’un serpent. Les anciens du Conseil se refuseront, tel leur saint patron, à avaler la couleuvre trop moderniste. Et l’on sollicita l’hospitalité du Pavillon de Marsan qui fut accordée avec la bonne grâce ordinaire.

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AUTEL DE HALSTEREN AQUARELLE BROM (JEAN-HENRI) UTRECHT Animés du désir légitime de se montrer dignes de cet accueil, les organisateurs convièrent autour d'eux toutes les bonnes volontés, il en vint de sources très différentes, on élargit pour les admettre un cadre fort étroit et le résultat obtenu nous rend indulgent pour cette concession. Ceux qui par éducation ou profession savent lire une œuvre religieuse feront facilement le départ des « brebis et des boucs » (il y en a d'exquis de ces boucs ! et de lamentables de ces honnêtes brebis !) cependant, il n'eût pas été indifférent, pensons-nous, de souligner pour le gros public, par la franchise d'un classement matériel des différences d'inspiration très profondes. Il importe, en effet, de distinguer entre le sentiment religieux et l'inspiration confessionnelle, qu'elle soit chrétienne, païenne, juive ou bouddhique ou, plus étroitement encore, catholique, protestante ou grecque.

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FLANDRIN PAUL-HIPPOLOYTE SAINT ANTOINE VISITÉ PAR L'ENFANT JESUS PEINTURE POUR UNE CHAPELLE DE COUVENT

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FLANDRIN PAUL-HIPPOLOYTE MORT DE SAINT ANTOINE PEINTURE POUR UNE CHAPELLE DE COUVENT

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Le sentiment religieux en art est indépendant de tout dogme; il peut élever au sublime certaines œuvres dues à une émotion personnelle violemment ressentie ou simplement à une science raffinée. Il peut également se rencontrer dans une œuvre d'exécution naïve ou grossière qu'il transforme par la même en œuvre d'art. L'inspiration confessionnelle, quelle qu'elle soit, suppose une intervention dogmatique; une interprétation précise de conventions acceptées par son public peut seule donner à l'artiste toute sa puissance d'émotion et d'enseignement; on ne peut comprendre, dans le sens le plus élevé du mot, certaines œuvres d'art religieux et surtout chrétien sans une éducation préalable. Les arts plastiques dans l'Eglise catholique s'appuient sur une littérature des plus riches, sur un symbolisme compliqué qui loin d'éloigner les grands artistes du peuple l'en ont rapproché aux époques où cette littérature était familière aux deux parties. C'est d'ailleurs par l'application de ce symbolisme que les Arts dits décoratifs peuvent atteindre dans le sens religieux à une élévation réelle, être autre chose et plus qu'une combinaison agréable à l'œil de lignes, de volumes et de couleurs; telles œuvres anciennes de décoration architecturale ou d'orfèvrerie qui ne touchent aujourd'hui beaucoup d'entre nous que par la richesse ou le charme de leur aspect ont été pensées et écrites par leurs auteurs comme des poèmes dont aucun raffinement d'intention n'était perdu pour les contemporains. Dans tout le cours des siècles l'Art religieux a fait preuve d'une admirable souplesse à se prêter à toutes les variations de forme imposées par «le goût du jour» mais sans sortir des limites d'un ensemble de prescriptions très étroites et de traditions ayant force de loi, pourquoi lui refuser aujourd'hui cette liberté avec les mêmes réserves et le restreindre à un stérile et froid pastiche? Avec les mêmes réserves, ai-je dit et j'y insiste car, c'est à mon avis, le nœud de la question, l'art religieux en dehors de toute valeur artistique ne saurait être moderne qu'à la condition de s'appuyer sur le dogme et la liturgie, d'en parler le langage et de le réapprendre aux indifférents comme aux fidèles, l'ignorance des uns et des autres étant en cette matière d'ailleurs à peu près égale. C'est par là qu'il faut expliquer l'erreur où tombent certains de nos grands confrères qui dénient à l'art chrétien le droit d'être moderne et infère de l'impuissance ou de l'insuffisance artistique de certains exposants que ce titre «Art Chrétien Moderne» implique une visible contradiction entre «le consacré et le provisoire, entre le traditionnel et l'hostile à la tradition» (1). Évidemment, une œuvre d'art religieux ne peut s'adresser à la fois, avec la même autorité morale, à la naïveté du paysan, à l'éducation superficielle des gens du monde ou à la délicatesse des amateurs, ces diverses catégories fussent-elles toutes également croyantes. (1) Arsène Alexandre: «Dieu au goût du jour», Comédia, 27 novembre 1911.

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--- JÉSUS ET LES DEUX LARRONS RELIEF DÉCORATIF, BRONZE, BOIS SCULPTÉ LONA DE ZAMBONÉ --- Mais quelle est donc la formule, non plus d’art, mais de vie matérielle, nourriture, vêtement, hygiène, qui convienne également à toutes ces mêmes classes ? La chance unique qu’il y ait pour les artistes religieux modernes de toucher ces publics si divers en conservant une liberté d’interprétation personnelle c’est, je le répète, de parler le langage liturgique qui leur est commun. Ce point admis, je serais tenté d’être moins sévère que le furent les époques de foi ou l’on jugeait impossible de faire œuvre d’art chrétien sans professer la foi chrétienne. La formule « Si vis me flère… » n’est pas absolue ; des orateurs ou des comédiens ont fait couler de vraies larmes en laissant couler les leurs, mais combien d’autres ont obtenu le même résultat en composant avec un sang-froid très sur leur apparente émotion ! Je n’ai pas qualité pour souhaiter plus de foi aux artistes chrétiens, je crois qu’on peut exiger une instruction religieuse moins vague de ceux qui prétendent faire œuvre d’Art chrétien. « L’incursion des artistes indifférents sur des terrains qui ne leur sont pas « familiers, écrivait à ce sujet vers 1892 un membre de la Société de Saint-Jean, « produit souvent d’amusantes surprises et je trouve qu’il serait assez logique

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« de demander à l’artiste autant d’exactitude lorsqu’il s’agit de la religion de « la majorité des Français que lorsque l’on met en cause les mœurs des Peaux- Rouges ou les mystères du bouddhisme. Or pour ne citer qu’un trait, bien « des catholiques ont souri au Rêve de MM. Bruneau et Zola, de pieuse « mémoire, en entendant le musicien évoquer le cantique de Noël pour accom- pagner la procession de la Fête-Dieu ». A notre époque un autre danger est plus fréquent encore, la tentation de prendre avec le dogme des libertés qui aboutissent aux fantaisies de M. d’Annunzio en littérature ou en peinture à celle de M. Georges Desvallières. Concédons qu’il y a des degrés. Faire de saint Sébastien un adolescent de sexe équivoque est une incongruité où l’inspiration religieuse n’a rien à voir. Intituler « Annonciation » la visite d’un ange archaïquement emplumé à une jeune personne en costume du plus pur Louis-Philippe qui fait de la tapisserie dans un intérieur « acajou plaqué » est une simple faute de goût. L’affiche de l’exposition où le Christ en croix s’effare des chapeaux de deux contemporaines qui ont des prétentions à suivre la dernière mode parisienne en est une autre. Et à côté de ces inventions saugrenues qui chagrinent ses meilleurs amis, le peintre nous montre des œuvres noblement pensées et exécutées avec une maîtrise raffinée où le sentiment religieux apparaît intense et dont l’inspiration chrétienne est évidente pour les moins avertis, tel cet admirable Sacré-Cœur qui ouvre à deux mains la plaie de son côté. Ainsi qu’il convient à une exposition d’Art Décoratif où ils ne sont tolérés, par une élasticité d’interprétation, que dans la mesure où on peut les dire décorateurs, les peintres de chevalet sont peu nombreux. Dans ce genre où l’envoi de M. Desvallières est de beaucoup le plus complètement intéressant, nous relevons les noms d’Etienne Azambre, Moreau-Néret, Georges Claude, A. de Richemont, mort récemment, qui fut un des présidents de la Société de St-Jean, et dont il faut regretter que l’œuvre religieuse importante et belle ne soit représentée ici que par un sujet anecdotique sur une grande toile, la Fumée de l’Encens. Voici encore M. La Touche, oui, Mesdames, et charmant ! et d’une piété si galante ! et le protestant Burnand d’une sévérité si pieuse, puis feu Carrière et feu Cazin si manifestement étrangers a toute idée chrétienne, et Marcel Lenoir qui rappelle les plus mauvaises plaisanteries de la Rose-Croix comme Rouault celles du Salon d’Automne. Mme Lucien Simon met toute sa virtuosité d’aquarelliste à des compositions dont la naïveté trop sensiblement artificielle exclut l’impression religieuse sinon la grâce et le charme. Quant aux eaux-fortes de Forain et en particulier celle des disciples d’Em maus, je me range volontiers à l’opinion que depuis la décoration de Besnard pour la chapelle de Berck aucune œuvre moderne n’avait parlé du Christ avec cette puissance d’émotion.

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CALVAIRE Rene de Saint-Marceaux Parmi les décorations murales nous retrouvons quelques-uns de ces cartons de Berck, puis quelques-uns des Puvis du Panthéon. — Quels splendides exemples ! Quel terrible voisinage ! Il est regrettable que nous ne puissions juger ici des décorateurs de murailles que par des photographies ou des esquisses. Elles ne peuvent guère nous servir que de prétexte à évoquer le souvenir du bel artiste que fut Ch. Lameire dont les mosaïques de Fourvières et la décoration de la Chapelle Grecque de la rue Bizet attestent la conscience artistique, le sentiment religieux appuyé sur une foi catholique profonde, l'ingéniosité dans le détail de composition qu'il tirait de son érudition liturgique. L'Art chrétien moderne et la Société de Saint-Jean. — Fasc. 3.