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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: - L'Exposition internationale de l'Art décoratif et des Industries d'Art en 19...? R. Carabin. - Monographies d'Art Asiatiques A. de Pouvourville - Les Arts Décoratifs au Théâtre. E. Belville. --- - Le Peintre Victor Prouvé Hors-texte en couleurs --- 40 pages 43 illustrations --- 4e ANNÉE JUILLET 1912

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L'Exposition Internationale de l'Art décoratif et des Industries d'Art en 19?? L'Exposition Universelle de 1900 semble avoir marqué la fin de ces sortes de manifestations mondiales par suite de la difficulté de trouver un emplacement assez vaste et accessible pour grouper pratiquement l'ensemble des productions industrielles; on pense plutôt à sérier la présentation de cette production par des expositions internationales spéciales. Il semble que c'est dans cet ordre d'idées que l'on décida l'exposition internationale de l'Art décoratif et des Industries d'art. Primitivement cette exposition avait été décidée pour 1914, puis fut remise à 1915, ensuite 1916, et actuellement cette dernière date ne semble pas être définitive. Des qu'on l'annonça, deux courants d'opinion se formèrent; l'un, pour qu'elle eût lieu dans le délai le plus bref et l'autre qui estima qu'il fallait fixer la date d'ouverture au plus tôt en 1920. La presque totalité des industriels se rallièrent à la première opinion; en effet la majorité de ces derniers considèrent qu'une exposition, internationale ou autre, n'est qu'une succursale de la maison de vente devant laquelle défile un plus grand nombre de personnes, facilitant la constitution d'une clientèle de passage. C'est donc dans ce but que ces industriels présentent invariablement au public ce qu'on peut appeler un matériel d'exposition qui, pour le meuble par exemple, comporte des œuvres soi-disant de style! et inutilisables dans nos appartements. Le matériel d'exposition est généralement renouvelé tous les dix ans, non pas par des recherches nouvelles adaptées à des besoins nouveaux, mais parce que ce matériel trop fatigué, ne tirant plus assez l'œil, est bon à être transformé en marchandise. Les industriels, pour des raisons pécuniaires et prêts à tout moment avec leur matériel à organiser une exposition, adhèrent à la date la plus rapprochée, cela est logique; mais si des artistes et des artisans ont approuvé cette date, les raisons en sont bien différentes. Deux mobiles seuls ont pu les --- L'Exposition Internationale de l'Art décoratif et des Industries d'Art en 19?? — Fasc 1.

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--- NAPPERON — BRODERIE HONORÉ VINSON --- guider, l’un, très excusable, d’être tributaires de ces industriels qui leur assure la vie quotidienne ; et l’autre, sans excuse, car il repose uniquement sur un égoïsme individuel par l’espoir et l’attrait du profit immédiat, et sur la vanité par l’appât de la promesse d’un bout de ruban dont ils pourront bénéficier. Bien différent fut l’élément qui demanda 1920 comme date d’ouverture de cette exposition ; à quelques rares industriels s’ajouterent les artistes, les artisans, les publicistes et littératureurs qui, depuis de longues années suivent le mouvement de renaissance de l’art appliqué. Tous ces intellectuels voient dans cette manifestation autre chose qu’une opération mercantile ou individuelle, ils appréhendent la lutte décisive pour la suprématie de nos industries d’art et craignent pour notre avenir ; ils estiment que huit ans n’est que le temps strictement nécessaire pour nous préparer à cette lutte dans laquelle risquera de sombrer notre renommée ancestrale ; ils regardent non seulement chez nous, mais aussi chez nos voisins qui unissent leurs efforts pour nous ravir le marché mondial.

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--- NAPPERON — BRODERIE HONORÉ VINSON --- Si la divergence d’opinion sur la date d’ouverture était le seul souci pour la réussite de la future exposition, notre triomphe artistique et commercial ne subirait pas le moindre doute. Mais de graves causes, pressenties et jamais approfondies, font craindre à tout individu pondéré et clairvoyant la défaite définitive de nos industries d’art sur le marché mondial. Une des grandes causes de notre déchéance vient principalement de l’antagonisme et de l’animosité existant entre l’industriel, l’artiste et l’artisan. C’est à cette discorde qu’il faut attribuer la stagnation du mouvement commencé il y a vingt ans. Nous allons essayer d’analyser impartialement chacun de ces trois éléments dont l’ensemble forme l’industrie d’art.

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--- EXPOSITION D'ART PRÉCIEUX TUNIQUE Mlle BERNOUARD L’origine de l’industriel n’est pas très ancienne, elle date de la disparition des corporations; ce fut, après la suppression de ces dernières, le maître d’œuvre qui devint chef d’industrie; par la suite, cet artisan et technicien hors ligne eut pour successeur ce qu’on peut appeler l’industriel commerçant qui, ne possédant aucune des qualités techniques ou artistiques de l’ancien maître d’œuvres, achète un fond d’exploitation qui doit lui rapporter un intérêt proportionné à la somme d’acquisition. C’est ce système qui créa la firme commerciale. Quand le

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--- EXPOSITION D'ART PRÉCIEUX PARAVENT ANCOLIES Mlle M. de FELICE prix d’acquisition devint trop élevé, plusieurs individus, d’état social très différent, unirent leurs capitaux, se formant en société pour exploiter une firme dont le créateur n’existe plus depuis de longues années. Ce rouage administratif et financier fonctionna avec succès pendant de longues années à cause de la grande notoriété ancestrale de nos industries d’art, cette notoriété était telle, qu’elle a retardé notre déchéance actuelle mais celle-ci fut rapide.

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En effet, dans la pratique commerciale d'une industrie d'art on se contente de la copie des modèles avec lesquels les prédécesseurs firent fortune, une innovation de forme ou de décor nécessite une mise de fonds qui diminue d'autant les bénéfices ou dividendes de fin d'année. Le travail intellectuel ne doit pas être différencié du travail manuel et compris comme lui dans les frais généraux. On ne tient aucun compte de ce que dans ces industries, quelquefois l'œuvre d'un artiste fit la fortune de plusieurs firmes successives. Cette conception commerciale n'est pas uniquement française, elle est ou était générale; si d'autres pays en sont actuellement affranchis ce ne fut pas par spontanéité ou bon sens de la part des industriels, mais parce que les États et les Municipalités les y obligèrent ; par la suite ils eurent à se louer de cette violence, et ils se réjouissent aujourd'hui de la place qu'elle leur fit conquérir sur le marché mondial. Depuis l'origine, dans nos expositions universelles ou spéciales, le même esprit mercantile domine, parce que toujours celles-ci sont organisées par les industriels. Que ceux-ci aient l'organisation matérielle, rien n'est plus juste, mais que l'organisation esthétique leur soit concédée, c'est différent. Jamais il ne s'était présenté en France une occasion comme celle de l'Exposition Universelle de 1900 pour affirmer notre supériorité dans la production d'art. Un effort considérable venait d'être fait pendant dix ans par nos artistes. L'étranger avait largement profité de ces efforts tandis que nos industriels y ont non seulement résisté, mais l'ont combattu de toutes leurs forces et finalement étouffé en 1900 en éparpillant la production artistique dans le mercantile. C'est à dater de ce moment que commença notre Déchéance. Des avertissements ne manquèrent pas. En 1898, après un voyage en Allemagne et en Autriche, nous pûmes constater combien ces pays se préparaient à la lutte commerciale ; les États et des Municipalités votèrent des sommes variant de 100 à 500.000 francs à des groupements d'artistes pour permettre à ceux-ci de se produire et conquérir leur place dans cette manifestation mondiale. De nombreuses démarches furent faites pour que l'Art décoratif décennal français soit groupé et puisse faire échec à l'envahissement étranger. On passa outre, sous prétexte que priver l'industrie française de l'art décoratif était la décapiter. Les industriels avouaient ainsi que leur production ne présentait aucun caractère puisqu'ils avaient besoin des artistes pour donner un semblant d'art à leur production toute mercantile. Mais le véritable motif était, que les industriels craignirent de faire voir leur inertie, leur esprit routinier d'archéo-logistes et leur résistance à toute idée de renaissance et de progrès. C'est donc par l'organisation esthétique de l'Exposition Universelle de 1900 que furent noyés et perdus pour la France dix années d'efforts désintéressés d'une génération d'artistes. Pourquoi laisser l'organisation esthétique aux industriels? et pourquoi ne pas charger les artistes tant qualifiés pour cette organisation? La réponse est bien simple : lorsque l'État décide une exposition ce sont les industriels qui

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constituent le fonds de garantie et avancent les sommes nécessaires au commen- cement des travaux, il semble donc tout à fait logique que l'État leur abandonne l'organisation matérielle administrative et esthétique, d'autant plus que les ministères intéressés et la direction officielle se débarrassent du souci d'argent, de l'administration et de la responsabilité. Les industriels, maîtres absolus, ont donc tout intérêt, ce qui est encore logique, a ce que l'exposition se passe exclu- sivement en leur faveur, et qu'au détriment de leurs collaborateurs directs, ils en recueillent seuls le bénéfice moral et matériel. C'est pour ces raisons que la future exposition ne différera pas des précé- dentes, le même esprit mercanti, rétrograde et routinier y triomphera. Lorsqu'en 1891 l'Art décoratif, après de longues années de luttes, fut unifié avec les Beaux-Arts pour leur admission dans le Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts aux mêmes titres que la peinture ou la sculpture, un grand BRODERIE HONORÉ VINSON

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mouvement, ébauché déjà depuis quelques années pour rompre avec le pastichage du passé se manifesta. Une véritable pousse de renaissance, à laquelle se consacrèrent non seulement les artistes décorateurs mais de nombreux peintres et sculpteurs, eut lieu. Cette pousse entraîna quelques années après, toutes les nations européennes. Si ce mouvement a ses débuts obtint la faveur de la presse et du public, il n'en fut pas de même de l'industriel. Et si l'État et les municipalités encouragerent timidement cet élan par quelques achats ou commandes, celles-ci ne tardèrent pas à se rarefier de plus en plus et finirent par cesser. La première protestation des industriels eut lieu à propos de l'Exposition Universelle de Chicago dans laquelle leur production de copies fut exclue de la section des Beaux-Arts. À l'Exposition d'Anvers cette protestation fut plus vive, au point que le Jury industriel pénétra, malgré la protestation des intéressés, dans la section des Beaux-Arts pour accorder des récompenses aux artistes décorateurs qui y exposèrent. Les industriels voulurent ainsi prouver à ces derniers, leur dépendance qui, du reste, ne tarda pas à se manifester à Bruxelles, où, dans la section française, l'art décoratif était réintégré dans l'industrie, tandis que les Belges, recueillirent dans leur exposition industrielle tous les objets ayant un caractère artistique, lesquels furent exposés de droit dans leur section des Beaux-Arts !! Enfin c'est à l'Exposition Universelle de 1900 que les industriels triomphèrent définitivement des artistes, la décadence qui suivit, en s'accentuant, en fut le résultat. Souvent des avances de conciliation furent faites aux industriels par les artistes qui comprirent depuis longtemps tout l'intérêt d'une union et d'une collaboration honnête pour le plus grand bien de nos industries d'art, mais ces avances furent toujours impitoyablement rejetées par l'industriel. Si ces derniers se targuent aujourd'hui d'avoir des artistes dans leurs rangs, c'est parce que EXPOSITION D'ART PRÉCIEUX COUSSINS Mlle BERNOUARD

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pour les uns, de bons et probes artistes, la nécessité du pain quotidien les oblige a se plier aux exigences des industriels et d'autres, des roublards, n'ayant d'artistes décorateurs que le titre, se faufilent partout où il y a des avantages pécuniaires et honorifiques à récolter. A moins qu'il soit riche, ce qui est très rare, ou qu'il trouve des capitaux, ce qui est encore plus rare, l'artiste livré a lui-même n'est rien et ne peut rien s'il n'est soutenu par des commandes. Le peintre avec un peu de frais peut créer un chef d'œuvre, le sculpteur même, avec un peu de terre glaise et de plâtre, peut faire valoir son savoir-faire, tandis que le décorateur, pour donner la mesure de son talent ne doit faire voir son œuvre que complètement terminée dans sa matière et sa destination définitive. Pour établir cette œuvre il a des dépenses énormes a supporter, pour l'achat de la matière et la rémunération de la main-d'œuvre, neuf fois sur dix, l'œuvre exécutée sans destination définie a l'avance, reste pour compte a l'artiste, qui après s'être endetté pour l'exécution se trouve embarrasse pour la loger. Ce qui incite le particulier a s'adresser plutôt a l'industriel qu'a l'artiste, c'est que ce dernier, consciencieux, demande un délai d'exécution prolongé que le Mecène moderne ne veut plus subir. L'exemple suivant se généralise : « Deux jeunes fiancés multi-millionnaires allèrent, il y a quelques années, trouver un de nos artistes décorateur notoire, pour le charger d'exécuter leur ameublement complet; une très grosse somme fut offerte pour ce travail, l'artiste demanda un délai d'exécution de quatre années, ils lui répondirent que se mariant dans un mois, ils ne pouvaient attendre aussi longtemps, voulant a la fin de leur voyage de noces de six mois rentrer dans leur appartement constitué. Ils s'adresserent alors a un tapissier décorateur! qui en moins de ce temps leur fournit un ameublement moderne composé de chambre Louis XVI ! salon Louis XV!! et salle a manger gothique!!! dont ils furent, paraît-il, fort satisfaits. » Cet exemple est précieusement entretenu par nos industriels. On voit journellement le petit bourgeois d'une ignorance crasse en matière de style, faire étalage devant ses amis de sa salle a manger Henri II! ou Louis XIII !! il se donne un vernis d'érudition qui lui a été soufflé par le commerçant habile. La trilogie de l'industrie d'art se complète par l'artisan, qui lui aussi lutte isolément. Son intérêt se trouve intimement lié avec celui de l'artiste, il est la main indispensable au cerveau créateur et moralement une faible barrière sépare ces deux éléments indispensables a l'Art. Mais il n'en est pas de même de l'artisan vis-a-vis de l'industriel chez qui l'antagonisme est passé a l'état de question sociale. A la mentalité des temps lointains ou le compagnon était l'égal du maître et où ils collaboraient intimement au grand profit de l'art et de notre renommée, il s'est substitué une mentalité toute opposée. L'artisan et l'industriel sont actuellement des ennemis irréconciliables et le travail est désorganisé. L'Exposition Internationale de l'Art décoratif et des Industries d'Art en 1977 — Fasc. 2.