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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.
L’Ecole de Nancy Chemin de Table par E. Bajant Emile Nicolas écrivait dans la Revue Lorraine Illustrée : « Il n’y a guère qu’en Lorraine que nous pouvons avoir la prétention d’être nous-mêmes, d’avoir su nous libérer de la tutelle académique, de cet enseignement officiel, si éloigné de ce qui vit et de ce qui est sincère. Les grands maîtres de l’art, qui siègent à l’Institut..., pensent que ce serait s’abaisser que d’enseigner l’amour des métiers qui produisent des objets utiles, que ce serait renier l’art lui-même que d’enseigner le dessin sur des êtres et des objets que nous voyons autour de nous... Tant qu’on negligera d’enseigner la vie, nous resterons stationnaires, et, peut-être, nous reculerons. Ce n’est pourtant pas déchoir que d’aller consulter l’humble fleur qui croit à l’ombre des grands arbres, pour lui demander le secret de sa grâce, le charme de sa forme, le mystère de son coloris ». J’ai tenu à citer ces phrases parce qu’elles feront comprendre, comme quoi la conception décorative est intimement confondue dans l’esprit des artistes lorrains avec l’idée d’art. Et la source de cette inspiration décorative, où est-elle? M. Emile Nicolas, paraphrasant le maître Gallé nous l’apprend : Dans la nature. Aussi bien, Emile Gallé ne se contenta-t-il pas d’énoncer des préceptes et d’exhorter l’artiste à voir dans tout printemps « comme sa propre résurrection », il a prêché superbement d’exemple. Toute son œuvre exalte et rappelle la flore de nos bois et de nos prairies. Angle de Taie par E. Bajant Ateliers Emile Gallé Vase gravé Angle de Taie par E. Bajant Septembre 1909. — Exposition de Nancy 1.
Victor Prouvé Portrait de lui-même à l'eau forte Prouvé 1909
Vallin-Hekking Buste plâtre — Portrait de M. Eugene Vallin
Pour un amateur d'émotion esthétique, ce nom d'Emile Gallé, en signature de cette chose exquise : la verrerie d'art désigne un créateur profondément original, un poète de la transparence, un maître des jeux de la lumière venant animer la matière frêle et tenue. Pour nous autres lorrains, ce nom signifie plus encore : Il nous rappelle l'un des hommes qui lutta avec le plus de générosité, de conviction et de zèle, en quelque sorte apostolique, pour l'essor provincial des industries d'art. Si la Lorraine possède un jour le beau musée d'art décoratif auquel elle a droit, c'est à la pensée d'Emile Gallé qu'elle le devra, et c'est en contemplant les vases de ce maître et les jolis meubles destinés à les recevoir, que la génération suivante se rendra compte de l'existence d'une magnifique efflorescence de la décoration à Nancy, vers la fin du xixe siècle. Ce que Gallé exigeait idéalement de l'artiste, c'était, ainsi que nous l'avons dit, une admiration sincère, corroborée par des connaissances scientifiques, de la Nature, mais c'était tout d'abord une possession parfaite de la technique de l'art.
Gallé attachait, en outre, une importance extrême au milieu dans lequel se développait l'intelligence du créateur. À ce point de vue combien il doit sembler intéressant à des régionalistes convaincus ! Les plantes que le décorateur devait connaître et aimer c'étaient, suivant Emile Gallé, celles de sa province, (il eut presque dit : de son jardin), les rivières dont les courbes devaient inspirer des lignes d'ebénisterie ; c'étaient des rivières lorraines, (Moselle ou Meuse) ; les frondaisons d'arbres ? Des branches de hêtres ou de chênes observées dans la forêt de Haye. Le grand secret de ce génie universel, fut en somme d'être particulariste. Et ce n'est qu'une fois la personnalité de l'artiste nettement accusée et développée, qu'il lui permettait de chercher ailleurs des points de comparaison, d'étudier par exemple la flore alpestre ou la faune marine. Comme l'avaient fait Callot ou Claude-Gelée, il pouvait découvrir Rome. (toutes les routes de Lorraine y mènent entre leur double file de peupliers d'Italie) il restait cependant lui-même, et pouvant dire, ainsi que le maître-verrier : Ma racine est au fond des bois.
Pavillon de l'Ecole de Nancy — Stand des Ateliers Emile Gallé

En ce faisant, Emile Galle continuait, en l'adaptant à la vie moderne, le mouvement d'art qui, déjà si vivant sous le duc François, s'épanouissait sous Stanislas et dotait Nancy d'un ensemble monumental célèbre. Ce qui prouve mieux que des paroles, la vitalité étonnante de notre province, c'est que les artistes actuels ne furent pas hypnotisés par les merveilleuses créations des Guibal, des Héré et des Lamour. En d'autres pays, l'on eut utilisé le canon, il eut été répété à satiété jusqu'à déformation ou épuisement de la formule primitive. Ici, on s'en libera, on mit son point d'honneur à faire de belles œuvres qui aient un idéal autre de beauté. La vie moderne étant différente de celle au temps de Stanislas, on plia aux exigences de cette vie, les conceptions décoratives. On ne voulut voir dans la tradition qu'une preuve évidente de la réussite de l'esprit lorrain en pareille matière et on appliqua cet esprit, courageusement, à des recherches neuves. Le résultat, qui ne le connaît ? On sait qu'aux écarts de fantaisie, souvent outranciers, des œuvres modernes étrangères, l'Ecole de Nancy oppose les fleurs exquises du goût français, naturiste. Dans les arts décoratifs comme en toutes choses, la situation particulière de Nancy se révèle : Atelier Daubree — Composition de J. Elardin Pommeau de Paraphuie Emile Galle Vase tiré de la corolle de la Violette Verrerie Daum (Pâte de Verre)
D'une part, effort nettement distinct de celui de Paris, capable non seulement de le concurrencer en Lorraine, mais encore de rivaliser avec lui pour toute la France. De l'autre : frontière du goût établie aux portes mêmes de la France et défendant aux produits belges et munichois l'accès d'une terre dont ils ne reflèteraient pas l'âme. Et tel est, en effet, le double but de l'Alliance Provinciale des industries d'art, laquelle, d'après son premier règlement « s'efforce de constituer en province pour la défense et le développement des intérêts industriels, ouvriers et commerciaux du pays, des milieux d'enseignement et de culture favorables à l'épanouissement des industries d'art ». E. Vallin Vitrines Si ce programme primitif n'a pas reçu une application bien rigoureuse, du moins, l'action de l'Ecole de Nancy a-t-elle été bienfaisante. En 1903, en effet, une intéressante exposition d'art décoratif avait lieu à Paris, au Pavillon de Marsan. A Nancy même, on se souvient encore de la magnifique manifestation d'art que fut l'exposition de 1904, dans les galeries de la salle Poirel. Windeck — Projet de broderie pour un drap de lit Septembre 1909 — Exposition de Nancy 2.

Cet ouvrage explore l'École de Nancy, un mouvement artistique lorrain axé sur l'art et l'industrie. Il met en avant des artistes comme Émile Gallé et Victor Prouvé, soulignant leur inspiration tirée de la nature locale et leur engagement envers les métiers d'art. L'article discute de la conception décorative, de la verrerie d'art et de l'importance du milieu régional dans la création artistique.