Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & DECORATION NUMÉRO 15 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS

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Sommaire Les décors de Cassandre par Bernard Champigneulle Vanneries d'hier et d'aujourd'hui par François Mathey Un appartement par Louis Sognot par Pierre Migennes Un bar à Paris Nouveaux tissus d'aménagement par René Chavance Les bureaux d'un exportateur Limoges et les origines de la porcelaine dure par Serge Gauthier Beauté... ce grand souci par Marcel Zahar L'embarras du choix par Louis Cheronnet Informations Hors-texte, en couleurs Un costume de ballet (gouache de A.-M. Cassandre) Un petit salon (P. Dupré Lafon, décorateur) La couverture Composition d'après une maquette de costume dessinée par A.-M. Cassandre. --- Art & Décoration Numéro 15 Chef de publicité André J. Bahry (H.I.C.) --- Fondée en 1897, s'est adjoint les revues : l'art décoratif, les échos d'art, l'architecte * paraît 4 fois par an Tous droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les modèles publiés sont et demeurent la propriété de leurs auteurs ; toutes les reproductions ou les imitations, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs. Prix de l'abonnement (4 numéros) : - France, fr. : 1.100. - Grande-Bretagne : £ 1.90. - Autres pays d'Europe, fr. : 1.350. - Continent américain : $ 4.30. - Autres pays : $ 4.30 ou £ 1.90. Le numéro en France : Fr. 300. Conformément à une décision syndicale : en cas de changement de prix, les abonnés seront servis jusqu'à concurrence de la somme figurant à leur crédit. A toute demande de changement d'adresse joindre 20 francs en timbres-poste. Cheques postaux, Paris 261.69. Librairie centrale des beaux-arts 2, rue de l'échelle, Paris, opéra 65-58 --- Ce numéro a été établi sous la direction d'Albert Lévy par Boris J. Lacroix Bernard Champigneulle conseiller artistique

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--- LES DÉCORS DE CASSANDRE Lorsqu’on salue en lui l’homme de métier, je crois bien que nul compliment ne peut lui faire plus de plaisir. Et l’un des plus beaux jours de sa vie fut sans doute celui où les machinistes de Marseille qui venaient de travailler avec lui, sous sa direction quotidienne, durant des semaines, à la plantation et à la manœuvre des décors de Don Juan lui adressèrent, à la fin du Festival d’Aix-en-Provence, un petit discours ému qui se terminait par des effusions de reconnaissance. Il est bien entendu qu’aujourd’hui tout le monde a du génie ; mais le métier est un don beaucoup plus rare. C’est qu’il ne s’acquiert pas d’un coup d’aile. Faire une large esquisse pour toile de fond, qui sera agrandie par des spécialistes, disposer ça et là sur la scène quelques praticables, accrocher à quelques châssis des coupes de tissus dont on a combiné joliment les rapports de ton, c’est une chose qui peut parfois satisfaire les goûts d’une époque et d’un public, mais ce n’est pas ainsi que Cassandre comprend la décoration de théâtre. Il n’est pas un détail du décor ou des costumes qu’il n’ait prévu, conçu, indiqué avec le maximum de soin dans des maquettes poussées à la perfection, et dont il ne surveille l’exécution d’un œil et d’un cœur infaillibles. Qu’il s’agisse de théâtre parlé ou de théâtre chanté, de comédie ou de tragédie, de ballet ou d’opéra, la scène offre une synthèse des arts qui doit être ordre et composition. Cassandre la conçoit ainsi — et d’abord en musicien : les lignes et les (Suite de l’article p. 4-) Rideau d’avant-scène pour Dramma per Musica, ballet de François Michel sur une musique de Jean-Sébastien Bach.

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Dispositif pour concerts symphoniques au Festival d'Aix-en-Provence 1940. * Le costume de Don Giovanni, dans l'opéra de Mozart. Don Giovanni

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--- Donna Elvira - 1 --- Décor pour le deuxième tableaudu Don Giovanni, de Mozart. Le costume de Donna Elviradans le Don Giovanni, de Mozart. ---

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Décor pour le premier tableau du Don Giovanni, de Mozart. formes de l'architecture semblent découler naturellement des mélodies et des rythmes de la musique. Nous ne reprendrons pas à son sujet les analogies entre l'architecture : musique figée, et la musique : architecture liquide. On ne peut se défendre cependant d'impressions du même ordre devant les ordonnances scéniques où tout vient au service de l'action et, quand il y a lieu, de la musique. Cela tient peut-être au fait qu'il apporte à notre temps la tradition des premiers créateurs de décors d'opéra. Ils furent les primitifs du théâtre lyrique ; mais des primitifs qui vivaient dans l'extrême raffinement de Rome et de Florence au début du XVIIe siècle. L'effervescence intellectuelle qui régnait alors dans les milieux qui gravitaient autour du théâtre des Barberini apportait cette exaltation de la découverte, ce sens du merveilleux que l'on voit s'éteindre si souvent par la suite. Volonté de symétrie, enthousiasme pour la perspective et pour les décors vus par les angles, excitation d'esprit pour les paysages et surtout pour les villes imaginaires, tout cela devait trouver son expression dans les prodigieuses décorations de Galli-Bibiena. Si l'on a rencontré de très grands décorateurs par la suite : un Torelli, un Servandoni, et même, en plein affadissement romantique, un Cicéri, il est probable que l'on n'a jamais retrouvé cette fraîcheur d'inspiration dans la profusion créatrice. Répudiant tout esprit conventionnel, Cassandre devait se diriger naturellement vers ces sources d'inspiration. Ajoutons que, même sur le plan empirique de la mise en scène, la leçon des classiques ne doit pas être oubliée. Ainsi, la scène du théâtre du Palais-Royal, qui fut chez nous celle du théâtre d'opéra dans la seconde partie du XVIIIe siècle, était sans profondeur. C'est pour ruser avec cette exigüité que Servandoni construisit ses trompe-l'œil et ses perspectives accélérées. Cassandre devait à son tour y faire appel avec toutes les ressources de sa virtuosité. Q'on ne vienne pas nous parler de défaut d'originalité. Les grands décorateurs classiques ne s'inspiraient-ils pas de Vitruve ? Ne transposaient-ils pas, pour leur temps, et sans le moindre scrupule, leur hantise de l'art antique ? Plus que tout autre, l'art de la scène peut s'alimenter de réminiscences — et ce sont des réminiscences, auxquelles l'auteur sait insuffiler la vie, qui font les chefs-d'œuvre. Personne, d'ailleurs, ne saurait contester que Cassandre n'ait apporté une note personnelle toute vibrante de résonance aux différentes branches de l'art qui ont bénéficié de ses travaux et qui ont marqué profondément son époque. Les conventions du théâtre une fois adoptées, il joue le jeu à fond. Il se soucie peu de réalisme ou

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Décor pour le neuvième tableau du Don Giovanni, de Mozart. même de fidélité historique, et il ferait sans doute sienne la maxime de Gordon Craig : « Il n'y a qu'une vie réelle en art : celle de l'imagination. » Ainsi, dès sa première décoration théâtrale, celle d'Amphitryon 38, qui fut monté par Jouvet en 1933, il n'hésita pas à placer l'action devant le panorama d'une vieille petite ville française — à la grande satisfaction de Giraudoux. Ainsi les personnages de Don Juan évoquent-ils des contemporains de Mozart et non point ceux du « dissolu » espagnol. On pourrait multiplier les exemples. Aussi bien chaque spectacle pose-t-il un cas particulier. Cassandre cherche la fusion des rythmes communs qui se dégagent des éléments sonores et visuels pour nous faire accéder aux joies de l'intelligence ; et les artifices qu'il emploie dans sa collaboration avec Lifar pour le Chevalier et la Damoiselle, de Philippe Gaubert, sont nettement différents de ceux qu'il emploie pour le Dramma per Musica, sur des musiques de Bach, où il témoigne d'une rigueur presque abstraite dans ses partis pris d'ascétisme monochrome. Différents aussi des artifices de Monsieur de Pourceaunac, représenté l'an dernier à la Comédie-Française, dans une ville comique où les illusions de la perspective font apparaître des personnages immenses. Si j'emploie le mot « artifice », tant discrédité aujourd'hui par les pions, c'est parce que l'artifice est la raison d'être du théâtre, et c'est aussi parce que Cassandre en use avec un incroyable brio. Ses trompe-l'œil sont des magies; et les spectateurs d'Aix-en-Provence, qui virent cet été des cités se désarticuler, se transformer et se recomposer sous leurs yeux, ne pouvaient se défendre de manifester leur admiratif étonnement. Ce ne sont pas là jeux puérils : Cassandre y apporte, comme à toute chose, ce goût, ce tact, cet esprit de noblesse et de dignité, et aussi cette compétence dont nous ne voyons que trop rarement l'exemple. Les metteurs en scène, les machinistes, et les comédiens, et les danseurs savent bien quel concours pratique leur apporte ce poète de l'image, qui a prévu tous les jeux de scène et dont les décors architectoniques supportent sans faillir tous les angles de vue du spectateur. Pourquoi? C'est qu'il ne perd jamais de vue le problème majeur : il construit un cadre destiné à enfermer ses personnages en leur donnant leur échelle, leur juste proportion, leur valeur. Le décor idéal est fait d'intimes relations et de parfait équilibre entre le verbe, le geste du comédien et l'espace où il se meut. BERNARD CHAMPIGNEULLE.

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Projet de décor pour Amphitryon 38, de Jean Giraudoux. Décor pour le premier tableau du Chevalier et la Damoiselle, ballet de Philippe Gaubert et Serge Lifar.

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Décor pour Monsieur de Pourceaungnac, comédie-hallet de Molière. Décor pour le deuxième tableau du Chevalier et la Damoiselle, hallet de Philippe Gaubert et Serge Lifar.

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Le décor, le manteau d'Arlequin et quatre costumes de Dramma per Musica, ballet de François Michel sur une musique de Jean-Sébastien Bach. $\star$

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Les inquiétudes (8) S.M.C.