Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & DECORATION 1946.3 revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS JEAN CHATANAY

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NOUVEAUX TISSUS DAMEU BLEMENT P eu d'industries ont été aussi brutalement touchées par la guerre que celle des tissus, du tissu d'aménagement en particulier. Car tout de suite la faible quantité de combustible laissée disponible par le régime d'économie dirigée et les maigres stocks de matière première sont allés de préférence à la fabrication vesti- mentaire que l'on jugeait, non sans raison d'ailleurs, d'une utilité plus urgente. Un secours appréciable est venu de bonne heure. Il est vrai, aux tissages sous forme de substances tirées de la cellulose. A défaut de soie naturelle, de coton et de laine, on a employé de la fibrane et de la rayonne. Les fabriques des centres lyonnais et du Nord en ont même profité pour améliorer dans ce sens leur technique et sont parvenues à restaurer toutes les armures traditionnelles avec ladite matière de remplacement. Elles ont, du reste, POTHIER Percale imprimée, éditée par la Compagnie des Arts Français. PHOTO MARCEL DUPUIS

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Andrée MANZIAT Pereale imprimée à fond blanc, éditée par Braquené. PHOTO MARCEL DUPUIS

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organisé, dès le temps de l'occupation, deux expositions à ce propos, la première au Salon des Artistes Décorateurs, la seconde au Pavillon de Marsan. Une réelle activité, en dépit de tous les obstacles, a donc continué à se manifester dans l'industrie textile, activité qui n'a pas été sans porter des fruits. On a obtenu, pour l'aménagement par exemple, des tissus remarquablement solides et qui pourront continuer à rendre des services en période d'approvisionnement normal — mais activité qui est restée en marge des préoccupations artistiques. Depuis, les bienfaits de la Libération n'apportèrent pas tout d'abord de grands changements dans cet état de choses. Pourtant des signes non douteux de réveil se sont dans ces derniers mois manifestés, encore que la situation matérielle ne se modifie pas de façon sensible. On ne s'étonne pas trop que, dans ces conditions, la plupart des fabricants aient hésité à se mettre en quête de créations inédites. Ce qu'il est possible de produire — c'est-à-dire des quantités infimes — trouve immédiatement preneur, quelle que soit la qualité, si forte est la demande. Il est humain de ne pas se donner de mal inutilement. En outre, l'établissement d'un outillage pour chaque nouveau modèle de décor tissé entraîne des frais assez considérables, que l'on n'entreprend point sans y regarder à deux fois lorsque l'on n'est pas sûr de les amortir faute d'un tirage suffisant. Pourtant si l'on s'avise de rajeunir des collections — en vue de l'exportation surtout qui donne droit à quelques attributions de matière — on choisit en général des ornements classiques, des motifs de style qui ont fait leurs preuves et que l'on « modernise » en simplifiant le dessin et en pratiquant pour les couleurs des oppositions plus franches. Mais cela déjà est une tendance. Ce goût « moderne » que l'on prête au public pour des coloris plus tranchés pourrait bien procéder d'une réaction naturelle contre les modèles affadis qui sévirent aux environs de 1937 et se maintinrent pendant la guerre. Et voilà que nous allons le voir s'affirmer, ce goût, dans les tissus imprimés. Il faut noter que l'impression sur écrue est un pro- Geneviève PROU Percale imprimée à fond blanc, éditée par Pierre Frey. Atelier Madeleine LAGRANGE Impression à fond blanc, éditée par Cholard. PHOTOS MARCEL DUPUIS

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PHOTO KLEIN PHOTO MARCEL DEPUIS Irène ROHR Chintz imprimé à fond blanc, édité par Pierre Frey. Andrée MANZIAT Tissu façonné, édité par Hamot. PONGE Tissu imprimé, édité par Sanderson.

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Hélène HENRY Ecossais en bourre de soie, tissée main. PHOTO MARCEL DUPUIS

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Maria SCHMIDL Percale imprimée, éditée par Pierre Frey. Janine BOUYSSOU Chintz, édité par Braquenié. PHOTO LANDPOUR

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Jean-Denis MALCLÈS Tissu imprimé et piqué, édité par Pierre Frey. --- Paule MAROT Percale imprimée. --- PHOTO LANIEPCE

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cédé plus économique, dont la mise en train est plus simple que celle du décor tissé. Elle dépense moins de produits tinctoriaux, encore un article fort rare. Elle est facilitée par l'arrivée de quelques contingents de coton. Pour toutes ces raisons elle bénéficie d'une faveur spéciale. Remarquons, en outre, que l'obligation de limiter les tirages, rendant impraticables la machine et ses rouleaux de cuivre, a entraîné la résurrection des vieux procédés manuels du cadre (du pochoir) et de la planche auxquels on doit de savoureuses productions et qui, aujourd'hui comme hier, permettent à l'esprit inventif de nos créateurs de modèles de s'exprimer en toute aisance. C'est de ce côté justement que se fait sentir un souci de renouvellement. D'assez nombreux artistes, pour la plupart très bien doués, sont venus au décor de tissu d'aménagement et même, dans une certaine mesure, s'y sont spécialisés. Nommons Paule Marrot, Irène Rohr, Jean-Denis Malclès, Rémy Hétreau, André Dumuys, Jacqueline Desfontaines, Colette Peltier, Ella Maria Schneider. Des traits semblables se retrouvent dans la plupart de leurs créations : cette vivacité, cette fraîcheur de coloris auxquelles nous faisions allusion tout à l'heure et aussi un penchant vers le petit sujet, presque vers l'historiette. Il s'agit d'orientations spontanées sans doute qu'il n'est pas interdit d'expliquer, la première, par un certain besoin de gaieté, de bonne humeur, sinon par une euphorie consciemment réalisée ; la seconde par des velléités descriptives qui semblent procéder, avec un petit accent retardataire, d'un penchant que nous avons déjà rencontré dans l'art contemporain, du surréalisme au Salon de l'Imagerie. Ces parentés, ces airs de famille ne s'opposent pas, du reste, à des modalités d'expression très différentes. La personnalité souvent accusée des artistes se traduit tantôt dans une plus docile soumission à la nature, tantôt au contraire dans un parti pris de synthèse, tantôt dans une recherche de fantaisie. Rien n'indique une école intransigeante qui tend à s'immobiliser dane des formules. Rien n'empêche d'imager qu'un jour ou l'autre nous ne discernerions pas dans ces modèles, adaptés aux nécessités du genre, quelqu'influence de l'art abstrait. POTHIER Tissu broché noir et blanc, édité par la Compagnie des Arts Français. PHOTO MARCEL DUPUIS RIEFEL-ANOSOF Damas à fond beige, édité par Burger. Tissu tôle de nègre et blanc, édité par Braquenit. Soiérie fond cloqué, éditée par Boutx. PHOTOS MARCEL DUPUIS