Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Le Bijou à l'Exposition.
LÉONCE BÉNÉDITE.
- Le Papier peint à l'Exposition.
M.-P. VERNEUIL.
- Les Appareils d'Éclairage électrique à l'Exposition (1er article).
GUSTAVE SOULIER.
- Planche hors texte ;
Dans les Pavots,
Par Lévy-Dhurmer.
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SEPTEMBRE
1900
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFAYETTE PARIS
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4e Année — N° 9.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER
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Le Bijou à l'Exposition Universelle
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Il a été fait depuis dix ans un tel déploiement d'efforts en faveur du renouvellement de tous les arts associés à la vie que nous avions lieu d'espérer de l'Exposition Universelle qu'elle nous les représenterait condensés en résultats significatifs pour nous offrir, après de longs tâtonnements, le spectacle réconfortant d'une renaissance définitivement assise.
Sur bien des points, cet espoir n'a pas été déçu. Mais s'il est un art qui, peut-être plus que tout autre, nous donne l'occasion de nous réjouir sans réserve, c'est en vérité l'art du bijou. Car, ici, il ne s'agit plus seulement de progrès à signaler, mais d'une transformation radicale, d'une véritable révolution qui a modifié profondément le bijou moderne dans ses conditions essentielles et dans son aspect, au point que l'on peut dire que nous assistons au passage de ce qu'on ne pouvait guère plus considérer que comme une brillante industrie à la dignité d'un art doué de vie, de variété et de personnalité.
La date exacte du point de départ de cette nouvelle évolution de l'art du bijou ne remonte pas à plus de cinq années. Ce n'est pas qu'il n'y ait eu depuis 1889 quelques tentatives isolées, susceptibles de nous intéresser, mais c'est le Salon de 1895 qui en donna le signal avec la première exposition des créations de Lalique.
Car c'est bien lui, point n'est besoin d'in-sister pour en convaincre personne, qui a été le véritable initiateur. C'est lui qui a démoli toutes les vieilles servitudes, bouleversé les routines invétérées et créé un verbe nouveau en confondant tous les procédés jusqu'à ce jour étroitement classifiés et canalisés et en brisant les hiérarchies consacrées qui gradaient despotiquement toutes les matières.
Devant cette manifestation toute spontanée, toute personnelle, qui affichait un si tranquille mépris des dogmes et des canons, l'étonnement fut grand à la première heure. Elle fut accueillie d'abord avec défiance, pour ne pas dire avec hostilité. Le hérisson de la routine faisait la boule. Mais le public, désintéressé de toutes les questions de chapelles et de boutiques, ne put faire longtemps violence à son plaisir et en quelques années à peine, ces
VEVER.
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Art et Décoration
formes subversives qui avaient tellement surpris les yeux, devant lesquelles hésitaient parfois les esprits les moins prévenus, que, malgré leur secret désir, les femmes n'osaient pas encore adopter, ces formes inquiétantes étaient tellement répandues, imitées plus ou moins discrètement par des concurrents intelligents, pastichées effrontément par des pillards de bas étage, qu'elles faisaient naître un style défini, aisément reconnaissable et qu'elles créaient une atmosphère nouvelle que respirent de bonne foi les esprits les plus indépendants. Bien mieux, les praticiens qui, par nature ou par volonté, se sont montrés le plus réfrac-
VEVER.
taires et le plus opposés à ces tendances, en subissent tous à leur insu l'influence, comme ils le prouvent dans les vagues efforts nouveaux qu'ils tentent, en croyant satisfaire le goût public.
Je n'ai pas à analyser ici l'exposition de Lalique. Je ne puis revenir sur un sujet que j'étudie spécialement ailleurs (1). La Revue lui consacrera un examen particulier. Mais il est impossible, avant d'aborder l'ensemble des autres ouvrages, de ne pas considérer tout ce qui est dû à cet art fait de raison et de charme, de caprice et de volonté, de mesure et d'audace, et qui même, lorsqu'il s'aventure en des essais qui peuvent sembler un peu hasardeux, trouve le moyen, par un côté ou par un autre, de se faire pardonner ses excès.
C'est lui qui a jeté toutes ces lignes sinuèuses, ces courbes fuyantes, brisées, molles ou hardies, évitant les enroulements circulaires, conduites avec élégance et désinvolture, qu'on dirait empruntées à des galbes de fleurs, à des tiges qui ploient, à des étamines ou à des pistils.
C'est lui qui a répandu le goût de ces harmonies laiteuses et céruleennes, fraîches, opalines et irisées, où dominent les bleus, les verts et les blancs, et qui a appelé les matières jadis dédaignées qui leur correspondent : l'opale qui joue aujourd'hui un premier rôle dans le bijou, l'ivoire, le jade, les cornalines, la mala-chite, toute une plèbe colorée de pierres fines ou dures qu'il établit sur le même pied que les joailleries les plus précieuses, les rubis, les émeraudes ou les diamants.
C'est lui qui a exalté, dans le bijou, tout ce sentiment de nature, éveillé par un contact intelligent avec les Japonais; qui a fait foisonner toute cette flore variée à l'infini, plantes des serres et des jardins et surtout les prolétaires de la fleur, fleurettes des bois, des prés et des sentiers, la violette, le coucou, la capucine, le pissenlit, ces pauvres fleurs dont certains types préférés sont devenus classiques dans l'art français de la parure et reviennent constamment, suivant l'expression juste et pittoresque du professeur Brinckmann, de Hambourg, comme des leit-motive : le gui, le chardon, la monnaie du pape, l'anémone sylvie.
Il a semé encore, à profusion, toutes sortes
(1) Revue des Arts Décoratifs : René Lalique, août et septembre 1900.
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Le Bijou à l'Exposition Universelle
deformes, devenues courantes, empruntées au règne animal, aux reptiles ou aux oiseaux, le paon, par exemple, avec tous ses attributs décoratifs : l'aigrette, la queue, la plume, et il a introduit sous des aspects multiples et inattendus la figure humaine, la femme, avec un véritable caractère expressif, un certain accent fatal, tragique et farouche, en combinaisons composites de sphynges et de sirènes, ou en visages, faces et profils, ardents et passionnés, aux fronts emmêlés de longues chevelures déroulées.
Parcourez toute la section de la bijouterie, relevez tout ce qui a été tenté de nouveau et dites si vous n'y rencontrez point le souvenir de l'un ou l'autre de ces éléments.
Il y a donc là une manifestation tout à fait exceptionnelle à enregistrer, qui marque pour l'histoire un peu monotone du bijou dans nos temps contemporains une date inoubliable.
Voilà où nous en étions hier. Toute la question, aujourd'hui, est de savoir dans quel sens l'art de la parure, dont la torpeur vient d'être si violemment secouée, va continuer son évolution.
Il n'y a plus à craindre qu'il s'enlise désormais dans la perpétration indéfinie des vieilles conventions appauvries, mais on pouvait redouter, par contre, qu'il ne fût entraîné bientôt
Boucle de ceinture.
VEVER.
(Composition de E. Grasset.)
à déchoir par l'imitation servile et dénaturée de principes que les exagérations des pasticheurs vulgaires finiraient par rendre odieux.
L'Exposition Universelle se charge de nous répondre d'une façon réconfortante pour le présent et nous ouvre pour l'avenir de vastes espoirs.
***
C'est M. Vever qui est son principal organe et il n'est personne qui, après avoir mis les pieds dans cette section, ne soit prêt à témoigner de l'importance exceptionnelle que prennent ses déclarations.
Avant d'entrer dans l'examen des merveilles réunies dans ses vitrines, il est un premier devoir auquel on ne peut se soustraire, c'est celui de rendre hommage non seulement à l'artiste d'intelligence, de savoir et de goût qui a composé ces fières et élégantes parures, mais aussi à l'industriel hardi et courageux qui a été capable de réaliser un tel effort. Car il n'y a pas derrière les glaces de ces meubles, comme c'est le cas à peu près général, quelques pièces de combat limitées émergeant d'un flot de morceaux de production courante. Les sujets significatifs sur lesquels le bijoutier a voulu affirmer sa personnalité, ne sont pas à
Boucle de ceinture.
VEVER.
(Composition de E. Grasset.)
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Art et Décoration
compter. Chaque objet marque une recherche, offre un intérêt particulier; tous ont été conçus en vue d'une manifestation qui avait pour but de mettre la France hors de pair dans un art
Peigne.
VEVER.
qui lui appartient pour ainsi dire de droit par ses qualités essentielles. Et l'on doit ajouter que dans ce vaste et imposant ensemble les trouvailles de premier ordre ne sont pas isolées.
C'est une vraie joie pour les yeux de contempler ces vitrines. Diadèmes, devants de corsage, pendeloques, broches, peignes, boucles, vous retiennent longuement et vous rappellent encore. On n'y est pas seulement attiré par la splendeur d'une prodigieuse joaillerie, par l'attrait tout matériel, la beauté minéralogique de ces diamants blancs, jaunes et bleus,
de ces rubis, de ces émeraudes et de ces saphirs qui mêlent en un vaste éblouissement les éclats vifs et mouvants de leurs feux multicolores; on y est retenu par le charme d'un art tout d'élégance et de goût, de mesure et de clarté, par une grâce distinguée, bien française, où la nouveauté et la variété sont toujours maintenues par une forte discipline.
Après la grande impulsion première donnée par Lalique, l'œuvre de M. Vever est la manifestation la plus significative qui se soit produite dans l'art du bijou.
Cette exposition comprend deux parties distinctes. L'une strictement personnelle, l'autre composée sur des modèles fournis par M. E. Grasset. Nous examinerons celle-ci tout d'abord.
Le choix de cet associé était particulièrement heureux. M. Grasset n'est pas un collaborateur ordinaire. Il a créé un style très original qui s'impose par ses excès comme par ses qualités. Grâce à ses exemples et à ses leçons, soit par ses travaux artistiques, soit par ses ouvrages démonstratifs, il a donné à certains arts du décor, à l'illustration, à l'affiche et à tous les autres arts qui dérivent de la reproduction de l'image, une orientation qu'ils n'ont pas encore perdue aujourd'hui. Il a formulé la loi de certaines combinaisons décoratives nouvelles et trouvé une interprétation des formes simple, nettement écrite, par à-plats fortement cernés et procédant de l'art du vitrail. A une époque où notre art tâtonnait encore dans l'application des formes à la décoration et se dégageait difficilement de l'éducation de la peinture proprement dite, M. Grasset a violemment réagi pour imposer une forte direction. Dans l'art qui nous préoccupe plus spécialement à cette heure, il pouvait apporter, avec le bénéfice de son expérience et de sa méthode, certaines facultés plus propres à s'adapter à l'art du bijou : le secret d'harmonies rares, savantes et expressives, une étude attentive et réfléchie de tous les types du règne végétal et du règne animal, sions inépuisables en éléments décoratifs.
Le résultat de l'association de M. Vever et de M. Grasset, s'il n'est pas décisif sur tous les points, prouve du moins, pour l'ensemble, que le bijoutier ne s'est pas trompé dans ses prévisions à l'égard du dessinateur.
Cette exposition spéciale comprend une
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Le Bijou à l'Exposition Universelle
vingtaine de pièces, boucles, broches, pendeloques et peignes.
Comme on pouvait s'y attendre, surtout au début de ces essais, ce sont là des bijoux d'un genre un peu pittoresque, ce que nous appellerions volontiers des « bijoux de peintre ». La dans cette pendeloque où deux femmes échevelées s'enlacent en s'accrochant d'une main à des banderoles, leurs robes croisées semées de cabochons de cornaline foncée. La fonction de la pierre est tout accessoire; tout le charme un peu sauvage de ces petits bijoux est dans la
preuve c'est que tous les effets y sont obtenus de préférence comme au pinceau, avec des émaux, soit très colorés, soit patinant légèrement les ors, remplissant le rôle d'une véritable palette. Nous en avons des exemples dans cette pendeloque formée de deux femmes se pressant face à face, le bras levé pour unir des couronnes, le pied posé sur un vase d'où fleurit, des branches et des racines, un bouquet d'oranger aux feuilles d'émail bleu, aux fruits de cornaline d'un rose amarante; de même,
composition sans doute, mais surtout dans les harmonies, les patines discrètes des ors, les émaux verts, bleus, rouge sombre, qui jouent entre eux dans leurs propres accords. Juste quelques olivines, sortes de pâles émeraudes, ou quelques cornalines d'intensité variée, avivent le vert des robes ou rappellent la rousseur des cheveux.
Certaines pièces, même — on pouvait bien le prévoir — paraissent avoir gardé le souvenir de la décoration du livre où M. Grasset a fait
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Art et Décoration
si souvent preuve d'invention heureuse en composant tant de lettres d'ornement, deculs-de-lampe et d'en-tête. Tel est ce bijou, un peu confus d'ailleurs, représentant une marguerite symbolique unie à un profil de jeune femme dont la chevelure accomplit toutes sortes de circuits sur une plaque ou se trouvent écrits les mots fatidiques : « Un peu, beaucoup..., pas du tout. » De même encore, cette figure de sirène en or, aux cheveux noirs, au corps écaillé d'un émail de nacre qui semble sortir de côté d'une sorte de lettre ornée.
Je n'ai pas beaucoup de faiblesse pour les deux peignes, l'un, avec une tête de femme en or, à la chevelure en volutes d'émail bleu enserrant chacun un cabochon de saphir, qui s'équilibre mal, la proportion de la tête entrainant tout le peigne à gauche ; l'autre représentant une figure de femme un peu barbare fendant des flots formés de linéaments d'or sur le fond d'écaillle.
Mais le vrai sens du bijou se manifeste dans un certain nombre de pièces qui s'annoncent comme le point de départ d'une conception bien personnelle où l'artiste, formé par l'expérience, aidé et traduit par la pratique d'un admirable interprète, saura se mouvoir bientôt avec plus d'aisance dans la connaissance entière de toutes les conditions de cet art.
Tels sont ces deux brochets, l'un émaillé de rose et le dos constellé de rubis, l'autre émaillé de bleu, le dos hérisssé d'olivines; ils se mordent la queue, formant une sorte d'ovale traversé d'algues colorées d'un émail verdâtre et présentent ainsi la forme d'une boucle d'un excellent goût.
Telle est encore cette boucle formée d'un paon un peu bizarre dont la tête rejoint en cercle la queue épanouie dans laquelle le corps se confond. Il est coloré par un émail rougeâtre sur lequel brillent discrètement de petits paillons d'or. La queue est striée d'or vert sur fond d'émail opaque d'un ton rosé. Le pivot de la boucle est formé d'un arbuste qui traverse ce cercle. L'aigrette de l'oiseau, la queue et les fruits de l'arbre sont semés de cornalines sombres en cabo-chons.
Une autre boucle qui mérite d'attirer l'attention est cette sorte de fleur de pavot, composée d'améthystes taillées en cabochons, chacune dans la forme d'un pétale et sortie dans un fond d'émail opaque de couleur verdâtre, avec son bouton fermé et sa feuille dentelée d'émail vert toute pointée de turquoises. C'est un bijou très original, d'un art grave, puissant, franchement accentué et décoratif. Tout au plus regrette-t-on la partie inférieure de la monture en or, formée par les courbes de la tige, qui paraît pauvre et maigre par rapport à la fleur.
Comme broches, ici, une tête de femme jaillissant du milieu des volutes de flots d'émail vert dans lesquels sont piqués des brillants comme s'ils réfléchissaient les étoiles. Là, deux masques hagards et farouches, l'un en ivoire aux cheveux d'or épars sur le front, l'autre, à demi caché derrière le premier, les yeux écarquillés dans un visage en or jaune encadré de cheveux bleus, semblables à deux têtes coupées qui nagent
VEVER.
(Composition de E. Grasset.)
VEVER.
(Composition de E. Grasset.)
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Le Bijou à l'Exposition Universelle
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dans des flots d'or, d'émail, de turquoise et de topaze.
Enfin, il faut signaler, comme pendeloque, une sorte de muse, joueuse de lyre, en buste, la tête et les bras en ivoire, dont les cheveux d'or sont laurés d'une couronne d'émail vert. Sa robe est verte, piquée de petits cabochons d'olivines; sa lyre est colorée d'émaux roses et vert cendré; elle jaillit de nuages roses et verts emmêlés de feuilles de trèfle vert et rose. C'est un bijou d'une harmonie claire, fraîche, tout à fait suave. Il fait exception dans cet art qui manque peut-être de féminité, de grâce et de tendresse et dont le charme un peu viril garde quelque chose de farouche et de barbare, comme un souvenir des temps légendaires des origines du moyen âge, au milieu desquels l'imagination de M. Grasset s'est volontiers complue à errer dans ses plus célèbres illustrations.
Nous abordons maintenant la série des créations propres de M. Vever. Devant cet ensemble qui se dresse orgueilleusement en face de la vitrine éblouissante de l'ancien collaborateur devenu le rival heureux d'aujourd'hui, nous ne pouvons nous empêcher d'établir entre les deux artistes un certain parallèle et de rechercher, en vue de définir le caractère d'originalité du premier, à côté des rapprochements que l'on peut opérer entre eux, quelles sont les divergences qui les séparent.
On ne peut contester, à première vue, la part d'influence exercée sur l'œuvre de M. Vever par l'art de M. Lalique. Ce n'est point sans doute qu'il y ait eu intention préméditée d'imitation directe, mais M. Vever a respiré comme tout le monde l'atmo-
VEVER.
(Composition de E. Grasset.)
L'ART NOUVEAU BING.
(Modèle de Colonna)
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Art et Décoration
Devant de Corsage.
son tour une voie personnelle dans un autre sens.
Car s'il y a certains points de contact évi-
dents entre les conceptions de Vever et l'inspi-
ration de Lalique, il y a aussi entre eux des divergences profondes et c'est d'elles que découle l'originalité de M. Vever.
Cette séparation se marque soit dans le point de vue sous lequel se placent les deux artistes pour considérer les conditions du bijou, soit dans leur tempérament propre, leur nature et leur volonté, c'est-à-dire dans le style même de leurs œuvres.
Ainsi, tandis que Lalique, avec toute l'ar-
deur généreuse d'un révolutionnaire instinctif et spontané, brise tous les jougs des catégories et des hiérarchies pour conquérir l'indépen-
dance absolue, Vever, avec un esprit résolu, mais prudent, sage, avisé, affecte de rester dans la donnée classique. Il veut réformer et évo-
luer sans sortir de la tradition. Aussi confond-il peu les procédés ou tout au plus le fait-il très discrètement et il ne mêle que très sobre-
ment les divers ordres de matières. C'est dire qu'il se plaît à distinguer les procédés de l'orfèvrerie et de la joail-
lerie.
De même, comme joaillier, s'attache-t-il au choix, à la beauté et au prix des pierres. Si Lalique, à l'occasion, fait autant de cas d'un silex que d'un diamant, Vever, lui, conserve ce que son concour-
rent appellerait « le préjugé de la pierre précieuse ». Il se voue à célébrer la splendeur de ces diamants et de ces saphirs, de ces rubis et de ces émeraudes, trésors en soi inestimables, que les heu-
reux et les puissants de ce monde persistent à considé-
rer comme les signes exté-
rieurs de la richesse et de la grandeur.
Mais il s'efforce, du moins, de les présenter avec tout l'appareil que méritent leur éclat et leur valeur, il s'in-
génie à renouveler tous les moyens d'exalter la vivacité de leurs feux, de combiner sous des formes variées et imprévues les petits fragments de ces mosaïques incandescentes pour en faire des parures magnifiques dignes
BOUCHERON.
Boucle de Ceinture.
L'ART NOUVEAU BING.
(Modèle de Colonna.)
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Le Bijou à l'Exposition Universelle
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des plus orgueilleuses beautés et c'est là que réside justement tout le secret de sa personnalité.
Pour analyser son style, le mieux est de suivre l'examen de ses ouvrages. Son exposition, nette, bien définie, indiquant à elle seule l'esprit de raison et de méthode de son auteur, se divise en trois parties distinctes : Une série de la bijouterie d'or proprement dite; une suite de peignes, et la série, la plus importante, de la joaillerie.
Nous ne pouvons nous arrêter sur la première, composée de bijoux d'or ciselés et émaillés, pendeloques enserrant des médailles de Roty ou de Bottée, broches, boucles, où les fleurs, les femmes et les chevelures jouent leur rôle décoratif dans le goût du jour, mais avec beaucoup de mesure, de goût et d'ingéniosité.
La petite suite de peignes nous retiendra davantage, car ils sont d'une recherche très intéressante et, tout en découlant des conceptions de Lalique, ils établissent comment, en s'inspirant des mêmes principes, un autre tempérament d'artiste a pu créer un autre art. Ce sont des pièces dont se sont emparés de suite les musées. L'un d'eux, acquis par le musée de Hambourg, est décoré de branchettes de gui aux feuilles émaillées, aux fruits de perles, qui s'entremèlent dans l'écaillle blonde du dos découpé en lignes courbes qui s'arrondissent en crosses. Dans un autre, acquis par le musée de Breslau, trois branches de chardon, dont les tiges d'or forment les dents, unissent avec une extrême élégance leurs trois feuilles d'or dans lesquelles s'éclaire la transparence verte d'émaux reperçés.
Maintenant, sur un dos formé d'une plaque d'opale d'un beau vert mordoré et lumineux, des feuilles d'or, émaillées de vert, frisées comme les feuilles du cerfeuil vulgaire, se dessinent capricieusement, piquées de fleurettes de diamants.
C'est encore, ici, un peigne en ivoiresurlequel s'épanouit richement, par un accord heureux demotifs et de matières, une touffe d'hortensia aux fleurs formées de pétales d'opale rosée, au cœur de diamant; elle est posée sur deux feuilles d'or, émaillé de tons vert et rouge, qui la relient à l'armature du peigne.
Enfin, là, sur le dos de ce peigne d'ivoire, un petit bouquet de fleurs de cyclamens s'ouvre entre deux feuilles arrondies. Les fleurettes aux pétales en hélice, par un travail aussi délicat que hardi sont faites d'émaux rosés,
insérés dans des pétales d'or contournés et repercés pour leur servir de cloisons ; les feuilles sont en ivoire, avec les stries marquées par
Peigne.
VEVER.
des linéaments d'or et tachetées de petites plaques en opale bleue. Ce sont là, toutes, des pièces de tenue parfaite, d'un goût réfléchi et de la grâce un peu sévère qui caractérise toutes les productions du même artiste.