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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS TOME II
UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS REVUE DES ARTS DECORATIFS DEUXIÈME ANNÉE 1881-1882 PARIS A. QUANTIN, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 7, RUE SAINT-BENOIT, 7
--- REVUE --- DES --- ARTS DÉCORATIFS --- — --- 2e volume. --- Composition et dessin de Charles-Victor Normand. --- LE --- MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS --- DU 28 OCTOBRE 1879 AU 8 MARS 1880 --- A MONSIEUR LE DUC DE CHAULNES Président du comité directeur du Musée des arts décoratifs. --- Monsieur le duc, mon cher président, --- LORSQUE les soins nécessaires à votre santé vous forcèrent d’interrompre, pour un temps, la tâche de dévouement que vous aviez acceptée en faveur du Musée naissant des Arts décoratifs, le comité directeur voulut bien — sur votre insinuation, j’imagine — me faire l’honneur de me choisir pour exercer l’intérim de vos fonctions jusqu’à un rétablissement que nous espérons toujours prochain. J’avais, en d’autres temps, excité les esprits dans la mesure de mes forces vers la création de ce Musée dont tout le monde, en France, comprenait l’urgente nécessité. L’exemple de l’Europe entière était là pour nous solliciter à une œuvre où --- 11. ---
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. nous, les premiers dans les concours des expositions universelles, arri- vions les derniers, alors qu’il s’agissait d’organiser des musées de mo- dèles qui en étaient la conséquence. J’aurais eu mauvaise grâce à refuser ma part d’activité à une entreprise patriotique où vous, monsieur, aviez dépensé une si généreuse ardeur, et où, sans acception de partis et pour le seul bien de l’art et de l’industrie nationale, je trouvais, dans le comité d’alors, des coopérateurs aussi zélés que M. le comte de Ganay, notre vice-président, et MM. Édouard André, Ballu, Fel, Barrias, G. Berger, le marquis de Biencourt, Emm. Bocher, Boucheron, Bouilhet, P. Dalloz, Gust. Dreyfus, Duplan, Dupont-Auberville, Fourdinois, le baron Gérard, Gérôme, qui depuis a cédé sa place à Albert Goupil, E. Guillaume, G. Lafenestre, Tardieu, remplacé depuis par Alb. Liouville, Ad. de Long- périer, Louvrier de Lajolais, Mannheim, P. Mantz, Antonin Proust, le baron Adolphe de Rothschild, le duc de Sabran, de SourdevaI, auxquels ont été adjoints, depuis lors, MM. le comte Clément de Ris, Ch. Ephrussi, L. Fould, V. Gay, A. de Liesville, Edm. Taigny. Le comité avait dès lors pour secrétaire M. de Champeaux. Je ne parle point des services de chaque heure, rendus par M. Gasnault, secrétaire général du Musée. Un dissentiment avec mes chers collègues sur une question, ou plutôt sur un incident, où j’ai cru, à tort peut-être, gravement intéressé le principe de l’initiative privée, sur lequel repose, à mon sens; toute l’économie et le bon avenir de notre œuvre,*m’a engagé à donner ma démission de la présidence intérimaire du comité directeur; et je pense qu’à cette occasion il convient que je rende compte au comité et à vous, en un résumé sommaire, des tra- vaux accomplis par mes collaborateurs et par moi depuis le 28 octobre 1879. Dès cette séance même du 28 octobre étaient votées : 1° Les sommes nécessaires à l’installation décente du Musée des Arts décoratifs dans le palais des Champs-Élysées, où l’État venait de nous con- céder très courtoisement quelques salles, le jour où il avait repris posses- sion, en faveur de la préfecture de la Seine, du pavillon de Flore occupé provisoirement par notre Société, deux années durant, après tant de démarches de vous, et où le comité que vous présidiez avait organisé ses deux premières et très brillantes expositions de tableaux de maîtres anciens et d’œuvres diverses de l’art décoratif moderne; 2° La nomination d’une commission pour le projet de fusion de la Société du Musée avec celle de l’Union centrale. Il est certain que dès le premier jour nous avions compris — et les incidents d’aujourd’hui ne nous donnent que trop raison — combien ces deux Sociétés, nées de la même
LE MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS. pensée et chargées de servir les mêmes études et les mêmes progrès, avaient besoin d’unir étroitement leurs forces pour faire pénétrer l’idée commune dans un public indifférent, mal renseigné ou hostile, et nous garder d’invasions et d’absorptions périlleuses. La fusion s’est faite heureusement et dignement; nos intérêts supérieurs sont absolument liés, et nos deux Sociétés, tout en agissant chacune avec liberté, pour son meilleur développement spécial, n’ont plus rien d’isolé dans leur effort mutuel, et qui ne concoure au même but, et ne se défende et ne se couvre l’une par l’autre. L’une des conséquences immédiates de cette intime alliance fut la publication, aussitôt résolue, d’un bulletin commun à l’Union centrale et au Musée, publication destinée à l’utile propagande de nos programmes, de nos actes et de toutes les tendances de notre œuvre, et dont la rédaction en chef fut confiée à M. Louvrier de Lajolais, assisté, pour notre part, de M. Victor Champier. L’actif M. Quantin accepta d’être l’éditeur de notre Revue des Arts décoratifs. La réouverture du Musée avait été fixée au 10 avril 1880. Il s’agissait de donner au public, dans nos galeries nouvelles, appropriées avec grand goût par notre habile architecte, M. P. Lorain, une impression favorable des services que nous pourrions rendre à l’instruction des artistes et des artisans, et aussi des amateurs. Il fut convenu qu’outre le classement des curiosités diverses acquises par le Musée sous votre présidence, un appes- serait fait aux collectionneurs pour solliciter d’eux le prêt des pièces les plus intéressantes de leurs cabinets, qui pourraient compléter les séries projetées. Dans la séance du 24 décembre était résolue une exposition de dessins d’ornement d’anciens maîtres. Cette exposition, qui s’accordait si bien avec la sorte d’enseignement qui nous appartient, fut naturellement confiée à MM. Gust. Dreyfus et Ch. Ephrussi, lesquels avaient, l’année précédente, organisé, avec tant de succès, cette admirable exposition de dessins des grands maîtres anciens, qui avait fait courir tout Paris au palais de l’École des beaux-arts. Vous avez su, par le catalogue qu’en rédigea alors M. Ch. Ephrussi avec sa science accoutumée, ce qu’avait été cette tant curieuse exposition des dessins de décoration et d’ornement fort peu connus jusqu’à ce jour, et qui sortaient pour la première fois des portefeuilles de Mr le duc d’Aumale et de MM. Destailleur, Bérard, de Goncourt, Lesou-facher, Odiot, Guichard, Beurdeley, Eud. Marcille, Foulc, Spitzer, le comte de la Béraudière, Alb. Lenoir, le baron Pichon, Carré, Natalis Rondot, etc., etc., et de la bibliothèque de l’Opéra, et de l’Union centrale, etc., etc. En même temps, dans la grande salle voisine, MM. Dupont-Auberville et V. Gay
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. organisaient une magnifique exposition de tissus et broderies dont ils rédi- geaient eux-mêmes le catalogue, et dont la très riche collection de M. Du- pont-Auberville, prêtée sans condition de temps à notre Musée, formait naturellement le fonds le plus précieux. L'étonnante collection de faïences et de porcelaines de M. Gasnault, déjà acquise par M. Dubouché pour le musée de Limoges, occupait deux salles tout entières, entre lesquelles une troisième salle était consacrée à l'ensemble des compositions et études, si variées et si instructives, du grand décorateur, M. Galland. — Une innom- brable série d'éventails, rassemblée et disposée par les soins de M. G. Bapst, et pour laquelle les plus nobles et les plus élégantes Parisiennes, Mme la princesse Mathilde en tête, Mmes Furtado-Heine, la duchesse de la Trémoille, Drouin de Lhuys, Alex. Dumas, la comtesse Edm. de Pourtalès, Jules Ephrussi, Léon Fould, la comtesse Clément de Ris, Jubinal, MM. le Dr Pio- gey, Bapst, Fayet, Sichel, Burty, etc., avaient bien voulu vider pour un temps leurs écrins, était dispersée sous des vitrines, dans cette même salle des tissus où se voyait aussi la très singulière collection de boutons peints ou ornés de M. le baron Pérignon. — M. Darcel avait bien voulu rédiger le catalogue d'une très belle série de tapisseries, dont les plus intéressantes avaient été prêtées par M. le baron d'Hunolstein, par le Mobilier national et par MM. Lo- wengard, Beurdeley, Michel Ephrussi, E. Peyre, Lavaley, etc. — La famille de Rothschild s'était vraiment signalée par son obligeance pour notre exposi- tion : le baron Adolphe avait prêté son célèbre collier grec et ce superbe bronze florentin qui couronnait la vitrine des bronzes et de l'argenterie ; le baron Arthur, un groupe de porcelaine de vieux sèvres d'une valeur fabuleuse ; Mme la baronne Gustave, son fameux éventail de Boucher et ses boîtes de vernis Martin ; Mme la comtesse Léon de Biencourt, M. le vicomte de Mor- temart, Mme Ramadié, M. Leroux, M. Ch. Mannheim, des pièces d'argen- terie merveilleuses; M. Em. Peyre, des boiseries sculptées d'un art très varié, et entre autres, les marqueteries italiennes du château d'Urfé; M. Du- pont-Auberville, d'autres boiseries et quantité de pièces de céramique; M. Maciet, des terres cuites ; M. Feuardent avait rempli toute une vitrine de délicieuses figurines de Tanagra; M. Maillet du Boullay avait prêté des armes, des coffrets damasquinés; M. Gasnault, des bronzes chinois et japo- nais; d'autres bronzes encore nous étaient venus de MM. le vicomte de Ganay, Strauss, Gust. Dreyfus. Mme la marquise de Talleyrand-Périgord nous avait prêté son grand bas-relief de Lucca della Robbia; Mme la duchesse de Luynes, un précieux album de famille, des fêtes sous Louis XV. La salle orientale, disposée au haut de l'escalier par M. Albert Goupil, montrait, outre
LE MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS. les admirables étoffes de l'ordonnateur, la curieuse collection de M. de Saint-Maurice et les manuscrits orientaux de M. Firmin-Didot. Inutile de dire que l'Union centrale avait mis, dès le premier jour, toutes ses curiosités à notre disposition. L'art moderne n'était pas oublié dans cette fête des yeux, et les vrais patrons de l'Union centrale, ceux pour lesquels est institué le Musée des Arts décoratifs, avaient prêté main-forte à notre exposition : la maison Christofle avait envoyé ses reproductions des trésors de Bernay et d'Hildesheim; M. Fourdinois, des bois sculptés ; M. Barbedienne, des bronzes; M. Lièvre, sa table de Mme de Cassin; M. Piat, une fontaine en argent; MM. Deck, Gust. Noël, Michel Bouquet, Dammouse, Jouve, etc., des morceaux importants de céramique. Enfin l'administration des beaux-arts mettait à notre disposition vingt-huit moulages de l'atelier du Louvre pour la décoration de nos escaliers et de nos salles, plus vingt pièces choisies de porcelaine pour compléter chez nous la charmante vitrine de Sèvres. — Ce fut, il faut le dire, de la part de tous un entrain et un empressement admirables, et le bruit dut vous en parvenir alors par la presse qui nous fut extrêmement favorable. Quand le moment vint, hélas! de redisperser toutes ces merveilles, il fallut songer à couvrir les murs dénudés d'œuvres nouvelles d'un sens analogue, toujours appropriées à l'enseignement qui est notre but, et dans la séance du 22 juin, le comité décidait que les dessins anciens seraient remplacés par une exposition de peintures anciennes d'art décoratif qui serait organisée par M. Féral, sous la direction de MM. de Ganay et Alb. Goupil. Vous connaissez par le catalogue, dont M. le comte Clément de Ris accepta la rédaction, l'importance de ce nouveau groupe de peintures décoratives auquel vouluurent bien concourir la manufacture des Gobelins, la Bibliothèque nationale et la ville de Paris, puis MM. le baron de Beurnonville, le vicomte de Ganay, le comte de la Béraudière, Beurdeley, P. de Saint-Victor, E. Marcille, Féral, le baron de Schwitter, le baron Gérard, Alb. Liouville, Ch. Pillet, J. Maciet, etc., etc. Enfin, quand fut encore écoulée la période de cette seconde exposition, le comité directeur, dans sa séance du 20 octobre, en résolut une troisième qui complétait logiquement le cycle des deux premières, en décidant de remplacer l'exposition des peintures anciennes par celle des peintures et dessins de décorateurs modernes dont les principaux éléments venaient de figurer à l'exhibition de l'Union centrale. M. de Champeaux a rédigé le catalogue de cette dernière série, qui n'est pas la moins curieuse ni la moins profitable et
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS. qui réunit dans nos galeries tous ou presque tous les noms de ces maîtres qui font l’honneur de la décoration moderne : Baudry, Puvis de Chavannes, Delaunay, Galland, Lameire, Mazerolle, L.-O. Merson, Ehrmann, Ch. Chaplin, Steinheil, Lechevallier-Chevignard, Chabal-Dussurgey, Lansyer, etc., — et des sculpteurs, E. Guillaume, Moreau-Vauthier, G.-J. Thomas, P. Dubois, Mercié, Ch. Gauthier, etc., etc. — En même temps, M. Julien Gréau, l’éminent amateur, aux collections si variées, voulait bien remplir l’une de nos salles d’un choix exquis de ses bronzes antiques, dont le catalogue était rédigé par M. de Villefosse, et ajoutons, en passant, que cette suite de savants catalogues, confiés aux plumes les plus compétentes, ne sera pas l’un des moins précieux souvenirs que notre Musée laissera des services qu’il aura pu rendre. Déjà, sous votre présidence et par vous-même, le Musée s’était enrichi de dons considérables. Depuis lors, les amateurs et les artistes ont singulièrement grossi le noyau de nos séries diverses : le South-Kensington Museum nous a comblés généreusement de ses albums, de ses catalogues et de vingt-quatre reproductions en galvanoplastie ; l’administration des beaux-arts a gratifié nos portefeuilles de six cents estampes de la chalcographie du Louvre; MM. Édouard André, Jules Maciet, Natalis Rondot, Edm. Taigny, G. de Monbrison, Alph. Thibaudeau, P. Sédille, Ch. Ephrussi, G. Dreyfus, Guichard, Ch. Stein, Th. Biais, etc., etc., ont fait preuve, à notre endroit, de leur libéralité accoutumée. Mais ce sont surtout les artistes qui ont compris que le Musée était leur chose et qu’il était destiné à devenir le Luxembourg des œuvres d’art décoratif. De là le don, par M. Galland, d’une grande frise ; par M. Lameire, du carton du tympan de la salle du Trocadéro ; par M. Ch. Donzel, d’un cadre de compositions céramiques ; par M. Ulysse Besnard, de trois pièces de faïence ; par M. Deck, d’un grand vase (modèle de l’Alhambra) ; par M. Boulenger, de quatorze pièces charmantes de sa manufacture de Choisy-le-Roi, qui sont venues prendre place à côté de celles acquises, à l’Exposition universelle de 1878, de MM. Hache et Pepin-Lehalleur, de Vierzon ; par M. Pull, d’un de ses plats de faïence ; par M. Damouse, de six assiettes et un vase de porcelaine décorée grand feu ; par M. Francastel, d’un bas-relief en faïence ; par M. Bouquet, d’une peinture sur faïence émaillée ; par M. Christofle, d’un service à café Louis XVI, en galvano-argent ; par M. Durenne, de deux bas-reliefs en fonte d’après Jean de Bologne ; par M. Ambr. Choiselat, d’un bas-relief en plâtre bronzé, portrait de Le Brun entouré d’attributs, etc., etc. Dans ces derniers temps, la ville de Paris a bien voulu nous prêter
LE MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS. deux très belles rampes en fer forgé, provenant des démolitions de l'hôtel des Postes ; et l'administration des beaux-arts a autorisé le dépôt, dans notre Musée, du modèle colossal en plâtre de la porte Est du grand Tope bouddhique de Sanghi dans l'Inde centrale, territoire de la Begum de Bhopal, que le Kensington Museum avait offert, il y a quinze ans, à la France en échange du moulage du piédestal de la colonne Trajane, et qui, par suite de nos démarches, lui était enfin livré. Sur ses très modestes ressources, le Musée s'est appliqué à acquérir ce qu'il jugeait le plus nécessaire à l'étude de ses visiteurs, c'est-à-dire des moulages : une cinquantaine provenant de l'atelier de l'École nationale des beaux-arts; une vingtaine fournis par M. Mathivet d'après des morceaux de l'Hôtel de Ville, Carnavalet, Écouen, etc.; cinq, fournis par M. Küsthardt, d'après divers objets provenant d'Hildesheim. Lors de la vente récente des curiosités du musée Carnavalet, nous avons acquis quarante-trois pièces d'arts divers : ferronnerie, bois sculptés, céramique, dinanderie, etc. D'autre part, notre collègue, M. Edm. Taigny, a bien voulu acquérir pour nous dix-neuf pièces de céramique chinoise, japonaise, etc.; notre autre collègue, M. Alb. Liouville, s'est chargé de même pour nous de l'acquisition de trois tableaux d'études de fleurs du commencement du xvie siècle; inutile de noter d'autres menus achats, tels qu'une esquisse décorative de Ricci, un Christ en grisaille, émail de M. Alfred Meyer, qui ne sont rien à côté des douze tableaux, des cent vingt dessins et de tant d'autres curiosités, donnés généreusement par M. Jules Maciet. Voilà, mon cher président, ce qui a été fait durant ces seize mois; voilà où en est aujourd'hui le fonds de notre Musée. Je n'ai point à ajouter que pendant cette période le comité directeur n'a cessé, dans ses réunions, de tourner et de retourner les très graves problèmes relatifs à son avenir toujours menacé et à sa meilleure organisation. La question de son emplacement si intimement liée à sa définition même et à tout son programme nous a surtout et constamment préoccupés, et, dans sa séance du 24 avril 1880, en même temps que M. Bouilhet proposait de « réunir dans une de nos salles les spécimens les plus parfaits de la fabrication artistique de notre époque », ce qui exprimait clairement cette très juste pensée rappelée par moi tout à l'heure, à savoir que notre Musée se sentait, d'instinct, destiné, bon gré, mal gré, à devenir le musée du Luxembourg de l'art industriel contemporain (on est revenu à cette idée le 7 février dernier, en « chargeant MM. Bouilhet et Taigny de se mettre en rapport avec les industriels dans le but d'acquérir, dans des conditions favorables, des objets d'art devant contribuer au
REVUE DES ARTS DECORATIFS. développement de nos collections »), ce même jour du 24 avril 1880, le comité directeur nommait une sous-commission composée de son président et de MM. Éd. André, Bouilhet, Antonin Proust, Liouville, de Ganay et Ephrussi, « dans le but d’étudier les trois points suivants : 1° choix d’un local définitif; — 2° organisation d’un programme pour le classement et le développement des collections ; — 3° demande de subvention au gouvernement ». Tout était dans ces trois points, la question de vie, la question de mort, et peut-être même l’une portant l’autre, ou cachée dans l’autre. Il en a été de cette commission, mon cher président, comme de toutes celles que vous et moi avons connues, — et je ne crois pas, en disant cela, offenser bien cruellement nos chers collègues; — mais les questions sont restées debout. Il suffirait peut-être, pour les résoudre, d’examiner, une fois pour toutes, avec netteté, les conditions d’origine, les conditions vitales d’un tel musée dans notre pays. Vous vous souvenez mieux que personne de l’élan merveilleux qui accueillit dès l’abord la pensée de cette création. Tout le monde voulut en être, et nous comptâmes un moment parmi nos porte-drapeaux jusqu’au président lui-même du Sénat d’alors. Les chambres de commerce de Paris et de Lyon, tous les grands manufacturiers, tous les amateurs et les artistes, tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent au progrès du goût dans notre industrie nationale, s’inscrivirent dès le premier jour sur la liste de nos souscripteurs. Personne ne songea à s’enquérir de quels éléments allait se composer ce musée. Il fallait un Musée des Arts décoratifs, un vaste ensemble de documents spéciaux à l’usage des artisans français; chacun en reconnaissait, chacun en proclamait la nécessité. Ce fut une affaire d’entraînement et d’enthousiasme tout autant que de réflexion. Personne ne songea, dans cette première heure, à marquer en quoi notre Musée pouvait et devait différer du Kensington Museum, qui tournait la tête de l’Europe entière. Les collections publiques de Paris, si riches et si variées, n’avaient pas attendu pour naître le prodigieux épanouissement du Kensington, ni son accumulation improvisée, même un peu confuse, des produits de l’art dans tout l’univers. Au Louvre s’était dès longtemps concentré l’art pur, en peintures, en dessins, en sculptures, marbres et bronzes de l’antiquité et de la Renaissance; en bijoux, vases, ustensiles, fragments précieux de tous les âges, depuis l’Égypte jusqu’à Louis XVI; — à la Bibliothèque nationale, le cabinet des estampes et celui des médailles; — à l’École des beaux-arts, une collection superbe de moulages classiques qui va se compléter au Trocadéro, et une admirable bibliothèque d’art; — à Sèvres, un musée céra-

Deuxième volume annuel relié de la revue de l'Union centrale des arts décoratifs. Le rôle du bijou moderne dans le costume par E. Fontenay, les manufactures nationales et la porcelaine tendre de Sèvres par Édouard Garnier, l'enquête sur les industries d'art et une manufacture modèle par Victor Champier, l'étude de la composition dans l'enseignement du dessin par Charvet, et les maîtres décorateurs, dont Luc-Olivier Merson. 442 pages, planches hors-texte.