Page 1
MOBILIER ET DÉCORATION N° 1. — 1947. FÉVRIER FONDÉE EN 1921 Prix : 160 NET
First pages of the volume, freely accessible.
MOBILIER ET DÉCORATION N° 1. — 1947. FÉVRIER FONDÉE EN 1921 Prix : 160 NET
--- Galerie --- “Couleur du Temps” --- MARQUET GERNEZ LAPRADE CERIA H. de WAROQUIER CHAPELAIN - MIDY --- Sculptures de WLERICK --- 9, RUE ARSÈNE-HOUSSAYE PARIS-VIII° CARnot 37-18 --- “SABINO” --- • --- LUMINAIRE --- de beaux éclairages de belles verreries --- • beaux cadeaux • de qualité • de recherche • de perfection --- d’hier, d’aujourd’hui, de demain --- 17, r. St-Gilles, Paris-3° - ARC. 37 - 96 --- CHALEYSSIN --- DÉCORATEUR --- PARIS 121, BOULEVARD HAUSSMANN NICE 43, RUE DE FRANCE 43 CANNES 63, RUE D’ANTIBES. 63 --- CRÉATIONS D’ENSEMBLES TABLEAUX DE MAITRES --- maxime old --- ARCHITECTE-DÉCORATEUR --- Tél. : ROQ· 81-07 --- MEUBLESDECRÉATION --- ATELIERS DE DESSIN ET DE FABRICATION 37, RUE CHANZY, PARIS - XI° ---
DOMINIQUE M. GENEVRIÈRE ET A. DOMIN MEUBLES ENSEMBLE MODERNE 29, Avenue Kléber, PARIS-15e - Pas. 10-77 et 78
TISSUS D'AMEUBLEMENT CHEZ VOTRE TAPISSIER DOMOSOIE DOMONYL DOMOTEX DOMOFLORE CHEZ VOTRE DÉCORATEUR CHOTARD 114, RUE KÉAUMUR, PARIS Ne vend pas à la clientèle particulière --- TÉTARD FRÈRES ORFÈVRES 4, Rue Béranger, 4 - PARIS-3e --- P. TRÉMOULET & Cie 66, BOULEV. MALESHERBES, PARIS - LAB. 68-32 --- TAPIS ANCIENS • TAPIS DE COLLECTION •
TAPISSERIES et TAPIS MAQUETTE DE M. BIENDINÉ. MANUFACTURE DE TAPIS HAUTE - LAINE TABET-AOUL - TLEMCEN EXÉCUTION DE TOUS TAPIS MODERNES ET ARTISTIQUES 16 × 16 - 18 × 18 - 20 × 20 Agent Général : Roger MASSACRY 13, Rue du PRÉ SAINT-GERVAIS - PARIS-19e - BOTzaris 16-06
Abonnez-vous à MOBILIER ET DÉCORATION Revue Mensuelle paraissant provisoirement tous les 2 mois --- TARIF DES ABONNEMENTS (6 NUMÉROS) * FRANCE expédition sous-carton.. .. .. .. .. .. 960 fr. 5 %.. .. .. .. .. .. 900 fr. ÉTRANGER .. .. .. .. .. 1.100 fr. --- 76, AVENUE DE SUFFREN PARIS - 15e T.: SÉGUR 24-05 Chèques Postaux: PARIS 678.19 --- FONTAINE SERRURERIE DÉCORATIVE ANCIENNE ET MODERNE SERRURES “PROGRÈS” COMBINAISON DE PASSE-PARTOUT 181, RUE SAINT-HONORÉ 190, R. DE RIVOLI, PARIS --- ---
REVUE MOBILIER et DÉCORATION MENSUELLE (PROVISOIREMENT BIMESTRIELLE) 76, Avenue de Suffren, PARIS-15e - Téléph. : SÉG. 24-05 --- SOMMAIRE * Couverture dessiné par Lucien Coutaud. Ancien ou Moderne?..., par André Fréchet. La Tapisserie dans l'Architecture Intérieure, par Louis Cheronnet. Marjolaine-Luc Lanel, par René Chavance. L'Agrément de l'Art Décoratif Moderne, par Mme Moutard-Uldry. Les Reliures de Robert Bonfils, par René Chavance. Les Bois Taillés de Constant. Actualité Artistique. Prix de l'Abonnement : FRANCE, expédition sous-carton .. .. .. .. 960 fr. ÉTRANGER .. 1.100 fr. Compte-Chèques-Postaux : PARIS 678-19 --- Nous déclinons toutes responsabilités au sujet des indications de provenance qui nous sont données sur les articles que nous insérons. Les modèles publiés dans cette Revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs. Toutes reproductions ou imitations, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs. Les photos et manuscrits restent la propriété de la Revue et ne sont pas rendus. Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. * En cas, où les prix de fabrication dépasseraient de 25 % ceux du 1er Janvier 1947, le prix du présent abonnement subirait une modification, sa durée s'en trouverait modifiée proportionnellement.
LELEU DÉCORATEUR 65, AV. FRANKLIN-ROOSEVELT EX-AVENUE VICTOR-EMMANUEL-III PARIS
MOBILIER ET DÉCORATION ANCien ou MODERNE ?... " La vocation française est de créer les formes qui sont en même temps les plus proportionnelles et les plus modernes." Stéphen SPENDER, "Le Littéraire", 4 Janvier 1947 MADAME Maurice Courbeil était, ce jour-là, en visite chez son vieil ami M. Thibault. Elle était vêtue d'un élégant tailleur en lainage gris, un large chapeau de velours noir couvrait sa blonde chevelure. ... « Oui, cher ami, je vous le répète, j'ai horreur de l'ancien. Je suis hantée par le souvenir de ces intérieurs d'autrefois, aux persiennes mal closes... de ces chambres où, dans une demi-obscurité, l'on apercevait des meubles poussiéreux, des lits tendus d'étoffes aux couleurs fanées, des sièges boiteux et, dans l'or vieilli de leurs cadres, des glaces piquées, tachées, grises, qui ne reflétaient que des ombres. « Je sais bien qu'avec un bon balai, un seau d'eau, un torchon et une brosse à reluire, une servante vigoureuse pourrait redonner à tout cela un faux air de propreté, mais il en resterait toujours, pour moi, cette odeur à la fois glacée et moisie des chambres longtemps inhabitées, emplies de vieilleries que je ne puis supporter. « Que voulez-vous, je suis jeune encore, j'aime la lumière, ce qui est clair, net, confortable. Je veux être de mon temps et il ne me plaît guère que ma maison, mon appartement, ma chambre, deviennent des succursales de l'antiquaire du coin. Les meubles, les sièges, les étoffes que j'ai choisis, je sais qui les a dessinés. J'ai vu les projets, les plans, je les ai discutés, je connais l'ébéniste et le tapissier qui les ont exécutés et ce que j'ai m'appartient en propre et a été fait pour moi. « Je vous le dis encore, cher ami... ne souriez pas ! j'ai horreur de l'ancien ! Rien ne m'insupporte comme d'entendre certaine de mes amies me vanter son bric-à-brac : « Avez-vous vu ma commode « transition »!... et elle ajoute : « Je l'ai acquise l'autre jour à la vente de Mme G... une bouchée de pain ! 140.000 francs. » Chaque fois que mon amie célèbre à grands cris ses meubles anciens, je ne puis m'empêcher de penser que, quand j'étais petite... et il n'y a pas si longtemps de cela... je passais chaque jour devant la boutique de vieilleries d'un antiquaire et j'étais indignée parce que les jours de plein soleil, les jours de pluie ou de grande boue, je voyais exposés dehors, au long du trottoir, soumis à la poussière, à l'averse, à toutes les souillures de la rue : des sièges garnis, des meubles marquetés, des tapis. « Je vous le dis, cher ami, ces meubles anciens, en plein air, prenaient de la patine ! « La patine du temps, le parfum du passé » comme disent les poètes... Ce parfum des belles choses qui ne s'évanouit jamais tout à fait ! M. Thibault a écouté sans mot dire sa jeune et élégante amie. Il a des cheveux blancs, porte binocle. Il est calme, timide et cérémonieux. Il parle d'un ton grave mais souriant. Il aime les livres, les images, il est affable et poli, comme les images qu'il aime. « Que vous êtes enthousiaste et sévère, chère Madame, mais combien vous avez raison d'avoir des idées et de vous y tenir. — ... Mes idées, mais elles ne sont pas tellement révolutionnaires, j'y tiens à mes idées. Comme disait Sainte-Beuve : « Ce sont des idées qui se sont envirées et qui se sont mises à courir les unes après les autres. » — Je ne vous en fais point reproche, et comme vous avez bon goût, je suis sûr que votre maison sera telle que vous l'avez souhaitée. Est-il rien de plus beau que de faire de sa vie un rêve et faire d'un rêve une réalité. Et encore, je trouve qu'il est bien que la jeunesse se méfie de toutes les recettes, qu'elle discute de toutes les opinions acquises et même qu'elle ne s'appesantisse pas trop sur les œuvres du passé. Mais, chère
It nous semble évident que cette chaise longue de Porteneuve avec ses lignes très épurées et la sobriété répond mieux à la sensibilité de notre époque que ce lit Empire (page 9) assez mauvais de proportions et surchargé d'ornements qui se juxtaposent sans s'apparenter. Madame, excusez-moi de le répéter, vous êtes un peu sévère et injuste pour... « les vieilleries et les meubles anciens ». Vous n’empêcherez point que les vieilles gens, comme moi, n’aient, pour les belles œuvres d’autrefois, un particulier attachement. — Je ne vous contredis pas, mais je suis cependant furieuse quand je vois, par exemple, des amis s’ébaudir devant une petite commode chiffonnière ancienne ? parce qu’elle ressemble à celle signée « Delorme » du Musée du Louvre ? Ne me parlez pas de ces gens. La vérité : c’est qu’ils font partie de ces amateurs d’ancien qui ne pensent qu’à la hausse ! Comme c’est tentant, n’est-ce pas, d’acheter un meuble 5.000 francs et d’espérer le vendre 150.000 !!!... Tenez, de ce « Delorme » : Il y a quelque temps, on avait vendu, mettez... une commode. Le client, après une minutieuse enquête, a pensé qu’on l’avait trompé. L’affaire a été en justice. Les experts l’ont examinée cette commode, dessus, dedans, derrière, dessous. On l’a photographiée sous toutes les coutures, et... l’on m’a laissé entendre que, malgré les apparences, la signature était aussi fausse que le meuble, pourtant très correctement exécuté par un bon ébéniste, il y a sans doute dix ou quinze ans... C’était peut-être une des commodes que j’avais vues exposées dans la rue, au soleil et à la pluie ; elle avait, à s’y tromper, pris la patine du temps !... — Vraiment, chère Madame, à vous entendre, on pourrait croire que tous les meubles dits « anciens » sont des faux ? — Je ne dis point cela, ce serait trop stupide, mais je ne veux pas me laisser prendre à ce jeu inquiétant des enchères de l’ancien. J’ai, bien au contraire, le désir de ce qui est probe, et clair, de ce qui est authentique. — Il me semble, Madame, malgré que vous vous en défendiez si bien que vous ne devez pas avoir eu toujours « la haine de l’ancien ». — Cela est vrai, je l’avoue. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux meubles, aux bibelots, je regardais les vitrines et, parfois, je me prenais à admirer un siège que je trouvais heureux, un petit meuble dont j’aimais la couleur, le dessin, la sveltesse... J’ai compris. Je comprends qu’on se laisse prendre aux charmes de « l’ancien » et même au pseudo-ancien. C’est alors que je me suis informée, j’ai bavardé longuement avec un excellent ébéniste qui fabriquait de bons petits meubles. Il n’employait que de vieux bois. Il savait l’art d’utiliser des placages prélevés sur des meubles détériorés de l’époque
MOBILIER ET DÉCORATION Empire ou de la Restauration et... cher ami, ces petits meubles, avec un peu de patine, sont sans doute devenus « anciens »... — Votre ébéniste, chère Madame, était, j'en suis certain, un honnête homme puisqu'il s'entretenait avec vous aussi librement de son métier, mais c'est aller un peu vite que d'affirmer que de telles fabrications peuvent passer pour « anciennes ». Aujourd'hui des procédés d'investigations très scientifiques permettent de déceler les supercheries ordinaires... « Mais ces réflexions nous écartent de votre très judicieuse conclusion, de votre désir de « l'authentique ». Combien j'aime vous entendre parler ainsi... Avec vous, je souhaite qu'un meuble, ancien ou moderne, soit « authentique », de fabrication bonne et loyale, qu'il soit fait de bois de qualité, décoré de vraies marqueteries, ou de vrais bronzes, de véritables bronzes dorés ou argentés. « C'est là, pour un meuble, la première, l'essentielle signature. — Pour moi, cher ami, il en est une seconde. C'est que ce meuble soit moderne, qu'il s'accorde avec mes goûts, ma manière d'être et de vivre. Comme le sont mes robes et mes chapeaux, je veux que mes meubles, ma maison soient au goût du jour... Mais vous viendrez me voir, n'est-ce pas ? Je vous montrerai ce que l'on a réussi pour moi. Vous verrez que les artistes, les artisans d'aujourd'hui ont fait mieux que de copier ou d'imiter « l'ancien ». Ils ont créé des œuvres charmantes et nouvelles. » * Mme Maurice Courbeil est partie... Dans le bureau-salon de M. Thibault, règne encore un parfum léger, délicat, qui prolonge le souvenir d'une aimable présence. M. Thibault assis dans son fauteuil d'acajou, regarde lentement autour de lui. Ses yeux s'arrêtent un instant sur le tapis rouge, puis sur les bibliothèques basses remplies de bons livres. Il examine distraitement les œuvres de ses amis : un buste de bronze de Louis Leygue et, dans son grand cadre doré, un tableau de Fontanarosa une étrange figure, celle de José Luccioni, de l'Opéra, majestueusement drapé dans un costume vert et or. M. Thibault est pensif et grave.. J'on pourrait l'entendre murmurer : « Le prestige du passé risque de nous rendre aveugles s'il nous cache ce que le présent apporte. » (¹) André FRÉCHET. (1) Jean Cocteau.

La revue "Mobilier et Décoration" publie son numéro 1 de 1947, daté de février. Elle présente des articles sur l'art décoratif moderne, la tapisserie dans l'architecture intérieure, des meubles, des tissus d'ameublement, des luminaires, des sculptures, des vitraux, des tapis anciens et de collection, ainsi que des créations d'ensembles et des tableaux de maîtres. La publication est mensuelle, provisoirement bimestrielle.