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LE FIGARO ILLUSTRE REVUE MENSUELLE - MARS 1935 - PRIX : 6 FRS BELGIQUE : 8 FRS BELGES
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LE FIGARO ILLUSTRE REVUE MENSUELLE - MARS 1935 - PRIX : 6 FRS BELGIQUE : 8 FRS BELGES
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LE FIGARO ILLUSTRÉ • MARS 1935 SOMMAIRE - La Botanique des chapeaux par Henry BIDOU 6 - Dîners de Paris par René RICHARD 8 - Jeunes femmes en trois-pièces 12 - Printemps 1935 par CATELAN 14 - Robes du Soir 16 - Les Voilettes de couleur par CORINNE 20 - De l'ancienne Égypte au douanier Rousseau par A. SAGE 22 - Chambres d'amis par M. KAMENKA et H. de HANN 25 - Les Comédiens de la « Petite Scène » par Alice de PARREL 28 - Colleano, l'homme qui danse sur un fil 30 - L'équipage de Touffou en forêt de Moullière 32 - Les Peintres de la Marine du XVIe au XIXe siècle par P.-J. CHARLIAT 35 - Le Salon des Femmes peintres et sculpteurs par Paul HERMANT 38 - Une Statuaire Américaine : Yan Mac Leod par Victor-Emile MICHELET 39 - De Shakespeare à une campagne électorale par Maurice NOEL 40 ILLUSTRATIONS DE JORDAN, J.-L. BOUSSINGAULT --- ABONNEMENTS D'UN AN FRANCE, COLONIES ET BELGIQUE: 60 francs. EUROPE: Pays à tarif postal élevé: 90 francs. Pays à tarif postal réduit: 80 francs. COMPTE CHÈQUES POSTAUX: 242.53 CHANGEMENT D'ADRESSE: Pour tout changement d'adresse, nous prions nos abonnés d'écrire directement au FIGARO ILLUSTRÉ, en joignant à leur bande d'abonnement 1 fr. 50 en timbres-poste pour les frais.
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LE FIGARO ILLUSTRE MARS 1935 SCHALL. LE BAL DE LA MARINE Pavoisé comme un vaisseau de haut bord, l'Opéra offrait, à l'occasion du Bai de la Marine, un spectacle féerique. La photographie unique que nous donnons ici montre l'éclat de l'immense nef toute tapissée de lumières, d'oriflammes et de visages de femmes.
La Botanique des Chapeaux PAR HENRY BIDOU --- mettre une robe bleue, et vous cherchez ce que j'ai pu penser hier, ce que j'ai mangé et de qui j'ai reçu des lettres. Pendant ce temps, je suis déjà rentrée chez moi et j'ai mis une robe brune. — Raillez, dit le philosophe. Je crois, en dépit de vous, que le caprice est gouverné par des lois. Des rayons chargés de livres couvraient les murs. Il prit sur le plus bas, là où l'on met les in-folio qui ne se lisent point, un volume relié de chagrin vert. C'était un volume de la collection de Théâtre : « Regardez, dit-il, la dernière période fleurs sur les chapeaux a commencé vers la fin du xixe siècle. Dans les coiffures de 1898, tout est encore à plume d'autruche et à l'aigrette. Cependant, pour jouer le Contrôleur des wagons-lits, Mlle de Miramont porte en arrière un grand chapeau de paille un peu molle — cela s'appelait, je crois, une capeline. Cette auréole a une coiffe, et cette coiffe est entourée d'une cravate de mousseline où sont piquées des plumes blanches. Mais sous la paille, entre la capeline et les cheveux, il y a un vide qu'il faut combler. On y met des fleurs. C'est ce que les modistes appellent élégamment une chute de roses. Dans Ménage bourgeois, de Capus, qu'on joue au même moment au Gymnase, Mlle Yahne n'a, pour se coiffer, que des nœuds d'étoffe d'où jaillit un couteau ; mais Mme Mégard apparaît surmontée d'un édifice qui tient du chapeau de mousquetaire et de la pièce montée ; par-dessus s'élève une construction de fleurs; par-dessous d'autres fleurs font comme un cul-de-lampe à la fin d'un chapitre, et se relient aux cheveux. « Même dispositif — une capeline relevée par devant comme le chapeau de Cyrano — dans l'Afinée ; un nœud au-dessus et des marguerites dessous : c'est le chapeau de Mlle Evian ; celui de Mlle Yahne porte un pavot de velours noir et du chèvrefeuille. Mais le règne des fleurs est loin d'être assuré. Maints toquets de paille tricotée, noire ou bleue, n'ont pour ornements que des couteaux ou des choux. Encore en octobre, dans Zaza, Réjane a un chapeau de plumes. Cependant au Grand Prix, cette année-là, le chapeau de la comtesse de Plater-Syberg faisait sensation. Lisons l'élégante description de Claire de Chancenay : « C'était un mignon chef-d'œuvre en crin beige clair, cerclé d'un petit ruché en crin plus foncé. Sur le côté, trois ravissantes plumes teinte glycine glacée. Une draperie en mousseline de soie et application dentelles même teinte, avec barrette de roses-thé soulevant la passe, lui donne une allure des plus séduisantes ». Il prit un autre volume. « Laissons passer cinq années, dit-il, comme si nous revenions d'un long voyage, retrouvons les chapeaux en 1903. Hélas ! que leur est-il arrivé ? Quelle catastrophe les a complètement aplatis ? Ils ont la forme de grandes galettes, et l'on dirait que la modiste s'est assise sur la coiffe, — caprice de génie ! Les fleurs ont continué de --- Ah ! dit-elle, voici les chapeaux de printemps. On nous annonce qu'ils seront chargés de fruits. Je vais me coiffer de raisins comme mon arrière grand-mère en avait à son bonnet. Et quand elle mêlait des barbes de dentelles et des graines de cassis. Finis les petits bérets qu'on envoyait promener, en entrant, à l'autre bout de l'appartement. Je ne sais ce qu'en penseront les amoureux pressés : mais les chapeaux vont redevenir des objets de respect. Quoi de plus fragile qu'une grosseille ? — Cette fragilité, répondit tristement le philosophe qui, par malheur, était amoureux, se communiquera promptement à toute la personne. D'autant qu'on annonce aussi des fleurs sur les robes du soir. Et quelles fleurs ! On a parlé devant moi de ces grandes bêtes d'étoiles rouges qu'on appelle des poinsettias. Il faut être la statue de la République pour porter cela. Et aussi des arums ! — Quoi de plus fragile qu'un arum ? ricana-t-elle. Cependant l'avenir semblait au philosophe de plus en plus sombre. — Avec les fleurs, reprit-il, nous reverrons les tulles, les mousselines, tout le soufflé et l'aérien auquel on ne touche pas, et tous les sentiments assortis. C'en est fini des femmes qui ne craignaient rien. « Il fut un temps où les hommes se divisaient en deux classes : Ceux qui savaient qu'un chapeau de femme ne se tient point par le bord et les autres. Aujourd'hui comme hier, ce seront les autres qui seront aimés. » Cette amertume fit rire la jeune femme, et son interlocuteur se repentit d'avoir parlé sérieusement du cœur et légèrement du chapeau. C'est une chose sérieuse que la mode et digne d'être considérée avec attention. Rien n'est moins arbitraire que ses caprices. Elle obéit à des lois éternelles, et les fleurs reviennent sur les chapeaux à des dates fixées par une sagesse infinie, comme reviennent les éclipses de lune, les taches du soleil et les grandes marées. — Je sais, je sais, coupa la jeune femme. C'est votre manie de chercher des lois aux choses qui n'en ont point. Plus le hasard est visible, plus vous y reconnaissiez la nécessité. Dans un caprice innocent, vous démêlez je ne sais combien de lois. Tout est symptôme pour vos diagnostics. Vous me voyez
ramper au-dessous, et de faire barrette derrière, mais elles ont profité des circonstances pour escalader les bords, comme un rosier surmonte un mur en ruines. Dans le Sentier de la Vertu, le chapeau de Mlle Denège est tout à fait plat, avec une couronne de roses au-dessus. Mais le chapeau ne se résigne pas à son écrasement. Il paraît cette année-là un portrait de Mlle Roggers, où les ailes, emportées par une invincible espérance, sont relevées sur leur cercle intérieur, de sorte que l'ensemble a assez bien la figure d'un bateau en papier dont le creux est plein de roses, et aussi d'un je ne sais quoi qui ressemble à du vermicelle. « On ne peut qu'admirer les efforts des chapeaux pour se redresser. Dans le Retour de Jérusalem, celui de Mlle Dorziat s'est retroussé des deux côtés, en forme de tuyau, comme celui de Basile. Mais tous ces efforts de retournement accroissaient le vide entre le chapeau et les cheveux. On le comblait avec un bouquet. Vaine tentative ! Le chapeau avait maintenant reconnu toute son indépendance. Ce léger couvercle flottait en équilibre au sommet du chignon. Il semblait descendre du ciel, comme une auréole. Ce sont les cheveux qui ont été obligés de l'escalader pour le retenir. Des cascades de bouclettes escaladaient ses pentes. » Le philosophe s'arrêta un instant, comme s'il se laissait aller à la mélancolie souriante des souvenirs. Puis il étendit le bras pour tirer de sa niche un autre volume encore : « On a fini dit-il, par le rattraper ce chapeau aventureux et par le soumettre. On lui a bien permis de faire sa croissance en longueur, mais on lui a interdit de pousser en hauteur. Au besoin, d'immenses brides le retenaient. Si bien qu'en 1908, il offrait une immense surface plate, prête à être ensemencée. Qu'eussent fait là des plantes grimpantes ? Il faut maintenant des graminées à longues tiges flexibles, des plantes sauvages qu'on voit monter et retomber en jets d'eau. Voyez, dans cette année-là, le portrait de Mlle Cassiny, de l'Odeon. Le chapeau, dont les tendances à l'affaissement sont visibles, est déjà presque une cloche. Six énormes boules de neige s'élèvent en divergeant à une hauteur remarquable, avec une vingtaine de tiges couchées par l'orage, pareilles à du trèfle qui serait bleu, et un large bouquet de feuilles. « C'était la fin. Comme l'Atlantosaure et le Diplodocus, les modes meurent de gigantisme. A peine avait-on empilé dans les placards les énormes roues de carrosse qui abritaient les chapeaux, et d'un coup de baguette, la mode changeait. Dès 1913, on se coiffe d'un petit feutre docile, plié et retourné. La rose n'est plus que l'agrafe d'une plume de faisant. J'ai sous les yeux les modes de 1919. Plus une fleur. La guerre les avait toutes tuées. « On ne les a plus revues. Cette année seulement, après vingt ans, on nous annonce une végétation nouvelle. Encore ne sait-on pas au juste comment elle se fera. On nous promet des fruits. Quand reviendront les fleurs ? Je sais une jeune femme tourmentée par la logique, qui a cru sage de s'acheter d'abord un chapeau de feuilles. Elle aura eu raison si la mode fait comme les marronniers qui ont des feuilles avant d'avoir des fleurs. Elle aura eu tort si la mode fait comme les pommiers, qui ont des fleurs avant d'avoir des feuilles. » La jeune fille réfléchit un moment : « Pour moi, dit-elle, je crois que quand nous aurons assez vu de fruits, nous en viendrons aux fleurs. » — Il faudra bien, dit le philosophe. A peine sur les chapeaux, les fruits vont grossir. Vous porterez cette année des cerises, l'an prochain, des grenades et dans deux ans des melons. — Cela s'appellera le toquet Chanaan. — Alors vous aurez envie de pâquerettes et d'églantines. Vous en porterez dans trois ans. Vous aurez remonté le cours des saisons au lieu de le descendre. C'est tout aussi bien et c'est même fort sage. Il n'y a point de raison de ne pas vivre la vie à l'envers. C'est une idée dont je ferai une chronique, et vous la lirez de bas en haut en commençant par la fin. — Je ne lis jamais autrement, dit-elle. HENRY BIDOU DESSINS DE JORDAN
DORVYNE Ci-dessus : Une vue générale de la salle ; au premier plan, à droite, on reconnaît S. A. R. la princesse Aspasie de Grèce, M. Harris (de dos), le comte et la comtesse de Limur. M. A. Rogers, Mme de Sehested, Mme Wessel, Mme Darcy, comtesse Sturgkh, comte Louis de Danne, — Mrs. R. Pell, M. T. Harriner, M. N. Whitehouse et, à droite, vicomte Charles Benoist d’Azy.
Diners de Paris Le Grand Valet Ci-contre, à droite : La comtesse H. de Béarn et M. Auffm Ordt. — A gauche, M. de Ambro, Mme de Coudekerque-Lambrecht, M. Van der Heyden, la comtesse de Portes, M. Vitturo. — En bas : Comte de Boigne, baronne de Reutern, comtesse Sophia Koutouzoff, M. Louis Sloden, baron de Reutern, Mme Farini, M. Andréa. DORVYNE On ne dine plus à Paris, du moins chez les particuliers. Les salons officiels et diplomatiques conservent encore la coutume, selon les règles protocolaires, mais le grand diner d'apparat, chez les aristocrates ou les grands bourgeois, n'est presque plus qu'un souvenir : ici, on l'a remplacé par un déjeuner, ailleurs, on l'a supprimé tout simplement. Les rares diners qui s'offrent encore sont soigneusement tus, pour ne pas attirer sur la maîtresse de maison des rancunes inexplicables. Sans doute dine-t-on encore dans l'intimité, et en bonne compagnie : mais ce sont de simples dinettes. Fini aussi le diner pique-nique, qui était de si mauvaise hospitalité. On en serait donc réduit à ne plus diner en ville si l'ingéniosité mondaine n'avait remplacé les diners privés par des diners publics, qui ne sont pas des banquets, mais des galas. Nouvelle technique de la vie sociale. Le monde devient une société par actions. Tandis que les plus exacts ne se croient porteurs que d'obligations et que les organisateurs chenus se voient attribuer quelques parts de fondateurs, un public nombreux souscrit avec empressement et à chaque occasion aux actions ordinaires, quelques-uns toutefois dans le secret espoir qu'après l'amortissement de tant de chocs, ils recevront des actions de jouissance. L'évolution ne date pas d'hier : elle se préparait lentement au cours des diners de charité, rendus nécessaires par une série sans précédents de malheurs publics. Les différents galas pour les infortunes humaines ont formé les degrés d'un vaste escalier d'ascensions sociales ; des inconnus ont gagné leurs grades mondiaux sur les champs de bataille de la misère : le diner de la tuberculose les fit sergent, le gala des filles perdues leur

Le Figaro Illustré est une revue mensuelle présentant des articles sur la mode, l'art, le théâtre et les événements culturels. Le numéro de mars 1935 inclut des chroniques sur la mode des chapeaux, les dîners parisiens, les robes du soir, ainsi que des analyses sur des expositions d'art, des peintres et des sculpteurs. Il couvre également des sujets variés tels que la culture physique, le tourisme et des événements mondains.